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6 mai 2012

La Séquestrée - Charlotte Perkins Gilman


Publié aux USA en 1890, "La Séquestrée" est une nouvelle de l'écrivaine américaine Charlotte Perkins Gilman, auteure d'une dizaine de romans et essais et de plus de 180 nouvelles.

En attendant la fin des travaux de leur future demeure, un médecin et son épouse emménagent dans une maison de location en retrait de la ville. John, le mari, décide de les installer dans une ancienne chambre d'enfants, la seule pourvue de fenêtres grillagées.
Il faut dire que l'épouse souffre d'une maladie des nerfs pour laquelle le diagnostic de son mari préconise le repos et le renoncement à tout ce qui pourrait faire empirer son état. La fréquentation des amis est ainsi perçue comme dangereuse et toute activité intellectuelle, à commencer par l'écriture, se veut sévèrement proscrite.
Cloitrée dans cette chambre qui lui refuse le sommeil, l'épouse développe une obsession autour du papier peint jaune cramoisi qui orne les murs. Bientôt s'en dégagent des formes étranges dont elle est bien décidée à percer le secret.

" J'ai mis longtemps à comprendre ce qu'était cette forme floue, en retrait, mais je suis certaine à présent qu'il s'agit d'une femme.
De jour, elle est asservie, tranquille. Je suppose que c'est ce motif qui la retient ainsi séquestrée. Cela me tourmente. M'absorbe pendant des heures.
Je reste étendue de plus en plus longtemps. John dit que cela me fait du bien et que je dois dormir le plus possible.
Il a même pris l'habitude de me forcer à me coucher une heure après chaque repas.
C'est une mauvaise habitude, j'en suis convaincue, car, voyez-vous, il m'est impossible de dormir.
Du coup, cela m'incite à la fourberie car je ne leur dis pas que je suis éveillée - oh non !
Le fait est que je commence à avoir un peu peur de John." p.35

J'avais entendu parler de cette nouvelle chez George et si j'étais bien décidée à me la procurer, je me demandais comment je réussirais à acquérir cet ouvrage qui n'est plus édité.
C'était sans compter sur le hasard d'une visite dans l'une de mes cavernes d'Ali-Baba (comme j'aime les bouquinistes !).
Voici une nouvelle plutôt courte mais pas moins représentative de la condition des femmes en cette fin de 19ème siècle ouverte à la modernité tant qu'elle n'incluait pas l'émancipation féminine.
La brillante postface de Diane de Margerie, très justement intitulée "Ecrire ou ramper", nous instruit de ce qu'étaient les moeurs de l'époque et des possibilités restreintes qui se voyaient offertes aux femmes.
Impossible pour elles de concilier carrière et mariage. La première option, pourvu qu'elle soit financièrement réalisable, engendrait une telle pression sociale qu'il fallait bien finir par céder à la seconde, avec les terribles conséquences que cela engendrait.
Réduites à leurs rôles d'épouse et de mère, astreintes à l'accomplissement de leurs devoirs conjugaux, nombreuses furent ces femmes à se soustraire de leur condition pour se réfugier dans ce qui fut qualifié de "neurasthénie".
Se heurtant à l'incompréhension des hommes, culpabilisant de ne pouvoir se satisfaire de ce que ceux-ci attendaient d'elles, elles se soumettaient toutefois à leur jugement, optant pour une passivité traduite en un repos forcé et espérant ainsi retrouver leur équilibre.

La paranoïa qu'engendre la vision de ce papier peint chez cette femme, séquestrée au sens matériel et psychique, trahit en réalité une révolte silencieuse présentée comme un combat intérieur au nom de toutes ces autres femmes qui comme elles rampent à même le sol, renoncent à l'imagination créatrice, subissent le manque de liberté inhérent à leur condition.
"La Séquestrée", débarrassée de son ton volontairement naïf, fait état d'une folie foncièrement lucide, réinterprétée et encadrée de façon pernicieuse par le genre masculin.
Cette nouvelle qui fait largement écho à la vie de l'auteure renvoie également, comme nous le rappelle la postface, aux destins de ses contemporaines Alice James (soeur d'Henry) et Edith Wharton qui avait également régulièrement recours aux visions fantomatiques (Le Miroir, Ethan Frome) pour permettre à ces héros d'accéder à une vérité que leur refuse le monde extérieur.
"La Séquestrée" ou l'histoire d'une femme et de bien d'autres qui se débattent dans l'existence et partent à la rencontre d'elles-mêmes.
Si tout comme moi vous avez la chance de croiser cet ouvrage délicatement subversif, ne le laissez surtout pas filer !

" Pourtant je dois m'exprimer d'une façon ou d'une autre, je dois réfléchir - c'est un tel soulagement ! Mais l'effort est en train de dépasser le sentiment de délivrance." p.27

D'autres avis : George - L'Ogresse

19 novembre 2011

Les Femmes - T.C Boyle


Publié aux USA en 2009 et traduit en français l'année plus tard, "Les Femmes" est un roman de l'écrivain américain T.C Boyle, également auteur des romans "America" ou "Talk Talk" ou plus récemment de "L'enfant sauvage".

"Les Femmes" nous emmène à Taliesin, domaine situé dans le Wisconsin, lequel appartenait à l'architecte américain Frank Lloyd Wright, célèbre pour son approche organique de l'architecture comme pour ses frasques amoureuses.
Haut-lieu de la vie conjugale de Wright, Taliesin sera le théâtre de nombreux conflits opposant Frank aux femmes qui partagèrent sa vie et le rempart contre les multiples invasions de la presse qui juge d'un oeil sévère les moeurs de l'homme.
C'est dans cet endroit d'une beauté audacieuse que le jeune apprenti Tadashi Sato fera ses premières armes auprès de Wright.
Bien des années plus tard, il retrace le chemin de vie de cet homme ô combien déconcertant.


Bâti en 1911, Taliesin fut incendié à 2 reprises, en 1914 et en 1925, et sans cesse remanié par Wright qui y passa 48 ans de sa vie. Les fondations comme toutes les oeuvres habillant chaque pièce dénotaient un goût prononcé de l'architecte pour l'Extrême-Orient.
Source de l'image



En marge de l'immense passion vouée à son métier, Frank Lloyd Wright était également connu pour être un grand collectionneur de textiles, gravures, paravents, sculptures, poteries (autant de pièces qui lui servirent souvent de monnaie d'échange pour éponger ses dettes) mais aussi de femmes !
Après avoir quitté son épouse Kitty et leurs 6 enfants, il vivra quelques temps avec Mamah qui devait être la femme de sa vie mais qui trouva la mort dans le premier incendie de Taliesin.

" Personne ne devrait vivre dans une maison de poupée, personne. Or si une femme devient mère sans connaître le vertige de l'amour, elle ressent la maternité comme une dégradation; car ni enfant ni mariage ni amour ne lui suffit, seul le grand amour peut la satisfaire. Or, où était son grand amour ? Où se trouvait son âme soeur ? A Oak Park. Il l'attendait." p.535

L'année suivante signe sa rencontre avec Miriam, femme sanguine dont l'obstination lui donnera bien du fil à retordre au moment de la séparation.
Il faut dire qu'en l'absence de celle-ci, un enfant a été conçu avec une autre femme, Olgivanna, qui tout comme Mamah avant elle, devra accepter de passer pour une gouvernante afin de calmer les médias.

" Les draps pesaient sur Olgivanna comme une pierre tombale. Elle ne s'était jamais sentie aussi lasse. "C'est pourtant ta femme, Frank. Comment est-ce possible ? Comment as-tu pu l'aimer ?"
Il ne vint pas à elle, ne lui prit pas la main, ne lui passa pas le bras autour de la taille, ne lui caressa pas les cheveux pour les tirer en arrière afin qu'ils ne lui tombent plus sur le visage : non, il continua de faire les cent pas, et la question, la question de l'amour, ici et maintenant, resta en suspens. Tout à coup, la chambre parut rétrécir, rapetisser.
Olgivanna eut l'impression de se trouver dans une cellule de prison, mais qui était le geôlier? Lui. C'était Frank." p.144

Frank Wright passa une bonne partie de sa vie en exil ou cloitré à Taliesin en attendant des jours meilleurs, travaillant à longueur de journée dans son atelier tandis que sa compagne du moment et ses apprentis faisaient tourner le domaine du maître.

Frank Lloyd Wright entouré de ses apprentis.
Source de l'image






Sacré bonhomme que cet homme-là ! Avare, constamment endetté (et à juste titre surnommé "Frank l'Ardoise") mais toujours capable de ressources insoupçonnées quand il le fallait, Wright apparaît comme un homme soucieux du qu'en dira-t-on mais uniquement lorsque celui-ci tourne à son avantage.
Séducteur et chaleureux avec les femmes, il savait se faire aimer d'elles et les installer dans son domaine en maîtresses de maison corvéables à souhait.
Au diable les tensions puisqu'il pouvait toujours s'absenter inopinément pour un quelconque chantier...
Même chose pour ses apprentis qui, après s'être acquittés d'une somme conséquente, disposaient du droit de séjourner à Taliesin sous la férule du maître comme de celui d'éplucher ses patates...

Si Boyle dresse un regard chaleureux sur l'architecte et ses créations en totale communion avec la nature, l'ironie est certes bien présente dans la voix de ce jeune narrateur faussement naïf quand il s'agit d'évoquer l'homme et l'époux, particulièrement dans les notes de bas de pages qui m'ont décoché plus d'un sourire !

" Trois maîtresses, trois Taliesin. On ne peut qu'imaginer ce qu'Olgivanna dut ressentir face à cette lignée. Compte tenu de son éducation, elle devait certainement connaître la biographie d'Henri VIII d'Angleterre." p.105
" Il paraissait toujours entretenir une relation conflictuelle avec ses clients, devant lesquels il avait la sensation de devoir s'abaisser pour pouvoir pratiquer son art. Il les "blousait" donc avec des surcoûts et leur réclamait avances sur avances : qu'à cela ne tienne, il jugeait que ce n'était que son dû.
Inutile de préciser qu'il abandonnait ces gens et les projets avec eux, qu'il n'avait aucune intention de compléter hormis par procuration.
Comment dit-on, déjà ? Prends le fric et barre-toi ? " p.543

J'ai particulièrement aimé les descriptions vivantes du domaine de Taliesin, personnage à part entière abritant les humeurs de ses pensionnaires, un lieu qu'il me plairait de visiter un jour.
Si j'ai été émue par les portraits de Mamah et Olgivanna, deux femmes dociles et impressionnables acceptant sans cesse son autorité, j'ai vraiment été excédée par l'hystérie et le manque de dignité de Miriam dont les interventions se voulaient sans cesse reléguées par une presse voyeuriste et inquisitrice (merci l'époque) !
Tout chez elle m'horripilait, de sa façon de critiquer sans arrêt tout et tout le monde depuis le premier jour à son acharnement dans les multiples attaques portées à son mari pour violation du Mann Act, banqueroute volontaire, adultère, "aliénation d'affection" et j'en passe.
Il faut dire que Wright a le don de susciter l'admiration comme la rancoeur ! En tant que femme, génie ou pas, j'aurais débarrassé le plancher vite fait...

Malgré mon engouement pour ce roman, j'ai tout de même souffert de quelques longueurs s'agissant du mal de mer de Wright (on le saura!), des périodes d'exil avec ses femmes et des discussions y afférant, un peu comme si toutes ces situations s'avéraient interchangeables.
Mais n'était-ce pas finalement le seul mode de vie connu de Frank Wright ? Une existence faite de dettes, de tensions, de séparations, de secrets ?

Olgivanna, Miriam, Mamah, autant de femmes et de chapitres qui s'entrecroisent dans ce roman remarquable de précision pour dévoiler la face cachée, intime du génie.

"Les Femmes" était une lecture commune avec Manu et Zarline dont je file voir les billets !

26 octobre 2011

Coeur volé - Lauren Kelly (aka Joyce Carol Oates)


Publié en 2005 et traduit en français l'année suivante, "Coeur volé" est un thriller de Lauren Kelly alias Joyce Carol Oates, romancière américaine notamment auteure de "Délicieuses pourritures" ou encore "Premier amour".

A l'annonce du grave état de santé de son père, Merilee Graf plaque sa vie à New-York pour retourner à Mount Olive.
Elle y recroise la famille de son père quittée sans trop de regrets, son excentrique Oncle Jedah ainsi que Roosevelt Jimson, le frère aîné de Lilac, une petite fille noire enlevée 10 ans plus tôt et dont le corps ne fut jamais retrouvé.
Les souvenirs d'enfance ressurgissent : le décès d'Edith, cette mère qui ne l'aimait pas, la vie secrète de son père, le manque d'amour et de communication avec ses parents, la terreur dans laquelle elle et les autres fillettes de son âge vivaient suite à la disparition de Lilac, cette petite-fille que Merilee ne parvient pas à oublier...

Merilee Graf ne sera plus jamais la même après la disparition de Lilac Jimson. Se heurtant au mur de silence qu'ont érigé ses parents (père toujours absent, mère angoissée et accro aux médicaments), elle se met à offrir des cadeaux à ses camarades de classe pour gagner leur affection et dissuader quiconque de lui faire du mal.
Merilee grandit mais reste une petite fille qui nourrit un profond besoin d'amour, quitte à se contenter du peu que lui offrent les hommes.

Si "Coeur volé" est signé Lauren Kelly, la patte de Oates reste toutefois pleinement reconnaissable !
Déboussolée, fragile, Merilee trouve en un homme de son entourage l'épaule paternelle sur laquelle reporter son manque d'affection et sa détresse.
Mais, parce que c'est Oates, on se doute que cet homme-là n'est évidemment pas si bien intentionné qu'il ne le laisse croire.
Excentrique, manipulateur, il exerce sur Merilee un sentiment étrange, mélange d'attirance et de répulsion.
Encore une fois on retrouve dans ce roman la figure de l'homme plus âgé (à nouveau décrit comme un serpent), autorité supérieure qui fascine, effraie et finit par isoler une jeune femme en pleine confusion. Cet homme qui la cerne si bien qu'il peut ensuite la manipuler à souhait, prétextant toujours oeuvrer pour son bien.

Les récits de Oates se partagent entre les songes, ambigus, qui disent les souvenirs enfouis, et cette petite voix intérieure qui tente d'avertir la jeune femme du danger à venir si elle ne se détourne pas de la voie sinueuse dans laquelle elle s'est engagée.
La chronologie brouillonne utilisée par Merilee, la narratrice, ne fait qu'appuyer le désordre de son esprit.
Le climat est à la méfiance ( ici au racisme aussi !) et au secret. Il y règne toujours une ambiance brumeuse qui se dégage d'une région aux endroits dangereux (les Chutes du Niagara dans "Les Chutes, un ravin dans le cas présent), porteurs du drame passé.

A l'instar d'un film d'horreur où l'on se cache les yeux tout en écartant les doigts, "Coeur volé" a exercé sur moi ce curieux magnétisme. Attirant et repoussant à la fois, comme ce bourreau qui attire insidieusement Merilee dans ses filets.
Joyce Carol Oates excelle à nouveau dans l'art d'évoquer un drame profondément intime.
J'ai beau identifier des caractéristiques communes dans chacun de ses romans, je me demande toujours : "Mais jusqu'où ira-t-elle cette fois ?"
C'est sans doute en cela, plus que dans le déploiement lent de l'intrigue, que "Coeur volé" répond efficacement au critère du thriller.



30 septembre 2011

Séquestrée - Chevy Stevens


"Séquestrée" est un thriller signé par l'américaine Chevy Stevens, publié chez France Loisirs en début d'année sous le titre "La cabane de l'enfer" et ré-édité ce mois-ci par les éditions l'Archipel.

La vie tranquille d'Annie O'Sullivan, agent immobilier, bascule lorsque celle-ci se fait kidnapper par un homme à l'issue d'une journée portes ouvertes.
Enfermée à double tour dans une cabane en rondins perdue en pleine forêt, Annie s'est vue forcée de se plier aux 4 volontés et de subir les sévices de celui qu'elle ne cessera de nommer le "Monstre".
Le calvaire prend fin au bout d'un an pour laisser place à un autre cauchemar : la réalité, autre, angoissante, marquée durablement par de lourdes séquelles dont Annie peine à se défaire.

J'avais normalement d'autres lectures prévues avant celle-ci mais les avis positifs postés ici et là m'ont convaincue de remonter ce thriller dans ma pile.
Et je dois dire que je ne regrette pas ce choix !
A travers une vingtaine de chapitres correspondant chacun à une séance de psychothérapie, Chevy Stevens nous plonge dans l'esprit torturé de son héroïne qui tout au long de son monologue, raconte les souvenirs de sa détention, mêlés aux flashs-backs de son enfance.
Annie apparaît de prime abord comme une femme qui n'a pas la langue dans sa poche.
C'est une femme en colère mais aussi une victime insécurisée, paranoïaque, traumatisée par les rituels et la cruauté mentale infligée quotidiennement par un détraqué.
La façon dont cette femme traverse certaines épreuves m'a parfois fait penser à une forme de renoncement.
N'ayant (heureusement !) jamais vécu ce genre de drame, il m'a parfois été difficile de concevoir que l'instinct de survie puisse prévaloir sur le maintien d'une certaine dignité.
Or Annie n'avait nul autre choix que l'abandon de soi, toute autre démarche aurait été suicidaire.

" J'ai fait pas mal de trucs dans cet endroit maudit. Des trucs que je n'avais pas envie de faire, des trucs que je ne me serais jamais crue capable de faire.
Mais cette fois-là, je crois que j'ai battu tous les records. Chaque fois que je me pose la question de savoir comment j'ai pu devenir le zombie que je suis aujourd'hui, je repense invariablement à ce moment.
A cet instant où j'ai ouvert au diable la porte de mon âme." p.58

Bien que j'aie parfois eu un peu de mal à accepter les réactions d'Annie envers son tortionnaire, je me suis sentie en totale empathie en regard des situations décrites, ayant l'impression de vivre par procuration le cauchemar éveillé de bon nombre de femmes.

Le style se veut fluide, pas exceptionnel mais finalement juste, étant donné le caractère spontané du rapport patient-psy qui se dispense de formulations complexes.
Les pages se tournaient toutes seules ! Il fallait que je connaisse l'issue de cette histoire, preuve que ce thriller fut bien efficace !
Un sentiment que je n'avais plus éprouvé depuis ma lecture de "Robe de marié" de Pierre Lemaître.
Contrairement à d'autres lectrices, je n'ai absolument pas deviné la fin. Peu m'importait d'ailleurs car ce qui m'intéressait surtout résidait dans "l'après".
Comment se reconstruit-t-on après avoir vécu de telles atrocités ?
En ce sens, j'ai trouvé très à propos la finesse avec laquelle l'auteure abordait la culpabilité et le repli sur soi rencontrés en situation de stress post-traumatique, la difficulté de ré-apprendre à vivre, au-delà de la simple survie.

Bref, un excellent thriller qui a dépassé mes espérances !

D'autres avis : Mango - Liliba - Canel - George


MERCI aux éditions de m'avoir offert ce livre !


15 septembre 2011

Ainsi rêvent les femmes - Katherine Kressmann Taylor


"Ainsi rêvent les femmes" est un recueil de 5 nouvelles publiées entre 1935 et 1963 par l'écrivaine américaine Katherine Kressmann Taylor et qui fait suite au recueil "Ainsi mentent les hommes".

Harriet se consume de jalousie pour un homme qui lui file entre les doigts. La jeune Anna se sent insignifiante sous le regard du cruel Derek. Madame abuse de la gentillesse d'une jeune femme pour lui vendre une poupée. Ellie Pearl quitte la ville pour rejoindre sa famille dans les montagnes et se demande où est vraiment sa place.
Le vieux Rupe Gittle redécouvre la vie en admirant comme pour la première fois la nature qui l'entoure.

Les 4 femmes présentes dans ce recueil aspirent toutes à un ailleurs qui les rendraient plus heureuses, ou du moins les soulageraient du fardeau que représente leur vie et dont elles se sentent responsables.
Harriet s'embourbe dans une relation vouée à l'échec, s'accrochant à un homme qui de toute évidence ne la mérite pas.
Anna guette le regard de celui qu'elle désire et qui l'entoure de mépris.
" Il était cruel. Mais elle le savait depuis le début. Elle était en partie responsable (a-t-on idée de fondre ainsi ?) et elle rougit de honte. Quand même, c'est lui qui était en demande, qui exigeait. Tandis que l'aigle s'éloignait dans un battement d'ailes, il ne restait plus à la créature innocente que la blessure laissée dans son flanc par le bec cruel. Elle l'aimerait à tout jamais. Elle porterait toute sa vie sa tristesse avec elle, sans que personne ne le sache jamais. Elle se rappela sa prémonition matinale : toute splendeur est éphémère." p.32

La jeune femme qui aide Madame à monter les escaliers s'en mord les doigts lorsqu'elle se rend compte qu'elle se fait manipuler. Elle n'a qu'une hâte, quitter cet appartement pour ne plus jamais y revenir.
Partagée entre deux mondes bien différents, Ellie Pearl aime son travail et l'effervescence de la ville mais regrette toutefois la simplicité de la campagne.

" Ellie Pearl s'inquiétait sans raison : elle était chez ses parents et rien ne perturbait sa vie. Parfois tout semblait simple, familier, et elle éprouvait un pur bonheur, comme en récurant les vieilles casseroles jusqu'à ce qu'elles étincellent ou en humant l'odeur du pain frais sortant du four. Mais à d'autres moments, surtout lorsqu'elle se promenait en montagne, foulant du pied le granit, pour arriver au point d'où l'on avait la vue qu'elle préférait depuis sa plus tendre enfance, elle s'asseyait sur la pierre, sur cette robe blanche veinée de stries granuleuses dorées et noires - la plus belle de toutes les roches -, elle admirait les lézards qui détalaient, le ciel qui n'était qu'une page de bleu ininterrompu, et toute sa joie s'évanouissait, perdue. Elle était alors traversée par une sensation de manque, sans savoir à quoi elle aspirait." p.63

Quant au vieux Rupe Gittle, il nous enseigne que le sens de la vie réside peut-être tout simplement dans la vie elle-même, dans toutes ces petites choses que nous côtoyons au quotidien sans nous en apercevoir.

J'ai aimé le style souvent coloré de l'auteure pour évoquer cet idéal que représentait la nature, en contraste total avec les états d'âme des personnages, et ainsi mieux souligner leur détresse.
Mais bien que j'ai lu ces nouvelles sans déplaisir, je confesse néanmoins une certaine déception en raison du manque de volonté des personnages que j'ai trouvé bien fades, mais surtout en regard de la puissance de "Inconnu à cette adresse" dont le souvenir de lecture, même deux ans plus tard, demeure encore intact.


21 août 2011

Le meurtre et autres nouvelles - John Steinbeck


"Le meurtre et autres nouvelles" est un ensemble de 4 nouvelles extraites du recueil "La grande vallée", publié en 1938 par le romancier américain John Steinbeck, célèbre pour ses romans "Les raisins de la colère", "Des souris et des hommes" ou encore "A l'est d'Eden".

Le harnais relate l'histoire de Peter Randall, un fermier qui suite à la mort de sa femme, prétend se sentir soulagé de pouvoir mener sa vie comme il l'entend. Plongé dans le travail, il décide de semer sur sa terre des pois de senteur, entreprise risquée car les plantes sont capricieuses. A l'étonnement général, la récolte est un vrai succès. Mais Peter est-il pour autant heureux ?
Dans Le meurtre, il est question de Jim Moore et de sa femme Jelka, épouse belle et dévouée mais peu disposée à converser avec son mari.
Un jour, Jim la surprend au lit avec son propre cousin qu'il abat de sang-froid. Jelka pourra-t-elle lui pardonner son geste ?
Le serpent nous entretient du Dr Philips, un jeune scientifique qui travaille sur la reproduction des étoiles de mer et se voit un jour interrompu dans ses recherches par une femme étrange, venue lui acheter un serpent à sonnette.
La femme souhaite revenir de temps à autre pour nourrir son serpent. Le jeune homme se demande si elle tiendra parole.
Fuite est le récit de la fugue de Pépé, un jeune garçon devenu homme le jour où il en a abattu un autre. Avec la complicité de sa mère, il quitte le domicile familial pour échapper à une mort certaine.

Si je m'étais prodigieusement ennuyée à la lecture des "Raisins de la colère", le bon souvenir de "Des souris et des hommes" m'avait empêchée de renoncer définitivement à cet auteur.
Quant à "La perle" et "Le poney rouge", les ayant lu très jeune, je n'en garde que de lointains souvenirs.
Comme j'aime les nouvelles, je me suis dit que ce recueil pourrait peut-être me plaire.
Loupé.
Bien que ces 4 nouvelles présentent des histoires différentes, celles-ci, en plus de toutes se situer dans la région de Monterrey, offrent des personnages aux caractéristiques assez similaires.
Dans chaque récit apparaît un homme plutôt rustre - figure récurrente chez Steinbeck - subissant l'influence d'une femme mystérieuse qui l'amène à commettre quelque folie.
Sans elles, ces hommes se retrouvent démunis et se réfugient dans la solitude de la nature ou de leur ferme isolée dans les hauteurs des collines.
Comme à son habitude, Steinbeck inscrit ses personnages dans un décor sauvage, hostile qui s'avère être un piège qui se referme sur eux. La narration se veut neutre, dénuée de tout jugement moral.
Bien que mon intérêt pour ces histoires fut plutôt modéré, ma déception va surtout aux chutes qui m'ont semblé retomber à plat. J'avais à chaque fois le sentiment qu'une question demeurait en suspension dans l'air, sans toutefois éprouver l'envie de lui trouver une réponse.
Une lecture qui m'a finalement laissée de marbre et ne m'a pas encouragée à relire l'auteur...


"Le meurtre et autres nouvelles" était une lecture commune avec Canel et Manu dont je file voir les billets !










20 juin 2011

Dans le scriptorium - Paul Auster


Publié en 2006 et traduit en français en 2007, "Dans le scriptorium" est un roman de l'écrivain américain Paul Auster, notamment auteur de la "Trilogie new-yorkaise", "L'Invention de la solitude", "La Vie intérieure de Martin Frost" ou encore d'"Invisible".

Un matin, un vieil homme du nom de Mr Blank se voit frappé d'amnésie. Sa chambre est placée sur écoute et sous l'étroite surveillance d'une caméra vidéo, des photographies de visages familiers et un manuscrit gisent, épars, sur le bureau.
Tandis que Mr Blank procède à la découverte du manuscrit, sa lecture est interrompue par plusieurs coups de fil et visites pour le moins étranges. Qui est cette Anna qui lui administre des médicaments et lui fait sa toilette ? En quoi consiste le traitement prescrit par le Docteur Farr ?
Qu'en est-il de ces "chargés de mission" qui semblent lui en vouloir ? Et pour quelle raison éprouve-t-il de la culpabilité à leur égard ?

"Dans le scriptorium" était ma première incursion dans l'univers de Paul Auster et je dois dire que cette première découverte est une vraie déception.
On a coutume de se figurer la personne de l'écrivain comme celle habilitée à tirer les ficelles et à décider des directions qu'empruntent ses personnages.
Mais que peut-il arriver lorsque ces mêmes personnages se rebiffent et demandent des comptes à leur créateur ? C'est là l'idée originale de ce roman et la raison qui m'a poussée à vouloir lire cette rencontre entre fiction et réalité.

Récit d'une seule journée de la vie de Mr Blank, ce roman se présente comme un huis-clos mettant en présence le vieil homme aux prises avec son imagination, un univers tortueux peuplé d'étranges personnages défilant tour à tour dans sa chambre pour lui reprocher de les avoir malmenés.
Il apparaît que ceux-ci se trouvent être des personnages issus des précédents romans de Paul Auster.
Hélas, ignorant tout de l'oeuvre d'Auster, je n'ai pas réussi à les identifier ni même à m'intéresser à leur sort. Il faut dire que leurs apparitions fugitives ne m'en ont pas vraiment laissé le temps.
Mr Blank m'est apparu comme un vieil homme velléitaire qui m'a laissée dans une relative indifférence (les scènes de touche-touche pipi étaient-elles vraiment nécessaires ?).
Quant au fameux manuscrit lu par celui-ci et distillé tout au long du récit, un roman dans le roman, je ne lui ai pas trouvé de véritable raison d'être si ce n'est celle de brouiller les pistes pour le lecteur.

Ce roman, d'un format pourtant court, m'a semblé d'autant plus lourd par son absence de chapitrage et un style très clinique qui, bien qu'ayant son importance pour la compréhension de la chute finale (que j'ai trouvé attendue pour ma part), a contribué à me rendre ce récit ennuyeux.
Bref, ce procès à l'écrivain était une belle idée de départ mais qui pour moi s'est soldée par un premier rendez-vous manqué...
J'espère être davantage conquise par "L'Invention de la solitude" et "La vie intérieure de Martin Frost", tous deux dans ma PAL.

" Dès l'instant où il ferme les yeux, il voit passer dans sa tête le défilé des ombres.
C'est une longue procession crépusculaire, composée de vingtaines sinon de centaines de silhouettes, parmi lesquelles figurent à la fois des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards et, si certaines sont petites, d'autres sont grandes, et si certaines sont rondes, d'autres sont sveltes et Mr Blank, qui les écoute avec toute son attention, entend non seulement le bruit de leurs pas mais aussi quelque chose qui lui paraît ressembler à un gémissement, un gémissement collectif à peine audible, s'élevant d'entre elles.
Où elles sont, où elles vont, il n'en sait rien, mais on dirait qu'elles s'avancent d'un pas lourd au travers d'une sorte de pâturage abandonné, un terrain vague où la mauvaise herbe le dispute à la terre nue, et parce qu'il fait si obscur, et parce que chacune des silhouettes marche la tête baissée, Mr.Blank ne peut distinguer aucun visage.
Tout ce qu'il sait, c'est que la seule vue de ces créatures le remplit de terreur, et il se sent écrasé une fois de plus par un implacable sentiment de culpabilité." p.48

"Dans le scriptorium" était une lecture commune avec George, Anne (De poche en poche) et Michel dont je file voir les billets !

D'autres avis : Géraldine - Manu - Kathel - Praline - Liliba

14 avril 2011

Louisa et Clem - Julia Glass


Après "Jours de juin" et "Refaire le monde", "Louisa et Clem" est le troisième roman de l'écrivaine américaine Julia Glass, publié cette année.

"Louisa et Clem" est l'histoire de deux soeurs aux existences bien différentes. Tandis que Louisa, l'aînée, se consacre à l'art et à la quête de l'homme parfait, Clem se tourne vers l'exploration et la défense du monde animal tout en multipliant les conquêtes.
Entre elles, c'est loin d'être l'amour fou mais passé la rivalité adolescente, alors que la distance et les impératifs de la vie les éloignent, les deux soeurs apprendront à apprécier leurs différences et à maintenir bon gré mal gré ce lien qui les unit.
" Plus ça change, comme on dit : je veux quand même rester le tyran bienveillant. Je veux briller davantage qu'elle, je veux être la plus sage, la plus intelligente, la plus aimée, mais je veux pouvoir garder un oeil sur elle. Elle est, après tout, irremplaçable." p.113

Dès le début, ce roman m'a beaucoup fait penser à "Un jour" de David Nicholls, notamment en raison de sa structure narrative particulière.
En effet, le lecteur rejoint tous les 3 ans les deux personnages qui, tour à tour et durant deux décennies, interviennent en tant que narrateurs.
Bien qu'il ne soit pas question ici d'amitié amoureuse mais bien de relation sororale, j'ai retrouvé ces mêmes antagonismes entre deux êtres toujours présents en cas de besoin mais décidément trop fiers que pour s'avouer leurs véritables sentiments.
Dans la même veine, "Louisa et Clem" m'a aussi énormément rappelé "Easter Parade" de Richard Yates, bien que Julia Glass ait choisi de traiter ce thème de façon un peu moins sombre.

Dans le premier chapitre, j'ai eu du mal à différencier Louisa de Clem. Autant dire que j'étais plutôt mal embarquée au départ.
Après réflexion, ce début chaotique m'a porté à croire que l'auteure souhaitait planter le décor en laissant clairement entrevoir la difficulté que connaissent ces deux soeurs à se partager le temps de parole, leurs interventions apparaissant comme autant de tentatives de relayer le lecteur à leur cause.
Dans ce premier chapitre, il est également question du fils illégitime de leur tante Lucy qui aurait été confié à l'une de leurs autres tantes pour éviter de jeter le déshonneur sur la famille.
Clem voudrait connaître l'identité de ce grand-oncle et l'on s'attend à ce que cette question revienne sur le tapis à un moment donné. Or l'auteure n'y revient pas.

Pour ma part, j'avoue avoir eu une nette préférence pour le caractère franc et aventurier de Clem même si je reconnais que j'ai fini par être agacée de son changement d'homme à chaque chapitre, un vrai défilé !
Je me suis d'ailleurs demandée pourquoi l'auteure s'échinait à brosser avec force détails tous ces portraits d'hommes alors qu'elle comptait les faire passer à la trappe au chapitre suivant...
Je n'ai donc pas vraiment réussi à m'attacher à ces personnages secondaires beaucoup trop furtifs à mon goût.
J'ai également éprouvé un certain ennui à la lecture de quelques scènes (notamment celle de l'opération du jeune grizzli) bien que je conçoive qu'elles soient nécessaires pour donner plus de relief aux personnages.

Bref, un premier chapitre plutôt déroutant (et décourageant), trop de personnages secondaires, des longueurs justifiées mais pas spécialement intéressantes. Reste le style, agréable sans être éblouissant.
Je n'écarte pas la possibilité de découvrir un jour un autre titre de cette auteure, mais il n'y a pas d'urgence.

" Ma mère est déjà dans la voiture, au volant. Elle prendra un martini dès que nous arriverons au restaurant. Quoi de plus naturel ? Mon père monte la garde près de la portière ouverte, attendant que Ray et moi arrivions. En m'approchant, je vois qu'elle lui tient la main.
Ils forment l'image de vies qui s'écoulent ensemble et séparément, ensemble et séparément.
J'imagine leur mariage comme une double spirale, deux âmes qui s'enroulent autour d'un axe commun, jointes sans jamais se toucher. Nos vies, celles de Clem et la mienne, ont eu cette forme, elles aussi, pendant un temps." p.383


Un grand MERCI à et aux de m'avoir offert ce livre !


3 mars 2011

Bons baisers de Cora Sledge - Leslie Larson


"Bons baisers de Cora Sledge" est le second roman, publié cette année, de l'américaine Leslie Larson.
Parce que sa famille s'inquiète de sa santé physique et mentale, Cora Sledge, 82 ans, se voit contrainte de quitter sa maison pour rejoindre une résidence médicalisée.
Il faut dire qu'il était temps que Cora cesse de brûler la chandelle par les deux bouts : entre ses 136 kg et son addiction aux médicaments et aux cigarettes, elle n'aspirait plus qu'à une chose : finir ses vieux jours dans sa maison en compagnie de sa chienne.
Alors qu'elle peine à accepter cette nouvelle vie en communauté, elle fait la rencontre de Marcos et de Vitus, deux hommes qui, chacun à leur façon, l'aideront à remonter la pente pour lui offrir une seconde jeunesse et, qui sait, un plan ...

" Beaucoup de gens pensent que les vieux sont une bande de zombis desséchés qui n'éprouvent plus aucun sentiment.
Bon, eh ben, moi, je peux vous dire que la soif d'amour ne disparaît jamais. Et même qu'elle devient encore plus forte. Nous avons vu beaucoup de choses, traversé des épreuves, et nous nous raccrochons à l'essentiel. Manger, dormir, aimer.
Nous n'avons plus de temps à perdre. Nous avons besoin de plus d'amour, d'amour véritable, parce que nous avons moins de distractions qui nous empêchent de réfléchir à ce qui nous manque. Pas de gosse, pas de boulot, pas de vaines occupations. Nous voulons juste que quelqu'un nous regarde et sache qui nous sommes." p.126

"Bons baisers de Cora Sledge" ou le portrait d'une octogénaire hors du commun et c'est peu de le dire...
Surnommée "Crapaud" dès son plus jeune âge en raison d'un physique peu avantageux, Cora n'a pas connu le luxe de pouvoir faire ses propres choix dans la vie. Mais elle s'est pourtant toujours montrée capable de rebondir à sa manière, se contentant des décisions que ses proches prenaient pour elle.
Au bout du rouleau et trahie par les siens, elle se met en tête de rédiger un journal pour y raconter sa solitude passée et présente, confesser de douloureuses blessures coupables comme pour décrire un quotidien loin d'être rose et qui comporte son lot d'intrigues et de chamailleries.
La vie de Cora va prendre un nouveau tournant lorsqu'elle tombe amoureuse de Vitus, un homme qu'elle choisit pour la première fois de sa vie et au contact duquel elle ressent l'envie de se reprendre en mains.

" J'en ai plus que marre des couleurs pastel, des élastiques à la taille et des trucs lâches en tricot.
Pourquoi, passé la soixantaine, devrait-t-on revenir aux couleurs de bébé? Rose et bleu layette, jaune pâlichon et mauve à dégueuler. Ici, on ne voit que ça : des vieilles dames qui ont l'air de pastilles de menthe ou de dragées. Ces pauvres teintes affadies sont d'un déprimant achevé.
Moi, je veux des motifs. Des fleurs. Des rayures, des triangles, des pois. Des imprimés audacieux. Et des couleurs vives. De l'écarlate, du bleu-vert, du pourpre. Du fuchsia, du rouge coquelicot, du rose pastèque, du vert chartreuse ! Mais, bien sûr, une grosse dondon est censée porter des couleurs sombres. Du noir, du bleu marine, du marron caca. Et basta. Sinon, on risquerait de la remarquer." p.147

Je me suis plongée avec délice dans le journal de cette dame âgée qui se révèle une fine observatrice dotée d'une vivacité d'esprit et d'un humour mordant.
L'auteure nous offre un personnage rayonnant aux antipodes du cliché de la vieille femme sénile, une femme combattive et pleine de ressources, bornée quand il s'agit d'obtenir ce qu'elle veut et qui ne mâche pas ses mots.
Malheureusement, à force de vouloir la rendre attachante et proche de nous, l'auteure s'est selon moi quelque peu égarée sur le chemin de la crédibilité.
Si je crois qu'on peut tomber amoureux et avoir des envies à tous les âges, j'ai toutefois eu toutes les peines du monde à me représenter cette femme s'exprimant avec une telle modernité et agir avec une pareille fougue en regard de son âge et de sa faible condition physique.
Je manque peut-être d'imagination ou d'informations sur le sujet mais j'ai vraiment tiqué sur l'usage de certains mots comme sur une scène hautement érotique durant laquelle Cora enjambe fougueusement un homme 20 ans plus jeune tout en lui susurrant ses envies à l'oreille.
L'idée ne me choque pas en soi mais il ne faut quand même pas oublier que Cora est censée avoir 82 ans, peser plus de 100 kg, qu'elle peut à peine se déplacer et souffre d'une insuffisance respiratoire. Alors je ne sais pas pour vous mais pour moi, la pilule n'est pas passée. Certes le coeur n'a pas de limites mais s'agissant du corps, c'est une autre histoire.
Durant ma lecture, j'ai repensé au film "Cocoon" et à ses petits vieux rajeunissant au contact d'oeufs extraterrestres. Or j'avais pris ce film pour ce qu'il était - un film de science-fiction - ce qui n'est pas le cas ici.
Certes "Bons baisers de Cora Sledge" m'a fait passer un bon moment de lecture. J'ai souri plus d'une fois à cette idée séduisante du pouvoir de l'amour au delà des âges et de cette vieillesse qui a encore de beaux jours devant elle mais avec toutefois un sentiment surnaturel de "trop beau que pour être vrai" qui ne m'a pas quittée...

D'autres avis : Jules - Antigone - Clarabel - Aifelle

Un grand MERCI à et aux éditions de m'avoir offert ce livre !


15 février 2011

Le miroir - Edith Wharton


"Le miroir" se compose de deux nouvelles rédigées par l'écrivaine américaine Edith Wharton et extraites du recueil "Grain de grenade" ("The Ghost stories of Edith Wharton") publié en 1973.

Le miroir nous raconte comment Mrs Attlee, masseuse et medium à ses heures perdues, a tenté d'aider l'une de ses clientes, Mrs Clingsland, à retrouver une nouvelle jeunesse.
Quand Mrs Clingsland se plaint de sa beauté disparue et lui confie l'existence d'Harry, un jeune homme qui fut autrefois son soupirant, Mrs Attlee la prend en pitié et entreprend de lui faire parvenir des lettres d'amour signées du fantôme d'Harry, décédé lors du naufrage du Titanic.
Par chance, Mrs Attlee rencontre un jeune homme tout disposé à jouer le scribe.
Mais est-il bon de faire parler les morts?

Dans Miss Mary Pask, un peintre se rend en Bretagne pour y exercer son art et se rappelle sa promesse faite à son amie Grace de visiter sa soeur Mary qui vit en ermite à Morgat, dans une maison située dans la baie des Trépassés.
Alors qu'il entre dans la demeure, il se souvient que Mary est décédée un an plus tôt mais il est trop tard pour rebrousser chemin : le fantôme de Mary se trouve justement face à lui...

Edith Wharton a ici pris le parti de s'éloigner pour un temps des mariages pour se consacrer aux fantômes et à la superstition dont ils font l'objet.
Mrs Clingsland comme Miss Mary Pask sont toutes deux des femmes seules, issues de familles aisées, en quête d'un peu de piment dans leurs vies ennuyeuses.
Rédigées sous forme de confessions, ces deux nouvelles laissent apparaître des narrateurs en prise avec leur culpabilité. Bien intentionnés, ils ont pris ces femmes en pitié et leur imagination a fait le reste.
Si le but de l'auteure était de recourir aux fantômes pour pointer du doigt la crédulité et la bêtise de la bourgeoisie de son époque, le but est atteint... ou presque car j'ai trouvé ces caricatures grossières, dépourvues de subtilité.
" Je monte dans la chambre de la pauvre femme et la trouve au lit, agitée, les yeux brillants et le visage envahi par les rides que j'ai tant travaillé à effacer. En la voyant, mon coeur se radoucit.
Après tout, me dis-je, ces gens-là ne savent pas ce que sont les ennuis véritables, mais ils ont réussi à fabriquer quelque chose qui y ressemble tant que c'est presque aussi difficile à supporter que les vrais." p.47

Je m'attendais à ressentir des frissons à la lecture de ces nouvelles or rien ne s'est produit tant l'auteure me semblait manipuler maladroitement le genre fantastique avec pour résultat de simples anecdotes à peine crédibles et clôturées par des chutes on ne peut plus plates.
Un recueil sans grand intérêt pour moi et que je déconseille à qui veut découvrir l'univers de Wharton...
Je lui laisse d'ailleurs le mot de la fin :

" Cependant, tout en restant patiemment assis à l'écouter, je n'arrivais pas à éprouver un réel intérêt pour ce qu'elle disait.
J'avais le sentiment que je ne pourrais jamais plus m'intéresser à Mary Pask, ou à quoi que ce fût qui la concernait." p.84


5 février 2011

Et devant moi, le monde - Joyce Maynard


Publiée en 1998 et traduite en français cette année, "Et devant moi, le monde" est l'autobiographie de Joyce Maynard, journaliste et romancière américaine à qui l'on doit notamment les romans "Prête à tout" et "Long week-end".

Issue d'une famille formée par une soeur qui s'illustre dans plusieurs concours littéraires, une mère intrusive qui la prive de son intimité et un père dont l'alcoolisme demeure un sujet tabou, Joyce Maynard tente de trouver sa place au sein de cette tribu pour qui le bien-être passe après l'éducation et la réussite.
Etudiante à l'université de Yale, elle est une jeune femme repliée sur elle-même qui évite de se mêler à ses camarades et cultive plusieurs obsessions : rester mince, renoncer à sa virginité et connaître le succès.
A 18 ans, elle rédige un article pour le New York Times Magazine.
Ce témoignage qui laisse entrevoir le désenchantement de toute une génération suscite de vives réactions et vaut à la jeune femme de recevoir plusieurs centaines de lettres.
L'une d'entre elles, provenant d'un certain J.D Salinger, signe le début d'une longue correspondance entre la jeune étudiante et l'écrivain confirmé.
Il lui parle d'édition, d'homéopathie, de cinéma des années 30 et de ses enfants qui lui tiennent tant à coeur tandis qu'elle évoque ses cours et son quotidien sur le campus.
Flagorneur et bienveillant, l'écrivain se montre des plus enthousiastes quant à son talent et n'hésite pas à lui prodiguer des conseils visant à la détourner des personnes susceptibles de dénaturer son écriture.
Tombée sous le charme de l'homme avant l'oeuvre (qu'elle ne découvrira que plus tard) malgré une différence d'âge de 35 ans, la jeune Joyce voit en lui la seule personne en mesure de pouvoir la comprendre, lui qui tout comme elle vit dans la réclusion volontaire.
Elle n'hésite d'ailleurs pas à renoncer rapidement à sa bourse d'études pour vivre pleinement cette nouvelle passion fusionnelle à Cornish, la propriété de Salinger.
Mais au fil des jours, l'homme se montre de plus en plus critique et autoritaire à son égard, l'isolant des éditeurs et de sa famille et la sommant de renoncer aux futiles occupations de son âge pour se concentrer sur l'essentiel : l'écriture et la méditation.
Soumise à un régime alimentaire drastique et en proie à plusieurs blocages physiques et psychologiques, la jeune femme se montre prête à tout pour mériter l'attention de son "mentor" qui jugera bon de la rejeter sans plus d'explications.
Bien que de courte durée, cette relation destructrice continuera de la hanter bien des années plus tard...

Divisée en une vingtaine de chapitres, cette autobiographie retrace 3 périodes intimement liées de la vie de Joyce Maynard : l'avant, le pendant et l'après-Salinger.
Si le sujet au centre de cette autobiographie - la perversion narcissique- m'intéressait davantage que son aspect pipole, je dois bien reconnaître que je ne serai désormais plus en mesure de relire Salinger (pour autant que cela arrive un jour, "L'Attrape-coeurs" ne m'ayant pas plu du tout) sans penser à l'homme infect dépeint ici.
Et pourtant on ne peut pas dire que Joyce Maynard se perde en insultes à l'égard de cet homme dont elle ne diffuse d'ailleurs pas les lettres.
L'auteure qui a souffert toute sa vie du poids des non-dits a entrepris de se libérer de son passé de la façon la plus élégante qui soit, en laissant de côté le ton revanchard pour ne s'en tenir qu'aux faits (largement suffisants d'ailleurs que pour en déduire les conclusions qui s'imposent).
Comment peut-on prétendre aimer éperdument quelqu'un pour ce qu'il est pour ensuite le casser dans son être au point qu'il en reste affecté durant des années? Il est terrible de constater comme les faiblesses de cette jeune femme naïve et dépendante affective ont pu être exploitées par un homme plus âgé qu'elle soucieux de la transformer et qui, n'y parvenant pas assez à son goût, la congédie du jour au lendemain en la laissant endosser toute la culpabilité de cet échec.

" Un jour Jerry Salinger est le seul homme existant dans mon univers. Je m'en remets à lui pour me dire quoi écrire, quoi penser, quoi porter, quoi lire, quoi manger.
Il me dit qui je suis, qui je devrais être. Et le jour suivant, il n'est plus là.
Il m'avait décrit le chemin qui mène à l'illumination. Il eût fallu posséder un genre de discipline et d'abnégation que je n'avais pas, une capacité à s'oublier soi-même et à renoncer aux plaisirs matériels. Sur ce chemin, j'avais en permanence trébuché, sans jamais douter pourtant que c'était le bon. Sans Jerry pour me guider, je me sens abandonnée, perdue, pas simplement seule physiquement mais psychiquement bloquée.
Toute ma vie j'ai su ce qu'était la sensation de solitude. Mais jamais à ce point." p.267

Même si Joyce Maynard s'est reconstruit une vie après son éviction de la "secte Salinger", elle n'a jamais vraiment réussi à repartir à O malgré ses déménagements, son mariage, la naissance de ses 3 enfants, mais a continué à mener sa barque "malgré lui" avec encore le vain espoir qu'ils puissent un jour reprendre contact.
Mais lorsqu'elle entreprend de rédiger cette autobiographie, les résultats de ses recherches anéantissent sa dernière illusion. Il y eut d'autres lettres adressées à des femmes tout aussi jeunes.
Et voilà que 20 ans après la rupture, elle tombe sur l'une d'entre elles alors qu'elle est venue dire adieu et poser une seule question à cet homme qu'elle a tant aimé et qui continue de la mépriser pour ses choix de vie pourtant fort courageux.

" Le problème avec toi, Joyce, c'est que...tu aimes le monde.

- Oui, dis-je en souriant. Oui, c'est vrai, j'aime le monde. Et j'ai élevé trois enfants qui eux aussi aiment le monde.

- Je savais que tu arriverais à ça. A rien.

Lui, l'homme qui m'a dit que, s'il savait une chose, c'était que, quoiqu'il arrive, je serais un véritable écrivain. Personne, jamais, ne pourrait me retirer cela, m'avait-il dit un jour. N'oublie jamais ça. Ne laisse personne te dire ce que tu dois faire. Ne fais confiance qu'à la force de ta voix.

" Je voulais te dire au revoir, Jerry.

- Je n'entends pas bien. " Il dit ces mots avec moins de force. Je n'arrive plus à sourire. Je ne ressens qu'une bouffée de chagrin. Cet homme a été quelqu'un de merveilleux. Je l'ai aimé plus que tout au monde. Je n'ai aucune envie de le blesser. Juste de le laisser enfin partir.

" Tu comptes exploiter ton histoire avec moi je suppose?


- Il est sans doute vrai que quelqu'un sur le pas de cette porte a exploité quelqu'un d'autre en face de lui. Je te laisse méditer sur qui est qui. "

Alors que je m'éloigne, il me lance encore une chose, les derniers mots que j'entendrai probablement du premier homme que j'ai aimé.
" Je ne t'ai pas exploitée! crie-t-il. Je ne te connais même pas." " p.423

J'ai réellement été révoltée par ce parcours de femme si violemment marqué par la manipulation d'un seul homme comme j'ai été touchée par l'écriture pudique et tout en dignité de Joyce Maynard qui parvient à sortir du champ circonscrit de l'intimité pour s'étendre à un puissant témoignage sur la violence psychologique et ses ravages.

" Un jour, Joyce, il y aura une histoire que tu auras envie de raconter pour la seule raison qu'elle a plus d'importance pour toi que n'importe quelle autre. Tu laisseras tomber l'habitude de faire ce que tout le monde te dit de faire. Tu arrêteras de regarder derrière ton épaule pour vérifier que tu contentes tout le monde, et tu écriras simplement ce qui est réel et vrai. L'écriture sincère énerve toujours les gens, et ils trouveront toutes sortes de moyens de transformer ta vie en enfer. Un jour, dans très longtemps, tu cesseras de te soucier de savoir à qui tu plais ou ce qu'on dit de toi.
C'est à ce moment-là que tu produiras enfin le travail dont tu es capable." p.185


Un autre avis : Gwenaëlle


18 avril 2010

Mortelle est la nuit - Isaac Asimov


"Mortelle est la nuit" et "Chante-cloche" sont deux nouvelles extraites du recueil "Histoires mystérieuses"(1954) de l'écrivain américain d'origine russe Isaac Asimov, célèbre pour ses oeuvres de science-fiction et particulièrement son "Cycle de Fondation".
"Chante-cloche" nous fait faire la connaissance du pilote spatial Louis Peyton, un cinquantenaire qui a pour habitude peu commune de passer chaque mois d'août dans l'abri anti-atomique qui lui sert de lieu de villégiature.
Sauf que cette année, il part en voyage...sur la Lune, accompagnant un certain Cornwell dans une quête qui fera leur richesse à tous les deux. Mais alors que satisfaits de leur mission, ils s'apprêtent à plier bagage, Cornwell se fait désintégrer.
La police enquête sur ce qui pourrait bien être le premier meurtre spatial. Mais comment coincer le coupable avec certitude? Seul le Dr Urth, extraterrologiste pourra élucider ce mystère...

"Mortelle est la nuit" . Venus des 4 coins de l'univers pour assister à une grande convention d'astronomie, Kaunas, Ryger et Talliaferro profitent de l'occasion pour se retrouver entre anciens camarades de classe qui ne se sont plus revus depuis 10 ans.
Contrairement à eux, Villiers n'a pas réussi à obtenir son diplôme d'astronomie. Le voilà justement qui interrompt la réunion des 3 compères, affirmant qu'il est sur le point de révéler une découverte capitale pour l'histoire de l'astronomie : le transfert de masse.
Malheureusement, le futur Spok n'aura pas le temps de mettre son projet à exécution puisqu'il trouvera la mort dans la nuit. C'est à nouveau le savant Dr Urth qui sera chargé de confondre le meurtrier parmi les 3 seuls coupables potentiels.

Pourquoi ai-je voulu lire ces nouvelles alors que je suis une totale quiche en matière de science-fiction? Principalement parce que le recueil se défendait de mêler science-fiction et enquête policière.
Ma lecture avait bien commencé. Je découvrais les premières pages de "Chante-cloche" avec curiosité, en essayant de ne pas buter sur chaque mot qui résonnait étrangement à mon esprit de néophyte. Vous arrive-t-il d'emprunter le stratojet agravifique pour vous rendre au travail? Où préférez-vous l'aéroglisseur subgravifique?
Bref. Si cette première nouvelle m'a bien plu, c'est sans doute parce qu'en dépit de théories scientifiques dont quelques éléments m'échappent encore, j'y trouvais encore certains repères. Nul besoin d'être détenteur d'un diplôme en sciences pour comprendre comment le meurtrier a cru s'en tirer à bon compte.

Mais les choses se sont plus ou moins corsées lorsque j'entrepris la lecture de "Mortelle est la nuit" qui me fit dire que je n'étais décidément pas la lectrice visée par ce genre de récit.
En l'espace de quelques pages, je me suis retrouvée catapultée au milieu d'une réunion de scientifiques/geeks évoquant des théories dont mon esprit ne fut pas en mesure de saisir toute la complexité. Ou plutôt si, j'ai bien compris que tout cela était fort compliqué...
J'ai ressenti la désagréable impression que l'auteur s'était servi d'une enquête policière pour étaler son savoir, ce qui a eu pour effet de me tenir en quelque sorte à distance de l'enquête.
" Ryger lui-même consentit à parler de Cérès après avoir écouté le dialogue chuchotant de ses compagnons. Le gros problème était celui du cycle de rotation de la planète. Une période de deux heures. Ce qui signifiait que la vitesse angulaire des astres qui passaient dans le ciel était douze fois supérieure à ce qu'elle était sur la Terre. Il fallait tout multiplier par trois, les télescopes, les radioscopes et autres bidules, pour avoir une continuité dans l'observation tellement leur passage était accéléré.
- Pourquoi ne vous êtes-vous pas implantés sur un pôle, s'enquit Kaunas.
- Cette solution serait valable pour Mercure et pour le Soleil, répondit Ryger sur un ton impatient. Même aux pôles, il y a distorsion et on ne peut étudier que cinquante pour cent du ciel. Evidemment, si le Soleil éclairait toujours la même face de Cérès comme il en va sur Mercure, nous aurions en permanence un ciel nocturne sur lequel les étoiles tourneraient lentement avec une période de trois ans." p.90

Dans les deux cas, j'ai toutefois fort apprécié le personnage du Dr Urth, un savant-fou faussement inoffensif, à l'esprit plus fin que son anatomie le laisserait croire et qui vient ajouter un côté un brin déluré aux deux récits.

En somme, une lecture pas impossible mais plutôt ardue que les fans du genre sauront mieux que moi apprécier à sa juste valeur. Quant aux autres, je leur souhaite de pouvoir s'accrocher...



27 février 2010

L'étrange histoire de Benjamin Button suivie d'Un diamant gros comme le Ritz - Francis Scott Fitzgerald


"L'étrange histoire de Benjamin Button" et "Un diamant gros comme le Ritz" sont deux nouvelles signées Francis Scott Fitzgerald, romancier américain auteur du célèbre "Gatsby le Magnifique".

"L'étrange histoire de Benjamin Button" raconte comment un homme traversa le temps dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Né à 70 ans, Benjamin Button grandit et rajeunit au fil des ans. Alors que ses proches vieillissent, Benjamin acquiert sans cesse plus de vigueur et se met en tête d'entrer à l'armée, de faire des études, de rattraper ses jeunes années où il était un vieillard.

Il y a un peu plus d'un an, le cinéma me faisait découvrir "L'étrange histoire de Benjamin Button". Le film se présentait comme l'adaptation d'une nouvelle de Fitzgerald, récit que j'imaginais assez abondant étant donné la longueur du film (2h46...).
Quelle ne fut pas ma déception en découvrant l'oeuvre source. Non seulement la nouvelle ne dépasse pas les 40 pages mais en plus, l'histoire est quand même sacrément différente.
Dans la version de Fitzgerald, pas de maman adoptive noire mais des parents bien présents et peu affectueux avec leur fils dont ils passent le temps à "déguiser" l'âge. Les 10 premières pages ne se consacrent d'ailleurs qu'au qu'en dira-t-on.
Si Benjamin tombe également amoureux, son histoire avec sa femme sera tout de même beaucoup moins tendre dans le livre que dans le film où l'on ressentait vraiment toute l'intensité et la douleur de cet amour vécu à contretemps.
Contrairement au film, la nouvelle nous montre une épouse et un entourage que la différence rend cruels et éloigne. D'ailleurs, si Benjamin rajeunit, c'est de sa faute, il n'avait qu'à pas naître ainsi...

" - Tu te souviens, fit-il un jour à Roscoe, que je t'ai déjà dit plusieurs fois que je voulais m'inscrire en terminale.
- Hé bien vas-y, répliqua sèchement Roscoe.
C'était un sujet qui le fâchait, et il souhaitait éviter de l'aborder.
- Je ne peux pas y aller tout seul, dit Benjamin, désarmé. Il faut que ce soit toi qui m'y emmènes et m'y inscrives.
- Je n'ai pas le temps, déclara Roscoe d'un ton cassant.
Il plissa les yeux et, mal à l'aise, regarda son père. Il ajouta :
- En fait, tu ferais mieux de ne plus penser à ça. Tu ferais bien d'arrêter. Tu f'rais bien - tu f'rais bien...
Il s'arrêta et son visage s'empourpra tandis qu'il cherchait ses mots :
- Tu f'rais bien de virer de bord et de te remettre sur le droit chemin. Cette plaisanterie est allée beaucoup trop loin. Elle ne fait plus rire personne. Ca suffit - tiens-toi tranquille !
Benjamin le regarda, au bord des larmes. " p.49

Bref, à l'origine il y avait une nouvelle à l'allure de conte fantastique et développant un concept original dont s'est inspiré un réalisateur. A partir de là, il a fallu tout inventer ou presque.
Je suis contente d'avoir lu l'oeuvre de départ mais pour une fois, j'ai préféré le film au livre, enfin pour autant qu'il soit possible de comparer les deux car pour qui visionne le film avant d'avoir lu le livre, cette nouvelle semblera bien pauvre.



"Un diamant gros comme le Ritz" raconte les vacances d'été de John Unger, un jeune homme de bonne famille, et les événements découlant de sa rencontre avec Percy Washington, héritier d'une famille richissime possédant un diamant aussi gros que le Ritz et préservé des curieux depuis des générations.
John Unger réalisera ce qu'implique la connaissance d'un tel secret...

Mouais...Tout cela ressemble assez à une histoire de blonds...John Unger est invité par son ami Percy Washington à passer les vacances d'été dans le palace familial.

" Il sentit qu'un côté du lit se soulevait lentement et commença à glisser, non sans crainte, en direction du mur, mais quand il toucha celui-ci, les tentures qui le recouvraient s'entrouvrirent et il descendit de deux mètres sur un plan incliné soyeux, avant de s'enfoncer doucement dans une eau à la température de son corps. Il regarda autour de lui.
L'espèce de passerelle ou de toboggan par lequel il était arrivé s'était replié délicatement. Il avait été propulsé dans une autre chambre et était assis dans une baignoire au ras du sol, n'ayant que la tête qui dépassait. Les murs de la pièce, comme les côtés et le fond de la baignoire elle-même, étaient les parois d'un immense aquarium bleu et, en regardant à travers la surface vitrée sur laquelle il était assis, il voyait des poissons nager parmi des lumières orangées et se glisser avec indifférence sous ses pieds dont ils n'étaient séparés que par l'épaisseur du cristal. " p.73

A plusieurs reprises, il a l'occasion d'apprendre que personne, à part les membres de la famille, ne quitte le domaine vivant. Et pas une fois il ne se demande ce qu'il en sera pour lui. Je l'ai trouvé agaçant à mesure que j'avançais dans ma lecture et j'avais constamment envie de le secouer en lui disant "mais tu ne comprends donc pas ce qui se passe?!?"
Kissmine (oui, hum...), la fille des Washington dont s'est amouraché John, n'est pas mal non plus dans son rôle de mini-bourgeoise écervelée. Au moment où les deux tourtereaux tentent de s'enfuir et alors que John lui avait demandé d'emmener avec elle des diamants en prévision de leur future vie commune, l'idiote se rend compte qu'elle s'est trompée de tiroir dans sa boite à bijoux et a emmené des pierres fantaisie à la place des diamants...Et en plus ça la fait rire...
Je l'aurais tuée!

Deux nouvelles cumulant des éléments invraisemblables mais vraisemblablement trop courtes à mon goût :/
Heureusement que la plume de Fitzgerald se laisse lire. Je compte bien découvrir "Gatsby le magnifique" malgré tout!

D'autres avis : Bouh - Jess - Soukee - Emilie - Karine:) - Lael - Pimprenelle - Praline - Stephie