28 avril 2010

40 ans, 6 morts et quelques jours... - Victor Rizman


" 40 ans, 6 morts et quelques jours..." est le premier roman de l'écrivain français Victor Rizman, publié en mars par Emotions Works.
Le jour de son anniversaire, un quadragénaire décide qu'il est temps pour lui de mettre un peu de piment dans sa vie. Il prend un appartement en cachette de son épouse et de sa fille et se crée un faux profil féminin sur un site de rencontres. Il y fera notamment la connaissance de SOLEILROUGE...
Le journaliste Vulcain Sanglar (alias "Le Sanglier") reçoit des cadeaux pour le moins étranges qui le mettront bientôt sur la piste d'un tueur en série...Le Scarabée.
Pendant ce temps-là, le capitaine Joël Schmitt et l'agent Sanka s'échinent à mener l'enquête.
Aucun cadavre, aucune disparition signalée, pas d'autres indices que ceux laissés volontairement par le Scarabée. Comment résoudre cette suite de 6?

"40 ans, 6 morts et quelques jours..." met en parallèle 3 existences qu'une série de meurtres va rapprocher. Tout au long du récit, nous allons donc suivre l'évolution des 3 personnages principaux ou du moins ce que l'auteur veut bien nous en dire.
Il n'y a en effet aucun second niveau de lecture visant à établir une complicité avec le lecteur, l'auteur s'amusant à tirer les ficelles à l'instar du personnage principal, le Scarabée.
Le Scarabée est un publicitaire, homme marié et père de famille en proie à une crise de la quarantaine plutôt hardcore associée à la recherche d'adrénaline.
Personnage central du roman, il est le seul qui s'exprime directement à travers le "je" et manipule les autres personnages. Malgré ses agissements, il m'a immédiatement plu car j'ai retrouvé en lui l'humour sarcastique et la vision du métier d'Octave Parango, alias le héros de "99 francs" (en moins libidineux), mais aussi la finesse et le sang froid de Fabrice Valantine, personnage de "Fume et tue" (version sans tabac).

" Depuis de nombreuses années, mon agence élabore des concepts pour le petfood. Et si ce n'est pas un sacerdoce, c'est très compliqué de vendre une boîte de bouffe survitaminée à une population égoïste, en lui masquant la faim dans le monde, les restos du coeur, les SDF,...C'est là que mon métier trouve tout son sens et sa grandeur. Je me demande souvent à quoi servent les yorkshires et autres bichons. Si les gens aiment les petites choses vivantes, élever des bactéries devrait leur suffire. " p.14

"
Coincée dans le hall, ma femme tente de rentrer un deuxième jambonneau dans la manche de son manteau. Elle doit m'apercevoir dans son brouillard psychotrope pour me dire "Je vais à la jardinerie chercher un petit arbuste pour remplacer le buis qui est mort cet été. Je voudrais refaire un topiaire et comme la Sainte-Catherine approche...". Son effort lui coupe la respiration. Le temps de faire une pause pour récupérer, elle rajoute : "Je serai là pour midi et je passe au twirling la récupérer."
Elle finit sa gymnastique d'intérieur et sort s'occuper de ses projets horticoles. J'aurais aimé la regarder partir et être jaloux de sa beauté, pouvoir douter de sa destination. Peine perdue, quand le cynisme remplace l'amour, il ne reste plus qu'emballage et charcuterie. Qu'elle s'occupe de tailler des caniches dans ses buis. C'est le moment, à la Sainte-Catherine tout prend racine. Enfin peut-être pas cette année." p.122

Sanglar est un journaliste en manque de reconnaissance qui voit en cette suite de meurtres l'occasion rêvée de faire enfin la couverture du journal grâce à ses articles sur le Scarabée.
Autant dire qu'il a tout intérêt à captiver ses lecteurs le plus longtemps possible, ce qui revient pour lui à souhaiter que l'affaire ne soit pas trop rapidement résolue. C'est un personnage étrange, crade et qui entretient une relation malsaine avec sa grand-mère morte.
Le capitaine Schmitt est un homme au passé nébuleux, hanté par son échec dans l'affaire "Human Bomb" et par la disparition de sa famille.

Scarabée, Sanglar, Schmitt (et même SOLEILROUGE), des personnages en quête de reconnaissance, des prénoms en -s qui sonnent comme une allusion aux serpents, animaux à sang froid, allusions au sang, au sexe, aux scandales, autant de termes évoquant la tendance au sensationnalisme de plus en plus présent dans la presse.

J'ai beaucoup aimé la construction de ce récit dont les chapitres sont divisés entre le Scarabée et les autres personnages. Au centre de ce roman, le thème de la manipulation (le recours aux milieux de la presse et de la publicité ne relève évidemment pas du hasard).

" Voir Babe le cochon parler sur grand écran devrait rendre suspectes les images merdiques d'un barbu qui menace l'Occident au fond d'une grotte. Mais non, je vois donc je crois. C'est ça le problème, vous voulez tous croire, pas savoir. " p.247

Tout comme son personnage, l'auteur a fait en sorte de tenir son lecteur en haleine tout en jouant avec ses croyances, non sans humour puisqu'il est allé jusqu'à reproduire le site créé par son personnage pour promouvoir son roman. Sans compter que les informations sur l'auteur sont plutôt rares sur le net...Victor Rizman a donc magistralement réussi son coup !
Si je retrouve un bocal renfermant une jambe de poupée dans ma boîte aux lettres, je saurai que l'auteur est passé par ici ^^

Bon, je ne mâcherai pas mes mots, ce roman m'a sans nul doute fait l'effet d'une pépite ! D'ailleurs je l'ai tellement aimé que je souhaite le partager avec vous en faisant de lui un livre voyageur. Inscriptions en commentaire ;)

A voyagé jusque chez Clara, Mango et Sandrine.

Voici la video-promo du livre. Elle ne plaira peut-être pas à tout le monde mais je vous assure que le roman vaut vraiment le détour !



Le site du livre

Un grand MERCI à Victor Rizman et Emotions Works de m'avoir offert ce livre !

D'autres avis : Saxaoul - Heclea

25 avril 2010

Quand souffle le vent du nord - Daniel Glattauer


"Quand souffle le vent du nord" est un roman de l'écrivain autrichien Daniel Glattauer, paru en avril aux éditions Grasset.
Parce qu'elle a fait une erreur en tapant l'adresse email du magazine dont elle voulait résilier l'abonnement, Emmi reçoit un message de Leo.
L'histoire aurait pu s'arrêter là si la jeune femme n'avait pas oublié de supprimer Leo de ses contacts, ce qui l'aurait empêchée de lui faire parvenir un second email visant cette fois à lui souhaiter "Joyeux Noël et bonne année de la part d'Emmi Rothner"comme à tout son répertoire.
De ce malentendu naîtra une relation virtuelle entre les deux protagonistes qui, malgré les aléas de leurs vies respectives, prendront le temps de se connaître par écrans interposés.
A quoi cette correspondance les mènera-t-elle?

Voici un roman épistolaire un peu particulier puisqu'il ne contient pas de lettres mais des emails échangés entre Leo et Emmi, deux personnages dont l'humour et la spontanéité tendent immédiatement à rendre attachants.
Je vous rassure tout de suite, il n'est pas question ici de smileys, de lol ou de "kikou sa va bien é twa?" Non, en fait la structure de ce roman aurait très bien pu être celle d'un roman épistolaire traditionnel, auquel cas il aurait suffi d'y intégrer des dates.
Enfin presque. Car nous sommes ici dans l'instantané. Nul besoin d'avoir à subir les caprices de la poste, de chercher une bouteille sur une plage ou de guetter l'arrivée d'un canasson.
Un clic sur "nouveau message" et la réaction du correspondant survient pour ainsi dire en temps réel. Présenté comme ça, ça a l'air plutôt facile...

Emmi et Leo vont rapidement entrer dans la vie de l'autre, non par la voie habituelle d'une rencontre de visu avec déballage de cv's et apparats sur mesure, mais par la petite porte qui mène tout à droit à leur intimité.

" Vous êtes comme une deuxième voix en moi, qui m'accompagne au quotidien. Vous avez fait de mon monologue intérieur un dialogue. Vous enrichissez ma vie spirituelle. Vous remettez en question, vous insistez, vous parodiez, vous vous opposez à moi. Je vous suis reconnaissant pour votre esprit, pour votre charme, pour votre vivacité, et même pour votre "mauvais goût"." p.119

Ils s'attacheront l'un à l'autre, ils souffriront de leur impatience à l'attente du prochain message, ils se bouderont, souffleront le chaud et le froid en repoussant sans cesse la terrible question de la rencontre.
Emmi et Leo sont deux êtres qui, pardonnez-moi l'expression, "tournent autour du pot", bien planqués derrière leurs écrans. Leurs échanges ont instauré une dépendance malgré l'absence de contact visuel et fait d'eux les prisonniers de ces mots dont ils sont tombés amoureux.

" Ecrire, c'est comme embrasser, mais sans les lèvres. Ecrire c'est embrasser avec l'esprit." p.136
Leur relation est à ce point sublimée qu'ils craignent que celle-ci souffre d'une rencontre réelle.
Parce que se voir impliquerait de repartir à zéro, en intégrant à leurs conversations une voix, un visage, des expressions et qu'il suffirait qu'une seule de ces composantes se révèle différente de leurs fantasmes pour que la désillusion participe de ce rendez-vous.

" Nous faisons route vers le désenchantement. Nous ne pouvons pas vivre ce que nous écrivons. " p.250

Mais malgré toute la tendresse que j'ai ressenti à l'aune de leurs échanges, ces deux-là m'ont aussi vraiment agacée à force d'hésitations et de discussions sur ce-qui-pourrait-être-mais-ne-sera-pas-à-moins-que.
Si ça ne tenait qu'à moi je les aurais traînés de force dans une pièce pour les obliger à se regarder et commencer à vivre ! Parce qu'après tout, quel est l'intérêt de trouver la personne idéale si celle-ci demeure inaccessible? (et là on me souffle en coulisses qu'un idéal est par essence inaccessible, adieu Keanu).

Une suite est déjà sortie en Allemagne. Bien sûr que je la lirai si elle sort en français. Car malgré son côté "trop beau que pour être vrai" (ne faites pas attention, c'est la vieille chouette qui parle) et l'agacement qu'ont suscité en moi les deux gugusses, j'ai dévoré ce roman d'une traite.
Je n'ai qu'un seul voeu à formuler pour cette suite mais je vais laisser the King parler pour moi.



D'autres avis : Mango - Lael - Lasardine - Sandrine - Bladelor - Stephie - Keisha - Cuné - Celsmoon - Fashion - Leiloona - Antigone - Clara - Gio - Aifelle

Découvrir le premier chapitre ici

Un grand MERCI à Aline Gurdiel et aux de m'avoir offert ce livre !

24 avril 2010

Tous les matins du monde - Pascal Quignard


"Tous les matins du monde" est un roman de l'écrivain français Pascal Quignard, publié en 1991.
Nous sommes au 17ème siècle. Monsieur de Sainte Colombe ne se remet pas de la mort de son épouse qui l'a laissé seul avec leurs deux filles. L'homme passe ses journées dans sa cabane et y joue de la viole des heures durant, refusant à maintes reprises de se rendre à la cour pour y divertir le roi.
Un jour, un jeune homme du nom de Marin Marais vient à frapper à sa porte et l'enjoint d'accepter de le prendre comme élève. Or les deux hommes nourrissent des conceptions bien différentes de ce que doit être la musique.

Voici un court roman qui traite avant de tout de la musique et de l'importance qu'elle revête pour les différents personnages. Monsieur de Sainte Colombe lui a dédié sa vie. C'est un homme taciturne entièrement tourné vers son art et pour le moins asocial. Nostalgique d'un passé qui n'est plus, il passe des journées entières à jouer de la viole ou à parler au fantôme de sa femme dont la mort l'a laissé inconsolable.

" Voilà la cabane où je parle !
Il s'était mis de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque.
Il se redressa. Il tenait les paupières baissées. Il ne vit pas que la barque avait disparu. Il reprit au bout d'un certain temps, les larmes glissant sur ses joues :
"Je ne sais comment dire, Madame. Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids." p.79
Marin Marais cherche dans la musique la fortune et la gloire à la cour de Versailles. Rapidement éconduit par l'homme qu'il aurait tant souhaité avoir pour maître, il trouve refuge dans les bras de sa fille, Madeleine de Sainte Colombe, qui semble détecter en lui un talent qu'elle est prête à révéler à l'aide des enseignements dispensés par son père. Madeleine et Marin passeront des heures à guetter le maître dans sa cabane, à l'affût de sonorités que Marin reproduira par la suite en son nom. Mais le jeune homme se lasse rapidement de Madeleine qui ne souffrira jamais son départ.
Il ne souhaite qu'une seule chose : les partitions du génial Sainte Colombe. Malheureusement pour lui, le vieux musicien ne conserve aucune trace de son art. Il ne restera plus à Marais que ses oreilles pour pleurer (oui oui c'est possible!)

" Tous les matins du monde sont sans retour. Les années étaient passées, Monsieur de Sainte Colombe, à son lever, caressait de la main la toile de Monsieur Baugin et passait sa chemise.
Il allait épousseter sa cabane. C'était un vieil homme. Il entretenait aussi des fleurs et des arbustes qu'avait plantés sa fille aînée, avant qu'elle se pendit. " p.107

N'ayant à mon compte aucune sensibilité musicale particulière, je pensais néanmoins pouvoir distinguer dans l'agencement des mots une quelconque mélodie... J'y ai vu des notes ça oui mais aucun enchaînement, aucune musicalité. Des phrases hâchées. Une histoire précipitée par plusieurs sauts chronologiques. Même pas le temps de tendre l'oreille que j'avais déjà tourné la dernière page, incapable de dégager une seule émotion de cette lecture. Sans compter que les personnages, tous en souffrance, m'ont davantage invitée à broyer du noir qu'à m'épancher sur leur sort.
Je me suis donc jetée sur le film, curieuse de savoir si il parviendrait à me rendre l'ouïe.

Le film

"Toute note doit finir en mourant." C'est sur cette réplique, prononcée par un Gérard Depardieu tout en costume d'époque et perruque à grappes, que s'ouvre le film. La vie de Marin Marais touche à sa fin et c'est au cours d'une leçon de musique qu'il enseigne à ses élèves qu'elle fut sa vie dans l'ombre de Monsieur de Sainte Colombe.
C'est sous les traits du fils Depardieu que nous retrouvons Marin bien des années plus tôt, alors qu'il manifestait à Sainte Colombe son désir de devenir un grand violiste.
Comment exprimer mes premières impressions sur ce film? Je ne sais pas si l'on peut imputer la remarque qui suit au fait que je sois directement passée du livre à son adaptation mais j'ai ressenti d'emblée l'impression que les acteurs se contentaient de réciter leur texte à défaut de l'interpréter. J'en ai même ri, c'est tout dire...





Les rares dialogues présents dans le livre ont pour ainsi dire été reproduits à la virgule près. Mis à part la performance de Gérard Depardieu qui campe décidément très bien les personnages en costume, je n'ai guère été sensible au jeu des acteurs.
En revanche, j'ai cette fois entendu de la musique ! Une musique mélancolique, à l'image d'un dernier chant de cygne, qui a réussi à donner un sens nouveau aux nombreux silences communs à tous les personnages.
Musique que je guettais avec l'espoir de sortir de la torpeur...et de la déprime mêlée à l'ennui mais qui n'a pas suffi à elle seule à renverser la vapeur.
"Tous les matins du monde" est d'après moi un film qui s'écoute plus qu'il ne se regarde.
Inutile toutefois de préciser que je suis loin d'avoir été conquise par l'histoire...





D'autres avis : Lili Galipette - Karine:) - Lilly - Emilie - Abeille et d'autres encore chez Bob !

22 avril 2010

Intrusion - Elena Sender


"Intrusion"est le premier roman de la française Elena Sender, grand reporter au magazine "Sciences et Avenir".
Ce thriller nous plonge dans la vie de Cyrille Blake, brillante psychiatre à l'origine du Mésératrol (ou kryptonite du bonheur) et du Centre Dulac, établissement qu'elle a fondé pour venir en aide aux personnes à problèmes "mineurs" (dépressions saisonnières, ruptures sentimentales,...).
Un jour, un jeune homme du nom de Julien Daumas se rend en consultation chez Cyrille qu'il semble déjà connaître. Or si Julien conserve d'elle un souvenir bien précis datant de son internement pour tentative de suicide 10 ans plus tôt, c'est le trou noir du côté de Cyrille.
Intriguée et déboussolée, elle décide de mener l'enquête sur cet inconnu et sur cette tranche de vie oubliée...

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué mais c'est le troisième roman que je lis qui traite de la mémoire et d'une femme qui perd la boule ! Après "Robe de marié" (mais aussi "La Vie d'une autre"), j'ai donc entrepris la lecture de ce foisonnant thriller.
Je me suis ainsi familiarisée avec le personnage de Cyrille Blake, une femme présentée comme équilibrée, combattive, investie et attachée à son boulot et à son mari plus âgé qu'elle, lequel est en passe d'obtenir le prix Nobel.
Or la venue de Julien Daumas viendra troubler cette joyeuse harmonie et amènera Cyrille à replonger dans un pan de son passé dont sa mémoire ne semble pas avoir gardé la moindre trace, épisode d'autant plus troublant qu'il se manifeste chez une personne ayant consacré sa vie au cerveau humain.

" La mémoire était un pivot dans le processus d'"accès au bonheur", envahissante ou incomplète. C'était le grenier indispensable où se cachaient nos paradis perdus et nos malheurs.
Sans mémoire, l'homme n'était plus qu'une enveloppe vide. Elle eut soudain l'impression d'avoir cent vingt ans. " p.135
Très vite et malgré une grande confusion, Cyrille décide de prendre les choses en main, fermement décidée à ne pas se laisser déstabiliser par un patient à côté de ses pompes.
C'est une femme rationnelle et pragmatique, déterminée à appliquer sur elle-même ses propres méthodes, à chaque problème sa solution.
Mais malheureusement pour elle, elle va devoir composer avec des événements inattendus, tragiques et inexpliqués.
Alors qu'elle pensait pouvoir s'en sortir seule, il lui faudra compter sur l'aide d'autres personnes en sachant toutefois séparer le bon grain de l'ivraie...

J'ai trouvé ce récit très fouillé pour un premier roman. Les chapitres sont nombreux mais le roman peut selon moi être scindé en deux parties : le problème et sa solution.
La première partie m'a paru un peu trop longue. L'auteure nous fait part de l'état d'esprit de Cyrille et appuie ses descriptions de monologues intérieurs assez redondants et typiques de la psy qui s'auto-analyse. Comme d'autres avant moi, j'ai relevé quelques invraisemblances et des réactions pas très logiques de la part de Cyrille (quand je pense à tout le temps qu'elle passe à dormir malgré ce qui lui arrive !). Certains clichés aussi (comme le coup du seau de Ben&Jerry's contre la déprime^^).
Le récit est bien documenté et laisse volontiers la place au jargon scientifique de Cyrille (et de l'auteure) que j'ai trouvé très intéressant dans la mesure où celui-ci était illustré et servait avant tout l'intrigue et non le déballage de connaissances de l'auteure ( je reste toutefois sceptique quant à l'utilisation de l'IRM ouverte, y a-t-il un psy dans la salle pour confirmer?).
L'intérêt de ce roman réside donc à mon sens dans son aspect documentaire et dans le déploiement de l'intrigue (moins dans l'identification du coupable, à ce niveau-là c'était cousu de fils blancs...).
La plume de l'auteure est efficace et suffisamment habile que pour encourager le lecteur à poursuivre sa lecture. Je ne me suis ennuyée à aucun moment même si j'ai fait preuve d'une certaine réserve quant à certains aspects décrits plus hauts.
Bref, un avis en demi-teinte...

" L'adrénaline était le meilleur antidote naturel à la dépression, elle saturait momentanément le cerveau, et le stimulait. Elle conseillait de se plonger sous une douche froide ou de faire quelque chose de totalement nouveau, d'adresser la parole à un voisin inconnu...Bref, un acte qui pouvait relancer la machinerie des méninges jusqu'à la prochaine alerte. Cyrille sortit de sa petite valise son bandonéon de voyage. Elle libéra les soufflets et ouvrit en grand la fenêtre qui donnait sur la rue et son brouhaha. Elle prit une bonne inspiration et se mit à jouer un paso doble endiablé." p.225

D'autres avis : Aifelle - Keisha - Soukee - George - Stephie - Keisha - Pimprenelle - Cunéipage - Mango - Hérisson - Clara


Un grand MERCI à de m'avoir offert ce livre !


20 avril 2010

L'enfant sans nom - Amy MacKinnon


"L'enfant sans nom" est le premier roman de l'américaine Amy MacKinnon, publié en 2008 aux USA et paru cette année aux éditions 10/18.
Clara Marsh exerce la mystérieuse profession de thanatopractrice. Mais la mort n'est pas seulement son métier, c'est tout un univers dans lequel elle a trouvé refuge et qu'elle ne quitte que pour retrouver son jardin qu'elle entretient avec passion.
La jeune femme passe donc le plus clair de son temps entre les plantes et les morts auxquels elle administre les derniers soins de rigueur : habillement, maquillage, coiffure, sans oublier le petit bouquet choisi par elle avec attention. Une sorte de dernier hommage.
Clara respecte à ce point la mort qu'elle ne souffre qu'on la dérange, estimant là qu'il ne sert à rien de déterrer des êtres ayant suffisamment souffert de leur vivant.
Aussi, quand l'inspecteur Sullivan vient à lui reparler du meurtre d'Aimée X, une petite fille retrouvée morte 3 ans auparavant, la jeune femme décide de ne pas lui révéler qu'une tache de naissance dont elle seule eut connaissance aurait pu facilement identifier "l'enfant sans nom".
Mais la petite Trecie disparaît à son tour dans les mêmes circonstances. Clara est bien décidée à la retrouver, quitte à revoir certains de ses principes...

Découvrir "L'enfant sans nom" c'est accepter d'entrer dans un univers singulier où les morts tiennent une place de choix parmi les vivants. Clara Marsh fait partie de ces êtres qui se partagent entre deux mondes : la mort symbolisée par le funérarium, lieu de travail et domicile (elle vit à l'étage du dessus), et l'autre formé par son jardin et sa serre, "cette pièce (qui) est du côté de la vie".
Hormis le propriétaire du funérarium et son épouse qui lui tiennent lieu de famille, la jeune femme laisse peu de place aux vivants dans son quotidien. Clara est une femme mystérieuse qui traîne derrière elle un lourd passé. Elle nous apparaît comme extrêmement sensible et angoissée et l'on devine au fil des pages que de terribles événements l'ont traumatisée et littéralement éteinte.

" Tous les jours, au boulot et dans ma vie, je dois en quelque sorte redresser les torts commis par d'autres. Et la plupart du temps, ce monde, mon monde, est tellement accablé de maux que parfois j'ai du mal à faire confiance aux gens bien." p.256

Le quotidien de Clara va basculer le jour où la petite Trecie, qui lui fait étrangement penser à elle plus jeune, disparaît. Commence alors une enquête qui fera ressurgir en Clara beaucoup de souvenirs enfouis et des angoisses, autant de démons intérieurs contre lesquels elle peine à lutter.
Au delà de l'enquête sur la disparition de Trecie, ce roman nous entraîne dans la quête de Clara et nous fait comprendre pourquoi cette jeune femme s'est tant repliée sur elle-même.
Mais malgré le portrait dressé ici, je ne parlerais toutefois pas de roman macabre. Voilà une femme anesthésiée par la mort dont elle a fait son univers mais pour laquelle elle n'éprouve aucune fascination. Il y a cette part de vie en elle, son désir de sauver cette petite fille, ses fleurs (dont elle détaille chacune des significations) et son attirance pour un homme qui nous laissent croire qu'elle dispose encore d'une chance d'être heureuse pourvu que la bonne personne lui tende la main.

Finalement, j'ai trouvé l'enquête bien dérisoire et même très convenue. Je crois que ce roman vaut surtout la peine d'être lu pour la finesse apportée dans la psychologie du personnage de Clara.
Les chapitres se partagent entre l'enquête et les souvenirs de la jeune femme mais on ressent très vite quel aspect domine le roman, d'autant que le narrateur n'est autre que Clara.
Bref, si vous cherchez une intrigue avec gros rebondissements à la clé, passez votre chemin.
En revanche, si c'est un roman d'ambiance (particulière certes) qui vous fait envie, je vous le recommande chaleureusement !

" - Alors, vous croyez à quoi?
Je regarde de nouveau la boîte, puis par la fenêtre, l'entrée de service du funérarium, et plus loin le cimetière de Colebrook :
- Je crois que c'est important de respirer.
Mike relève tout à coup la tête, et ses yeux s'accrochent à moi. Je voudrais me retourner, mais il tire fermement sur le lien qui nous rattache.
- Respirer?
- Oui.
Je ne sais pas pourquoi je continue, mais personne ne m'a jamais posé la question et c'est tout ce que je puis lui répondre.
- Quand on se concentre sur sa respiration, on a juste conscience de l'instant. Et c'est bien là tout le ce qu'on possède : un instant. Lorsqu'on cesse de respirer, on cesse d'exister.
Les yeux de Mike sont grands ouverts. Si je pouvais me détourner, je ne verrais pas sa lèvre qui tremble, mais il tire encore davantage sur le lien :
- Vous avez du mal à respirer parfois?
- Oui, c'est toujours difficile.
- Moi aussi. " p.106

D'autres avis : Clarabel - Laure - Mic - Stelou

Un grand MERCI à et aux éditions de m'avoir offert ce livre !


18 avril 2010

Mortelle est la nuit - Isaac Asimov


"Mortelle est la nuit" et "Chante-cloche" sont deux nouvelles extraites du recueil "Histoires mystérieuses"(1954) de l'écrivain américain d'origine russe Isaac Asimov, célèbre pour ses oeuvres de science-fiction et particulièrement son "Cycle de Fondation".
"Chante-cloche" nous fait faire la connaissance du pilote spatial Louis Peyton, un cinquantenaire qui a pour habitude peu commune de passer chaque mois d'août dans l'abri anti-atomique qui lui sert de lieu de villégiature.
Sauf que cette année, il part en voyage...sur la Lune, accompagnant un certain Cornwell dans une quête qui fera leur richesse à tous les deux. Mais alors que satisfaits de leur mission, ils s'apprêtent à plier bagage, Cornwell se fait désintégrer.
La police enquête sur ce qui pourrait bien être le premier meurtre spatial. Mais comment coincer le coupable avec certitude? Seul le Dr Urth, extraterrologiste pourra élucider ce mystère...

"Mortelle est la nuit" . Venus des 4 coins de l'univers pour assister à une grande convention d'astronomie, Kaunas, Ryger et Talliaferro profitent de l'occasion pour se retrouver entre anciens camarades de classe qui ne se sont plus revus depuis 10 ans.
Contrairement à eux, Villiers n'a pas réussi à obtenir son diplôme d'astronomie. Le voilà justement qui interrompt la réunion des 3 compères, affirmant qu'il est sur le point de révéler une découverte capitale pour l'histoire de l'astronomie : le transfert de masse.
Malheureusement, le futur Spok n'aura pas le temps de mettre son projet à exécution puisqu'il trouvera la mort dans la nuit. C'est à nouveau le savant Dr Urth qui sera chargé de confondre le meurtrier parmi les 3 seuls coupables potentiels.

Pourquoi ai-je voulu lire ces nouvelles alors que je suis une totale quiche en matière de science-fiction? Principalement parce que le recueil se défendait de mêler science-fiction et enquête policière.
Ma lecture avait bien commencé. Je découvrais les premières pages de "Chante-cloche" avec curiosité, en essayant de ne pas buter sur chaque mot qui résonnait étrangement à mon esprit de néophyte. Vous arrive-t-il d'emprunter le stratojet agravifique pour vous rendre au travail? Où préférez-vous l'aéroglisseur subgravifique?
Bref. Si cette première nouvelle m'a bien plu, c'est sans doute parce qu'en dépit de théories scientifiques dont quelques éléments m'échappent encore, j'y trouvais encore certains repères. Nul besoin d'être détenteur d'un diplôme en sciences pour comprendre comment le meurtrier a cru s'en tirer à bon compte.

Mais les choses se sont plus ou moins corsées lorsque j'entrepris la lecture de "Mortelle est la nuit" qui me fit dire que je n'étais décidément pas la lectrice visée par ce genre de récit.
En l'espace de quelques pages, je me suis retrouvée catapultée au milieu d'une réunion de scientifiques/geeks évoquant des théories dont mon esprit ne fut pas en mesure de saisir toute la complexité. Ou plutôt si, j'ai bien compris que tout cela était fort compliqué...
J'ai ressenti la désagréable impression que l'auteur s'était servi d'une enquête policière pour étaler son savoir, ce qui a eu pour effet de me tenir en quelque sorte à distance de l'enquête.
" Ryger lui-même consentit à parler de Cérès après avoir écouté le dialogue chuchotant de ses compagnons. Le gros problème était celui du cycle de rotation de la planète. Une période de deux heures. Ce qui signifiait que la vitesse angulaire des astres qui passaient dans le ciel était douze fois supérieure à ce qu'elle était sur la Terre. Il fallait tout multiplier par trois, les télescopes, les radioscopes et autres bidules, pour avoir une continuité dans l'observation tellement leur passage était accéléré.
- Pourquoi ne vous êtes-vous pas implantés sur un pôle, s'enquit Kaunas.
- Cette solution serait valable pour Mercure et pour le Soleil, répondit Ryger sur un ton impatient. Même aux pôles, il y a distorsion et on ne peut étudier que cinquante pour cent du ciel. Evidemment, si le Soleil éclairait toujours la même face de Cérès comme il en va sur Mercure, nous aurions en permanence un ciel nocturne sur lequel les étoiles tourneraient lentement avec une période de trois ans." p.90

Dans les deux cas, j'ai toutefois fort apprécié le personnage du Dr Urth, un savant-fou faussement inoffensif, à l'esprit plus fin que son anatomie le laisserait croire et qui vient ajouter un côté un brin déluré aux deux récits.

En somme, une lecture pas impossible mais plutôt ardue que les fans du genre sauront mieux que moi apprécier à sa juste valeur. Quant aux autres, je leur souhaite de pouvoir s'accrocher...



16 avril 2010

Robe de marié - Pierre Lemaître


"Robe de marié" est le second roman de l'écrivain et scénariste français Pierre Lemaître, paru en 2009. L'auteur a également publié "Travail soigné" et "Cadres noirs"(sorti cette année).
Sophie Duguet a la trentaine, une petite vie en apparence tranquille qu'elle partage en grande partie avec Léo, un petit garçon de 6 ans dont elle a la charge.
Mais très vite le lecteur apprendra qu'elle souffre d'une distraction maladive. Rien de grave au début, une montre et des clés qui se perdent et ressurgissent dans un endroit où elle n'aurait pas pensé chercher, une voiture qui semble se déplacer toute seule, des rendez-vous manqués.
Surmenage? Peut-être. Mais les choses vont s'aggraver, impliquant Sophie dans plusieurs vols à l'étalage, l'envoi de lettres anonymes ainsi que dans le meurtre du petit Léo.
Comment en suis-je arrivée là? se demande Sophie qui n'a aucun souvenir d'avoir consciemment participé à ces épisodes.
D'où lui viennent ces pertes de mémoire? Serait-elle devenue folle?
Déboussolée, la jeune femme envisage la seule solution à sa portée, fuir, car la police, elle, ne l'oubliera pas...

Bon sang mais quel bouquin !! Difficile de le résumer sans en dévoiler les ficelles. Et quelles ficelles ! Je ne m'en suis pas encore remise !
Pour préserver l'intrigue, je ne compte pas trop m'étendre sur ce livre. Le roman est divisé en 4 parties, la première étant destinée à nous familiariser avec le personnage principal.
Sophie n'est ni plus ou moins une femme comme vous et moi. Son quotidien va basculer en l'espace de quelques mois, suite à l'enchaînement de plusieurs événements terriblement étranges et qui pèsent comme une malédiction sur la vie de la jeune femme.
Sophie périclite dangereusement, éprise de terribles crises d'angoisse qui la conduisent chez un thérapeute.
Mais les choses sont loin de s'arranger. La jeune femme ne semble plus avoir aucune prise sur sa vie et le lecteur assiste innocemment à sa descente aux enfers dont il ignore encore la cause.
Jusque là, pas de quoi fouetter un oeuf (laissons les chats tranquilles) mais juste assez que pour nous donner envie d'en savoir plus.

Et c'est là qu'arrive la seconde partie pour le moins désarçonnante puisqu'elle fait écho à la première en mettant en lumière les causes de ce tournant dramatique dans la vie de Sophie.
Et la sauce prend sous le couvert d'une révélation déstabilisante et malsaine.
Une chose est certaine, si l'auteur sait ménager son suspense, il n'épargne en rien son lecteur.
Celui-ci va se sentir terriblement mal à l'aise, comme si il participait en quelque sorte à la folie de Sophie. Mais malgré tout, on tournicote les pages frénétiquement, trop impatient de découvrir le dernier acte de cette tragédie.
J'ai bien failli manquer ma station de métro hier matin pour tout vous dire (heureusement que la voix "suave" de madame STIB a su me remettre sur le droit chemin du boulot)!
Je suis tombée sous le charme de cette écriture toute en finesse et la construction habile de ce polar me laisse encore sans voix. De quoi me réconcilier avec le genre (et me rendre encore plus parano que je ne l'étais déjà) !
Machiavélique, terrible (dans tous les sens du terme), tout simplement GENIAL ! Un récit qui fiche une peur bleue et pourtant un coup de coeur ni plus ni moins !

" J'ai peur. Tous les morts remontent. La nuit. Je peux les compter, un à un. La nuit, je les vois assis à une table, côte à côte. La nuit. En bout de table, Léo, avec son lacet autour du cou.
Il me regarde avec un air de reproche. Il demande : "Tu es folle, Sophie? Pourquoi m'as-tu étranglé? Tu es folle, c'est vrai?" et son regard m'interroge et me transperce. Je connais son air dubitatif, il penche la tête un peu sur la droite avec l'air de réfléchir. "Oui, mais ce n'est pas nouveau, elle a toujours été folle", dit la mère de Vincent.
Elle se veut rassurante. Je retrouve son air mauvais, ce regard de hyène, sa voix pointue.
" Avant de commencer à tuer tout le monde, à détruire tout ce qu'il y a autour d'elle, elle était déjà folle, je l'avais dit à Vincent, cette fille est folle..."
Pour dire ça, elle prend son air pénétré, elle ferme les yeux longuement en parlant, on se demande si elle va les rouvrir ou non quand elle parle, elle passe la moitié du temps les paupières fermées à regarder au dedans d'elle-même.
"Tu me hais, Sophie, tu m'as toujours haïe, mais maintenant que tu m'as tuée..."
Vincent ne dit rien. Il secoue sa tête décharnée comme s'il demandait pitié. Et tous me regardent fixement. Ils ne parlent plus.
Je me réveille en sursaut. Quand c'est comme ça, je ne veux plus me rendormir. Je vais à la fenêtre et je reste des heures à pleurer et à fumer des cigarettes.
J'ai même tué mon bébé." p.94

Découvrir les premières pages ici

On me souffle en coulisses que ce roman a reçu en ce mois de mars le Prix des Lecteurs 2010 du Livre de Poche- section polar. Un prix amplement mérité !

D'autres avis : lagrandestef - Gio - Praline - Sandrine - Liliba - Kathel - Ys - Stephie - Pimprenelle - Cunéipage - Canel - Jess

"Robe de marié" était une lecture commune avec Manu, Clara, Calypso, Lasardine, Val, Cacahuète, Mélo, Mystix, Livresque, Deliregirl, Axielle et Kactuss.
Qui ai-je oublié?