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25 février 2013

Les curieuses rencontres du facteur de Skogli - Levi Henriksen



Publié en Norvège en 2008 et disponible en français depuis septembre 2012, "Les curieuses rencontres du facteur de Skogli" est le second roman, après "Du sang sur la neige", de l'écrivain et musicien norvégien Levi Henriksen.

Après avoir surpris sa femme avec un autre le jour de leurs noces de bois, Simon Smidesang tire une croix sur son mariage et sa carrière de journaliste pour se retirer dans le petit village de Skogli.
Il y accepte un poste de facteur et choisit de s'installer dans la maison de ses grands-parents, avec pour seul bagage l'urne contenant les cendres de son père.
Simon n'aspire plus qu'à couler des jours paisibles et à oublier tout ce qu'il a laissé derrière lui pour se concentrer pleinement sur son nouveau projet : la construction d'un sauna.
Au fil de ses tournées de facteur, il fera la connaissance de plusieurs villageois au comportement atypique : Bjorkli, le couvreur qui ne tient pas en place et passe son temps à fuir sa femme, Andreas Hemingby, vieux bonhomme un peu barré qui prend grand soin de son jardin, Sophie By et ses "fantassins", ainsi que de l'intrigante Ginni Bang, jeune femme vivant en ermite dans une maison décrépite...

Si je devais définir mon impression sur ce roman en deux mots, je choisirais certainement...fade et gentillet.
Le village de Skogli est assurément un "endroit que Dieu a caché" et où il ne se passe pas grand chose.
Dès lors, comme on peut s'en douter, les voisins passent leur temps à s'épier comme à guetter le moindre non-événement. Du fait de son statut de facteur, Simon est amené à cotoyer quotidiennement tout ce petit monde. Chaque habitant de Skogli et de ses environs possède ses habitudes et ses petits secrets, même si il se laisse parfois aller à quelques confidences auprès de Simon, toujours prompt à tendre l'oreille comme à rendre service.
Simon est heureux de pouvoir se sentir utile à autrui et son projet de sauna lui procure l'agréable sensation de construire quelque chose de ses mains.

Exactement comme avec "La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi", j'ai eu du mal à croire à tant de gentillesse au sein de la communauté de ce village. Les personnages, malgré leurs secrets, m'ont semblé bien lisses et prévisibles. On ne peut pas dire que je me sois attachée à eux, sauf peut-être à Andreas Hemingby et son histoire de clou porte chance.
Au final, ce roman s'est révélé sans grande surprise, trop "propret". Le point de départ de cette histoire aurait pourtant pu déboucher sur des portraits décapants et plein d'humour mais il aurait alors fallu que l'écriture de l'auteur bénéficie de l'éclat qui, selon moi, fait malheureusement défaut à ce roman.

Je remercie néanmoins Abeline et les de m'avoir envoyé ce roman








4 septembre 2011

Trouble - Helene Uri


Paru en juin dernier, "Trouble" est le premier roman traduit en français de la romancière norvégienne Helene Uri.

Tout avait commencé par une dispute de couple. Agacée par l'indifférence de son mari, Marianne avait confronté Karsten et réussi à lui faire avouer qu'il avait, durant leur mariage, connu 4 maîtresses dont Barbara, une femme de 10 ans sa cadette qu'il fréquentait depuis un an.
Marianne s'était sentie trahie et lui avait dès lors annoncé sa ferme intention de le quitter.
Karsten s'y était refusé, principalement par crainte de se voir séparé de leurs deux filles, Henriette et Elise.
Les choses s'étaient ensuite précipitées. Marianne avait commencé à douter du genre d'amour que son mari nourrissait à l'égard de leurs filles.
Elle était allée voir Edvard Frisbakke, procureur spécialisé dans les affaires d'abus sexuel de mineurs, qui l'avait convaincue de faire procéder à des examens des deux fillettes.
Le monde de Marianne s'effondra en découvrant les avis unanimes des experts.
Comment avait-elle pu aimer un homme qui en plus de la tromper à maintes reprises, s'en était aussi pris à leurs filles qu'il disait tant aimer ?
Vingt ans plus tard, à l'enterrement de Karsten Wiig, chacun examine ses sentiments pour le défunt à la lueur des événements passés...

Après avoir découvert le résumé de ce roman, je m'attendais à y trouver quelque secret de famille enfoui et, dans la mesure où l'on faisait mention d'un roman "dérangeant", je m'attendais à des révélations de taille.
"Trouble" est un roman terrible en regard de sa thématique de fond - l'inceste - mais également en raison de l'erreur judiciaire sur laquelle il lève le voile au fil du récit.
Le point fort de ce roman est qu'il ne délaisse aucun personnage.
Le procureur Edvard Frisbakke apparaît comme un homme droit dans ses bottes, toujours prompt à faire en sorte que justice soit faite et qui met un point d'honneur à faire condamner tous les hommes suspectés de pédophilie.
Pourquoi tant d'acharnement ? Sans doute parce qu'il porte en lui un lourd secret qui le pousse à se faire pardonner en faisant le bien autour de lui.
Marianne Wiig est une femme accablée par la trahison de son mari et une mère qui culpabilise de ne pas avoir su protéger ses filles d'un père "trop aimant".
Elise est sa fille cadette dont le témoignage sans équivoque a contribué à la condamnation de son père. Henriette, elle, a toujours douté de la culpabilité de son père dont elle ne garde que des souvenirs heureux.
Quant à Karsten Wiig, c'est un homme brisé qui souffre au jour le jour d'être relégué à un monstre et de ne plus pouvoir être un père pour ses filles. Il a toujours clamé son innocence et espère, après avoir purgé sa peine, pouvoir reprendre contact avec elles.

"Trouble" évoque les retombées d'une erreur judiciaire sur plusieurs êtres, tous persuadés de détenir la vérité et possédés par un lourd sentiment de culpabilité.
Le sort fait à Karsten Wiig fait l'effet d'un drame révoltant. Mais comment reprocher à sa femme de vouloir aller au bout des doutes qui l'envahissent ? Comment en vouloir à sa fille de tenir pour vrai des souvenirs fermement ancrés dans sa mémoire d'enfant ?
"La vérité sort de la bouche des enfants" dit-on. Mais comment leur accorder tout crédit sachant que la confusion, l'imagination ou l'interprétation peuvent parfois s'immiscer dans leurs déclarations ?
Difficile de ne pas penser à l'Affaire d'Outreau dont les enfants ne furent pas les seules victimes.
En cela, "Trouble" pointe du doigt un système judiciaire poussif capable de transformer un père tendre en pédophile, en construisant une culpabilité sur base d'éléments contestables.

"Trouble" est un roman percutant, dérangeant par les interrogations qu'il sous-tend, brillant pour la fine analyse psychologique de ses personnages.
Porté par un rythme lent, partagé entre doux souvenirs d'enfance et destins brisés, le récit laisse le temps au lecteur de se faire un avis sur chacun en toute objectivité car Helene Uri a choisi d'abandonner tout jugement moral à leur égard.
Un roman qui me marquera longtemps et que je recommande à tous ceux que le thème de fond ne rebute pas !

" Il se retourne presque complètement sur son siège et suit Elise des yeux jusqu'à ce qu'elle passe le coin, bras dessus, bras dessous avec sa meilleure copine, Elin.
Et voici Henriette. Douce, douce Henriette. Comme elle est jolie ! Elle remonte lentement la rue en compagnie d'un garçon, un garçon roux mesurant une demi-tête de moins qu'elle.
Rien qu'eux deux. Ils discutent gravement, et veillent sans cesse à ne pas trop s'approcher l'un de l'autre.
Les dix centimètres qui les séparent persuadent Karsten qu'ils sont "ensemble", et il se met en colère.
Ce n'est pas la jalousie classique des pères à l'égard des garçons qui font du gringue à leurs filles, non, c'est de la colère à l'adresse de Marianne.
Non, ce n'est pas ça non plus : il n'est pas en colère.
C'est un chagrin dont il ne se débarrassera jamais, le chagrin que lui, leur père, ressent parce qu'il ne peut pas voir ses filles grandir.
Ce n'est pas de colère qu'il donne des coups sur le siège passager, qu'il a envie de se taper la tête contre le volant." p.251


Un autre avis : Calypso

MERCI à et aux éditions de m'avoir offert ce livre !