30 janvier 2010

La Confusion des sentiments - Stefan Zweig


"La Confusion des sentiments" est une nouvelle rédigée par l'écrivain autrichien Stefan Zweig et parue en 1927.
Roland, le narrateur, est un professeur en fin de carrière auquel ses élèves ont décidé de rendre hommage. Constatant que le récit de sa vie demeure incomplet, il choisit d'ajouter la pièce manquante du puzzle. Une pièce majeure en ce qu'elle nous dévoile les origines de son amour pour la littérature ainsi que pour celui qui en fut l'instigateur...

A peine remise de ma déception passée, j'entamais cette nouvelle, écrite par un auteur que j'aime de plus en plus.
Bien qu'ayant eu un peu de mal à apprivoiser ce style très ampoulé en comparaison au langage djeuns de "L'attrape-coeurs", je suis rapidement retombée sous le charme de la plume de Zweig.
Même si j'ai moins accroché à l'histoire de "La Confusion des sentiments" qu'à celle du "Joueur d'échecs" ou de "Lettre d'une inconnue", j'ai trouvé que celle-ci était de loin la mieux écrite des trois.

Roland revient sur sa jeunesse, sur la façon dont il est "tombé dans la littérature", sur cette rencontre fatidique avec un homme certes âgé mais dont le visage se trouvait empreint d'une nouvelle jeunesse dès lors qu'il passait le seuil d'un auditoire pour y dispenser son cours aux étudiants.

" Etant elle-même beauté, la jeunesse n'a pas besoin de sérénité : dans l'excès de ses forces vives, elle aspire au tragique, et dans sa naïveté, elle se laisse volontiers vampiriser par la mélancolie. De là vient aussi que la jeunesse est éternellement prête pour le danger et qu'elle tend, en esprit, une main fraternelle à chaque souffrance.
C'était la première fois de ma vie que je rencontrais le visage de quelqu'un qui souffrait véritablement." p.55

Roland a 19 ans à l'époque. Alors même qu'il se trouve à un carrefour de sa vie, il se conduit encore tel un adolescent en proie à la fougue et à l'incertitude.
Instantanément, la rencontre avec le professeur lui fait l'effet d'une révélation, au point que son comportement en vienne à changer du tout au tout. Il semble devenir raisonnable, se surprend même à donner dans l'excès de zèle, se fascine de plus en plus pour le pédagogue...et pour l'homme, au point de s'installer chez lui et son épouse, une femme beaucoup plus jeune que son mari et qui envers le jeune homme manifeste des signes de jalousie comme de compassion.

Thème cher à Zweig, la passion se veut encore ici le moteur du récit. Illustrée par les échecs dans "Le Joueur d'échecs" ou par l'obsession d'une femme dans " Lettre d'une inconnue", elle prend ici les traits du professeur, un homme énigmatique et d'humeur changeante.
Tout au long de mes études, une telle chose ne m'est jamais arrivée, ou du moins, pas de la façon dont elle est décrite dans cette nouvelle.
Il m'est bien arrivé de temps à autre de me sentir conquise par les propos et l'enthousiasme d'un enseignant mais les choses s'arrêtaient là.
Voilà sans doute la raison pour laquelle je me suis davantage attachée à l'obsédante fascination du narrateur qu'à son objet.
Durant quelques heures, j'ai partagé la confusion de Roland jusqu'aux tressaillements de son corps, ressenti son attente, captivée par cette passion si vive qui souffre de la pesante ambiguïté des 3 personnages.
" Subitement ce fut comme une explosion : de sanglots, de gémissements convulsifs et furieux ; je n'étais plus qu'une masse hagarde de désespoir, de douleur éperdue, d'où jaillissait un déluge de mots et de cris enchevêtrés ; je pleurais, ou plutôt ma bouche frémissante déchargeait toute la souffrance accumulée en moi et je la noyais dans des sanglots hystériques.
Mes points frappaient sur la table avec égarement et, comme un enfant irritable et hors de lui, la figure ruisselante de larmes, je laissais éclater avec rage ce qui, depuis des semaines, couvait en moi comme un orage." p.91

Je ne le dirai jamais assez ici mais j'éprouve une réelle admiration pour Zweig et sa façon si ingénieuse et sensiblement juste de décrire l'obsession dont est capable un être humain, dans ses manifestations spirituelles comme dans les dérèglements physiques qui en découlent.

"La Confusion des sentiments" était une lecture commune avec Calypso qui, je l'espère, aura apprécié cette lecture autant que moi.
Elle est aussi ma 6ème découverte pour le Challenge J'aime les classiques de Marie-L et ma première lecture pour le Challenge Europe Centrale et Orientale lancé par La plume et la page.









Quelques avis chez BOB!

Je profite de ce billet pour annoncer officiellement ma participation au (Baby) Zweig Challenge (qui, je le précise, ne consiste en rien à décrypter les premiers scraboutchas du défunt auteur...).
Ce challenge est organisé par Karine:) et Caro(line). Tous les détails en cliquant sur le logo ci-dessous.

31 commentaires:

  1. Les challenges marchent très fort! Pour le baby, j'en suis aussi!
    Zweig est aussi un de mes chouchous, il transfigure n'importe quelle histoire!

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  2. Le premier Zweig que j'ai lu, une rencontre choc ( mais misère, que la couverture Livre de poche est laide !). Alors quel est le prochain titre pour ton challenge ??

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  3. Eh bien non... c'est plutôt une déception pour moi. Si j'ai beaucoup aimé le style de l'auteur, je n'ai en revanche pas accroché à l'histoire.

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  4. Ja passe, pas pour le moment, je viens de terminer "zero tués" de Regis de Sa Moreira. J en'ai pas du tout aimé...

    Un besoin de lecture gaie qui me donne le sourire !

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  5. J'ai lu Le joueur d'échec que j'ai beaucoup aime ! Ce titre est dans ma PAL et surement une de mes prochaines lectures !

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  6. Je n'ai jamais lu du Zweig mais une note récente chez Leiloona m'a envie donné envie de découvrir cet auteur et tu viens de renforcer ce sentiment, surtout en relatant le travail de l'auteur sur l'obsession, un thème qui me laisse perplexe et fascinée à la fois!

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  7. il est dans ma biblio, donc je le lirai à l'occasion ;)

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  8. @Keisha : Il me semble que nous participons aux mêmes challenges ;)
    Je dois dire que mon amour de cet auteur ne désemplit pas.
    Que ferais-je lorsque j'aurai tout lu de lui? Le relire? Probablement ;)

    @Emmyne : Une couverture pas très esthétique en effet mais qui rend assez bien l'ambiguité de la nouvelle je trouve.
    Prochain titre : " Vingt-quatre heures de la vie d'une femme" en lecture commune avec Manu ;)

    @Calypso : Comme je l'ai écrit chez toi, j'ai moins accroché à l'histoire moi aussi mais cette nouvelle ne m'a pas du tout ennuyée

    @Clara : Je comprends! J'ai déjà rassemblé quelques ouvrages plus gais dans une pile, y a plus qu'à ;)

    @Liyah : bonne lecture dans ce cas ;)

    @Sabbio : le thème de l'obsession passionnelle est tellement récurrent dans l'oeuvre de Zweig que l'on en vient à se demander si lui-même ne souffrait pas de monomanie (ce qui expliquerait qu'il arrive si bien à en parler^^)
    Bonne lecture ;)

    @Anne-Sophie : contente de te revoir ici malgré mon avis sur Salinger lol
    N'hésite pas à lire cette nouvelle, ce sera l'occasion de nous réconcilier ^^

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  9. Beaucoup aimé aussi! Il a vraiment l'art d'évoquer les passions fortes! J'ai lu "Amok" récemment, toujours dans la même veine!

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  10. Tout comme toi, je lis Zweig pour son style et la façon dont il raconte une histoire davantage que pour l'histoire elle-même.

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  11. décidemment, pas spécialement tentée non plus... malgré mon amour des challenges ! :)

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  12. et puis avec lui, au moins, tu ne risques rien : il est déjà mort.. ;o)

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  13. J'avais lu il y a quelques années ce récit et ça m'avait bien plu. Tu es la première à avoir posté un billet. Bravo!
    J'ai trouvé mon troisième livre pour le challenge. Il s'agit de "L'ami du défunt" d'Andreï Kourkov (ukrainien).

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  14. A l'occasion, je relirai un peu de Zweig. J'ai hate.

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  15. Le seul que j'ai lu de Zweig à ce jour (mais plus pour longtemps ;-) ) J'avais adoré son écriture !
    Par contre, je ne participe pas au challenge, car si j'aime lire les romans, je n'aime pas lire les essais et les bios :-/

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  16. @Mango : Je n'ai pas encore découvert "Amok" mais je suis certaine de le faire un jour ;)

    @Louis : Je ne m'en lasse pas!

    @Choco : laisse les challenges de côté et empresse toi de découvrir cet auteur ;)

    @CécileQD9 : comme je le disais, cette nouvelle est de loin la mieux écrite de celles que j'ai pu lire.
    Néanmoins, pour ce qui est de l'histoire "Lettre d'une inconnue" est ma préférée, sans doute parce que le narrateur est une femme et que du coup je m'en sens plus proche.
    J'ai préféré ne pas prendre de risques. Cela dit le prochain auteur vit toujours ^^

    @La plume et la page : tu le sais, ma connaissance de la littérature d'Europe centrale et orientale frise le néant.
    Je vais donc voir qui est ce Kourkov ;)

    @Mélusine : Je le relirai certainement aussi, une fois que j'aurai fait le tour une première fois ;)

    @Manu : mis à part notre lecture commune, il me reste encore "Destruction d'un coeur" dans ma PAL.
    Après il sera temps d'allonger le stock^^
    Je ne suis pas non plus fan de biographies. Du coup, pour le challenge, j'ai choisi de lire ses Correspondances.
    Comme j'aime l'auteur et le genre épistolaire, je ne pense pas que je serai déçue ;)

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  17. Comme je le disais chez Calypso, j'ai étudié le joueur d'échec au lycée et j'avais adoré. Mais pour le moment, je n'ai pas très envie de relire cet auteur...

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  18. Un petit tag pour toi chez moi ! chère lectrice en commun et pour ton challenge qui m'emballe !!!!

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  19. Lu il y a des années lumière, il faudrait que je m'y replonge (avec délices, j'adore cet auteur), mais je vais tenter de le lire en allemand.

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  20. J'ai prévu un Stefan Zweig (que je n'ai jamais lu encore) dans mon challenge abc 2010.

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  21. Pas lu, mais j'avais adoré Le joueur d'Échecs...

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  22. Je vais pour ma part découvrir Zweig grâce au challenge de Karine et Caroline (le bébé), je n'ai pas encore choisi les titres par contre!

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  23. J'ai eu ma période où je dévorais les écrits de cet auteur. Mais ça fait un moment que je n'ai rien lu de Zweig. Tu me donnes envie de m'y replonger !

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  24. oh j'ai adoré celui-là, un de mes préférés! quelle justesse, quelle subtilité!

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  25. @ Cyntia : a priori l'auteur suivant n'a pas succombé après ta lecture. Le maléfice est rompu... ;o)

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  26. J'ai fait un récap des inscrits au challenge Europe centrale et orientale aujourd'hui même. J'ai comptabilisé ton billet sur ce livre et l'ai mis en lien pour que tout le monde puisse le voir.
    A++

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  27. Plus la blogosphère s'élargit, plus il y a de challenges tentant, dont celui de "La plume et la page" sur l'Europe Centrale et Orientale ! Mais je vais m'arrêter là avec les challenges, sinon je ne vais rien lire d'autres que des ouvrages pour ceux-ci ou les lectures commune ... Pour "La Confusion des sentiments" de Zweig et même si ce n'est pas celui que je préfère chez cet auteur, cela reste quand même un bon roman qui parle avec élégance de l'éveil à la sensualité et de l'homosexualité. Je l'ai trouvé admirable, mais pas autant que "Le joueur d'échecs" ou "Le monde d'hier" !

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  28. je suis en plei dans la lecture de la confusion des sentiments j'ai commencé romans et nouvelles et pour l'instant je reste sous le charme de la peur et de lettre d'une inconnue qui m'ont beaucoup plus et je participe aussi au challenge Peut-être viendras tu ma faire une petite visite Bonne journée et à bientôt

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  29. Stefan est un génie tout court!
    Personnellement, c'est vrai que la confusion des sentiments n'est pas le meilleur meilleur (contrairement a la Peur, ou Brûlant secret).
    Mais il ne déçoit pas! Il n'y a juste pas le tendre frisson que l'on ressent dans les nouvelles. Les romans c'est toujours moins bien...

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  30. J'ai adoré ce livre !
    Plus je lis Zweig et plus je l'adore :)

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