28 octobre 2012

Mon amour bleu - Edith Piaf


Publié en 2009 et disponible en poche depuis le 22 août, "Mon amour bleu" rassemble pas moins de 50 lettres et télégrammes rédigés par la chanteuse Edith Piaf à l'attention du champion cycliste Louis Gérardin, devenu son amant 2 ans après le décès de son grand amour Marcel Cerdan.
1951. Edith Piaf est au sommet de sa gloire et chante "Padam...Padam", "Plus bleu que tes yeux" ou encore "Jézebel".
Elle fait la rencontre de celui qu'elle nommera durant un an dans l'intimité "m'amour", "mon adoré", "ma gueule chérie" ou encore "mon maître adoré".
Les sobriquets ne manquent pas, tout comme les compliments qui pleuvent littéralement dans chacune de ses missives pour exprimer le respect, l'admiration aveugle, le dévouement absolu pour ce bellâtre aux yeux lagons mais surtout le désespoir d'une femme qui s'offre toute entière à cet homme marié qui ne semble pas décidé à quitter sa femme.

Cécile Guilbert, qui signe la préface du présent ouvrage, souligne avec raison les nombreuses similitudes unissant Louis Gérardin à Marcel Cerdan, également sportif de haut niveau, aimé des femmes et marié.
Aurait-elle fait un transfert (s'est demandée la psychologue de comptoir qui sommeille en moi) ?
Mais alors que Cerdan semblait prêt à donner une chance à leur amour (c'est d'ailleurs au cours du vol qui le ramenait définitivement à Piaf qu'il trouva la mort), "Toto" semble plus qu'indécis.
Si le recueil ne contient que les écrits de Piaf, on sent bien à travers l'obstination désespérée qui se dégage de ses lettres que la chanteuse ne sait plus comment convaincre son amant de la préférer à sa femme.
Et ce n'est pourtant pas faute d'essayer (euphémisme) !
Si le début donne l'impression qu'elle tend à prouver son amour à Louis, on comprend assez rapidement que c'est surtout elle-même qu'elle cherche à rassurer et, devant tant de harcèlement d'acharnement (plusieurs lettres par jour), qu'elle se sent constamment en danger et soucieuse de le perdre d'un jour à l'autre.
Chaque lettre sonne alors comme une supplication, un énième cri du coeur qui ne trouve guère d'écho puisqu'elle se plaint fréquemment que Louis ne lui écrit jamais.
Les mots sont forts pour s'adresser à celui qu'elle a mis sur un piedestal et pour lequel elle cherche à se corriger, s'en remettant à son seul jugement pour s'améliorer et ainsi mériter son amour.

" J'ignore ce qu'est le paradis mais pour moi, il ne peut y avoir de plus grand bonheur que celui d'être ta femme devant Dieu ! Donc mon grand ne fais rien pour le moment, cesse de te tourmenter, reste avec Bichette et je me contenterai de ce que tu voudras bien me donner ! N'ai-je pas déjà énormément en sachant que tu m'aimes, que tu ne veux pas me perdre, que tu es bien quand tu es avec moi ! Oh si, mon amour, j'ai déjà beaucoup en occupant une place dans ton coeur chéri, enferme-moi bien dedans, sois égoïste avec moi, c'est la seule façon pour moi d'être heureuse.
Sois très exigeant, les larmes que tu me fais verser, je t'en remercie, tout ce qui vient de toi est bien; je veux être entièrement sous ta domination, je t'en supplie mon adoré, sois affreusement égoïste avec moi." p.111
J'ai toujours imaginé en Piaf une indéfectible romantique, une amoureuse de l'Amour, capable de le réinventer sans cesse avec un autre, d'enchaîner les relations en reprenant toujours tout à zéro tout en paraissant sincèrement éprise à chaque fois.
Si elle n'écrivait pas ses chansons, elle les incarnait totalement sur scène et à en juger par ma lecture des coulisses de sa vie intime, je comprends mieux pourquoi.
Ai-je pour autant apprécié cette lecture ? Pas vraiment. J'ai découvert une femme exubérante, effrayante d'abnégation, exigeante, insatiable voire même carrément obsessionnelle, une femme qui m'a touchée dans ses intentions mais surtout beaucoup agacée (rien ne devrait être pathétique en amour mais j'avoue que ce mot-là m'a traversé l'esprit) par sa prose dégoulinante mais surtout TRES répétitive.
Rien ne permet de dire que cette relation ait été à sens unique mais on l'imagine toutefois bien lourde à porter pour Girardin, fatigué de ces chassés croisés amoureux, coincé entre la pression mise par Piaf et la jalousie de sa femme, lâche au point d'attendre que cette maîtresse qui se consume d'amour pour lui s'éteigne d'elle-même, lui évitant ainsi de devoir choisir.

" Tu as toujours tout fait pour me perdre et tu continues" p.117

Et c'est effectivement ce qui finira par se passer lorsque deux mois après sa dernière déclaration, Piaf lui écrira pour lui annoncer son mariage avec Jacques Pills : " c'est qu'à force de vivre près de quelqu'un qui est tendre, gentil et plein d'attentions on se laisse prendre".
Et parce que l'Amour était son moteur, il y en eut d'autres, Davis, Moustaki et son dernier mari, Théo Sarapo avec lequel elle interpréta sur scène "A quoi ça sert l'amour ?" qui résume parfaitement sa conception de l'amour et son chemin de vie.



Il est parfois des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir. Si j'admire toujours autant l'artiste, je me serais bien passée de ce portrait de femme...


12 commentaires:

  1. Elle n'avait pas la réputation d'être facile du tout de caractère, en plus l'alcool ne devait rien arranger .. je préfère m'en tenir à ses chansons.

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    1. Je savais qu'elle était excessive dans certains domaines mais je ne m'imaginais pas qu'elle puisse être aussi exubérante en amour. Moi aussi j'aurais du m'en tenir à ses chansons...

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  2. Un peu pathétique finalement.

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    1. Oui, je m'en veux d'avoir songé à ce mot-là durant ma lecture mais je dois bien reconnaître qu'à lire, c'est plutôt agaçant.

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  3. Ouf, j'ai cru qu'elle avait commis un livre...

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  4. Ton article est passionnant. Le portrait de Piaf qui a l'air de se dégager de ce livre ne fait pas vraiment envie...

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    1. Non, j'aurais préféré m'en tenir à l'artiste

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  5. Ahem, sauf erreur de ma part le prénom de Cerdan était Marcel et pas Michel… Sinon je crois que je me garderai bien de juger l'attitude de quiconque est amoureux, cela relève tellement de l'irrationnel, sans parler du fait que ces lettres sont le reflet d'une autre époque et n'étaient pas destinées à être publiées.
    C'était ma première visite ici, j'arrive de chez Edwige, celle qui crée des trucs :-)

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    1. Hum...effectivement. Ca m'apprendra à rédiger un billet à une heure tardive. j'ai corrigé l'erreur, merci :)
      Tu as raison et je me suis sentie très mal à l'aise dans mon ressenti par rapport à cette correspondance. Comme indiqué, j'ai été sensible à la détresse de cette femme mais à lire, je maintiens que tout cela est très fastidieux car redondant.
      Avec le recul, je me dis que ces lettres n'auraient jamais du être publiées.

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  6. Je suis extrêmement gênée à la fois par le fait de publier une correspondance privée et destinée à le rester (qui plus est visiblement "hors contexte") et par le fait de la lire... Le/la lecteur/trice est de facto positionné(e) en position de voyeur/euse et de juge. Un livre ne devrait pas servir à ça.

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    1. Tu as raison mais il faut dire aussi qu'en achetant ce recueil, je m'attendais à toute autre chose. Des lettres qui auraient pu être des textes de chansons, une belle correspondance littéraire comme celle de Yeats ou Sand et Musset.
      Je ne m'attendais pas à être exaspérée à ce point là par ce que j'ai lu et je regrette cette lecture qui au final ne m'aura rien apporté.
      Cette correspondance a fait son apparition en 2009 aux enchères chez Christie's. Personne n'en avait jamais entendu parler avant, de même que de cette relation.
      Difficile donc de demander à Piaf son accord. Sans doute valait-il mieux s'abstenir de publier ces lettres...

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