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2 septembre 2013

La nostalgie heureuse - Amélie Nothomb (livre audio)


En librairie depuis le 21 août, "La nostalgie heureuse" est un texte autobiographique de la romancière belge Amélie Nothomb, notamment auteure de "Stupeur et tremblements", "Le Voyage d'hiver" ou plus récemment de "Barbe bleue".

"La nostalgie heureuse" est le sentiment qu'éprouve Amélie Nothomb à l'issue de son retour au Japon en avril 2012, un pays dont elle fut arrachée à l'âge de 5 ans, qu'elle retrouve brièvement une fois  diplômée (son expérience fut racontée dans "Stupeur et tremblements") et où elle n'avait plus mis les pieds depuis 16 ans.
Sollicitée pour un reportage, l'auteure revisite les lieux de son enfance en compagnie d'une équipe de télévision. Ce reportage - "Amélie Nothomb, Une vie entre deux eaux" - a d'ailleurs été diffusé sur France 5 l'an dernier.
A la joie des retrouvailles se mêle l'appréhension de confronter ses souvenirs à la réalité d'un pays malmené par le séisme de 2011 et de renouer avec Nishiosan - plus qu'une nounou, une mère de coeur - et Rinri, le fiancé autrefois éconduit et évoqué dans "Ni d'Eve ni d'Adam".

" Les retrouvailles sont des phénomènes si complexes qu'on ne devrait les effectuer qu'après un long apprentissage ou bien tout simplement les interdire."

Je me souviens encore très bien du reportage de France 5. De ce fait, je ne comprends pas trop l'appellation de "roman" utilisée pour qualifier "La nostalgie heureuse" car pour moi, il s'agit plutôt d'une incursion dans les coulisses de l'émission, voire d'un arrêt sur images commenté et augmenté de scènes coupées au montage.
Amélie Nothomb se livre ici sans filets et sans passer par le truchement d'un personnage.
L'enjeu de ce voyage était double. Non seulement elle allait revoir le Japon avec lequel elle vécut "une idylle parfaite", Nishiosan dont elle n'avait plus de nouvelles depuis le tremblement de terre de Kobe, et Rinri dont elle craint la réaction.
Mais elle espère également que ce retour aux sources lui fournira des preuves de son existence, de ce passé nippon tellement embelli par ses souvenirs d'enfant.
Arrivée sur les lieux, le choc est de taille. Le pays a visiblement perdu de sa superbe lors du séisme, et le quartier modeste de son enfance est devenu une banlieue chic.

" Je suis trop occupée à contenir mon coeur brisé. Plus un chagrin est banal, plus il est sérieux. Tout le monde connaît cette expérience cruelle. Découvrir que les lieux secrets de la haute enfance ont été profanés, qu'ils n'ont pas été jugés dignes d'être préservés et que c'est normal, voilà."

Les nouvelles images se heurtent aux souvenirs. La douleur liée au déracinement refait surface mais les repères d'autrefois semblent avoir disparu.
Heureusement, Nishiosan et Riri n'ont pas changé, ils ont simplement vieilli.
Les retrouvailles avec sa nounou sont déchirantes (elles m'avaient décoché une larme lors du reportage et ce fut pire cette fois-ci) et trop brèves, comme un ultime adieu. Avec Rinri, la romancière retrouve la complicité mais aussi "la gêne" éprouvée autrefois.
Il y aura d'autres visites : Kyoto "la plus belle ville du monde" aux dires de l'auteure, Tokyo et ses "cols blancs", Fukushima et sa centrale nucléaire fantôme.
Mais aussi un rendez-vous houleux avec son éditeur japonais.
J'ai d'ailleurs appris que suite à la parution de sa nouvelle "Les Myrtilles" dont les bénéfices furent reversés aux sinistrés du séisme 2011, le Japon - qui boudait ses livres depuis la parution de "Stupeur et tremblements" - avait recommencé à la traduire depuis...
Par contre, pas question de reparler de "Stupeur et tremblements".

J'ai beaucoup aimé ce petit voyage au pays du Soleil Levant, raconté avec beaucoup d'émotion, de modestie (elle évoque souvent son "japonais de cuisine") et de dérision (l'anecdote sur le bonsaî ressuscité par Martin Scorcese est des plus savoureuses, de même que sa réflexion au sujet des noms farfelus donnés à ses personnages).
Amélie Nothomb fait ici montre d'une capacité d'émerveillement et d'une sagesse contagieuses.
Si elle confesse être une nostalgique dans l'âme, elle nous invite néanmoins à prendre le passé pour ce qu'il est.

S'agissant du livre audio en lui-même, j'ai trouvé l'écoute fort agréable. Le texte, régulièrement entrecoupé de mélodies nipponnes, est mis en paroles par Cathy Min Jung, une lectrice d'origine asiatique.
Un choix judicieux sachant que de nombreux mots japonais parsèment le récit.

"La nostalgie heureuse" ravira certainement les fans. En revanche, je me demande si cette intimité partagée avec l'auteure intéressera les autres. Pour ma part, j'avoue avoir été conquise et j'ai ressenti moi aussi cette nostalgie heureuse de mon adolescence, largement bercée par les romans d'Amélie Nothomb et que je ne retrouvais pas dans ses précédents romans.

Si vous avez l'occasion de regarder le reportage avant, c'est encore mieux !

D'autres avis : Argali - Hérisson - Mango - Géraldine

Cliquez ici pour en découvrir un extrait audio

Je remercie les éditions Audiolib de m'avoir envoyé ce livre !

challenge album


26 juillet 2013

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonasson (livre audio)


Publié en Suède en 2009 et traduit en français en 2011, "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" est le premier roman de l'écrivain suédois Jonas Jonasson.

Sur un coup de tête, Allan Karlsson s'évade de sa maison de retraite le jour de son centième anniversaire. Durant sa cavale improvisée, il dérobe une valise qui recèle un sacré trésor que les membres du gang "Never Again" entendent bien récupérer de gré ou de force...
Recherché par les autorités, Allan fera de curieuses rencontres lors de sa fuite. Une situation qui correspond fort bien à ce que fut sa vie ces cent dernières années.

Un drôle de vieux bonhomme que cet Allan Karlsson ! Après avoir travaillé comme coursier chez Nitroglycérine AP, il lance sa propre entreprise de dynamite.
On peut dire que ses débuts dans le métier seront assez...explosifs. A partir de là, il fera les 400 coups aux 4 coins du globe et sa vie se verra pimentée par une succession d'histoires aussi farfelues les unes que les autres. En Espagne, il sauve la vie du général Franco avant de se voir confier par Truman le soin de faire sauter des ponts en Chine pour éliminer tous les communistes.
S'ensuivent l'emprisonnement à Téhéran, le goulag de Vladivostock, la guerre de Corée, le séjour à Bali ou en France et j'en passe.
Le tout étalé sur un siècle, l'occasion de revisiter 100 ans d'histoire et ses protagonistes, véritables (Truman, Tchang Kaï-chek, Staline, Mao Tsé-toung, Franco, Roosevelt, Popov, Churchill, de Gaulle,...) ou créés de toute pièce comme Herbert Einstein, le demi-frère simple d'esprit du célèbre physicien.

Allan Karlsson est un personnage attachant, assez porté sur l'alcool mais encore très alerte pour son grand âge, il est surtout dénué de conscience politique. Un comble lorsque l'on sait qu'il s'est souvent retrouvé bien malgré lui au centre de discussions politiques cruciales et qu'il a eu accès à des informations hautement confidentielles.
Même dans les situations les plus périlleuses, Allan Karlsson a toujours bénéficié de beaucoup de chance, voyant ainsi plusieurs arrêts de mort différés. Il faut être un brin inconscient et optimiste pour mener ce genre de vie et c'est assurément le cas de ce personnage !
Durant toute ma lecture, j'ai constaté qu'Allan (de même que ses complices) ne se posait absolument aucune question, prenait la vie comme elle venait, ce qui donne lieu à des situations souvent assez cocasses (même si pas franchement réalistes).
" Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" se présente assurément comme un "roman à sketches" dont l'humour n'est pas sans rappeler celui des Monty Python comme le précise la quatrième de couverture.
Comme d'autres avant moi, j'ai tiqué sur la répétition de description quant au look d'un membre de Never Again (détail sans importance en plus) mais hormis ce détail, j'ai trouvé la narration très fluide et fort agréable.
Un roman rafraîchissant et donc parfait pour la saison :)

J'ai beaucoup aimé la voix de Philippe Résimont et sa façon de moduler sa voix pour distinguer chaque personnage. Mais j'aurais apprécié que celui-ci reproduise les accents des protagonistes étrangers. Non pas que ça ait handicapé ma lecture, mais ça lui aurait ajouté une touche encore plus sympathique.

MERCI aux éditions de m'avoir envoyé ce livre !


D'autres avis : Lili Galipette - Liliba - Alex - Sandrine - Clara 

22 mars 2013

Les Apparences - Gillian Flynn (livre audio)


Publié en 2012, "Les Apparences" est le 3ème roman, après "Sur ma peau" et " Les lieux sombres" de l'écrivaine américaine Gillian Flynn.

Suite à la perte de leurs jobs respectifs et à l'annonce du cancer de Maureen Dunne, son fils Nick et sa femme Amy renoncent à l'effervescence new-yorkaise pour rejoindre Carthage, petite ville paisible du Missouri où Nick a grandi.
Grâce au soutien financier d'Amy, Nick ouvre bientôt un bar avec sa soeur jumelle Margaux.
Quelques années après, alors que Nick rejoint sa femme à la maison pour fêter leurs 5 années de mariage, il découvre leur salon sens dessus-dessous et des indices attestant d'un départ précipité.
Mais avant de disparaître, Amy avait néanmoins eu le temps d'organiser sa chasse aux trésors annuelle, une coutume instaurée par elle pour leur permettre de se remémorer les instants phares de leur vie de couple heureuse.
Très vite, les recherches s'organisent. Mais tandis que les voisins, la presse et la police voient en lui le suspect idéal, Nick est bien décidé à entamer la chasse aux trésors qui lui permettra peut-être de retrouver Amy...

Comment réussir le pari de vous donner envie de vous précipiter en librairie pour vous procurer ce roman sans en déflorer l'intrigue ?
Thriller psychologique, "Les Apparences" se partage entre le récit de Nick, qui prend place le jour de la disparition de sa femme, et le journal d'Amy, qui débute au moment de leur rencontre en 2005 et s'étale sur plusieurs années jusqu'au "jour où".
D'un naturel réservé et peu enclin à afficher ses émotions, Nick ne semble pas très affecté par la disparition de sa femme et se montre nerveux en répondant aux premières questions de la police.
Il doit bien reconnaître au fond de lui que son couple traversait un cap difficile, qu'Amy ne ressemblait plus en rien à la femme drôle et cool dont il était tombé amoureux mais lui faisait à présent l'effet d'une femme amère, cassante, autoritaire, toujours en colère contre lui.
Au centre d'une série de livres à succès intitulée "L'épatante Amy" dont les auteurs ne sont autres que ses parents, Amy a toujours éprouvé ce besoin de se montrer compétitive, de briller dans tout ce qu'elle entreprenait, attisant la jalousie des femmes et le désir des hommes. Nick a fini par ne plus se sentir à la hauteur, d'autant qu'Amy ne lui a jamais pardonné leur installation dans le Missouri et la mentalité du Midwest qu'elle est forcée d'endurer chaque jour.
Chacun se sent déçu, trahi par l'autre et au fil des pages, on se rend compte à quel point ce couple était loin d'être heureux...

"Les Apparences" est une vraie bombe à retardement qui véhicule une vision glaçante voire accablante du couple et particulièrement des dérives de l'orgueil démesuré, extrême. Manipulation, mensonges, retournements de situation, cruauté, perversion. Une écriture plus qu'efficace, une construction impeccable (les différents éléments de l'intrigue sont savamment distillés) qui s'appuie sur une analyse psychologique aiguisée et pénétrante. Ce sentiment d'un conflit permanent entre le vrai et faux qui vous envahit pour ne plus vous lâcher avant la fin.
Des personnages multi-facettes dont les personnalités ambigües sont parfaitement bien rendues au travers des voix d'Odile Cohen et Julien Chatelet.

En toile de fond, le reflet d'une Amérique voyeuriste et obsédée par son image. La surmédiatisation incessante des affaires criminelles, l'intimité volée et l'exploitation écoeurante des proches au service de l'"infotainment".
Je peux vous dire que vous ne serez pas au bout de vos surprises avec ce roman de pure folie, aussi brillant que profondément malsain !
Un vrai coup de coeur que je ne peux que vous recommander !



D'autres avis : Clara - Canel - Theoma - Stephie - Ys - Alex

MERCI à de m'avoir envoyé ce livre audio !


24 février 2013

La mort s'invite à Pemberley - P.D James (livre audio)


Publié en anglais en 2011 et traduit en français l'an passé, "La mort s'invite à Pemberley" est la suite criminelle, imaginée par la romancière anglaise P.D James, au célèbre classique "Orgueil et préjugés" de Jane Austen.

Bien des années après que Lydia Bennett se soit enfuie avec George Wickham et que Jane et Lizzie aient trouvé en Bingley et Darcy deux maris aimants, voilà que, la veille du bal d'automne de Lady Anne, un terrible accident vient troubler le calme de Pemberley.
Durant le dîner réunissant les Darcy, les Bingley, Giorgiana Darcy, le colonel Fitzwilliam et le jeune avocat Henry Alveston, l'attention des convives se porte tout à coup sur la route du bois qu'emprunte un cabriolet malmené par la tempête faisant rage.
Du véhicule émerge une Lydia plus hystérique que jamais, clamant haut et fort qu'à la suite d'une série de coups de feu, Wickham est mort de la main de son ami le capitaine Denny.
Wickham est-il vraiment mort ? Pemberley et ses habitants se relèveront-ils de l'enquête et du procès à venir ?

Lorsque j'ai eu vent de la sortie de ce roman en mars dernier, j'ai beaucoup hésité à me le procurer, craignant surtout que P.D James (que je ne connaissais pas alors) dénature l'univers austenien au profit d'une enquête policière tirée par les cheveux.
Je remercie Audiolib de m'avoir donné l'occasion de constater que j'avais doublement tort, tout d'abord parce que P.D James a vraiment su selon moi se réapproprier la langue et l'esprit de Jane Austen, mais également en raison de l'aspect policier du roman qui s'est avéré beaucoup moins complexe que prévu.

Le roman s'ouvre sur un rappel des faits et des personnages d'Orgueil et Préjugés à qui P.D James offre une "seconde vie" en imaginant ce que chacun est advenu. Ces supposés chemins de vie prêtent parfois à sourire mais concordent toutefois avec les traits de caractère de chaque protagoniste.
En Jane résident encore la même douceur et la même bienveillance qu'autrefois. Bingley se distingue toujours par sa jovialité. Si Darcy se montre moins secret qu'auparavant, il n'en reste pas moins cet homme taciturne soucieux de préserver sa famille.
Bien que mariée, Lydia n'a toutefois rien gagné en sagesse ni en retenue. De même, Lady Catherine est restée fidèle à elle-même.

" Je n'ai jamais approuvé les agonies qui n'en finissent pas. Dans l'aristocratie, c'est de l'affectation. Dans les classes inférieures, ce n'est que prétexte pour se dérober au travail (...) Les gens devraient prendre la décision de vivre ou de mourir et faire l'un ou l'autre avec le moins de désagrément possible pour autrui."

Le seul personnage qui semble avoir changé est Lizzie, toujours curieuse, intègre et perspicace mais très embourgeoisée (le couple ne voit les enfants que lors des visites à la nursery), constamment exténuée et effacée tout au long d'une histoire qui semble avant tout une affaire d'hommes !
J'ajouterais que le couple qu'elle forme avec Darcy m'a déçue dans le sens où je me disais qu'une fois le mariage consommé, ils se tutoieraient et adopteraient un comportement moins guindé. Or il n'en est rien ici.
La première partie est donc principalement consacrée aux personnages et aux retentissements que provoque l'accident en chacun d'eux. Emergent de douloureux souvenirs et de vieilles rancunes que même le bonheur conjugal n'a pas réussi à effacer.
Comment Darcy aurait-il pu oublier la trahison de Wickham qui fut autrefois un frère pour lui ? Il découvre qu'il ne suffit pas d'éloigner un homme pour le rayer de son existence. Ainsi, certaines responsabilités se rappellent-elles à lui.

A l'accident succède une enquête judiciaire malheureusement bâclée faute de preuves ou d'indices probants. Seuls quelques témoignages éclairent quelque peu les circonstances de l'accident mais sans pour autant en faire toute la lumière.
Le lecteur assiste rapidement au procès lors duquel, à part une audition inattendue, les témoignages sonnent comme de faibles redites.
Beaucoup d'espace est consacré aux rumeurs de la foule avant que n'arrive un premier coup de théâtre.
Trop d'éléments sont restés inexpliqués et ce n'est que dans les dernières pages du roman que les langues se délient, donnant lieu à une série de révélations coup sur coup expliquant le rôle de chacun dans l'affaire.

Voici une lecture qui avait très bien commencé mais qui malheureusement s'est avérée décevante pour moi à partir de l'ouverture de l'enquête. Une enquête qui n'a cessé de piétiner jusqu'à un dénouement crédible mais décidément trop maladroitement précipité.
J'ai regretté ce manque de possibilité laissé au lecteur de pouvoir deviner la suite de l'histoire.
Comme je l'ai dit plus haut, P.D James maîtrise selon moi les différentes composantes de l'univers austenien. Stylistiquement ce roman est irréprochable et l'on peut d'ailleurs compter sur la voix de Guila Clara Kessous (plus d'une vingtaine de personnages à elle seule, il fallait le faire !) pour reléguer cette espièglerie d'entre les lignes et favoriser une écoute très agréable.
Mais là où le bât blesse, c'est lorsque l'auteure glisse de cet univers vers son univers propre qui est celui des romans policiers.
Une transition malheureusement bancale, comme si "la reine du crime" s'était tellement laissée posséder par l'univers d'Austen qu'elle en avait tout simplement oublié son intrigue.
Je ne saurais dire si les amateurs d'Austen y trouveront leur compte. En revanche, je pense que les lecteurs du genre policier risquent de sortir déçus de cette lecture.


MERCI à de m'avoir envoyé ce livre audio !


3 août 2011

Les merveilleux nuages - Françoise Sagan (livre audio)


Publié en 1961, "Les merveilleux nuages" est le 5ème roman de l'écrivaine française Françoise Sagan, auteure de "Bonjour Tristesse", "Un certain sourire" , "Un peu de soleil dans l'eau froide" ou encore de "Toxique".

Josée et Alan sont mariés depuis 2 ans mais leur couple bat de l'aile. Josée, qui pensait avoir épousé un Américain bien tranquille, étouffe du fait de la jalousie constante d'Alan qui l'assène de questions à longueur de temps.
Excédée par son chantage affectif, Josée finit par provoquer ce qu'Alan redoute le plus.
Malgré l'adultère de sa femme, Alan n'imagine pas sa vie sans elle et Josée n'a pas la force de le quitter.
Quand Alan se remet à la peinture, la jeune femme voit dans cette nouvelle occupation une promesse de liberté. Mais peut-elle avoir confiance en son mari ?

Comme souvent chez Sagan, le titre de ce roman est emprunté à un homme de lettres qui fait l'objet de son admiration.
"Les merveilleux nuages" sont ainsi tirés du poème "L'étranger" de Baudelaire :

" Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !"

"Les merveilleux nuages" évoquent un amour dévorant, inépuisable, dans lequel s'enlisent mari et femme.
Alan est prisonnier de son amour maladif, absolu pour Josée à qui il ne laisse pas le moindre répit.
Josée souffre de la situation mais ne se décide pas pour autant à le quitter, refusant d'être un prétexte tout trouvé à la décrépitude de son mari. Elle voudrait tant qu'il puisse exister sans elle.

Il ne semble guère exister d'amour heureux chez Sagan. Les romans que j'ai pu lire jusqu'à présent font état de couples dont l'amour ne tient qu'à un fil tant il se veut bien souvent dicté par des motifs futiles.
Les personnages de Sagan ont a priori tout pour être heureux : oisiveté, soleil, beauté, insouciance et assez de temps pour ne penser qu'à eux-mêmes.
Et pourtant les couples se font rapidement posséder par l'ennui, se déchirent et ne prennent fin que lorsque l'un des deux partenaires est définitivement à bout.
Les ruptures ne sont jamais faciles, même lorsqu'elles sont l'évidence même.
Pas de préambule, le couple présenté au départ de chaque roman est pour ainsi dire condamné dès la première ligne, emprisonné dans ce huis-clos que l'auteure affectionne tant.
Le reste du roman visera à déterminer qui se lassera le premier et de quelle façon il quittera l'autre (et pour qui).
Le soleil, les fréquentations et distractions de la vie parisienne ne sont qu'illusions destinées à mettre en relief cette longue agonie qu'est le couple chez Sagan.

J'ai été happée (effrayée aussi !) par ce récit lancinant, à l'ambiance toujours tendue, qui laisse une large place aux dialogues acerbes échangés entre Alan et Josée.
Chacune des phrases d'Alan semble être un piège destiné à confondre Josée. De son côté, Josée pêche par désespoir, s'échappant dans les bras d'autres hommes, se raccrochant en vain à cet amour qui l'exténue de plus en plus, en attendant l'impulsion qui la fera définitivement partir.

J'ai beaucoup aimé le timbre et le rythme vif choisi par Sophie Chauveau pour coller au phrasé fugitif de Françoise Sagan !
5 sur 5 pour ce roman (mais suis-je vraiment objective concernant Sagan ? :))

En faisant quelques recherches, j'ai appris que le personnage de Josée était déjà présent dans le roman " Dans un mois, dans un an".
N'ayant pas encore découvert ce titre, je n'ai toutefois pas eu l'impression de lire ici une suite.

D'autres avis : Asphodèle - Lily

Une vidéo dans laquelle Sagan évoque son roman.

MERCI à et aux de m'avoir offert ce livre !


23 juin 2011

Fabrice Luchini lit " Fragments d'un discours amoureux " - Roland Barthes


Publié en 1977, "Fragments d'un discours amoureux" est un essai de l'écrivain et sémiologue français Roland Barthes, également connu pour son essai "Le Degré zéro de l'écriture".

Absence, angoisse, attente, étreinte, jalousie, rencontre,... Ce sont en tout 17 mots décryptés par Roland Barthes et associés à ce langage particulier qu'est le discours amoureux.
Lorsque cet audiolivre m'a été proposé, je craignais moins de découvrir Roland Barthes que de ré-entendre un Luchini survolté.
Si j'apprécie l'acteur, je dois dire que l'homme public et ses one-man show - qui consistent à en faire 10 tonnes pour étaler sa culture - sur les plateaux télé ont tendance à m'agacer au plus haut point.
J'appréhendais donc une lecture excessive, surchargée d'envolées lyriques.
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un Luchini on ne peut plus posé (lui avait-on glissé un Rohypnol dans son café par mesure de précaution ?)

Ma première écoute de ce livre fut un échec. Au bout de 2 minutes à peine, je fus prise d'un monstrueux fou-rire en repensant aux auditoires de l'université et à ces cours assommants durant lesquels je dégainais mon dictaphone pour pouvoir saisir et retranscrire ces longs monologues à la maison.
Il faut dire que les extraits lus ici se présentent sous la forme d'un lexique regroupant 17 définitions et que le propos requiert une disposition de l'esprit particulière.
A l'évidence, je n'avais pas choisi le bon moment pour me plonger dans cet essai.
J'ai donc retenté ma chance deux jours plus tard.

Retranché du côté de celui qui aime, Barthes nous parle du rapport langagier à l'autre, ce sujet aimé inclassable dont l'image peut si facilement être altérée par un simple mot de travers.

" Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l'autre. "

Il évoque l'angoisse liée à la jalousie, à la distance induite par le téléphone, au choix du cadeau amoureux, à l'insupportable menant à la rupture, à l'attente de l'autre comme à son absence, notion qui renvoie historiquement à la femme guettant le retour de l'homme et subissant "l'épreuve de l'abandon", le sentiment d'être moins aimée qu'elle n'aime.
Dans le fond, les représentations que nous nous faisons de nous-mêmes et de l'autre en amour sont pour la plupart construites par des appréhensions émanant de notre imaginaire et formulées, définies, mises en scène par le langage.
Prenant pour base 17 mots-clé inter-reliés et illustrés par des exemples personnels ou issus de ses lectures (Proust, Socrate, Balzac, Freud et surtout Goethe), " c'est donc un amoureux qui parle et qui dit " que l'amour est complexe, angoissant, source d'attente et d'incertitude.
Fort heureusement, les chapitres "Fête" et "Rencontre" viennent égayer ce sombre tableau.

"Fragments d'un discours amoureux" fut au bout du compte une lecture enrichissante en terme de pistes de réflexion, exigeante aussi, tant elle nécessite selon moi plusieurs écoutes successives doublées d'une attention complète de la part de l'auditeur.

MERCI à de m'avoir offert ce livre !

D'autres avis : Val - Leiloona - Antigone

24 décembre 2010

Les Visages - Jesse Kellerman (livre audio)


Paru en 2008 aux USA et traduit en français en 2009, "Les Visages" est le troisième roman de l'écrivain américain Jesse Kellerman.

Ethan Muller, 32 ans, tient une galerie d'art à Chelsea. Lorsque Tony, le bras droit de son père, lui propose de se déplacer pour venir admirer les dessins d'un artiste, Ethan commence par refuser compte tenu des liens ténus qu'il entretient avec son père.
Finalement, intrigué, il monte dans un taxi pour rejoindre Tony dans un appartement lugubre situé dans le Queens.
Sur place, il découvre plusieurs centaines de boîtes remplies de dessins numérotés représentant des visages d'enfants d'un réalisme troublant.
L'artiste, Victor Cracke, a disparu mais malgré le succès de son exposition, Ethan n'est pas décidé à en rester là.
Aidé d'un inspecteur à la retraite et de sa fille, il découvre que ces dessins évoquent trait pour trait plusieurs enfants assassinés bien des années plus tôt.
Mais où se cache donc Victor Cracke?

"Les Visages" était ma première expérience avec le livre audio et, je ne sais si cela tient à la spécificité dudit format ou à la densité de cette histoire, mais ce premier essai fut pour moi assez laborieux.
Le boîtier annonçait une durée totale de 14h. J'avais donc prévu une écoute étalée sur une semaine, à raison de 2h par jour. Que nenni !
Confortablement installée dans mon canapé, j'entamais ma première heure d'écoute.
Tandis que je me laissais happer par la voix du narrateur, j'ai rapidement cherché quoi faire de mes petites mains, chose que je n'arrivais pas vraiment à m'expliquer étant donné que ce genre de souci ne se pose pas lorsque je regarde un film.
La position de lectrice écoutant une histoire par l'intermédiaire d'un lecteur expose à une certaine passivité au sens où il n'y a pas d'"effort de lecture" comme c'est le cas lorsqu'il nous faut identifier chaque mot dans un livre papier.
Bref, au bout d'une heure, je lâchais l'affaire pour retourner à mon traditionnel objet "Guttenberg" comme dirait l'autre.
Ce roman a donc malheureusement fait l'objet d'une écoute saccadée et, en y pensant, je me dis que la (trop lente) progression de l'histoire a certainement joué un rôle dans ce découragement.
Je renouvellerai toutefois l'expérience, sans doute avec un livre plus court.

"Les Visages" apparaît comme la confession d'Ethan Muller, un trentenaire ressenti comme narcissique et cynique, du genre à porter un regard critique sur tout et sur tout le monde.
Etant donné que la narration se fait dans un style oral mené à la 1ère personne, j'ai trouvé qu'en ce sens le roman se prêtait plutôt bien à l'écoute.
Si au départ il est question d'une enquête, j'ai eu tendance à oublier cet aspect de l'histoire tant ce que je pensais être des digressions fusaient de toutes parts.
Plusieurs interludes interviennent dans le récit au point que je qualifierais aussi (et surtout) ce roman de saga familiale.
En effet, il est grandement question de la famille Muller et des ancêtres d'Ethan. Déconcertée au départ, je me demandais ce qui pouvait motiver l'auteur à dresser ses ponts généalogiques.
J'ai ensuite compris en quoi ils étaient liés à l'affaire qui occupait Ethan.
Mais je ne développerai pas cet aspect de l'histoire au risque de vous dévoiler le fil de l'intrigue.

Le lecteur suit donc Ethan dans son enquête qui va de pair avec une quête identitaire. Outre deux femmes qui lui causent bien des soucis, la vie d'Ethan semble être guidée par deux choses : la haine de son père et l'art, particulièrement celui de Victor Cracke vis-à-vis duquel il nourrit une véritable obsession.
Il n'est d'ailleurs pas rare qu'Ethan exprime son avis sur ce que devrait ou non être l'art en évoquant des personnalités telles que Duchamp ou Borgès et qu'il soulève toute la superficialité du milieu mondain dans lequel il évolue, un monde au sein duquel l'art se veut davantage perçu pour ce qu'il représente (financièrement) que pour ce qu'il est.

Mais l'enquête dans tout ça? Qu'en est-il de Victor Cracke, de ses dessins et des enfants assassinés? C'est justement là que le bat blesse selon moi.
J'ai trouvé la progression de l'enquête beaucoup trop lente, ennuyée que j'étais par les propos d'Ethan qui soulevaient davantage de nouvelles questions qu'ils n'apportaient de réponses.
A croire que le narrateur - Ethan -(et l'auteur) semblait trouver un malin plaisir à tirer cette histoire en longueur pour pouvoir monopoliser l'attention du lecteur le plus longtemps possible, ce qui concorde finalement assez bien avec l'égocentrisme d'Ethan.

J'ai trouvé l'écriture de Jesse Kellerman particulièrement soignée et précise (parfois un peu trop!), j'ai aimé le portrait de Victor Cracke ainsi que les considérations sur l'art en général mais mon enthousiasme s'est vu freiné par l'extrême lenteur de l'enquête. Dommage...

Plein d'autres avis chez BOB !

MERCI à de m'avoir offert ce livre !