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23 septembre 2010

L'importance d'être constant - Oscar Wilde


"L'importance d'être constant" est la dernière pièce de théâtre, écrite en 1895, de l'écrivain et dramaturge irlandais Oscar Wilde.
"L'importance d'être constant" est l'histoire d'une double imposture. Alors qu'Algernon Moncrieff s'apprête à recevoir sa tante Lady Bracknell et sa cousine germaine Gwendolen Fairfax, son ami Constant Worthing débarque à l'improviste et prétend vouloir épouser Gwendolen.
Algernon lui demande alors des explications sur une certaine Cecily dont le nom figure sur l'étui à cigares de Constant.
Les deux hommes se rendent compte que pour échapper à certaines de leurs obligations, ils existent tous deux sous une double identité : Constant se fait prénommer Jack à la campagne et Algernon à la ville devient quant à lui Bunbury.

" J'adore les ennuis. Il n'y a que cela de sérieux." p.103

J'ai adoré retrouver les personnages de cette succulente comédie ! Wilde s'attaque avec un humour inégalable aux coutumes et institutions de ce microcosme qu'est la haute société anglaise à l'époque victorienne et dont il s'attache à souligner la superficialité et l'hypocrisie.
Religion, mariage, famille, propriété privée, argent. Sous le couvert de l'absurde, l'auteur glisse dans la bouche de ses personnages des considérations sur ce qu'il estime être des obstacles au bonheur et à la liberté de tout un chacun.

" Je ne vois pas très bien ce qu'il y a de romantique à faire une demande en mariage. C'est très romantique d'être amoureux. Mais il n'y a rien de romantique dans une demande en bonne et due forme. Après tout, on peut toujours vous dire oui ! Et c'est ce qui se produit, je crois, la plupart du temps. Après, la flamme retombe. L'essence même d'une histoire d'amour, c'est l'incertitude.
Si jamais je me marie, je suis certain que je ferai tout pour l'oublier." p.57

" La famille ne prête jamais d'argent et ne fait jamais crédit, même quand on a du génie. Elle fait penser au public, mais en pire." p.91

" Toutes les femmes finissent par ressembler à leur mère : voilà leur drame. Mais cela n'arrive jamais aux hommes : voilà le leur." p.93

" Mon cher, il est bien plus intelligent de dire des sottises que d'en écouter, et c'est également beaucoup plus rare, en dépit de ce que peut dire tout un chacun." p.195

" Je vous dirais franchement que je ne suis pas favorable aux longues fiançailles. Elles donnent l'occasion de découvrir la personnalité de son futur époux avant le mariage, ce qui, selon moi, est toujours à déconseiller." p.211

Adeptes de la farce et du second degré, je vous recommande vivement cette pièce pour ses quiproquos, son humour décapant et la finesse de ses dialogues ! Si vous avez l'occasion de la découvrir en anglais (ou en version bilingue comme ce fut mon cas), n'hésitez pas !

J'ajouterais que son adaptation cinématographique, réalisée par Oliver Parker en 2003, est particulièrement réussie !



D'autres avis : Karine:) - Manu

30 juillet 2010

Le Prince heureux et autres contes - Oscar Wilde


"Le Prince heureux et autres contes" est un recueil de contes (Non? Si!) publié en 1888 et signé Oscar Wilde, écrivain irlandais célèbre pour ses pièces de théâtre (je vous recommande d'ailleurs vivement "L'importance d'être Constant" !) et son fameux roman "Le Portrait de Dorian Gray".
Ce recueil se compose de 3 textes : "Le jeune roi", "Le Pêcheur et son âme" et "Le Prince heureux".

Le jeune roi nous conte les rêves successifs d'un jeune homme de 16 ans durant la nuit précédant son couronnement.
Sensible à la beauté et à l'art, le jeune roi met un point d'honneur à bénéficier des plus beaux atours, quitte à envoyer ses hommes dans les régions les plus reculées du monde, pourvu qu'ils ne reviennent pas les mains vides.
Il découvrira que même l'opulence ne s'obtient pas sans y mettre le prix...

Dans Le Pêcheur et son âme, un pêcheur décide de se séparer de son âme afin d'être libre d'aimer une jolie sirène. Alors que tous deux coulent des jours heureux, l'âme du pêcheur rappelle son maître une fois par an afin de lui raconter ses voyages et lui vanter toutes les splendeurs dont elle s'est délecté.
Mais alors qu'il s'obstine dans le refus d'abandonner sa femme poisson au profit des joies de la terre ferme, le pêcheur finit toutefois par céder aux tentations de son âme...

Le Prince heureux est l'histoire d'une amitié entre une hirondelle et une statue recouverte d'or et de rubis. Alors que le Prince heureux déplore que la ville abrite tant de personnes malheureuses et désargentées, l'hirondelle le prend en pitié et se charge, à sa demande, de distribuer ses décorations aux plus nécessiteux. Mais les bonnes actions sont-elles toujours récompensées?

Si je connaissais Oscar Wilde pour son roman et ses pièces de théâtre (lisez impérativement "L'importance d'être Constant"! Ah c'est vrai, je l'ai déjà dit), j'ignorais tout de ses contes.
Nul besoin cependant d'en savoir beaucoup sur le bonhomme que pour ne pas déceler ce style très poétique (et dans ce cas-ci surchargé) qui le caractérise.
Trève de bavardage. Des extraits valent souvent mieux qu'un long discours.

" Elle était taillée dans l'ivoire, et sa taille était deux fois celle d'un homme. Elle avait sur le front une chrysolite et ses tétons étaient barbouillés de myrrhe et de cinname. Dans une de ses mains elle tenait un sceptre à crosse en jade, et dans l'autre, un cristal rond. Elle portait des cothurnes de bronze, et son cou épais était entouré d'un cercle de sélénites." p.58

" Des émeraudes vertes toutes rondes étaient rangées en ordre sur de minces plaques d'ivoire, et dans un coin il y avait des sacs de soie, remplis, les uns de turquoises, et les autres de béryls. Les cornes d'ivoire étaient bourrées d'améthystes pourprées, et les cornes de bronze, de calcédoines et de sardoines. Les piliers, qui étaient de cèdre, étaient tendus de guirlandes de pierres-de-lynx jaunes. Dans les boucliers plats et ovales il y avait des escarboucles, couleur de vin et couleur d'herbe. Et je ne t'ai encore dit que le dixième de ce qu'il y avait là." p.66

Je ne sais pas si vous avez déjà assisté à un cours d'histoire de l'art (dans mon cas, le cours était appelé "cours d'esthétique", intitulé qui faisait marrer les autres classes qui pensaient que mes camarades et moi passions nos deux heures de cours à nous maquiller...).
Bref. Durant ce fameux cours, notre professeur avait l'habitude de nous passer des diapositives qu'il se chargeait de commenter (abondamment).
Hé bien ces 3 contes d'Oscar Wilde m'ont fait repenser à ces longues heures d'abord passionnantes puis devenues ronflantes à mesure que je me noyais dans cette surabondance de détails pour ne retenir finalement pas grand chose des oeuvres en question.
Couleurs, étoffes, matières, pierres précieuses, décors,...En véritable esthète qu'il était et à travers un vocabulaire des plus recherchés, Wilde s'est attaché à souligner la beauté du moindre objet.
Mais si les détails ajoutent incontestablement au merveilleux, je suis d'avis que, présentés en surnombre, ils contribuent également à soumettre à leur volonté l'imagination du lecteur, voire à l'ennuyer prodigieusement (ce fut mon cas).

Passé ces considérations esthétiques, il y a là de jolies histoires largement inspirées des contes classiques en ce qu'elles présentent de nombreuses caractéristiques communes, tant au niveau de la forme (linéarité du temps, répétitions) que du fond (distinction claire entre le bien et le mal, héros naïfs).
S'immisce en chacune d'elles une même morale qui nous enseigne que même les actions les plus charitables ne sont pas toujours récompensées comme on s'y attendrait.
Car, au-delà des 3 couches de merveilleux que Wilde s'emploie à utiliser, l'auteur joue les contrastes en dressant un tableau très réaliste de son époque et de ses croyances liées à l'âme, la religion, l'amour, la différence, la richesse, la misère et la mort.

" Emportez ces objets, dit-il, et cachez-les à mes yeux. Bien que ce soit le jour de mon couronnement, je ne les porterai point. Car c'est sur le métier de la Douleur, et par les mains blanches de la Souffrance, qu'a été tissée ma robe que voici. Il y a du Sang dans le coeur du rubis, et de la Mort dans le coeur de la perle. " p.31

" Une fois au cours de sa vie, un homme peut renvoyer son Ame, mais celui qui reçoit son âme en retour doit la garder avec lui à jamais, et c'est là son châtiment et sa récompense." p.71

Un avis en demi-teinte...(mais n'hésitez pas à vous procurer "L'imp...")

12 juin 2010

Lettres à Fanny - John Keats


"Lettres à Fanny" est un recueil de 37 lettres signées du poète anglais John Keats et adressées à Fanny Brawne, une femme qu'il n'aura pu aimer que durant les deux dernières années de sa vie.
La correspondance qui nous est présentée ici est à sens unique, les lettres de Fanny ayant été détruites par le poète juste avant sa mort.
La première lettre est datée du 1er juillet 1819. Fanny et John se sont déjà avoués leurs sentiments mais la maladie a forcé le poète à quitter Hampstead pour se reposer sur l'île de Wight.
Cette séparation cause une intense douleur au poète qui fait souvent montre de jalousie à l'idée que Fanny se voit courtisée par d'autres hommes que lui.
L'attente de la guérison tout comme celle de voir son talent enfin reconnu par ses pairs sont autant d'obstacles au bonheur des amants.
Durant les deux années que durera leur relation principalement vécue à distance, Fanny Brawne et John Keats n'auront de cesse que de se rassurer sur la constance de leur amour, en entrevoyant une félicité que la vie ne leur accordera que trop peu.

Les lettres de John Keats mettent en lumière la fragilité comme la profonde sensibilité du poète, un homme qui fait figure d'éternel angoissé dont l'état de santé précaire influence bien souvent les propos. L'homme en devient agaçant par moments mais comment ne pas lui pardonner en regard d'une telle écriture?

" Je voudrais tant que vous puissiez instiller dans mon coeur un peu de confiance en la nature humaine... Je ne parviens pas à en rassembler même un soupçon; le monde est trop brutal pour moi, je suis heureux qu'il existe un endroit tel que la tombe; je suis persuadé que je ne connaîtrai pas la tranquillité avant d'y reposer.
Quoi qu'il en soit, je vais m'octroyer la satisfaction de ne plus jamais revoir Dilke, Brown ou l'un de leurs amis. Je voudrais être ou bien dans vos bras empli de confiance, ou bien frappé par la foudre. " p.134
Une magnifique correspondance romantique au service d'une histoire d'amour pure, contrariée, intense, impossible.

" Dites, mon amour, s'il n'est pas très cruel à vous de m'avoir ainsi pris dans vos filets, d'avoir détruit ma liberté. L'avouerez-vous dans la lettre que vous devez sur-le-champ m'écrire et où vous devez par tous les moyens me consoler; quelle soit aussi envoûtante qu'une bouffée de pavots et me fasse tourner la tête; tracez les mots les plus doux et baisez-les, que je puisse du moins poser mes lèvres là où les vôtres ont été.
Quant à moi j'ignore la manière de témoigner mon ardeur à une personne d'une telle beauté; il me faudrait un mot plus éblouissant qu'éblouissante, plus magnifique que magnifique.
J'en viendrais presque à souhaiter que nous fussions papillons dotés seulement de trois journées d'été à vivre - ces trois jours avec vous, je les emplirais de plus de délices que n'en pourraient jamais receler cinquante années ordinaires." p.43

Je dois avouer que pour une fois, j'ai commencé par visionner le film avant de m'atteler à la lecture. Et grand bien m'en a pris finalement car il m'a permis de m'imprégner du contexte entourant cette oeuvre épistolaire et de l'apprécier ainsi en connaissance de cause !

Le film

Sorti sur nos écrans en janvier de cette année, "Bright Star" est signé Jane Campion, scénariste et réalisatrice néo-zélandaise à qui l'on doit notamment "La leçon de piano".
Le film retrace les dernières années de la vie de John Keats et débute en 1818. John Keats alors âgé de 23 ans essuie de nombreuses critiques quant à son recueil de poésie, "Endymion".
S'ajoute à la détresse du poète la maladie de son frère qui occupe toutes ses pensées.
D'ordinaire insensible à toute forme de poésie, Fanny Brawne n'en est pas moins touchée par les mots du poète qui l'intrigue autant que l'homme. Les deux jeunes gens tombent éperdument amoureux.
Mais tandis que le jeune couple commence à peine à goûter aux joyeuses prémisses de l'amour, John Keats contracte la tuberculose et se voit contraint de renoncer à la rudesse de l'hiver anglais pour rejoindre l'île de Wight dont il finira par revenir quelques mois plus tard, pour repartir ensuite vers Rome.
Prisonniers d'un amour dont même la distance ne saurait diminuer l'intensité, les deux amants vivront leur idylle tant bien que mal, malgré la sombre fatalité qui pèse sur leur avenir et qui ne prendra fin qu'à la mort du poète en 1821, alors qu'il n'avait que 25 ans.

" A thing of beauty is a joy forever "

Des paysages anglais tous plus enchanteurs, des dialogues à couper le souffle servis par des acteurs de talent, de nombreux extraits issus de la correspondance de Fanny et John.
Que dire si ce n'est que ce film est un petit bijou qui a su aisément conquérir mon coeur de guimauve et m'a fait verser plus d'une larme (particulièrement la scène des papillons morts pour ceux qui ont vu le film...).

Du coup, j'ai bien envie de découvrir l'oeuvre du bonhomme même si, comme certains le savent, je suis loin d'être une amatrice de poésie. Après tout qui sait si, à l'image de Fanny, je saurai entendre ces mots-là :)






31 décembre 2009

Lady Susan - Jane Austen


"Lady Susan" est un court roman épistolaire, oeuvre de jeunesse rédigée en 1793 par la célèbre romancière anglaise Jane Austen.
A travers une quarantaine de lettres, Jane Austen dresse le portrait de Lady Susan Vernon, une jeune veuve aussi peu éplorée qu'elle est mauvaise mère...
Alors que Lady Susan rejoint son frère Charles Vernon à Churchill, elle y fait la rencontre de Réginald de Courcy, le frère de sa belle-soeur Catherine Vernon.
Sa belle-soeur, qui n'a jamais pu supporter Lady Susan, tente par tous les moyens d'éloigner son frère de la maison avant qu'il ne s'entiche réellement de cette veuve sans scrupules.
De son côté Lady Susan, avec la complicité de son amie Alicia Johnson, multiplie les ruses afin de marier sa fille Frederica, qu'elle a préféré envoyer en pension plutôt que de veiller elle-même à son éducation, à Sir James Martin, un homme dénué d'intelligence mais néanmoins un bon parti.

Comme il s'agit d'un roman épistolaire (court de surcroît), le lecteur fait la connaissance des différents personnages au même moment qu'il découvre leurs lettres, ce qui suscite une certaine confusion des noms au début ( c'est d'ailleurs ce que reprochent généralement certains lecteurs au genre épistolaire).
Heureusement, les personnages sont suffisamment récurrents et bien décrits que le lecteur a tôt fait de comprendre qui est qui.
Autant dire que ça caquette à tout-va dans ce roman! 11 ans après "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos, Jane Austen a trouvé en Lady Susan sa marquise de Merteuil.
Voici une manipulatrice hors-pair qui a pour seul souci la bienséance et parvient à mettre tout le monde à ses bottes par le simple usage de la parole.
Tout le monde à l'exception de sa belle-soeur et de sa propre fille qui n'ont foi en sa prétendue sincérité car, contrairement à tous les autres, Lady Susan s'est conduite avec elles de manière ouvertement méprisante.
Plusieurs fois je me suis surprise à prononcer à haute voix "Oh la garce!" tout en souriant de l'ingéniosité de ses manigances et multiples pirouettes. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle a un sacré toupet!

"Certaines mères auraient insisté pour obtenir de leurs filles l'acceptation d'une offre aussi avantageuse dès les premières ouvertures.
Moi, je n'ai pu en conscience contraindre Frederica à un mariage auquel son coeur refusait de se soumettre et, au lieu d'avoir recours à des mesures aussi rigoureuses, je me propose seulement de l'incliner à ce choix en rendant sa vie parfaitement insupportable aussi longtemps qu'elle n'aura pas accepté ce parti.
Mais assez sur le chapitre de cette fille assommante." p.25


"Humilié comme il l'est à présent, je ne peux lui pardonner une telle manifestation d'orgueil, et je me demande si je ne devrais pas le châtier en le congédiant sur-le-champ après la réconciliation que voilà, ou encore en l'épousant et en le faisant enrager toute la vie." p.85

Bien que j'ai beaucoup apprécié ce roman, j'ai tout de même deux remarques :

- J'ai trouvé certaines phrases extrêmement longues. Je pense surtout à certaines lettres dans lesquelles furent reproduits des dialogues que j'ai eu un certain mal à imaginer prononcés oralement tant leur longueur était impressionnante.

- Je m'attendais à une dernière lettre en guise de conclusion, non à une fin abrupte appelée d'ailleurs "conclusion" et visant à donner le point de vue de l'auteur sur ses personnages façon "moralité de l'histoire".

Cela étant dit, je reste béate d'admiration vis-à-vis de la qualité stylistique de ce roman écrit alors que l'auteure avait à peine 18 ans.
J'ai d'autant plus hâte de relire "Orgueil et préjugés"!

D'autres avis chez BOB!

9 décembre 2009

Un chant de Noël - Charles Dickens


"Un chant de Noël", également connu sous le nom d' "Un conte de Noël" ou, plus récemment, sous celui du "Drôle de Noël de Scrooge" est un conte rédigé en 1843 par l'écrivain britannique Charles Dickens.
Nous faisons connaissance avec Ebenezer Scrooge, un vieil agent de change aussi pessimiste que radin, qui s'apprête à... ne pas fêter Noël, une "sottise" dont il n'a que faire.
Alors que Scrooge rentre à la maison le soir du réveillon, celui-ci tombe nez à nez avec le fantôme de Marley, son ancien associé décédé 7 ans plus tôt, qui lui annonce les visites de 3 spectres prévues dans les nuits à venir.
La nuit suivante arrive donc "L'Esprit de son dernier Noël" qui l'emmène revisiter quelques souvenirs marquants de son passé.
Vient ensuite "L'Esprit de Noël présent" (qui lui fait partager le réveillon de son commis sous-payé) auquel succèdera tout naturellement celui du futur qui lui présage une bien triste fin de vie.
Durant ces trois nuits, Scrooge va peu à peu prendre conscience d'être passé à côté de l'essentiel et qu'à trop vouloir s'enrichir en faisant fi des autres, il risque de finir seul pour le restant de ses jours.

"Un chant de Noël" est un conte qui se lit comme une fable, tant la défense de la morale se devine à chaque page.
La fin est assez prévisible : le méchant deviendra un gentil. A moins que le méchant ait en fait un bon fond au départ, malmené par les vicissitudes de la vie et réveillé par la visite de ces 3 spectres.
Bien que les 3 fantômes se révèlent à Scrooge dans le but d'une prise d'une conscience, ceux-ci ne lui font jamais ostensiblement la leçon.
Au contraire, ils se contentent de lui montrer certains morceaux choisis, passés, présents et à venir et font ainsi en sorte que la réflexion et le repentir viennent de lui.

" Alors Scrooge redoubla d'attention quand le maître du logis, sur lequel s'appuyait tendrement sa fille, s'assit entre elle et sa mère, au coin du feu; et quand il vint à penser qu'une autre créature semblable, tout aussi gracieuse, tout aussi belle, aurait pu l'appeler son père, et faire un printemps du triste hiver de sa vie, ses yeux se remplirent de larmes." p.55

Néanmoins, on peut se demander si le vieil homme en serait venu à un tel cheminement sans l'intervention des 3 spectres.
J'en doute...et c'est bien là la seule chose que je reproche à l'auteur, la facilité.
Je crois que certaines personnes auraient en effet besoin qu'on leur mette les pieds dans leur m**** pour réagir et envisager le changement et il est bien dommage que la possibilité offerte à Scrooge par l'auteur ne puisse être d'application en réalité.
Je pense donc qu'il vaut mieux apprécier cette lecture pour son côté fantastique en privilégiant l'intention au procédé.
Examinée sous ce point de vue, la lecture de ce conte fut des plus agréables!
Dickens a pour lui un merveilleux talent de conteur assorti d'une plume qui fera la joie des petits comme des grands!

A noter que "Le chant de Noël" a inspiré plus d'un film, notamment "Le Drôle de Noël de Scrooge" sorti récemment.



Le Noël de Mickey



"Hanté par ses ex" sorti en juin de cette année et dont j'avais déjà parlé ici







D'autres avis : Karine:) - Chaplum - Cuné - Lilly et ses livres - Praline - Lasardine - Heclea - Thalia - Jess et d'autres à venir sur Livraddict!

"Un chant de Noël" était une lecture commune organisée par dans le cadre de son Book Club de décembre.
Il est également le second titre lu pour le Challenge English classics de Karine:) et le Challenge J'aime les classiques de Marie-L.



31 octobre 2009

Jane Eyre - Charlotte Brontë


"Jane Eyre" est le nom du personnage central de cette histoire qui nous emmène en Angleterre (et non en Irlande comme le laisse faussement croire le nom de l'héroïne) à l'époque victorienne.
Jane revient sur ses années de jeunesse, sur cette veuve insensible qui fut sa tante et sa tutrice, sur son adolescence passée entre les murs de l'orphelinat Lowood ainsi que sur cet homme, Mr Rochester, dont la rencontre la marquera à tout jamais.

"Jane Eyre" commence comme une histoire de Cendrillon.
A la mort de ses parents, Jane se voit confiée à son oncle mais celui-ci décède rapidement et la petite fille se voit dépendante du bon vouloir de sa tante et de ses enfants.
De ses années passées au château de Gateshead Jane se souvient de son cousin John Reed qui la martyrisait et de ses soeurs indifférentes à sa condition mais surtout de cette tante qui l'héberge à contre-coeur, prisonnière d'une promesse faite à son défunt mari et incapable d'aimer cette petite fille qu'elle choisit d'envoyer à l'orphelinat Lowood afin de ne plus l'avoir à portée de vue.

" Toutes les violentes tyrannies de John Reed, toute la hautaine indifférence de ses soeurs, toute l'aversion de sa mère, toute la partialité des domestiques remontèrent à la surface de mon esprit agité comme un dépôt noirâtre dans un puits troublé. Pourquoi devais-je toujours souffrir, toujours être rabrouée, toujours accusée, condamnée sans cesse? Pourquoi ne pouvais-je jamais plaire? Pourquoi était-ce en vain que j'essayais de gagner les faveurs de quiconque? " p.37

La lecture des 4 premiers chapitres suscite chez le lecteur contemporain un profond sentiment d'injustice oscillant entre pitié et indignation vis-à-vis de cette enfant persécutée à tort comme il est souvent de mise dans les contes (la scène de la "chambre rouge" est à cet effet des plus révoltantes).
Les chapitres suivants évoquent les débuts de Jane à Lowood et dépeignent la précarité de l'établissement, l'alimentation minimale, la discipline exacerbée sous le couvert de la religion avec tout son lot d'hypocrisie et d'injustice et dont Mr Brocklehurst, gérant de l'orphelinat, se veut le plus fier représentant.
Heureusement Jane trouve le réconfort en la personne de Melle Temple, directrice de l'orphelinat, ainsi qu'auprès d'Helen Burns qui restera longtemps sa seule amie.
Bien que Jane se montre d'une nature docile, la jeune femme ne cache toutefois pas ses positions.

" Mais j'ai en moi une conviction, Helen : il faut que je déteste ceux qui, quoique je fasse pour leur plaire, persistent à me détester; il faut que je résiste à ceux qui me punissent injustement.
C'est pour moi aussi naturel que d'aimer ceux qui me montrent de l'affection, ou de me soumettre au châtiment quand je le trouve mérité. " p.101

Le début du chapitre 10 nous informe que huit années se sont écoulées depuis l'arrivée de Jane à Lowood, la jeune femme semble s'être accommodée de la vie monotone à l'orphelinat où elle exerce le métier de professeur.

" Je n'avais eu aucune communication épistolaire ou verbale avec le monde extérieur. Les règles scolaires, les tâches scolaires, les habitudes et les idées scolaires, ainsi que les voix, les visages, les formules, les costumes, les préférences et les antipathies scolaires : voilà ce que je connaissais de l'existence." p.143

Du moins est-ce le cas en apparence car la jeune femme souhaite en réalité voir du pays, sortir des murs de Lowood pour se mettre au service d'une autre maison.
Elle réussit à obtenir un poste de gouvernante à Millcote au manoir de Thornfield où elle est chargée de l'éducation d'Adèle Varens, pupille du maître des lieux, Mr Rochester.
Jane Eyre découvre un homme mystérieux souvent parti en voyage, d'humeur changeante et peu habile aux formules de politesse qu'il qualifie de "vieilles dames simples d'esprit".
En dépit de sa rudesse, Jane se sent irrémédiablement attirée par cet homme.
Une complicité naît au fil des jours entre la gouvernante de plus en plus jalouse et son maître qui finit par lui déclarer son amour et la demander en mariage ( scène où il la fait d'ailleurs bien tourner en bourrique!).

" Avec les femmes qui ne me plaisent que par leur visage, je suis le diable incarné quand je m'aperçois qu'elles n'ont ni âme ni coeur, quand elles me découvrent une perspective de platitude, de banalité ou même de sottise, de grossièreté et de mauvais caractère; mais envers l'oeil clair et la langue éloquente, envers l'âme de feu et le caractère qui plie mais ne rompt pas, le caractère à la fois souple et ferme, docile et cohérent, je suis à tout jamais tendre et fidèle.
- Avez-vous jamais rencontré un tel caractère, Monsieur? Avez-vous jamais aimé un tel être?
- Je l'aime en ce moment. " p. 406 (suivi du sourire niais de la lectrice)

Malheureusement pour Jane, Mr Rochester semble avoir oublié un léger détail, il est déjà marié et sa femme est bien vivante, enfermée par ses soins au plus haut étage du manoir.

" Je contemplais mes désirs chéris, hier si florissants et lumineux; ils étaient étendus, cadavres roides, glacés, livides, à qui rien ne pourrait jamais rendre vie. Je contemplais mon amour : ce sentiment qui appartenait à mon maître et qu'il avait créé; il frissonnait dans mon coeur, comme un enfant malade dans un berceau trop froid : la souffrance et l'angoisse s'étaient emparées de lui; il ne pouvait plus se réfugier dans les bras de Mr Rochester et se réchauffer contre sa poitrine. " p.459

Accablée par le chagrin, Jane quitte précipitamment le manoir et est retrouvée dans un état catatonique par les demoiselles Rivers et leur frère Saint-John (dont elle apprendra plus tard qu'ils sont de la même famille) qui lui offrent un poste d'institutrice au village.

" Je ne dois pas oublier que ces petites paysannes mal fagotées valent autant, par la chair et le sang, que les rejetons de la plus noble généalogie, et que les germes naturels de l'excellence, du raffinement, de l'intelligence, des bons sentiments, ont autant de chance d'exister dans leur coeur que dans celui des filles les mieux nées." p.553

Suite à la mort de sa tante, Jane apprend qu'elle hérite d'une somme importante léguée par son oncle. Son cousin lui propose le mariage mais elle refuse, trop curieuse de savoir ce qu'est devenu son seul et unique amour Mr Rochester...
Qu'adviendra-t-il de ces deux héros? Réponse dans le livre :)

"Jane Eyre" est le portrait d'une femme de condition modeste mais également le récit d'une époque dont on aurait peine à regretter les moeurs tant celles-ci semblaient rigides et peu enclines à envisager la liberté des femmes.
Charlotte Brontë s'adresse constamment au lecteur dans un récit écrit à la première personne du singulier qui témoigne de la volonté de l'auteure de s'affirmer en tant que femme et qui ne se cache pas de revendiquer l'égalité entre les deux sexes.

" Les femmes sont censées être très paisibles en général, mais les femmes ont tout autant de sensibilité que les hommes; il leur faut des occasions d'exercer leurs facultés et un champ d'action tout comme à leurs frères; elles souffrent de contraintes trop rigides, d'une stagnation trop complète, exactement comme en souffriraient des hommes; et c'est par étroitesse d'esprit que leurs compagnons plus privilégiés décrètent qu'elles devraient se borner à faire des entremets et à tricoter des chaussettes, à jouer du piano ou à broder des sacs.
Il est sot de les condamner ou de se moquer d'elles quand elles cherchent à faire ou à apprendre plus de choses que la coutume n'a déclarées nécessaires aux personnes de leur sexe." p.180

J'ai été séduite par le personnage de Jane Eyre qui, bien qu'évoluant dans un milieu austère et hypocrite, parvient à préserver son coeur pur et à trouver la bonté quand celle-ci se présente à elle.
Quant à l'écriture, elle présente cet aspect suranné qui plonge le lecteur hors du temps et donne tout son charme au récit.
Un classique à lire absolument.

Ayant lu ce roman en VF, j'ai toutefois découvert les épisodes réalisés par la BBC en VO.
Bien que l'esprit du roman s'y retrouve tout à fait, j'ai tout de même deux remarques à faire concernant cette adaptation.
L'enfance de Jane Eyre a, selon moi, été brassée trop rapidement. Je sais bien qu'une série ou un film ne peut jamais fournir autant de détails qu'un roman mais j'ai trouvé que le début de l'histoire présenté sous forme de flashbacks avait été évoqué trop brièvement.
J'ai constaté que plusieurs éléments du livre avaient été amplifiés dans le but, je suppose, d'ajouter de la tension dramatique à l'histoire.
Je pense notamment aux retrouvailles de Jane et Mr Brocklehurst lors desquelles le directeur annonce publiquement la prétendue tendance au mensonge de Jane et la fait rester debout sur un tabouret durant 30 minutes dans le livre et plusieurs heures dans la série.
J'aurais d'autres exemples à donner mais je ne veux pas gâcher la découverte de la série qui, comme je le disais, reflète à merveille l'esprit du roman.

"Jane Eyre" était une lecture commune à laquelle j'ai eu la joie de participer en même temps que Mango, Marie, Emilie et Abeille.
"Jane Eyre" est également le second roman lu dans le cadre du Matilda's contest et le premier pour le Challenge English classics de Karine:) et le Challenge J'aime les classiques de Marie-L.
Vous voyez que les challenges ne sont pas difficiles à accomplir ^^

19 octobre 2009

Challenge English classics


Voici un challenge proposé par Karine:) et auquel je ne pouvais que participer!

Le principe est simple et souple en plus puisqu'il s'agit de lire au moins 2 romans classiques british (parus avant 1900) avant le 31 décembre 2010 et de rédiger un billet de lecture pour chaque ouvrage lu.
Il est par ailleurs possible de lire ces romans en VF (ouf!)
Une petite surprise récompensera le lecteur le plus motivé!
Vu la liste ébauchée par Karine:), je pense être en mesure de relever ce challenge! En gras, les auteurs dont les romans figurent déjà dans ma PAL (je n'exclus pas quelques ajouts d'ici là) :

- Austen Jane
- Von Armin Elizabeth
- Blackmore Richard
- Braddon Mary Elizabeth
- Brontë Anne
- Brontë Charlotte : Jane Eyre
- Brontë Emily
- Bunyan John
- Carroll Lewis
- Collins Wilkie
- Conrad Joseph

- Chaucer Geoffrey
- de Quincey Thomas
- Defoe Daniel
- Dickens Charles
- Eliot George
- Fielding Henry
- Gaskell Elizabeth
- Hardy Thomas
- Hope Anthony
- Jerome K Jerome
- Kipling Rudyard
- Lewis Matthew
- Marlowe Christopher
- Milton John
- More Thomas
- Pepys Samuel
- Radcliffe Anne
- Richardson Samuel
- Scott Walter
- Shakespeare William
- Shaw George Bernard
- Shelley Mary
- Sterne Laurence
- Stevenson Robert Louis
- Swift Jonathan
- Thackeray William
- Trollope Anthony
- Walpole Horace
- Wilde Oscar


Point non négligeable, ce challenge est parfaitement compatible avec le Matilda's contest, les lectures communes de ce mois et la lecture de décembre organisée sur Livraddict^^