17 novembre 2012

Petit oiseau du ciel - Joyce Carol Oates


Publié aux USA en 2009 et disponible en français depuis le 4 octobre dernier, "Petit oiseau du ciel" est le dernier roman de l'écrivaine américaine Joyce Carol Oates, notamment auteure des romans "Délicieuses pourritures", "Viol, une histoire d'amour", "Premier amour" , "Reflets en eau trouble" ou plus récemment du recueil de nouvelles "Le Musée du Dr Moses".

Le 12 février 1983 dans la petite ville de Sparta, Zoe Kruller est retrouvée morte étranglée dans son lit, le corps recouvert de talc.
Les rumeurs enflent. C'est qu'aux dires de certains, avec ses fréquentations et son train de vie douteux, Zoë allait finir par s'attirer des ennuis.
Très vite, les soupçons se portent à la fois sur son mari Delray Kruller, connu pour son caractère emporté et sa violence envers sa femme, et sur son amant Eddy Diehl, mari et père de famille respectable.
L'affaire restera irrésolue de même que les noms des suspects ne seront jamais blanchis.
La victime laisse derrière elle deux foyers animés par la haine vis-à-vis du camp adverse, brisés et divisés par le drame. Chacun se replie dans sa douleur.
Bien qu'il n'ait jamais été reconnu coupable, Eddy Diehl est chassé de sa maison par sa femme Lucillle qui, rongée par la honte, ne pardonne pas l'adultère, divorce et, sur ordonnance du tribunal, empêche son ex-mari de s'approcher de ses enfants.

" La trahison est ce qui fait mal. La trahison est la blessure la plus profonde. La trahison est ce qui reste de l'amour, quand l'amour a disparu." p.20

Si son frère Ben se rallie à sa mère, la jeune Krista Diehl veut croire à l'innocence de son père qu'elle continue de voir en cachette jusqu'à ce que le malheur frappe à nouveau.

" Les mystères avec lesquels on vit, enfant. Jamais élucidés, jamais résolus. Parfaitement banals, insignifiants. Comme un minuscule caillou logé dans votre chaussure, qui vous fait marcher de travers." p.97

Perdue, Krista s'amourache davantage du bad boy du lycée qui n'est autre qu'Aaron Kruller, le fils de Zoe Kruller qui retrouva sa mère étranglée dans sa chambre.
S'ensuit une confrontation intense que tous les deux n'oublieront jamais, même 17 ans plus tard lorsque Krista, partie loin de Sparta des années plus tôt, trouve un jour Aaron sur le pas de sa porte...

Aaaaaaaaah je ne me lasse décidément pas de Oates, de ces ambiances floues et malsaines dont elle a le secret, de ces situations qui ne devraient pas être mais flirtent pourtant avec l'interdit. Le contexte est pour ainsi dire toujours le même : une petite ville de l'Etat de New-York assombrie par la drogue, la corruption, l'alcool, les rumeurs, le racisme des Blancs vis-à-vis des Indiens, la violence d'adolescents qui ont grandi trop vite; une ville semblant être taillée pour la tragédie.
Et au milieu de tout ce foutoir, deux familles rivales, deux adolescents qui ne devraient même pas s'adresser un regard.
"Two households, both alike in dignity, In fair Verona Sparta, where we lay our scene, From ancient grudge break to new mutiny,"
La comparaison shakespearienne s'arrête là. La relation entre Aaron et Krista, si elle a tout d'impossible n'a rien de franchement romantique et renvoie plutôt à une spirale de sentiments contradictoires : fascination virant à l'obsession, désir déroutant de possession, source de tension, de frustration, de danger.
Krista sait qu'Aaron est le seul qui puisse la ramener à la vie, tout comme il pourrait la lui reprendre.
Mais contrairement à ce que le laisse croire la quatrième de couverture, cet aspect-là ne constitue pas le sel du roman, pas plus d'ailleurs que l'aboutissement de l'enquête sur le meurtre de Zoé Kruller (le coupable n'étant dévoilé que dans les toutes dernières pages).
Non, fidèle à elle-même, Oates s'attache surtout à la façon dont un drame intime brise et façonne plusieurs existences.
Au travers des voix d'Aaron et de Krista, elle tisse entre eux ce lien ténu qui tient dans leur histoire commune, dans leur relation particulière avec leurs pères, tous deux lunatiques et autoritaires, clamant leur innocence, dans l'effet de la rumeur et du doute sur leurs vies, dans ce même goût pour le danger et ce dégoût pour cette injustice au centre de leurs vies qui les empêche d'aller de l'avant.

Si vous cherchez une belle histoire d'amour ou un thriller haletant, passez votre chemin.
"Petit oiseau du ciel" apparaît avant tout comme un roman caractérisé par une psychologie du fond du fond complexe - comme toujours chez Oates - et servi par une écriture dense qui n'échappe pas à certaines répétitions (car si les récits de Krista et d'Aaron se succèdent, ils finissent par s'entrecroiser et donner lieu à certaines redites) mais n'enlève rien au vif intérêt que suscite ce roman.

MERCI à Babelio de m'avoir envoyé ce roman !

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16 commentaires:

  1. Cela fait longtemps que je n'ai pas lu de JC Oates, tu me donnes envie de m'y remettre... Avec sa vitesse de publication, j'ai un retard considérable !

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    1. Ah tu ne devrais pas être déçue par celui-ci ! Et pour le retard, je vois exactement ce que tu veux dire ^^ Aurons-nous le temps de lire toute son oeuvre ? Encore 19 titres dans ma PAL et je suis encore loin du compte :P

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  2. Ahlala, tellement de Oates en retard ! Je note celui-là, comme tous les autres. Et on verra bien quand je le lirai...

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    1. Pareil, je note, j'achète et ça n'en finit jamais :P

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  3. Je suis justement en train de lire un livre d'Oates, qui est en train de me réconcilier avec l'auteur. Le titre dont tu parles m'intéresse aussi, je note :)

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    1. Je vais aller voir chez toi, tu as du publier ton billet entretemps :)

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  4. Rhaaaaa moi aussi j'adore et je ne me lasse pas. Un très bon cru il me semble et je suis d'accord avec Kathel, on a du mal à suivre !

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    1. Ouep, surtout qu'en plus des Oates, il y a aussi les romans signés Lauren Kelly et les Rosamond Smith ^^

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  5. Parfois j'aime, parfois moins, parfois pas du tout. Chaque roman est vraiment très différent, je trouve. Mais tu es une vrai addict, maintenant.

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    1. Oui c'est vrai que je suis addict :P Je n'ai jamais détesté l'un de ses romans mais il est vrai que certains sont moins bons que d'autres. Pour ma part, j'avais été très déçue par "Reflets en eau trouble".

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  6. Je suis justement en train de le terminer et j'aime!

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    1. Je vais voir si tu as publié ton billet :)

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  7. Et que de critiques élogieuses sur ce roman! Je le note mais pour plus tard. Je suis dans un roman aux accents "oatesiens" (?): "So much pretty" de Cara Hoffman.

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    1. Oh je ne connais pas du tout, je vais aller voir de quoi il en retourne. "Les accents oatesiens" suffisent à attiser ma curiosité ^^

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  8. J'ai découvert JC Oates cet été et ce fut un véritable coup de coeur, je vais tenter de tous les lire ;-) y compris celui-ci qui me tente bien.

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    1. Tous les lire ? :) Tu me raconteras hein dans 10 ans :P

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