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10 septembre 2014

Mon ami Dahmer - Derf Backderf


Publié aux USA en 2012 et traduit en français en 2013, "Mon ami Dahmer" est un album écrit et illustré par l'américain Derf Backderf. Il a obtenu le prix Révélation lors du dernier Festival d'Angoulême.

Avant qu'il le redécouvre sous le macabre surnom de "Cannibale de Milwaukee", Derf/Jeff Backderf a côtoyé Jeffrey Dahmer durant leurs années au lycée de Revere High School.
A l'aide de ses souvenirs, de témoignages d'autres lycéens et d'informations collectées par le FBI, l'auteur reconstitue la descente aux enfers de Jeffrey Dahmer.
Adolescent timide et asocial, ce futur serial-killer ne manquait pourtant pas de faire rire ses camarades de classe en singeant les crises d'épilepsie de sa mère.
Une mère qui plus est dépressive et toujours en conflit avec son père, au point que celui-ci finira par déménager, abandonnant Jeffrey et son jeune frère à l'indifférence de sa femme.
Livré à lui-même, Dahmer se découvre homosexuel mais ne l'assume pas. Les 17 victimes qui lui valurent une peine de prison de 957 ans (!!!) étaient d'ailleurs toutes de jeunes hommes ou des mineurs.
Durant ses années de lycée, Dahmer laisse libre cours à sa fascination pour les cadavres d'animaux (qu'il brûle à l'acide ou dépece) et d'humains qu'il associe à une sexualité débridée.
L'alcool dont il s'enivre jour et nuit parviendra, pour un temps seulement, à calmer ses pulsions malsaines...





"Mon ami Dahmer" est le genre d'histoire qui vous fera passer mentalement en revue vos photos de classe à la recherche de la/du bizarre de l'époque qui tout bien considéré aurait très bien pu devenir un/une serial-killer en puissance (et si en plus vous êtes un peu parano comme moi, vous vous surprendrez à taper quelques noms dans Google...).
S'agissant des signes avant-coureurs présidant à la santé mentale de Dahmer, l'auteur reconnaît que lui et les autres jeunes ne prenaient pas vraiment son comportement étrange au sérieux.
En revanche, il pointe du doigt l'indifférence des adultes, qu'il s'agisse des parents ou du corps professoral.i
Personne n'a jamais signalé que Dahmer était ivre, même en cours.
Derf Backderf a volontairement choisi d'arrêter son scénario au moment où Dahmer commet son premier meurtre car, comme il l'affirme : "Mais une fois que Dahmer tue - et je ne le dirai jamais assez -, je n'ai plus aucune sympathie pour lui".
Et d'ajouter : "Ayez de la pitié pour lui mais n'ayez aucune compassion."

Il s'agissait donc avant tout de restituer sa relation avec Dahmer (on ne peut pas vraiment parler d'amitié) et d'établir la genèse d'un serial-killer.


Et on peut dire que l'album est réussi ! Le dessin, tout en noir et blanc, renvoie à cette génération MTV des années 90 (j'ai notamment pensé à Beavis & Butthead). Derf Backderf nous représente un adolescent au visage de marbre, inexpressif même lorsqu'il est bien entouré ou moqué, cruel sans même s'en rendre compte et dans l'indifférence générale.



A lire si ce type de profil vous intéresse :)

D'autres avis : Canel - Choco - Theoma - Val - Yaneck


17ème participation à la bd du mercredi chez Mango

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7 septembre 2014

Aussi profond que l'océan - Jacquelyn Mitchard (livre + film)


Publié aux USA en 1996 et traduit en français en 1998, "Aussi profond que l'océan" est le premier roman de l'écrivaine américaine Jacquelyn Mitchard, notamment auteure de "Comme des étoiles filantes" dont je vous ai parlé il y a quelques jours.

Beth Cappadora quitte Madison avec ses trois enfants pour se rendre à Chicago où a lieu la 15ème réunion annuelle des anciens étudiants de son lycée.
Arrivée à l'hôtel, bondé pour l'occasion, elle confie sa petite dernière à la baby-sitter et demande à Vincent, son aîné, de surveiller Ben, son jeune frère.
Le temps de payer sa réservation, Beth se rend compte que Ben a disparu.
La police lance rapidement les recherches et les bénévoles ne manquent pas pour distribuer les avis de disparition.
Mais malgré leurs efforts, Ben reste introuvable.
Dix ans plus tard, alors que Beth et sa famille vivent désormais à Chicago, un garçon d'une dizaine d'années frappe à leur porte...

" - Oui, dit Beth. Je voudrais dire quelque chose à celui qui a pris mon fils dans le hall de cet hôtel.
Je vous en prie, ayez pitié de moi, pensait Beth. Faites preuve d'un peu de compassion et rendez-moi mon enfant, je vous en supplie. Ne lui faites pas de mal...
- Voilà, je n'espère pas que vous me rendiez Ben, dit Beth.
Sarah Chan eut l'air de s'étrangler, la cameraman tressaillit et Beth sentit Pat reculer, comme si une guêpe l'avait piqué.
Mais Candy Bliss leva la main comme un agent de la circulation, et Beth la regarda droit dans les yeux, longtemps.
Tant que les grands yeux bleus de Candy Bliss ne cilleraient pas, elle saurait qu'elle pouvait continuer.
- Je n'espère pas que vous me rendiez Ben, parce que vous êtes un salaud, un fou, et que vous n'avez pas de coeur.
- Madame Cappadora, souffla Sarah. Beth...
- Si vous avez pu faire ça, c'est que vous ne vous rendez pas compte de l'enfer que nous vivons à cause de vous. Ou que vous vous en fichez.
Elle s'éclaircit la gorge.
- Alors je ne vais pas vous supplier. Mais à tous les autres, je dis ceci : s'il vous arrive de reconnaître Ben, vous saurez que la personne qui est avec lui n'est ni moi ni Pat. Ni sa maman ni son papa. Et si vous avez un coeur, je vous demande de tout faire pour lui reprendre Ben.
Même lui faire mal si vous y êtes obligés. Pas de problème, je vous en récompenserai : moi, ma famille, mes amis, nous vous en récompenserons.
On vous donnera tout ce qu'on a. (Beth fit une pause). C'est tout, dit-elle." p.73

Le roman


A l'instar de "Comme des étoiles filantes", "Aussi profond que l'océan" évoque un foyer brisé par un drame. Une famille cernée par la douleur, la culpabilité et les non-dits.
Beth a perdu pied et sombre dans un état léthargique, s'abandonnant entièrement à sa douleur.
Son mari Pat se plonge dans le travail et tente de continuer à vivre malgré tout tandis que leur fils Vincent accumule les mauvais choix et souffre en silence du manque d'intérêt de ses parents pour lui.
Envoyé chez un psy, il lui confie progressivement ce qu'il a sur le coeur.
Des dissensions règnent au sein de la famille et de la belle-famille.
Persuadée que Ben est mort, Beth ne supporte pas que ses beaux-parents continuent à déposer des cadeaux pour Ben tous les Noëls.
Mais comment faire le deuil d'un enfant dont on ignore si il vit encore ou non ?

Contrairement à ce que j'avais déploré dans "Comme des étoiles filantes", la psychologie des différents personnages est ici très bien rendue, particulièrement dans les profils de Beth et de Vincent, qui chacun à leur manière se sentent responsables de la disparition de Ben : elle parce qu'elle a laissé ses enfants sans surveillance rien qu'un instant et lui parce qu'il a lâché la main de son frère.
L'inspecteur Candy Bliss, qui au fil des ans a développé une véritable amitié avec Beth, n'est pas en reste non plus en matière de culpabilité.

Ce qui m'a principalement gênée dans ce roman, ce sont deux grosses incohérences qui selon moi ne pardonnent pas.
Comment Ben a-t-il pu disparaître au milieu d'une foule de gens qui connaissaient tous Beth et ses enfants sans qu'il n'y ait pas un seul témoin ?
La situation semble d'autant plus invraisemblable lorsqu'on apprend qui a fait le coup...
Un scénario gros comme deux pâtés de maison.
Deux pâtés de maisons, c'est justement la distance qui sépare ce jeune garçon ressemblant étrangement à Ben de la maison des Cappadora qui ont déménagé à Chicago.
Un garçon qu'ils n'avaient jamais remarqué en 4 ans jusqu'à ce qu'il sonne à leur porte !
Je ne sais pas vous mais le hasard fait quand même (trop) bien les choses...

Le film




Sorti en salles en 1999 avec Michelle Pfeiffer, Treat Williams et Whoopi Goldberg dans les rôles principaux, le film présente une version allégée, plus "familiale" (genre téléfilm du dimanche après-midi...).
Bien que Michelle Pfeiffer se défende bien dans ce rôle d'épouse et de mère éteinte, le personnage de Beth m'a semblé moins complexe, plus fade que dans le roman où elle était tout de même présentée comme ayant du tempérament.
La relation amour-haine entre Beth et Vincent perd également en profondeur et en complexité.
Idem pour l'amitié entre Beth et Candy, cette dernière étant simplement présentée comme l'enquêtrice.
Pour ne rien arranger, je ne suis pas parvenue à me représenter Whoopi Goldberg dans un rôle sérieux. J'avais toujours l'impression qu'elle était sur le point de raconter une blague alors que la situation ne s'y prêtait pas du tout...
Les entretiens entre Vincent et son psy - probablement ce qui m'intéressait le plus dans le roman - sont carrément passés à la trappe.

A choisir, privilégiez plutôt le roman au film même si vous aurez bien compris que je ne ressors pas très emballée de cette lecture.



A croire qu'il me manque toujours quelque chose avec cette auteure...


Merci aux éditions des Deux Terres de m'avoir envoyé cet ebook.

29 août 2014

Comme des étoiles filantes - Jacquelyn Mitchard


Publié aux USA en 1996 et disponible en ebook depuis le mois de mai, "Comme des étoiles filantes" est un roman de l'écrivaine américaine Jacquelyn Mitchard, particulièrement connue pour son premier roman "Aussi profond que l'océan" (adapté au cinéma en 1999 avec Michelle Pfeiffer et Whoopi Goldberg) dont je vous parlerai bientôt.

Durant une partie de cache-cache, Veronika Swan, alors âgée de 12 ans, assiste à la mort de ses deux petites soeurs, égorgées par un homme dérangé.
Scott Early, diagnostiqué schizophrène, signe des aveux écrits et est placé en institution pour une durée maximum de 7 ans.
Pour Veronika, traumatisée depuis ce fameux jour, le verdict n'est pas suffisant.
Contrairement à ses parents qui, fidèles à la doctrine mormone, finissent par accorder leur pardon, la jeune femme ne parvient pas à tourner la page.
A l'annonce de la libération de Scott Early et de la grossesse de sa femme, Veronika part pour San Diego...

Les Swan m'ont fait l'effet d'une famille parfaite du type "Sept à la maison", entre scolarité à domicile, lectures choisies et multiples visites à l'Eglise. Rien qui dépasse.
Mais le meurtre de Becky et Ruthie va bouleverser les vies de Veronika et de ses parents.
La mère de Veronika, artiste, passe désormais la plupart de son temps à dormir.
Enceinte au moment du drame, elle accouche seulement deux semaines après d'un petit garçon auquel elle fournit les soins élémentaires mais sans parvenir à lui donner son amour.
C'est donc essentiellement Veronika qui s'occupe de son petit frère alors que son père est constamment absent, errant dans la forêt pour tenter d'apaiser son chagrin et trouver la force de continuer.
La jeune fille se retrouve livrée à elle-même. D'abord en proie à un profond sentiment de culpabilité qui lui fait imaginer en rêve d'autres fins plus heureuses, elle est prise d'une envie de vengeance.
Une faille au sein de ce système éducatif bien rôdé et qui laisse ses parents désarmés.
Le roman est centré sur l'évolution morale de Veronika à laquelle se greffe la question du pardon : est-il sans limites ?
La délivrance passe-t-elle par le pardon ou la vengeance ?

Heureusement que le personnage principal de Veronika m'intéressait car les autres m'ont semblé faire pâle figure, trop lisses et pas assez creusés.
L'auteure, sans être mormone, consacre une large part de son récit à la démystification du mormonisme et aux préjugés qui lui sont liés, comme la polygamie qui n'est plus de mise depuis la fin du 19ème siècle sauf chez les fondamentalistes.
Ou sur les raisons pouvant expliquer que les mormons aient beaucoup d'enfants.

" On trouve différentes théories expliquant pourquoi les mormons ont autant d'enfants. Personnellement, je crois qu'au début, quand Joseph Smith a lancé la religion, c'était probablement parce qu'ils avaient besoin de monde, afin qu'au moins l'un d'entre nous survive aux terribles persécutions à venir.
De nombreux mormons pensent encore que plus il y aura de mormons, mieux cela vaudra pour propager la bonne parole, raison d'être des missions.
L'Eglise enseigne que nous vivons tous au ciel avant de naître, et qu'il faut que nous ayons beaucoup d'enfants pour offrir des corps terrestres à ces âmes, tout comme ont été créés les corps physiques de Dieu et de Jésus, de façon qu'elles puissent descendre sur terre pour y être mises à l'épreuve.
Les êtres sont mis à l'épreuve afin de pouvoir tendre vers l'image de Dieu, et ça continue ainsi - chacun s'efforce de devenir meilleur et de faire le bien - même après, une fois mort." p.21

Pour ma part, j'ai su en lisant ce passage que je ne deviendrais jamais mormone :))

" Quand Clare et moi avons bu le thé Earl Grey que nous avions chipé dans l'une des boîtes de Madame Sissinelli, nous l'avons avoué et ne nous sommes presque pas fait gronder. Mon père a dit : " Tout le monde dépasse un peu les bornes de temps en temps". Nous avons du présenter des excuses à Madame Sissinelli et faire une rédaction sur la dépendance à la caféine." p.26

Bien que l'aspect religieux m'ait intéressée, je l'ai trouvé trop présent, étouffant, comme si le reste était un prétexte. Ca frôle l'apologie, au point que j'étais persuadée que l'auteure était mormone.
L'éducation que Veronica a reçue a, il est vrai, son importance dans sa décision finale mais j'ai trouvé que celle-ci aurait du peser davantage dans ce débat pardon/vengeance.
Je n'ai pas ressenti cette violence intérieure qu'on imagine dans ce genre de situation.
Globalement concernant le fond, et cela vaut aussi pour la forme, ça manquait malheureusement de tripes.
  
J'espère que "Aussi profond que l'océan" me plaira davantage. Mon souvenir du film est très flou, j'essaierai d'enchaîner les deux.

Merci aux éditions des Deux Terres de m'avoir envoyé cet ebook.

6 août 2014

Les Deux Visages de janvier - Patricia Highsmith (livre + film)


Publié aux USA en 1964, "Les Deux Visages de janvier" est un roman de l'écrivaine américaine Patricia Highsmith, particulièrement connue pour son premier roman "L'Inconnu du Nord Express" - adapté au cinéma par Alfred Hitchcock - et sa série de romans centrés autour du personnage de Tom Ripley.

Au début du mois de janvier, Chester MacFarland et son épouse Colette accostent au Pirée pour rejoindre Athènes et ainsi échapper aux USA où Chester est désormais connu pour ses escroqueries.
Alors qu'un inspecteur de la police grecque semble avoir identifié Chester, celui-ci l'assomme dans sa chambre d'hôtel et croise le jeune Raydal Keener dans le couloir au moment de dissimuler le corps.
Habitué à monnayer tout service rendu, Chester est fort surpris de constater que ce jeune étudiant en droit sans argent lui vienne en aide et semble plus intéressé par sa femme que par ses billets verts...

Kirsten Dunst est une actrice que j'apprécie beaucoup (l'homme aussi mais à mon avis pas pour les mêmes raisons :)) et avec laquelle j'ai "grandi" en quelque sorte puisque nous avons le même âge et que j'ai pour ainsi dire vu tous ses films depuis ses débuts dans "Entretien avec un vampire".
Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce film et j'en ai du coup profité pour découvrir le roman juste avant mon passage en salle.

Le roman

Chester MacFarland est un agent de change véreux qui a bâti sa fortune sur l'ignorance d'actionnaires peu regardants. Dès le début du roman, on le sent en mauvaise posture, toujours sur le qui-vive, traqué, buvant plus que de raison.
Sa femme Colette, plus jeune de 20 ans, fait figure d'oie blanche. On imagine difficilement un couple plus disparate.
Bien qu'elle soit au courant des activités frauduleuses de son mari, elle n'avait sans doute pas imaginé qu'ils en arriveraient à fuir de pays en pays au gré des avis de recherche.
Contrairement à ce que j'imaginais, elle ne joue ici qu'un rôle mineur, faisant office de trophée que Chester et Raydal se disputent.
C'est d'ailleurs mon seul regret dans ce roman : l'absence d'émotions de la part des deux hommes la concernant.
Non seulement elle joue avec le feu en ne cachant pas son attirance pour Raydal mais elle signifie clairement à son mari qu'elle n'apprécie plus d'être sa complice malgré elle.
Il est donc principalement question ici d'une rivalité et d'un règlement de comptes entre deux hommes qui se retrouvent à la merci l'un de l'autre puisque chacun détient une information qui pourrait faire tomber l'autre.
Là où le roman se veut particulièrement intéressant, c'est dans sa dimension psychologique puisqu'il est centré sur cette relation étrange qui lie Chester à Raydal.
La première fois que Raydal aperçoit le couple, il est non seulement troublé par Colette qui lui rappelle son amour de jeunesse interdit, mais il est surtout frappé par la ressemblance entre Chester et son défunt père, un homme de loi droit dans ses bottes qui avait l'habitude de tout régenter.
Au delà de la ressemblance physique, bien que Chester soit tout le contraire d'un honnête homme, il affiche cette même tendance au contrôle, principalement grâce à l'argent.
On a donc l'impression qu'à travers son conflit avec Chester, Raydal prend sa revanche sur ce père autoritaire avec lequel il n'a pas eu le temps de régler ses comptes.
Et cela marche puisque Chester perd progressivement sa femme, son argent, sa vie...

Bien qu'il y ait pas mal de chassés-croisés entre les deux hommes, ne vous attendez pas à moults retournements de situation. "Les Deux Visages de janvier" est un policier de facture classique, ni plus ni moins (et c'est très bien comme ça :))

Le film



Réalisé par Hossein Amini à qui l'on doit notamment l'excellent "Drive" et le nettement moins bon scénario de "Blanche-Neige et le chasseur", le film est sorti au mois de juin et est toujours disponible dans nos salles de cinéma.
Rien à redire concernant les performances des 3 acteurs principaux que sont Kristen Dunst (Colette), Viggo Mortensen (Chester MacFarland) et Oscar Isaac (Raydal Kenner). Un trio vraiment impeccable.
J'ai vraiment apprécié que le rôle de Colette soit un peu plus consistant dans le film que dans le roman (elle m'avait semblé un peu trop naïve) et que le réalisateur laisse paraître plus d'émotions chez les deux hommes que ne l'avait fait la romancière.
Paradoxalement, si le roman nous montre plus en avant la relation entre Colette et Raydal, il fait complètement l'impasse sur les sentiments des deux hommes, là où le film qui donne l'impression que ces deux-là viennent juste de faire connaissance, en dit plus long sur les émotions des deux rivaux.
Comme je venais de terminer le roman juste avant de me rendre au cinéma, j'ai évidemment tiqué sur plusieurs différences (notamment au tout début et à la toute fin) par rapport au scénario d'origine.
La plupart ne m'ont pas dérangée, bien que je ne comprenne pas l'intérêt de changer pour changer, le scénario de Patricia Highsmith étant parfaitement transposable à l'image dans son intégralité.
Néanmoins, je n'ai pas aimé que le personnage de Raydal passe pour un gigolo petit arnaqueur de touristes, ce qu'il n'est pas dans le roman.
Mais surtout je trouve que la vraie raison du conflit entre les deux hommes, bien que rapidement évoquée au tout début, ne transparaissait pas dans le film.
Au contraire, on a l'impression d'une simple querelle entre coqs alors que c'est plus profond que cela !
Ceci dit, ceux qui n'auront pas lu le roman avant de voir le film, ne le relèveront sans doute pas.
A voir pour le bon jeu d'acteurs et si vous aimez les films noirs à l'ambiance années 60 et les paysages grecs :)


http://www.milleetunefrasques.fr/challenge-classiques-la-page/http://liliba.canalblog.com/archives/2014/07/15/30240423.html

25 février 2014

La 37ème heure - Jodi Compton


Publié en 2008, "La 37ème heure" est le premier roman de l'écrivaine américaine Jodi Compton. 
Il est suivi de "Les jeux sont faits", second tome consacré aux enquêtes de l'inspecteur Sarah Pribek.

De retour de sa visite chez Geneviève, amie et ancienne co-équipière qui ne parvient pas à se remettre de l'assassinat de sa fille, Sarah manque de peu son mari Shiloh, qu'elle pense parti à une formation de quatre mois au FBI.
Mais au bout de 36 heures sans nouvelles, Sarah apprend que Shiloh n'est jamais arrivé à destination et découvre sa valise sous leur lit.
Spécialisée dans les affaires de disparitions, la jeune épouse enfile sa casquette de flic pour retrouver son mari...

Sarah aimerait pouvoir compter sur l'aide de Geneviève dans son enquête mais son amie reste plongée dans son mutisme, obsédée par l'assassin présumé de sa fille, relâché faute de preuves et qu'elle fait surveiller.
C'est donc seule que Sarah quitte Minneapolis pour se rendre en Utah et rencontrer la famille de Shiloh avec laquelle il n'a pour ainsi dire plus de contacts depuis plusieurs années.
Bien que mariés depuis deux mois à peine, Sarah et Shiloh se fréquentent depuis 5 ans mais il ne s'est jamais montré très loquace concernant les raisons qui l'ont poussé à quitter l'Utah.
Au fil de son enquête, Sarah va réaliser combien son mari a omis de lui raconter certains pans de sa vie.
Epouse, flic, les deux personnages se confondent grâce à l'habileté de l'auteure à jouer en permanence sur les deux tableaux, entre les entretiens menés par Sarah et les nombreuses interrogations posées à elle-même.
Même si elle s'inquiète pour Shiloh, elle est une femme forte qui ne cède pas à la panique tout en ayant quelques faiblesses qui la rendent attachante.

J'ai essayé de lire ce premier tome en gardant en tête que certains éléments jetés entre la poire et la fromage (je pense notamment à la révélation dans le rêve de Sarah pour ceux qui ont lu le livre) sont probablement développés dans le second tome ou le seront à un moment ou un autre.
Jodi Compton semble aimer mettre son lecteur sur de fausses pistes en appuyant sur l'un ou l'autre fait troublant.
Je dois dire que l'intrigue de ce roman est bien menée et que le dénouement m'a surprise. J'ai aimé le personnage de Sarah bien que dans le fond je ne lui ai rien trouvé de bien original (les flics ont quand même toujours les mêmes vices...).
Sans crier au chef d'oeuvre, je peux dire que ce roman policier d'un genre plutôt classique m'a fait passer un bon moment.

Merci aux Editions des Deux Terres de m'avoir proposé cet ebook.


                                                    

5 février 2014

One Model Nation - Courtney Taylor Taylor & Jim Rugg


Publié aux USA en 2009 et traduit une première fois en français en 2011, "One Model Nation" est à nouveau disponible en librairie depuis le 16 janvier.
Cet album est né d'une collaboration entre les américains Courtney Taylor-Taylor - chanteur des Dandy Warhols - et Jim Rugg, célèbre illustrateur.

Berlin, 1977. Sebastian, Karl, Ralf et Wolfgang forment les "One Model Nation", un jeune groupe rock apolitique et qui pourtant souffre du rapprochement avec la Fraction Armée Rouge menée par Andreas Baader.
Forcés de donner des concerts illégaux et constamment traqués par la police, les "One Model Nation" tentent néanmoins de se faire une place dans le milieu artistique.



Si "One Model Nation" est un groupe fictif créé pour les besoins de l'album, Andreas Baader a quant à lui bel et bien existé.
Peut-être le nom de "la bande à Baader" vous est-il familier ?
Cet album prend justement place au coeur de cette Allemagne frappée par les agissements de ce groupe terroriste d'extrême gauche, responsable de nombreux attentats entre 1968 et 1998.


Autant vous le dire tout de suite, "One Model Nation" n'a pas vocation d'établir un historique précis des "années de plomb" et d'énoncer les revendications de la Fraction Armée Rouge (l'une des postfaces le précise d'ailleurs).
Certains lecteurs pointeront donc peut-être un manque de contextualisation mais pour ma part, j'ai trouvé le climat de répression et de tension sociale et politique suffisamment bien établi.
Lancés dans une véritable chasse aux sorcières, les services de police répondent à la violence par la violence et procèdent à des arrestations arbitraires, chaque jeune étant assimilé de facto à un terroriste.
Le studio des "One Model Nation" est saccagé, leur présence est dénoncée par une voisine, le patron d'un club qui voulait les lancer se fait arrêter. Et les médias ne font que relayer une étiquette de terroriste qu'il leur colle à la peau. Il est clair que tout le monde s'acharne à leur mettre des bâtons dans les roues et la situation ne s'arrange pas lorsqu'ils sont arrêtés en même temps qu'Andreas Baader.

Bien que l'album forme un tout cohérent, j'avoue avoir davantage préféré les illustrations au scénario. L'intrigue comprend relativement peu de rebondissements, au point que "One Model Nation" m'a surtout fait l'effet d'un album d'ambiance, destiné à représenter une certaine tranche de l'histoire allemande et son impact sur les jeunes et les artistes.
J'ai été séduite par les dessins de Jim Rugg dont les couleurs oscillent entre noir et blanc et rouge orangé et qui rappellent le graphisme des comics américains des années 70 (notamment les fameuses explosions ^^).
Avis aux amateurs :)
 


Je remercie Benjamin et les éditions Naïve de m'avoir envoyé cet album !

Troisième participation à la bd du mercredi chez Mango

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27 janvier 2014

Alice et autres nouvelles - Anaïs Nin et ses amis


"Alice et autres nouvelles" est une compilation de 7 nouvelles généralement attribuées à "L'Organization", un collectif d'auteurs réunis notamment autour d'Anaïs Nin et Henry Miller, qui rédigeait des nouvelles à caractère érotique pour un dollar la page durant la Grande Dépression.

Peter rencontre "Alice", belle et jeune danseuse dont il attend impatiemment qu'elle lui accorde ses faveurs. Lors d'une promenade dans une clairière, tous deux surprennent un couple en pleins préliminaires et sa cachent pour les épier.
Surpris à leur tour par les amants, ils se joignent à eux...
"Esmeralda" s'apprête à perdre sa virginité avec un soldat, non sans quelque appréhension.
"Souvenirs" ou les découvertes sexuelles d'un très jeune garçon envoyé en pension.
Monsieur Thomson, sans rien en laisser paraître, succombe aux charmes de "Florence".
Malheureusement pour lui, la jeune femme n'a d'yeux que pour Horace, le nouvel employé de bureau.
Un soir, Monsieur Thomson les surprend au bureau alors qu'Horace vient de dépuceler la jeune femme. Il vole à son secours pour finalement craquer à son tour...
Un homme évoque la beauté de l'acte sexuel dans "Des jeunes filles et de leur con". Un autre se laisse aller à ses fantasmes, imaginant la femme qui saura pleinement le satisfaire dans "Je veux une femme".
"Le membre d'or" ou le récit d'un homme très porté sur le sexe et qui se montre prêt à tout pour arriver à ses fins.

" Ma main était entre ses ravissantes cuisses, et la façon dont elle réagissait à ses attentions me prouva que je n'avais pas oublié comment jouer de cet instrument qui, habilement stimulé, prolonge dans le corps d'une femme les échos d'une harmonie divine."

Comme j'étais curieuse de découvrir l'écriture de la sulfureuse Anaïs Nin et que je n'avais pas envie de m'attaquer directement à son imposant journal, je me suis dit que ce recueil représentait le format idéal.
A ce moment-là, j'ignorais que la paternité de ces textes prêtait à discussion.
Si vous êtes en quête de textes poussés voire pornographiques, sachez que vous serez sans doute déçus.
En effet, bien qu'elles aient certainement fait scandale à l'époque, ces nouvelles s'avèrent assez soft en regard de la production actuelle.

Hormis une scène échangiste, les situations décrites sont plutôt conventionnelles. Pour être claire, Anaïs Nin et ses amis ne revisitent pas plus le Kamasutra que le SM.
La seule nouvelle qui m'ait interpellée est "Souvenirs" dont je n'ai pas du tout apprécié le caractère pédophile...

Il est principalement question ici d'éducation sexuelle, de l'éveil au désir et à la sexualité de jeunes femmes vierges mais pas très farouches.
Confrontées à des hommes d'expérience qui se montrent insistants (certains pourraient même être qualifiés de "prédateurs"), elles cèdent assez rapidement à leurs avances (parfois aussi grâce à quelque alcool...).
Lascives, elles s'abandonnent toutes entières à leur volonté et à leur plaisir.
En fait, pour ce qui est du fond, ces nouvelles racontent toutes à peu de choses près la même histoire et se concluent par le même type de fin (Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'orgasmes). De quoi rappeler que ces textes étaient produits "à la chaîne".
Cela ne leur ôte toutefois pas tout leur intérêt car non seulement ces textes, si ils ne sont pas exempts de quelques clichés machos, échappent au grotesque que l'on rencontre malheureusement souvent dans la littérature érotique.
Mais ils sont également fort bien écrits, emplis d'une belle poésie qui sait dire la volupté et la montée du désir, bien au-delà d'une vision purement "technique" de l'acte sexuel....

http://www.milleetunefrasques.fr/challenge-classiques-la-page/



19 janvier 2014

L'extravagant voyage du jeune et talenteux T.S Spivet - Reif Larsen



Publié aux USA en 2009 et traduit en français l'année suivante, "L'extravagant voyage du jeune et talenteux T.S Spivet" est le premier roman de l'écrivain américain Reif Larsen.
Ce roman a récemment fait l'objet d'une adaptation cinématographique réalisée par Jean-Pierre Jeunet.



Le jeune T(ecumseh) S(ansonnet) Spivet vit dans un ranch du Montana entouré de sa mère le Dr Clair, coléoptériste, de son père rancher et de sa soeur Gracie.
A 12 ans à peine, T.S dessine absolument tout ce qui est à sa portée dans des cahiers soigneusement classés par couleur et numérotés, qu'il s'agisse d'insectes, de cartes topologiques ou géographiques ou encore de "schémas de gens en train de faire des choses".
Lorsqu'il reçoit un coup de fil lui annonçant qu'il a remporté le prestigieux prix Baird du musée Smithsonian pour la popularisation de la science et qu'il est attendu à Washington pour prononcer un discours, T.S embarque à bord d'un train de marchandises de l'Union Pacific...

Voilà un roman pour le moins singulier autour duquel je tournais depuis sa sortie, sans pour autant me décider à l'acheter, même lors de sa parution en poche.
Il faut dire que j'étais davantage intriguée par les nombreux schémas et dessins qui parsèment le récit et par la magnifique mise en page que par l'histoire qui ne me semblait pas vraiment faite pour moi.
Lorsque j'ai aperçu ce titre dans la sélection de Babelio pour l'opération Masse critique dédiée aux littératures de l'imaginaire, je me suis dit que c'était là l'occasion de découvrir enfin ce livre.
Je ressors de cette lecture avec un avis on ne peut plus mitigé. "L'extravagant voyage du jeune et talenteux T.S Spivet" est un roman follement ambitieux (comme c'est souvent le cas des premiers romans) et vertigineux, fascinant (ou rebutant) de précision.


" Maman, est-ce que l'herbe peut me donner le sida ? avait un jour demandé Layton.
- Non, avait répondu le Dr Clair. Seulement la fièvre pourprée des Rocheuses.
Ils étaient en train de jouer à l'awalé. J'étais sur le canapé, occupé avec une de mes cartes.
- Est-ce que je peux donner le sida à l'herbe ? avait demandé Layton.
- Non, avait dit le Dr Clair
Tac tac tac avaient fait les petites pièces de verre dans les réceptacles en bois.
- Tu as déjà eu le sida, toi ?
Le Dr Clair avait levé les yeux. Qu'est-ce que c'est que toutes ces questions sur le sida, Layton ?
- Je ne sais pas, avait répondu Layton. C'est juste que je veux pas l'attraper.
Angela Ashworth a dit que c'était très dangereux et que je l'avais sûrement.
Le Dr Clair a regardé Layton. Elle tenait au creux de sa main ses pièces d'awalé.
- La prochaine fois qu'Angela Ashworth te dit quelque chose comme ça, réponds-lui que ce n'est pas parce que sa condition de petite fille dans une société qui fait peser sur ses semblables une pression démesurée afin qu'elles se conforment à certains critères physiques, émotionnels et idéologiques - pour la plupart injustifiés, malsains et tenaces - lui ôte toute confiance en elle qu'elle doit reporter sa haine injustifiée d'elle-même sur un gentil garçon comme toi.
Tu fais peut-être intrinsèquement partie du problème, mais ça ne veut pas dire que tu n'es pas un gentil garçon avec de bonnes manières, et ça ne veut absolument pas dire que tu as le sida.
- Je ne suis pas sûr de pouvoir tout me rappeler, avait répondu Layton.
- Alors, dis à Angela que sa mère est une grosse plouc alcoolique de Butte. " p.37


La première partie nous entretient de la relation entre le jeune garçon et son étrange famille qui comme l'évoque la quatrième de couverture rappelle effectivement ces familles de l'Amérique profonde tel les Hoover dans "Little Miss Sunshine".
Entre sa soeur qui rêve de devenir actrice et de quitter leur trou paumé, sa mère qui traque la cicindèle vampire, une espèce disparue, depuis des années et un père un peu rustre nostalgique du Far West, chacun vit dans son monde.
La communication entre eux s'avère minimale, d'autant que plane encore le souvenir de Layton, le frère aîné de T.S dont la mort survenue un an plus tôt a laissé chez le jeune garçon un lourd sentiment de culpabilité.

Arrivée à la seconde partie, je m'attendais à des descriptions détaillées des états et des villes parcourues par T.S, qui sait à quelques rencontres insolites, mais comme il ne quitte pas souvent le train, il est surtout question de ses réflexions de génie précoce.
Comme mentionné plus haut, le récit est annoté de schémas, dessins, tableaux, présentés comme des ramifications de la pensée de T.S mais qui m'ont hélas souvent fait l'effet de digressions ennuyeuses.
Heureusement j'ai tenu bon grâce aux passages consacrés à son arrière arrière grand-mère Emma Osterville, petit génie des sciences elle aussi, qui présente de nombreux points communs avec T.S.
Quel dommage d'ailleurs que son histoire ait été coupée avant que l'on puisse comprendre la raison de son choix de vie !

La troisième partie signe quant à elle l'arrivée de T.S à Washington où l'on ne s'attend absolument pas à accueillir un enfant. Toute la communauté scientifique du Smithsonian est en émoi et se montre avide de se servir du jeune homme pour attirer l'attention du gouvernement sur la recherche.

Mon sentiment à l'issue de cette lecture est que j'ai davantage eu l'impression de voyager dans le cerveau de T.S Spivet que de l'ouest à l'est des USA.
Certes l'immersion est totale et les détails ne manquent pas pour saisir au mieux la personnalité, les capacités et les angoisses de ce jeune garçon soucieux de donner du sens à toute chose. Si ses connaissances le hissent souvent dans le monde adulte, il reste malgré tout un enfant qui n'a pas perdu toute son insouciance (j'ai trouvé étonnant que malgré sa curiosité, il croit encore aux cigognes :))

" J'ai alors compris que les adultes, à la différence des enfants, étaient capables de s'accrocher à certains sentiments négatifs, même quand l'événement qui les avait suscités était passé depuis longtemps, même quand les cartes postales avaient été envoyées, les excuses présentées, et que tout le monde avait tourné la page.
Les adultes étaient des entasseurs pathologiques de vieilles émotions inutiles." p.304


Mais, dans la mesure où T.S catégorise et schématise pour ainsi dire tout, je me suis souvent retrouvée abrutie par un flot d'informations délivrées en continu et à l'utilité discutable.
Un roman un peu trop "fourre-tout" à mon goût et que je n'ai peut-être pas réussi à apprécier à sa juste valeur.

Je remercie Babelio de m'avoir envoyé ce roman dans le cadre de l'opération Masse Critique consacrée aux littératures de l'imaginaire.




D'autres avis : Manu - Lili GalipetteKarine:)

14 novembre 2013

Histoires terribles - Edgar Allan Poe/Danielle Martinigol


En librairie depuis le 28 août dernier, "Histoires terribles" est une anthologie des oeuvres d'Edgar Allan Poe réalisée par l'écrivaine française Danielle Martinigol.

L'ouvrage est subdivisé en cinq parties, chacune consacrée aux influences qu'a pu exercer Poe sur les genres : policier (les enquêtes du détective Auguste Dupin), fantastique ("Metzengerstein", "Le chat noir", "William Wilson", "Le coeur révélateur", "Bérénice", "Ligeia", "Le corbeau", "La chute de la maison Usher"), SF ("Les aventures de Hans Pfaall"), satirique ("La semaine des trois dimanches", "Le mille et deuxième conte de Shéhérazade") et sur les récits d'aventures ("Les aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket" ayant influencé Jules Verne et Lovecraft).
Les différents extraits d'oeuvres sont ainsi classés selon un ordre thématique.

Grosse méprise au moment où j'ai accepté ce livre des éditions Flammarion puisque je n'avais tout simplement pas compris qu'il s'agissait d'une anthologie et non d'un recueil d'oeuvres intégrales d'Edgar Allan Poe.
Pour ma défense, sur la couverture il est indiqué "Textes présentés par Danielle Martinigol" et non "Extraits présentés par Danielle Martinigol".
Et à l'arrière "Dix-sept des plus grands textes d'Edgar Allan Poe nous entraînent au coeur des ombres".
Enfin bref, j'ai tourné la première page dudit ouvrage, ai commencé à lire et devant les extraits, spoilers et autres, je me suis dit qu'il valait sans doute mieux commencer par lire en entier les textes complets.
Ce qui explique mes récents billets sur "Le chat noir et autres nouvelles" et "Double assassinat dans la rue Morgue suivi de la Lettre volée".

Que dire de cet ouvrage ? Déjà je pense qu'il se destine vraiment aux enfants et que sa brièveté ne contentera sans doute pas un adulte.
L'auteure survole certains extraits significatifs d'oeuvres de Poe pour souligner quelques thèmes, constantes, apports de son oeuvre dans plusieurs genres.
Tout cela est vraiment loin d'être inintéressant mais les analyses sont quand même très succintes.
Une bonne introduction à l'oeuvre de Poe pour les jeunes lecteurs (mais je conseillerais quand même de lire une première fois les textes en question avant de se lancer dans cet ouvrage-ci).

Je remercie Brigitte et les éditions Flammarion de m'avoir envoyé ce livre.

challenge album



12 novembre 2013

Esprit d'hiver - Laura Kasischke


En librairie depuis le 22 août dernier, "Esprit d'hiver" est un roman de l'écrivaine américaine Laura Kasischke, notamment auteure de "Les Revenants", "Un oiseau blanc dans le blizzard" ou encore de "En un monde parfait".

Le matin de Noël, Holly se réveille avec cet étrange pressentiment : "Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux".
13 ans plus tôt, son mari Eric et elle étaient partis en Sibérie et y avaient adopté leur fille Tatiana.
Alors qu'une violente tempête de neige bloque les accès routiers, les invités du dîner de Noël annulent les uns après les autres et Holly se retrouve face à face avec sa fille au comportement inhabituel...

J'avais vraiment beaucoup aimé "Les Revenants" découvert l'an passé, aussi avais-je hâte de découvrir ce roman-ci. J'ai malheureusement vite changé d'avis.
Dès les premières pages, j'ai non seulement été agacée par le contexte facile dans lequel prend place ce récit (il neige très fort, les gens sont bloqués chez eux, les lignes téléphoniques sont mauvaises - mon dieu, on dirait un mauvais film d'horreur) mais surtout par cette phrase incantatoire "Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux" qui intrigue au début puis finit par énerver au bout de 15 fois.
" Poussière, épuisement, c'était dans l'air : 
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.
Répète cette phrase, pensa Holly. C'est un refrain. Comme dans un poème. Ecris-la. Ecris de quelle manière un visage fantôme a finalement pointé son nez en ce matin de Noël (ils avaient dormi si tard) et s'est dévoilé.
Quelque chose qui avait été là depuis le début. A l'intérieur de la maison. A l'intérieur d'eux-mêmes. Cette chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux." p.17

Holly se retrouve donc en tête à tête avec sa fille dont elle ne cesse d'admirer les grands yeux et les cheveux noirs de jais (parfumés au shampooing L'Occitane Verveine, ça aussi à force on a compris hein Laura) à longueur de pages.
Une fille superbe mais qui a aussi le don d'agacer Holly au plus haut point, surtout en cette journée de Noël où Tatiana a décidé de ne pas en toucher une.
Donc si je devais résumer 200 pages sur les 275 pages de ce roman, ça donnerait ceci : Relation d'amour-haine entre une mère et sa fille adolescente. Engueulade. La fille retourne dans sa chambre. Sa mère l'appelle. La fille a changé de fringues. Engueulade. la fille retourne dans sa chambre, change de fringues, redescend, etc etc.
Holly est du genre langue de vipère qui critique tout le monde, souffre d'un grooooos problème de déni (à commencer par la météo : le blizzard dites-vous ?) pas très crédible, se plaint de ne pas avoir une minute pour écrire mais psychote pendant deux heures devant son rôti.
En tant que mère, elle se la joue très permissive tout en se montrant en même temps très horripilante. Face aux humeurs de son ado, au lieu de la laisser tranquille, elle passe son temps à l'appeler dans sa chambre pour un oui ou pour un non (Raipooooooonce si tu m'entends !)
Tatiana ne fait rien pour arrondir les angles mais semble au contraire chercher à alimenter une relation malsaine avec sa mère. Un peu borderline ces deux-là en fait.

Au bout de 100 pages, on a déjà compris de quoi il en retourne sauf qu'un dénouement surprenant donne un sens nouveau à l'histoire dans les dernières pages.
J'ai apprécié la pirouette finale mais mais mais...des tas de choses demeurent inexpliquées : tous les phénomènes étranges mentionnés au début (enfin PRESQUE tous parce que bon Laura, du papier peint dans une salle de bains (quelle idée !), c'est normal qu'il finisse par se décoller hein), les appels inconnus sur l'Iphone, la brûlure, la bosse sur la main. Ou bien c'est moi qui ai loupé un truc ?

Pour l'aspect thriller : néant (la seule fois où j'ai frissonné c'est quand je me suis levée pour aller ouvrir la fenêtre). Des personnages à achever à coups de pelle. Des échanges aussi plats que les talons de mes Converse. Beaucoup de répétitions. Une fin pas mal mais qui pour moi n'explique pas tout.
Autant dire que j'avais hâte que ça se termine.


"Esprit d'hiver" était une lecture commune avec Géraldine, Tiphanie et Hélène dont je file lire les billets.
D'autres avis : Canel - Clara - Cunéipage

Je remercie PriceMinister-Rakuten de m'avoir envoyé ce roman dans le cadre de ses matchs de la rentrée littéraire.

challenge album


10 novembre 2013

Double assassinat dans la rue Morgue suivi de La lettre volée - Edgar Allan Poe


Publiées entre 1841 et 1845, "Double assassinat dans la rue Morgue suivi de La lettre volée" sont deux nouvelles écrites par l'écrivain américain Edgar Allan Poe, également auteur des textes "Le chat noir et autres nouvelles".

Le détective Dupin et son ami enquêtent sur le "Double assassinat dans la rue Morgue". Une jeune fille et sa mère ont été sauvagement assassinées mais aucun de leurs biens ne semble avoir été dérobé.
Des témoins affirment avoir entendu une voix à l'accent étranger. La police piétine mais Dupin a quant à lui son idée sur l'identité du coupable.
Dupin et son acolyte reçoivent la visite imprévue du préfet de police de Paris qui sollicite l'avis de Dupin concernant l'affaire de "La lettre volée".
Un document de haute importance a été subtilisé dans les appartements royaux par un ministre  dont la police connaît l'identité. Le problème est ailleurs. Après avoir fouillé partout, aucun agent n'est parvenu à mettre la main sur la précieuse lettre.
Avec son flair légendaire, Dupin réussira-t-il là où la police a échoué ?

" Dans des investigations du genre de celle qui nous occupe, il ne faut pas tant se demander comment les choses se sont passées, qu'étudier en quoi elles se distinguent de tout ce qui est arrivé jusqu'à présent.
Bref, la facilité avec laquelle j'arriverai , - ou suis déjà arrivé,- à la solution du mystère, est en raison directe de son insolubilité apparente aux yeux de la police." p.43
"Double assassinat dans la rue Morgue" est le premier volet des aventures du détective Dupin. "La lettre volée" est quant à lui le troisième et dernier opus de ce triptyque.
Pourquoi le Livre de Poche n'a-t-il pas ajouté "Le Mystère de Marie Roget" afin que le recueil soit complet ? Le mystère reste entier...
Ces deux nouvelles ont toutes deux pour narrateur l'ami de Dupin. Un ami qui s'avère absolument inutile aux enquêtes de Dupin, mais lequel se trouve être un fervent admirateur et reporter de ses brillantes capacités d'analyse.
Tout comme l'ami en question, le lecteur attendra patiemment (ou pas) que Dupin arrête de se faire mousser et veuille bien lui faire part de ses déductions pour finalement cracher le morceau.
Autant dire que dans ces deux nouvelles, Poe - considéré comme le précurseur du genre policier - ne ménage aucune place à l'enquête.
Le lecteur, témoin passif de l'arrogance de Dupin, ne se voit absolument pas offrir l'occasion de débusquer le coupable. Rien ne lui permet de participer en s'essayant aux devinettes car aucun indice suffisant ne suggère une piste.

Contrairement au "Chat noir et autres nouvelles", je n'ai pas du tout apprécié ce recueil-ci, qui n'a provoqué en moi qu'agacement et ennui.
Et sachant qu'Arthur Conan Doyle s'est inspiré de Poe pour écrire les aventures de Sherlock Holmes, je ne suis plus très sûre du coup de vouloir découvrir ce dernier...

http://www.milleetunefrasques.fr/challenge-classiques-la-page/

5 novembre 2013

Long week-end - Joyce Maynard


Publié aux USA en 2009 et traduit en français l'année suivante, "Long week-end" est un roman de l'écrivaine américaine Joyce Maynard, notamment auteure de "Et devant moi, le monde" ou de "Les Filles de l'ouragan".

Depuis le départ de son père, Henry vit seul avec sa mère Adèle, ancienne danseuse qui ne sort désormais plus beaucoup de la maison.
Quelques jours avant le long week-end du Labor Day, alors qu'ils se rendent au supermarché pour les achats de la rentrée des classes, Henry et sa mère croisent la route de Frank qui leur demande de l'héberger le temps qu'il se remette de ses mystérieuses blessures.
Adèle tombe sous le charme de cet homme attentionné. Henry apprécie la compagnie de ce père de substitution, même si il craint quelque peu que Frank ne lui vole sa mère et sa place d'homme de la maison.
Une seule chose empêche ces trois-là de former une nouvelle famille : Frank est recherché par la police pour s'être évadé de prison...

"Long week-end". Un titre de circonstance pour un roman qui a très agréablement occupé ce premier week-end de novembre.
L'histoire nous est racontée par le jeune Henry dont le comportement oscille entre réflexes enfantins, découvertes adolescentes et maturité naissante.
Conscient que sa mère mérite d'être heureuse avec un homme qui l'aime vraiment mais effrayé à l'idée d'être abandonné, il réagit avec toute l'inconscience d'un adolescent de son âge, sans se douter des conséquences.
On ne peut guère lui en vouloir tant ce gamin a bon coeur. Aucun personnage d'ailleurs, aussi maladroits soient-ils (à l'exception de cette peste de...) n'est à blâmer pour ce malheureux concours de circonstances, inévitable et tragique.
Comme ce fut déjà le cas dans mes précédentes lectures de l'auteure, j'ai ressenti une énorme tendresse de l'auteure pour ses personnages et une envie de leur accorder une vraie chance dans la vie.
J'ai retrouvé certaines caractéristiques communes par rapport aux "Filles de l'ouragan" : les années 60, la mère artiste, un homme attaché à la terre, la question de la famille au centre du récit et surtout l'écriture de Joyce Maynard, toujours aussi à fleur de peau.
Un roman teinté d'une certaine amertume mais aussi rempli de belles émotions (sans être gnangnan) !

A noter que l'adaptation cinématographique de "Long week-end", "Labor Day" sortira sur nos écrans en janvier 2014.



 "Long week-end" était une lecture commune avec Clara et Theoma dans le cadre du Challenge anniversaires organisé par Sandrine - qui a également lu ce titre-ci. Joyce Maynard fête aujourd'hui ses 60 ans.





30 octobre 2013

Le chat noir et autres nouvelles - Edgar Allan Poe



"Le chat noir et autres nouvelles" rassemble 8 nouvelles écrites par l'écrivain américain Edgar Allan Poe.

"Le chat noir" ou la confession d'un homme dont la vie a basculé le jour où il a adopté Pluton.
Alors qu'il s'est établi dans un château décoré de nombreuses toiles, un homme croise "Le portrait ovale", un tableau qui recèle une terrible histoire...
En visite chez un ami ayant sombré dans la folie, un homme fera une étrange rencontre et assistera à "La chute de la maison Usher".
Fuyant un fléau qui sévit dans tout le pays, le prince Prospero se retire avec ses gens dans une abbaye fortifiée et y donne un grand bal. Un étrange convive y fait une troublante apparition, affublé du "Masque de la Mort Rouge".
Dans "Le coeur révélateur", un homme décide de supprimer un vieil homme dont l'oeil le terrorise. La police le soupçonnera-t-il ?
Les familles hongroises Metzengerstein et Berlifitzing se détestent depuis des siècles. La prophétie annonçant le triomphe de "Metzengerstein" n'arrange rien à l'affaire...
"Le puits et le pendule" : confession d'un condamné à mort rudement mis à l'épreuve...
En voyage dans le sud de la France, un homme est pris de l'envie subite de visiter un asile d'aliénés aux méthodes peu ordinaires. Il découvre ainsi "Le système du docteur Goudron et du professeur Plume".

" Il y avait des figures vraiment arabesques, absurdement équipées, incongrûment bâties; des fantaisies monstrueuses comme la folie; il y avait du beau, du licencieux, du bizarre en quantité, tant soit peu terrible, et du dégoûtant à foison.
Bref, c'était comme une multitude de rêves qui se pavanaient ça et là dans les sept salons.
Et ces rêves se contorsionnaient en tous sens, prenant la couleur des chambres; et l'on eût dit qu'ils exécutaient la musique avec leurs pieds, et que les airs étranges de l'orchestre étaient l'écho de leurs pas.
Et, de temps en temps, on entend sonner l'horloge d'ébène de la salle de velours. Et alors, pour un moment, tout s'arrête, tout se tait, excepté la voix de l'horloge. Les rêves sont glacés, paralysés dans leurs postures.
Mais les échos de la sonnerie s'évanouissent, - ils n'ont duré qu'un instant,- et à peine ont-ils fui, qu'une hilarité légère et mal contenue circule partout.
Et la musique s'enfle de nouveau, et les rêves revivent, et ils se tordent ça et là plus joyeusement que jamais, reflétant la couleur des fenêtres à travers lesquelles ruisselle le rayonnement des trépieds.
Mais, dans la chambre qui est là-bas tout à l'ouest, aucun masque n'ose maintenant s'aventurer; car la nuit avance, et une lumière plus rouge afflue à travers les carreaux couleur de sang et la noirceur des draperies funèbres est effrayante; et à l'étourdi qui met le pied sur le tapis funèbre l'horloge d'ébène envoie un carillon plus lourd, plus solennellement énergique que celui qui frappe les oreilles des masques tourbillonnant dans l'insouciance lointaine des autres salles." p.73
L'automne (et l'hiver aussi en fait) est une saison qui se prête fort bien à la (re)lecture de récits aux ambiances brumeuses et carrément flippantes.
C'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers ce recueil d' Edgar Allan Poe, considéré comme le précurseur du genre fantastique mais pas que (je vous en reparle dans mon prochain billet).
Les 8 nouvelles dont il est question ici présentent de nombreux thèmes communs : au-delà,  perversité, résurrection et apparitions surnaturelles, diabolisation de l'art et des animaux, enfermement volontaire ou non, matériel ou mental.
Les décors et les lieux choisis par Poe (cave, manoir, asile, prison, château isolé ou maison à l'abandon) et le parti de situer ses histoires principalement la nuit participent au caractère sombre de chacune.
Sans compter que l'auteur excelle dans l'art de ces menus détails qu'on n'oublie pas de sitôt...
La narration à la première personne sous forme de confession ou par un témoin saisi d'effroi implique d'autant plus le lecteur dans ces récits de l'étrange qui le laisseront un peu paranoïaque (dans mon cas du moins).
Un régal que ce recueil, contrairement à ses nouvelles policières que je n'ai pas trop appréciées et dont je vous parlerai dans mon prochain billet.

Notez que la collection Folio Junior destine ce recueil à un jeune public dès 11 ans. N'ayant pas d'enfants, je ne suis pas très bien placée pour déterminer des limites d'âge en matière de lecture.
Mais il me semble que 11 ans est un âge un peu jeune pour découvrir certaines de ces nouvelles.

http://www.milleetunefrasques.fr/challenge-classiques-la-page/



31 août 2013

Qu'avons-nous fait de nos rêves ? - Jennifer Egan


Publié aux USA en 2010 et traduit en français en 2012, "Qu'avons-nous fait de nos rêves ?" est le cinquième roman de l'écrivaine américaine Jennifer Egan, notamment auteure des romans "La Parade des anges" et "L'Envers du miroir".
"Qu'avons-nous fait de nos rêves?" s'est vu distingué par le Prix Pulitzer en 2011.

Bennie, Lou, Bosco, Marty, Kitty, Drew, Scotty, Stephanie, Rob, Ted, Jules, Dolly... tous avaient la vie devant eux, des idylles, des chansons et des rêves de gloire plein la tête (et bien souvent un peu voire beaucoup de coke dans le pif). Mais - le mythe du rêve américain étant définitivement passé de mode - au doux refrain de l'insouciante jeunesse succède rapidement toute l'ironie du monde adulte.
Bennie Salazar, leader des Flaming Dildos a-t-il réussi à percer dans la musique ? Fugueuse, kleptomane, sculptrice, Sacha est-elle finalement parvenue à trouver son équilibre ? Drew a-t-il accédé à la présidence américaine ?

"Qu'avons-nous fait de nos rêves?" est un roman assez surprenant. Loin d'arborer une chronologie linéaire, il entrecroise volontiers les endroits, les époques et les protagonistes, permettant de faire découvrir au lecteur ce que sont devenus les uns et les autres, des années 70 à nos jours. 
On ne peut pas dire que l'auteure soit tendre avec ses personnages.
On ne saura rien de la destinée de certains (Rhéa ? Jocelyn ?), d'autres se verront rapidement condamnés tandis que les "survivants" apparaîtront le temps d'un ou deux chapitres.
Faussement décousu (un peu comme dans "Love Actually"), le récit laisse entrevoir que chacun connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un, la figure centrale de ce roman étant Sacha, l'assistante de production de Bennie. 
Le tout est décrit dans un style plutôt froid et cantonné au descriptif, comme si les personnages n'avaient pas le temps de se regarder vivre.
Durant toute ma lecture, j'ai eu l'impression que l'auteure me susurrait à l'oreille " C'est comme ça, la vie ne fait pas de cadeaux, pas le temps de s'attendrir ". 
Certains personnages auront des enfants, l'occasion pour l'auteure d'esquisser un portrait tout aussi désenchanté de la nouvelle génération. Plus posés, plus pragmatiques, sans piercings ni tatouages, les jeunes y sont décrits comme accros aux smartphones (elle imagine ainsi un Starfish destiné aux enfants à partir de 5 ans) et aux nouvelles technologies en général.
Ainsi peut-on lire 60 pages du "journal diapos" d'Alison fait en Powerpoint...Original certes, mais assez répétitif et ennuyeux.

Un brin déconcertante de prime abord, la structure de ce roman ne manque pas d'intérêt. En revanche, j'ai eu un peu plus de mal avec l'indifférence et le fatalisme de l'auteure vis-à-vis de ses personnages. Au départ, j'ai cru pouvoir l'expliquer par le fait qu'on passait rapidement d'un personnage à l'autre. Mais non, mon manque d'enthousiasme tient réellement dans le manque d'humanité déployée ici.
Pour un roman justement dédié à l'humain, c'est plutôt dommage...


D'autres avis : InColdBlog - Alex et d'autres sur Babelio

Je remercie néanmoins Babelio et les éditions Points de m'avoir envoyé ce roman !




12 août 2013

J'ai réussi à rester en vie - Joyce Carol Oates


Publié aux USA en 2011 et traduit en français la même année, "J'ai réussi à rester en vie" est un récit auto-biographique de l'écrivaine américaine Joyce Carol Oates, notamment auteure des romans "Délicieuses pourritures", "Viol, une histoire d'amour", "Premier amour" , "Reflets en eau trouble" , "Un amour noir" ou plus récemment de "Le Mystérieux Mr Kidder".

" Des nappes de souvenirs s'accumulent sous les chaises des salles d'attente du service de télémétrie. Il se peut que de vraies larmes en aient taché le carrelage, imbibé la moquette. Il se peut que ces larmes ne puissent jamais être enlevées. Et partout, l'odeur de la mélancolie, qui est l'odeur même du souvenir.
Dans un hôpital, on ne peut aller nulle part sans tomber sur les souvenirs d'inconnus - la peur de ce qui était imminent dans leur vie, leurs faux espoirs, le moment soudain, terrible et irréfutable où ils savent; vous ne souhaiteriez pas entendre les échos de leurs conversations murmurées - Mais il avait l'air si bien hier, que s'est-il passé pendant la nuit...
Vous ne souhaiteriez pas vous heurter au chagrin d'autrui. Il vous faudra déjà toutes vos forces pour résister au vôtre." p.66

Le 15 février 2008, voyant que son mari Raymond semble avoir contracté un mauvais rhume, Joyce Smith l'emmène au centre médical de Princeton où il est hospitalisé pour une pneumonie.
Alors que Ray semblait se rétablir, il décède subitement des suites d'une infection nosocomiale.
Une disparition aussi brutale que tragique qui signe le début d'une longue phase de deuil pour Joyce Smith.

" L'individu blessé, la veuve, est désincarné; elle doit faire d'immenses efforts pour rappeler le "moi" perdu - comme on gonflerait un énorme ballon, obligé chaque matin de gonfler ce ballon grandeur nature, ce ballon qui est vous, un effort épuisant et déprimant parce qu'il ne semble avoir d'autre but que de créer un ballon à habiter, dont, lentement, l'air s'échappera pendant les douze heures à venir jusqu'à ce que vous puissiez enfin vous effondrer dans le "sommeil" - ou une forme quelconque d'oubli bienheureux. 
Mais le lendemain, il faut recommencer. Encore et encore !
Pour les gens sains, être "sain" ne demande aucun effort particulier. Pour ceux qui sont blessés, feindre d'être sain exige un effort si considérable - qu'une question plane toujours, à peu près à une longueur de bras : Pourquoi ? " p.383

Sous le choc, anéantie par le décès de son mari, Joyce Carol Oates dresse l'auto-biographie de ses premiers mois de veuvage. Pétrie d'angoisses, en prise avec de fréquentes insomnies, sujette aux pensées noires, elle tente de rester forte et digne pour éviter de sombrer.
Le lecteur entre de plein pied dans le quotidien post-mortem de ce couple marié depuis 47 ans et 25 jours. Un couple assurément heureux, uni par une profonde complicité, une passion commune pour l'enseignement et la littérature.
Deux êtres accros au travail. Un couple qui avait l'habitude de fonctionner à deux même si chacun menait une carrière et une vie sociale très actives.
Tous deux avaient fait le choix de ne pas partager leur travail. Aussi Ray Smith n'a-t-il jamais connu Joyce Carol Oates,  mais son épouse Joyce Smith, celle que le lecteur découvre pour la première fois dans les pensées de cette femme complètement perdue sans son mari.
Ray est partout et nulle part. En éditeur ou en jardinier passionné, toujours sublimé par le tendre regard de sa femme.
Souvent, en voyage au pays des "blessés ambulatoires" elle songe à le rejoindre, quand le basilic aux yeux perçants lui inspire des pensées suicidaires.
Joyce Carol Oates, que l'on sait pourtant si prolifique, n'écrit pour ainsi dire plus.
C'est pourtant Oates, son moi public, qui lui permet de tenir bon, lorsqu'elle se réfugie dans une salle de classe pour y faire cours ou quand elle se rend à une conférence ou une lecture publique.
Très entourée, elle peut aussi compter sur de nombreux amis avec qui elle dîne et échange fréquemment des courriels. Beaucoup de franche sollicitude mêlée de maladresse, impossible de se changer les idées.
Et...de retour chez elle, tout lui rappelle encore la mort de son mari : la maison, chacun des objets et des souvenirs qui lui sont liés, tout semble avoir perdu son sens.


J'ai bien mis 2 longues semaines avant de terminer cette lecture, tant ce récit m'a semblé difficile de par son sujet. "J'ai réussi à rester en vie" est un livre sur l'après, sur ce qu'il reste (si peu) quand l'autre n'est plus. 
C'est terrible comme j'ai eu l'impression que Ray Smith ne mourait pas une fois, mais chaque jour, à chaque page. 
Et que son épouse, désormais veuve, ayant perdu une part d'elle-même, suivait le même chemin, tant le sentiment de perte et la douleur psychologique et physique semblent considérables et impossibles à dépasser.
Cette femme m'a émue comme je ne saurais le dire. J'ai toujours admiré la facilité de Joyce Carol Oates à construire les portraits psychologiques de ses personnages de romans.
Et voilà que maintenant j'ai découvert une Joyce Smith qui sait si bien plonger en elle-même, sonder ses propres sentiments, toujours avec pudeur, tout en parvenant à en sortir pour dresser le portrait d'une "veuve universelle".

" Nous qui vivons - nous qui avons survécu - comprenons que notre culpabilité est ce qui nous lie aux morts.
A tout moment nous les entendons qui nous interpellent, avec une incrédulité croissante Tu ne m'oublieras pas...n'est-ce pas ? Comment peux-tu m'oublier ? Je n'ai que toi.
La plupart du temps, presque continûment, la veuve habite un autre monde qui n'est ni ici ni là.
Presque continûment, la veuve aspire à l'oubli ineffable du sommeil.
Car la veuve est un être posthume qui passe parmi les vivants. Quand la veuve sourit, quand la veuve rit, on voit luire la folie dans son regard, une actrice tentant désespérément de jouer son rôle comme les autres souhaitent qu'elle le joue, et seule une autre veuve, une autre femme ayant récemment perdu son mari peut percevoir l'imposture.
Une veuve jetant un rapide coup d'oeil à une autre :  C'est la même chose pour vous ? Vous êtes morte vous aussi ? " p.424

J'ai appris que la romancière s'était remariée un an après la mort de son mari. Evidemment cela a choqué certains esprits qui ont été jusqu'à jeter le discrédit sur son livre et la profondeur de son chagrin. Comme si, à l'image du mariage, le deuil exigeait que l'on s'y engage pour la vie.
Il me semble que chacun vit les choses différemment, avec plus ou moins de temps qu'il lui est nécessaire. Pourquoi n'aurait-on pas le droit de retrouver une vie après la mort de l'autre ? A en croire certains, le chagrin ne vaut rien si il ne condamne pas à la solitude !
Julian Barnes a quant à lui évoqué une "rupture des promesses narratives", arguant que la romancière aurait pu mentionner son remariage dans son récit.
Non mais de quel droit ?!? Le titre est pourtant assez clair : "J'ai réussi à rester en vie", et non "Veuve un jour, veuve toujours" ou "Je ne pourrai plus jamais aimer un homme".
Personnellement, en tant que lectrice, je ne me suis en rien sentie dupée.
" J'ai réussi à rester en vie" est consacré aux premiers mois du deuil et est présenté comme tel. Ce qui s'est passé après ma foi ne regarde personne d'autre qu'elle.
Un amour ne chasse pas forcément l'autre. Ce n'est pas parce qu'elle a retrouvé le bonheur avec un autre homme qu'elle n'est plus veuve de son premier mari et que sa souffrance n'a pas existé.
Et croyez-moi, à la lecture de ce récit, on ne doute en aucun cas de son amour pour Raymond Smith.



"J'ai réussi à rester en vie" était une lecture commune avec Clara dont je file voir le billet !