"Manhattan" est le premier roman d'Anne Révah, née à Paris en 1968. Ce roman a été publié en mai 2009 aux éditions Arléa. Une femme apprend qu'elle est gravement malade. 4 tâches de la forme de Manhattan endolorisent son avant-bras gauche. Il n'en faudra pas plus à cette femme pour quitter mari et enfants sans leur souffler mot du diagnostic. Partir est tout ce qui importe. Se confier aussi. Se délivrer d'une souffrance bien plus ancienne que celle occasionnée par les tâches blanches. Ecrire à sa mère et tout lui dire.
"Manhattan" est la confession d'une femme fatiguée par sa vie. A l'annonce de sa maladie viennent s'ajouter de troublantes révélations quant à son existence, à ce rôle qu'elle a joué durant des années pour contenter tout le monde.
"J'avais envie d'être ailleurs, c'était une évidence, seule avec mes tâches blanches dans la tête il me fallait une vie où je n'aurais pas à attendre ma chute dans la maladie et la mort. Une vie où je n'attendrais plus. Personne n'aurait à surveiller les tâches blanches, je les emportais avec moi, je faisais le choix de nous en libérer, je ne serai pas malade sous les yeux de Victor et des enfants, je supprimais l'attente de la mort ou des tourments de ma peau, c'était ma fuite, elle nous éviterait la décadence que la démyélinisation me promettait silencieusement. Victor ne saurait jamais pourquoi j'avais disparu ; il penserait qu'un amour secret m'avait rendu la vie impossible, qu'un suicide impulsif m'avait arrachée à lui, il ne pourrait pas penser que je les avais quittés. Je laisse Victor avec les souvenirs d'une vie ensemble, je le laisse dans notre vie, je le perds, lui et les enfants, je les pousse loin du temps qui reste." p.21
Un ouvrage court, poignant et extrêmement bien écrit. Durant toute ma lecture, je n'ai cessé d'éprouver de l'admiration pour cette femme, de saluer son courage et la dignité avec laquelle elle nous livre son récit de vie. Bref. Je ne m'étalerai pas davantage, lisez-le!
Ayant reçu mon exemplaire de George (merci encore m'dame ;)), j'ai décidé d'en faire un livre voyageur. "Manhattan" part dès à présent chez Choco puis s'en ira chez Clara, n'hésitez pas à vous inscrire en commentaire ou par mail si vous souhaitez être son prochain lecteur!
"Tête de piaf" est un court roman rédigé par le français Philippe Crognier et paru en 2007 aux éditions Abel Bécanes. Ce roman est une suite de rencontres improbables entre Nounours et Mickey, deux sans-abris en fuite, Pierre l'adolescent peu causant, Maxime le mari trompé, Madeleine la sexagénaire frustrée, Martine l'employée dévouée, Azznavour le sosie et Jeannine et Robin, le couple qui détient le Point du Jour, une pension de famille autrefois destinée à recueillir des prisonniers en fin de peine. Tous ces personnages rencontrés par hasard alors que chacun était frappé à sa manière par le malheur vont se faire du bien et retrouver, au contact des uns et des autres, ce appétit de vivre dont ils semblaient manquer.
"Tête de piaf" commence comme une série de nouvelles. Plusieurs portraits nous sont dépeints et il faut attendre le tiers du livre avant que n'aient lieu les premières rencontres entre les personnages. D'autres personnages viennent s'ajouter au fur et à mesure, un peu comme si la camionnette du bonheur les ramassait un à un au bord de la route pour les mener vers cet endroit magique, le Point du Jour, un lieu où règnent bonheur et franche camaraderie. Tous se soutiennent, bavardent des heures durant autour d'une bouteille et d'un bon repas, rient et pleurent de leurs situations et vont jusqu'à intervenir dans les vies des autres pour leur assurer un nouveau départ. Une petite lecture qui fait du bien. A l'heure où je peste tant sur la confusion ambiante entre liberté et égoïsme, j'ai été touchée par ce petit éloge de la solidarité entre inconnus. Une surprise aussi car j'étais assez sceptique au départ vis-à-vis de cette couverture vert-pomme...
Un petit extrait :
" Azznavour opte pour l'anguille en matelote et pour les pommes persillées. Il regarde autour de lui. L'endroit lui plaît. Il a vu Point du Jour, pension de famille au village d'à côté. Il a suivi les panneaux de bois affichés à même le sol et il est arrivé là. Il pense qu'il restera quelques jours, pour réfléchir. Après, il ira rejoindre sa femme à Boulogne-sur-Mer. Il lui chantera : _"C'est drôle, c'que t'es drôle à r'garder, t'es là, t'attends, tu fais la tête, et moi..." Non, il ne lui chantera pas ça. Elle connaît très bien la chanson et elle le prendrait mal. Non, il lui dira plutôt en lui tendant la main : _"Viens, je te raccompagne à travers les rues mortes, comme au temps des baisers qu'on volait sous ta porte..." Non plus, finalement. Il ne sait pas ce qu'il va lui dire ou lui chanter. _ On vous a déjà dit que vous ressembliez à Charles Aznavour? Il redresse la tête. Devant lui, il y a Lorridant, Pierre, Nounours, Robin, Jeannine, Madeleine Torpe et son chauffeur. Mickey est derrière." p.60
"Level 26" est le premier roman d'Anthony E. Zuiker, créateur, scénariste et producteur de la série la plus regardée dans le monde entier : Les Experts. Ce roman policier nous plonge dans la traque d'un tueur en série impitoyable qui fait à lui seul partie d'une catégorie de meurtriers appelée Level 26. En 20 ans, le monstre surnommé "Sqweegel" a torturé/violé/mutilé/assassiné plus de 50 personnes dans pas moins de 6 pays. Même la crème de la crème du FBI et son équipe de scientifiques ne parviennent pas à coincer ce tueur tant celui-ci agit avec méthode et sang-froid. D'ailleurs, même pour 25 millions de dollars, personne n'ose tenter la chasse à l'homme tant beaucoup d'autres y ont laissé leur vie ou leur santé mentale. Un seul homme pourrait être en mesure d'arrêter Sqweegel. Steve Dark aurait d'ailleurs toutes les raisons du monde de vouloir se venger de ce monstre qui a assassiné toute sa famille et compte bien continuer à s'en prendre à ses proches...
Quand j'ai commencé le roman, j'ai tout d'abord été prise d'un fou-rire en lisant la première page qui nous informe que les meurtriers sont classés sur une échelle de 1 à 25 (le niveau 25 correspondant au tueur sadique...). Sur le modèle de "Dash lave encore plus blanc", voilà que "le méchant est encore plus méchant". Puis ensuite ce nom : Sqweegel. Parce que c'est le bruit que faisaient les brosses du car-wash alors qu'il coupait en morceaux sa première victime... Bref... J'ai nettement moins ri en apercevant la tête dudit méchant. Car oui, "Level 26" est un roman numérique. Après 20 pages, il est possible au lecteur de se rendre sur le site du livre et, en tapant un code mentionné dans le chapitre, d'y visionner la scène à peine lue ou des éléments tels des sms, des emails ou des coupures de presse. Comment vous décrire Sqweegel? Disons que c'est une espèce de momie en combi latex à poches zip qui se prend pour Spiderman (ou une capote sur pattes selon la tournure d'esprit...). Vu comme ça, ça a l'air plutôt drôle mais croyez-moi, ce tueur m'a fait froid dans le dos et la première scène en question m'a bien rappelée le "style Experts" couplé à l'ambiance glauque de la série des "Saw". Sqweegel est le genre de personne que l'on souhaite ne jamais croiser dans la vraie vie ou même en cauchemar. Un tueur fétichiste qui s'épile entièrement et s'enduit de plaques de beurre pour ne semer aucun indice, filme ses crimes pour pouvoir les revisionner plus tard dans sa salle home-cinéma ou pour le plaisir d'en faire simplement profiter la police. Mais si l'on connaît son mobile, on ignore tout de son passé. On imagine un enfant violenté durant sa jeunesse ou un binoclard se faisant frapper dans la cour mais rien de concret ne nous est livré. Forcément, "Level 26" est le premier tome d'une trilogie. Le second tome ou le dernier seront certainement le prétexte à revenir sur le sombre passé de Sqweegel. Même chose concernant le héros Steve Dark. Si l'on sait que sa famille adoptive a été assassinée par Sqweegel, quelques éléments de l'affaire nous sont seulement donnés. J'ai beaucoup pensé à Jack Bauer ou à Michael Scofield durant ma lecture. Ces personnages qui ont l'air de traverser les tragédies sans qu'elles ne réussissent à les atteindre vraiment, sans péter les plombs. Des hommes qui vivent à 100 à l'heure, sans dormir, sans exercice physique, à carburer à l'alcool tout en étant capables de piquer un sprint pour coincer un criminel. Pour moi, tout ce qui arrive à Steve dans ce premier tome était déjà bien trop à supporter psychologiquement.
" Les appareils injectaient et pulsaient. Courbes, calculs, chiffres. Bips. Ils accomplissaient leur tâche avec efficacité, sans passion : garder en vie la femme qu'il aimait. Parfois, Dark aurait préféré être une machine. Quand on y pensait, c'était simple : la journée consistait à exécuter des fonctions de base sans s'encombrer d'émotions inutiles. Faire son travail ; nourrir et actionner son mécanisme jusqu'au moment où il s'arrêterait. Mais peu importait, puisque d'autres machines étaient créées chaque jour. La machine que l'on était n'était pas essentielle, d'un point de vue général." p.167
Et comme deux autres tomes sont prévus, cela ne risque pas de s'arranger... Steve est malin et il connaît bien Sqweegel. Pour pouvoir l'arrêter, il faut qu'il pense comme lui, ou mieux, qu'il devienne lui. Voilà un élément qui ne m'a pas semblé nouveau et que j'ai même trouvé un peu "gros". Tous ces monologues intérieurs ("Si tu étais Sqweegel, où irais-tu?") me semblaient surfaits.
" Dark se rendit compte qu'il avait péché par omission avec Sqweegel. Non seulement il l'avait sous-estimé, mais il n'avait pas pris la peine d'utiliser ses compétences professionnelles et de penser comme lui, de se forcer à entrer dans son esprit comme lui seul en était capable. Ce n'était pas en raisonnant logiquement qu'il le coincerait? Il était hors de question qu'il commette les mêmes fautes que ses collègues agents avaient faites durant toutes ces années. Dark allait l'attraper en acceptant d'user de son talent particulier, celui qui lui permettait de se mettre sur la même longueur d'ondes que sa cible et de la suivre par-delà les frontières de la raison, jusque dans les profondeurs les plus noires." p.202
Difficile de juger d'une histoire à partir d'un seul tome car il y a forcément des éléments manquants, cela se ressent à la lecture. Le roman se laisse lire facilement et rapidement. Les chapitres alternent entre les agissements de Sqweegel et la progression de l'enquête de Steve. Ils sont ponctués de nombreux dessins en noir et blanc qui retracent l'ambiance glauque du roman. Le style n'est pas époustouflant mais je ne lui ai rien trouvé de rebutant. Ma déception irait plutôt vers les extraits vidéos consultables sur le net. Je ne leur ai trouvé aucune valeur ajoutée pour le livre et il est tout à fait possible de suivre l'intrigue sans eux. Peut-être était-ce voulu de la part de l'éditeur qui a tablé sur le fait que tout le monde ne possédait pas encore internet?
"La Confusion des sentiments" est une nouvelle rédigée par l'écrivain autrichien Stefan Zweig et parue en 1927. Roland, le narrateur, est un professeur en fin de carrière auquel ses élèves ont décidé de rendre hommage. Constatant que le récit de sa vie demeure incomplet, il choisit d'ajouter la pièce manquante du puzzle. Une pièce majeure en ce qu'elle nous dévoile les origines de son amour pour la littérature ainsi que pour celui qui en fut l'instigateur...
A peine remise de ma déception passée, j'entamais cette nouvelle, écrite par un auteur que j'aime de plus en plus. Bien qu'ayant eu un peu de mal à apprivoiser ce style très ampoulé en comparaison au langage djeuns de "L'attrape-coeurs", je suis rapidement retombée sous le charme de la plume de Zweig. Même si j'ai moins accroché à l'histoire de "La Confusion des sentiments" qu'à celle du "Joueur d'échecs" ou de "Lettre d'une inconnue", j'ai trouvé que celle-ci était de loin la mieux écrite des trois.
Roland revient sur sa jeunesse, sur la façon dont il est "tombé dans la littérature", sur cette rencontre fatidique avec un homme certes âgé mais dont le visage se trouvait empreint d'une nouvelle jeunesse dès lors qu'il passait le seuil d'un auditoire pour y dispenser son cours aux étudiants.
" Etant elle-même beauté, la jeunesse n'a pas besoin de sérénité : dans l'excès de ses forces vives, elle aspire au tragique, et dans sa naïveté, elle se laisse volontiers vampiriser par la mélancolie. De là vient aussi que la jeunesse est éternellement prête pour le danger et qu'elle tend, en esprit, une main fraternelle à chaque souffrance. C'était la première fois de ma vie que je rencontrais le visage de quelqu'un qui souffrait véritablement." p.55
Roland a 19 ans à l'époque. Alors même qu'il se trouve à un carrefour de sa vie, il se conduit encore tel un adolescent en proie à la fougue et à l'incertitude. Instantanément, la rencontre avec le professeur lui fait l'effet d'une révélation, au point que son comportement en vienne à changer du tout au tout. Il semble devenir raisonnable, se surprend même à donner dans l'excès de zèle, se fascine de plus en plus pour le pédagogue...et pour l'homme, au point de s'installer chez lui et son épouse, une femme beaucoup plus jeune que son mari et qui envers le jeune homme manifeste des signes de jalousie comme de compassion.
Thème cher à Zweig, la passion se veut encore ici le moteur du récit. Illustrée par les échecs dans "Le Joueur d'échecs" ou par l'obsession d'une femme dans " Lettre d'une inconnue", elle prend ici les traits du professeur, un homme énigmatique et d'humeur changeante. Tout au long de mes études, une telle chose ne m'est jamais arrivée, ou du moins, pas de la façon dont elle est décrite dans cette nouvelle. Il m'est bien arrivé de temps à autre de me sentir conquise par les propos et l'enthousiasme d'un enseignant mais les choses s'arrêtaient là. Voilà sans doute la raison pour laquelle je me suis davantage attachée à l'obsédante fascination du narrateur qu'à son objet. Durant quelques heures, j'ai partagé la confusion de Roland jusqu'aux tressaillements de son corps, ressenti son attente, captivée par cette passion si vive qui souffre de la pesante ambiguïté des 3 personnages.
" Subitement ce fut comme une explosion : de sanglots, de gémissements convulsifs et furieux ; je n'étais plus qu'une masse hagarde de désespoir, de douleur éperdue, d'où jaillissait un déluge de mots et de cris enchevêtrés ; je pleurais, ou plutôt ma bouche frémissante déchargeait toute la souffrance accumulée en moi et je la noyais dans des sanglots hystériques. Mes points frappaient sur la table avec égarement et, comme un enfant irritable et hors de lui, la figure ruisselante de larmes, je laissais éclater avec rage ce qui, depuis des semaines, couvait en moi comme un orage." p.91
Je ne le dirai jamais assez ici mais j'éprouve une réelle admiration pour Zweig et sa façon si ingénieuse et sensiblement juste de décrire l'obsession dont est capable un être humain, dans ses manifestations spirituelles comme dans les dérèglements physiques qui en découlent.
"La Confusion des sentiments" était une lecture commune avec Calypso qui, je l'espère, aura apprécié cette lecture autant que moi. Elle est aussi ma 6ème découverte pour le Challenge J'aime les classiques de Marie-L et ma première lecture pour le Challenge Europe Centrale et Orientale lancé par La plume et la page.
Je profite de ce billet pour annoncer officiellement ma participation au (Baby) Zweig Challenge (qui, je le précise, ne consiste en rien à décrypter les premiers scraboutchas du défunt auteur...). Ce challenge est organisé par Karine:) et Caro(line). Tous les détails en cliquant sur le logo ci-dessous.
EDIT de 20h14 : Mon dieu, je viens d'apprendre la mort de Salinger, décédé aujourd'hui même... J'espère qu'il n'a inscrit nulle part "Le billet de Cynthia m'a tuer"...
"L'attrape-coeurs" est un roman de l'écrivain américain J.D Salinger publié en 1951. Ce roman est rapidement devenu un best-seller aux USA et dans le reste du monde. Malgré une vie de réclusion et le refus de voir son roman adapté au cinéma, Salinger continue à faire parler de lui. Le personnage joué par Sean Connery dans "Finding Forrester" s'est largement inspiré de la vie de l'auteur. Salinger fut l'objet d'un livre, "L'attrape-rêves", écrit par sa fille Mary Ann Salinger, laquelle dévoile des détails peu reluisants de la vie de son père (autant dire que papa n'a pas trop apprécié que sa fille révèle son goût pour sa propre urine...). Un reportage lui a également été consacré et fut signé Frédéric Beigbeder, grand fan de l'écrivain ( et qui dans ce trailer m'a bien fait rire avec sa chemise rose et son accent frenchy ^^) :
Mais que raconte le livre?
Holden Caulfied est un ado paumé de 17 ans qui, après s'être fait renvoyer pour la quatrième fois du collège 3 jours avant Noël, choisit de passer quelques jours à New-York avant de rentrer à la maison. Durant ces 3 jours, Holden vivote, se promène là où le vent le mène. Hôtels, bars, taxis, rebondissant d'un endroit à un autre, il rencontre une jeune prostituée, des touristes, des religieuses, des connaissances à qui il propose d'aller boire un verre ou d'entamer une discussion. Quel enseignement le jeune homme tirera-t-il de son escapade?
" Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première chose que vous allez demander c'est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé, ma saloperie d'enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m'avoir, et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j'ai pas envie de raconter ça et tout. Primo, ce genre de trucs ça me rase et secundo mes parents ils auraient chacun une attaque, ou même deux chacun, si je me mettais à baratiner sur leur compte quelque chose d'un peu personnel." p.9
C'est sur ces premières paroles que le lecteur découvre Holden, un narrateur à la fois sensible, rêveur, pas bête mais qui ne sait absolument pas où il en est. Holden erre dans New-York pendant 3 jours mais son parcours n'est pas vraiment celui d'"Un indien dans la ville" puisque le jeune homme connaît bien la ville et dispose d'une coquette somme pour alimenter son voyage. Non Holden joue les touristes et... les grands princes. Il se rend dans les endroits qu'il connaît, accoste des gens au hasard et leur paie des verres sans raison (durant toute ma lecture j'ai oscillé entre le qualificatif de "gentil" et de "boulet"). Le jeune homme est plutôt maladroit pour ce qui est d'aborder les gens, les touchant la plupart du temps là où ça fait mal. C'est sans doute la raison pour laquelle je n'ai pas tellement perçu le côté "monde hostile et corrompu" dont se défend le résumé du roman. Bien sûr, Holden rencontre des gens pas très recommandables comme l'un de ses anciens professeurs dont on ne sait au juste si il est pédophile ou non ou encore une prostituée de son âge qui l'arnaquera de 5 dollars. Mais on est bien loin du "Lolita" de Nabokov sorti 4 ans plus tard. D'ailleurs Holden ne s'entend pas avec les gens de son âge non plus, ce qui excluait d'emblée de mon côté l'excuse de la "rencontre choc avec le monde adulte". Holden est un rêveur ou disons plutôt qu'il a des lubies qui, une fois mises à mal par l'extérieur, le contrarient et le font critiquer tout et tout le monde.
" Si vous voulez savoir, je sais même pas pourquoi j'ai commencé à lui raconter tout ce bla-bla. Je veux dire qu'on s'en irait dans le Massachusetts et le Vermont et tout. Si elle avait voulu venir je l'aurais sans doute pas emmenée. C'est pas le genre de fille qu'on voudrait emmener. Le plus terrible c'est qu'au moment où je lui ai demandé j'en avais bien l'intention. Voilà le plus terrible. Bon Dieu, je vous jure, je suis complètement barjot." p.164
Durant tout le roman, je n'ai pas réussi à suivre ce personnage tant les digressions fusaient. Cette avalanche d'anecdotes m'a rapidement agacée car, bien qu'elles en disent long sur la personnalité fourre-tout d'Holden, toutes n'avaient selon moi pas lieu d'être. J'avais l'impression que ce personnage essayait de se donner une contenance comme pour convaincre les autres et le lecteur qu'il était déjà un adulte. Or, il n'y a aucun doute possible, vu le vocabulaire utilisé (et que j'ai trouvé plutôt has-been), le lecteur est bien confronté aux humeurs d'un adolescent. Attendez-vous à croiser à la fin d'une phrase sur deux des "et tout" ou des "ou quoi", des "bigophones", des "bicause", des "beautifoul" ou encore des "ce que je veux dire" (équivalent français du récurrent "you know what I mean" qui m'insupporte chez les Ricains). J'ai lu plusieurs fois que ce roman se voulait initiatique. Je n'ai quant à moi rien perçu de cela. A aucun moment Holden ne s'exprime sur les enseignements retirés de son voyage et, même en filigrane, je n'ai pas senti que cette expérience l'avait fait grandir. Je ne parlerai même pas de cette fin ô combien décevante. Rien à dire d'autre, je me suis ennuyée. Peut-être était-ce une lecture que j'aurais du découvrir à l'adolescence...Il est trop tard pour le savoir.
En plus d'être une lecture commune avec Clara, "L'attrape-coeurs" est le premier livre lu pour le Challenge Coups de coeur de la blogosphère organisé par Theoma. Il s'agissait du coup de coeur de Cjeanney et d'Anneso. Il est également le quatrième roman lu dans le cadre du Challenge 100 ans de littérature américaine initié par Bouh et ma 5ème découverte pour le Challenge J'aime les classiques de Marie-L.
"Code-Barre" est une nouvelle de l'écrivain français Mouloud Akkouche parue en septembre 2009 aux éditions Atelier in8.
Imaginez-vous au boulot. Une journée en apparence comme les autres. Vous passez à côté des écrans de surveillance d'un supermarché auxquels vous ne prêtez pas attention d'habitude. Mais cette fois c'est différent. Vous y distinguez quelque chose de familier. Ou plutôt quelqu'un. Un homme que vous avez connu il y a 22 ans. Votre premier amour qui s'en est allé sans laisser de mot. Votre sang ne fait qu'un tour. Que faire? Les images défilent dans votre tête, les questions aussi. Vous l'avez reconnu immédiatement et pourtant il semble changé. Pendant ce temps, il fait ses courses, ne se doutant absolument pas que vous le regardez. Plus rien ne compte plus en cet instant que l'envie de vous rendre au supermarché.
C'est en lisant ce genre de textes que je comprends mieux pourquoi j'apprécie autant le genre de la nouvelle. La nouvelle est la littérature de l'instant. Elle permet d'aller à l'essentiel, de figer un seul moment en s'affranchissant d'une mise en contexte ou de longs détails quant aux personnages. Elle est un exercice difficile tant elle se doit de raconter une histoire en peu de mots tout en réussissant le pari de ne pas frustrer le lecteur par un récit incomplet. "Code-Barre" est un polaroïd. La photo d'un seul instant qui bouleversera le quotidien d'une femme. Les minutes s'écoulent à une vitesse folle. Le lecteur suit les interrogations et hésitations de cette femme et se demande jusqu'au bout comment l'histoire finira. Une lecture éclair, très bien écrite et dont j'ai beaucoup aimé la construction divisée entre les deux personnages!
Une mise en bouche :
" Elle le fouille du regard. Comme elle, excellent produit des grandes écoles, il est devenu un bon petit soldat d'en haut. Comme elle, il écoute Mozart et les Beatles, a collé sa progéniture dans des boîtes privées, lit des hebdos et des romans conseillés par les mêmes hebdos, s'apitoie sur la misère du monde et des banlieues, pèse chaque mot avant de parler. Comme elle, foutre trois mille personnes sur le carreau ne l'empêchera pas de dormir. Ni de se réveiller. Et comme elle : se sent-il vide? "Pas de temps à perdre, lâche-t-elle pour couper court à ses interrogations. C'est à vous." S'appuyant sur des courbes et statistiques, il décline le projet de plan social. Une démonstration très brillante, imparable. Mais elle ne l'écoute pas, son regard sans cesse aimanté par l'écran." p.18
Merci à Clara de m'avoir envoyé ce livre! Vous trouverez son avis ici ainsi que celui de Lili Galipette. Clara m'a d'ailleurs fait parvenir deux exemplaires de cette nouvelle afin que celle-ci puisse voyager un maximum. Laissez-vous tenter par ces 25 pages intriguantes, votre PAL n'en saura même rien! Inscriptions en commentaire pour les intéressé(e) s :)
Au cas où certain(e) s d'entre vous ne sauraient plus quoi ajouter à leur colonne "Challenges" (Ys et Choco si vous me lisez^^) ... Voici deux défis ô combien audacieux et originaux puisqu'ils nous proposent de :
1) Découvrir et partager un premier roman : merci à Saphoo (cliquez sur le logo pour les détails)
2) Découvrir la littérature de l'Europe Centrale et Orientale : merci à La plume et la page (cliquez sur le logo pour les détails)
Inutile de dire que ma challengite aigüe n'a pas pu résister...
" J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé. "
Copyright Clara et accessoirement...Voltaire ^^
13/1
Ma PAL est enfin visible et dans l'ordre alphabétique sivouplé! (voir colonne ici bas)
Le nombre de livres est un peu plus important qu'annoncé précédemment...J'avais oublié les relectures...