Affichage des articles dont le libellé est littérature anglaise. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature anglaise. Afficher tous les articles

3 mars 2014

Intermède - Owen Martell



En librairie depuis le mois d'août dernier, "Intermède" est un roman de l'écrivain gallois Owen Martell.

"Intermède" s'inspire d'une période sombre de la vie du jazzman américain Bill Evans, lorsqu'en 1961 son bassiste Scott LaFaro trouve la mort dans un accident de voiture.
Dévasté, le pianiste plonge dans un profond mutisme et est accueilli par son frère Harry et sa femme, puis par ses parents qui essaient de lui changer les idées.

Lorsque j'ai choisi ce titre dans la sélection proposée par Les Chroniques de la Rentrée Littéraire, je m'attendais à ce que le récit se concentre sur l'amitié qui unissait Bill Evans à Scott LaFaro et qu'il explique en somme en quoi la mort de ce dernier avait tellement affecté le pianiste.
Or, je n'ai rien appris sur cette relation. Je l'ai simplement devinée très forte, au vu de l'état dépressif de Bill.
Le décès de Scott LaFaro apparaît plutôt comme un point de départ visant à dresser le portrait d'un artiste au plus bas, humainement et musicalement parlant.
Divisé en 4 parties, il examine tour à tour les rapports de Bill avec son frère Harry, sa mère, son père et puis finalement avec lui-même.
Plusieurs points de vue pour une même partition.
Face au silence de Bill, chacun essaie de lui venir en aide, de remplir le vide à sa manière, l'occasion de revenir sur ces petits bouts d'enfance qui prédestinaient à la musique.
Mais le malaise est là et nul ne sait si Bill s'en relèvera. Il est comme un fantôme que ses proches désemparés tentent de ramener à la vie.


"Intermède" m'a fait l'effet d'un roman contemplatif que j'ai traîné durant des semaines (alors qu'il n'est vraiment pas long), tant son ambiance me pesait et pire, m'ennuyait.
Je regrette de n'avoir pu apprécier cette lecture alors que j'ai bien senti entre les lignes la tendresse particulière que voue l'auteur à son sujet.
Comme l'a dit un jour Miles Davis (avec lequel Bill Evans a d'ailleurs joué) : " La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence."
Je suis consciente que l'essentiel de ce roman réside dans les non-dits mais malheureusement, cela ne m'a pas suffi pour apprécier cette lecture.



Je remercie néanmoins Abeline et leshttp://chroniquesdelarentreelitteraire.com/ de m'avoir envoyé ce livre.


challenge album

12 octobre 2013

Le gang des mégères inapprivoisées - Tom Sharpe


Publié en Angleterre en 2009 et traduit en français l'année suivante, "Le gang des mégères inapprivoisées" est un roman de l'écrivain britannique Tom Sharpe, particulièrement connu pour sa série "Wilt".

Au sein de la famille Grope, de nombreuses générations de femmes se sont succédées, relayant la coutume familiale qui consiste à kidnapper un homme pour ensuite le séquestrer, l'épouser et se faire engrosser. Autant dire que si le malheureux tient à la vie, il a plutôt intérêt à être fertile et à produire des filles.
Si Belinda Grope n'a pas du avoir recours à la tradition pour se faire passer la bague au doigt, elle a du renoncer à l'espoir de tomber enceinte de son mari Albert.
Lorsque sa belle-soeur Vera leur envoie son fils Esmond en pension, Belinda y voit là une occasion en or de pouvoir enfin réaliser son rêve...

Pourquoi cette couverture me fait-elle rire à chaque fois ?
La première partie dresse un portrait de la famille Grope sur plusieurs générations, l'occasion de faire connaissance avec ces Amazones d'un genre particulier et de comprendre le milieu matriarcal dans lequel Belinda a grandi.
J'ai vraiment trouvé cette première partie cruellement drôle tant les ruses déployées par ces femmes au fil des siècles ne manquaient pas d'inventivité inattendue.
La seconde partie est consacrée à la famille Burnes, composée de Vera, mère poule au foyer éprise de romans à l'eau de rose, de son mari Horace - employé de banque timide et pas très malin - et de leur fils Esmond, copie conforme de son père au point de lui donner des envies de meurtre.
Lorsque Esmond part s'installer chez sa tante et son oncle, les comportements des uns et des autres changent au point que chacun pètera un câble à sa manière, laissant ainsi parler un instinct trop longtemps enfoui.
Chacun passe ainsi pour un "dingo", l'occasion pour l'auteur d'égratigner au passage les flics et les psys assimilés ici à des crétins finis.
Les péripéties ne manquent pas dans ce roman et pourtant, j'ai fini par m'en lasser, les trouvant trop grosses et pas forcément drôles.
Je n'ai pas non plus adhéré à la fin de l'histoire tant j'ai eu l'impression que l'auteur laissait ses personnages en berne.
Une déception donc ! Dommage car la première partie n'était pas sans me rappeler cet humour anglais savoureux façon "Willa Marsh".

"Le gang des mégères inapprivoisées" était une lecture commune avec Liliba dont je file voir le billet !
 

8 octobre 2013

Soldat Peaceful - Michael Morpurgo






Publié en Angleterre en 2003 et traduit en français l'année suivante, "Soldat Peaceful" est un roman jeunesse de l'écrivain britannique Michael Morpurgo, notamment auteur de "Cheval de guerre" (adapté par Spielberg en 2011), "Le Royaume de Kensuké" ou encore de "Monsieur Personne".

Comme le suggère la (jolie) couverture, "Soldat Peaceful" se présente sous la forme d'un journal tenu par le jeune Thomas - dit Tommo - Peaceful. Il y consigne ses dernières heures à la manière d'un compte à rebours, alternant présent et souvenirs d'enfance.
Après la mort de son père des suites d'un accident dont il fut témoin, Tommo a grandi auprès de sa mère, de sa tante (surnommée Grand-Mère Loup en raison de sa méchanceté) et de ses deux frères, Big Joe et Charlie.
Tommo et Charlie veillent l'un sur l'autre, protègent leur frère Big Joe né "différent" et partagent une profonde amitié pour Molly. Une jeunesse insouciante - même si pas dénuée de drames - à laquelle la première guerre mondiale mettra brutalement fin.
Tommo - pourtant trop jeune que pour s'enrôler - choisit d'accompagner Charlie au front...

Lorsque Ys a lancé son rendez-vous d'anniversaires d'auteurs, j'y ai vu l'occasion idéale pour sortir ce roman resté trop longtemps dans ma PAL.
Certes, je suis en retard puisque Michael Morpurgo a fêté ses 70 ans le 5 octobre dernier (après tout, c'est l'intention qui compte hein).
Comme déjà expliqué, je ressens toujours une certaine appréhension lorsque j'ouvre un roman estampillé jeunesse : peur d'une histoire trop gnangnan, de personnages manichéens, d'un style infantilisant qui me donne l'impression d'être plus bête que je ne le suis.
Rien de tout cela ici heureusement.
J'ai aimé la construction de ce roman qui met en balance les joies simples de l'enfance et la dureté de la guerre et qui recourt aux figures d'autorité (professeur, Colonel, tante, supérieur dans l'armée) pour encourager la solidarité. La chanson "Oranges et Citrons", véritable bande-son du livre, semble tisser un fil entre ces deux univers.
Ce roman défend de nobles valeurs : tolérance et respect de l'autre et de la différence, importance de la famille et de l'amitié, respect de la nature, réaction face à l'injustice.
"Soldat Peaceful" ne m'a pas éblouie par son style (il n'y a rien à faire, j'ai besoin d'un discours adulte à méditer) mais il m'a beaucoup plu par les messages et les belles émotions qu'il véhicule, sans en faire trop.
Et parce que lorsque l'on songe bien volontiers aux soldats morts sur le champ de bataille à cause d'un tir de baillonnette, d'un gaz mortel ou d'un éclat d'obus, il nous rappelle un aspect de la guerre qu'on aurait tendance à oublier.

Une belle lecture en somme !

D'autres avis : Ys - Theoma - Sandrine - Karine

Prochain rendez-vous anniversaire le 5 novembre avec Joyce Maynard (yes !)



24 août 2013

Les confessions de Mr Harrison - Elizabeth Gaskell


Publié en 1851 et traduit en français en 2010, "Les confessions de Mr Harrison" est un court roman de l'écrivaine britannique Elizabeth Gaskell, notamment célèbre pour ses romans "Cranford" et "Nord et Sud".

Le docteur Will Harrison passe la soirée avec un vieil ami célibataire qui lui demande de lui prodiguer quelques conseils pour se trouver une épouse.
C'est alors que celui-ci lui raconte son voyage à Duncombe quelques années plus tôt.
Il n'était qu'un tout jeune médecin lorsqu'il débarqua au sein de cette petite communauté essentiellement composée de veuves et de vieilles filles, pour y assister le Dr Morgan.
Immédiatement considéré comme l'homme à marier, il fait l'objet de toutes les attentions de ces dames, et ce bien malgré lui étant donné que son inclination se porte sur une mystérieuse inconnue.
Comment Mr Harrison a-t-il réussi à se soustraire de tant de mariages arrangés à son insu ?

Dès son arrivée à Duncombe, Mr Harrison donne l'impression d'être pris en charge et de n'avoir aucun mot à dire. Le Dr Morgan, qui prend très à coeur son rôle de mentor, l'abreuve de recommandations d'usage quant à sa manière de s'habiller et de se comporter en société et lui choisit même sa demeure.

Défilant tel une bête de cirque, il s'attire bien malgré lui les faveurs de certaines dames, ce qui donnera lieu à une série de malentendus qui le placeront dans des situations délicates.
Et pour ne rien arranger, le voilà en plus victime de l'indiscrétion et des blagues douteuses d'un vieil ami de passage à Duncombe !

En choisissant de prendre un jeune médecin londonien pour narrateur, l'auteure offre ainsi un regard extérieur sur une communauté repliée sur elle-même et réticente au moindre changement.
Un différend opposera ainsi par deux fois le jeune médecin au Dr Morgan qui craint de tester de nouveaux remèdes en provenance de la capitale.
Le jeune homme devra s'imposer et user d'une certaine audace pour asseoir sa réputation.
Présentée comme un véritable poulailler, la société de Duncombe apparaît comme encline aux commérages de la part de certaines femmes au caractère bien trempé et à l'imagination galopante !
Durant ma lecture, je me suis souvent retrouvée partagée entre rires et agacement face à l'effet boule de neige provoqué par ces femmes et leur emballement désespéré.
Malgré quelques épisodes moins cocasses, l'histoire comme on s'en doute, se finit bien.
Bien qu'en regard des romans austeniens, ce petit roman manque un peu de finesse et de mordant dans les portraits et le déploiement des intrigues, il ne manque néanmoins pas de charme :)


D'autres avis : George - Keisha

6 juin 2013

Comme ton ombre - Elizabeth Haynes


Publié en Angleterre en 2011 et traduit en français la même année, "Comme ton ombre" est le premier roman de l'écrivaine britannique Elizabeth Haynes.

"Comme ton ombre" entrecroise les parcours de deux femmes singulièrement différentes.
L'une, avenante et très à l'aise en société, passe tout son temps libre avec sa meilleure amie, à sortir en boîte de nuit pour finir saoule et toujours accompagnée d'un bel homme.
Sa rencontre avec le séduisant Lee lui fait dire que sa vie de débauche pourrait bien être derrière elle.
L'autre se retranche le plus possible dans son appartement, souffrant d'un sentiment d'insécurité tel qu'elle développe d'importants TOC qui la poussent à vérifier plusieurs fois portes et fenêtres, à ne faire des courses que les jours pairs, à changer de chemin tous les jours pour s'assurer de ne pas être suivie.
Elle ne déroge jamais à ses rituels qui, loin de s'avérer contraignants, la rassurent pour un temps.
Bien qu'opposées, ces deux jeunes femmes ont pourtant bien des choses en commun...

Après ma double déconvenue avec Karin Slaughter, j'avais besoin d'un thriller, un vrai ! Et on peut dire que j'ai été servie...
Contrairement à d'autres lecteurs, j'ai rapidement vu les choses venir. Mais ce n'est pas pour autant que je me suis ennuyée, loin de là.
J'ai vraiment apprécié la structure de ce roman, la façon dont les parcours de ces deux femmes se répondent d'une certaine manière. Sans trop en dire, il est question ici à la fois de troubles obsessionnels compulsifs (les fondements, les manifestations), de manipulation et de violence conjugale; trois thèmes que j'ai trouvé fort bien décryptés ici.
En marge de la fine analyse psychologique déployée par l'auteure, il règne une ambiance particulièrement stressante dans ce thriller. De quoi vous rendre parano... Plusieurs fois, je me suis surprise à vérifier que j'avais bien tourné 4 fois la clé dans la serrure de ma porte blindée.
Seul petit bémol pour ma part : le personnage de Stuart, voisin et psy que j'ai trouvé trop insistant et autoritaire.

Bien que je savais que j'approchais lentement d'un certain moment fatidique de l'histoire, je progressais dans ma lecture avec appréhension.
Non par ennui, mais pour que le cauchemar du personnage principal puisse prendre fin d'une façon ou d'une autre.
Je rejoins l'avis de Clara pour ce qui est de la comparaison avec "Robe de marié" de Pierre Lemaître, même si j'ai trouvé ce thriller-ci moins abracadabrant (un point de plus pour "Comme ton ombre"). 

Un bon thriller flippant à lire seule dans le noir (seulement si vous n'avez peur de rien et que vous êtes armée jusqu'aux dents ^^).


D'autres avis : Val - Clara - Mango - Liliba - Canel



30 mars 2013

Coup de gigot et autres histoires à faire peur - Roald Dahl


"Coup de gigot et autres histoires à faire peur" est composé de 4 nouvelles publiées entre 1954 et 1960 et rédigées par l'écrivain britannique Roald Dahl, notamment auteur de "Charlie et la chocolaterie", "Charlie et le grand ascenseur de verre", "Matilda" ou encore de "Sacrées Sorcières".
Ces 4 nouvelles se retrouvent également dans le recueil "Kiss Kiss".

Dans "Coup de gigot", Mary Maloney attend patiemment le retour de son époux à la maison. A son arrivée, elle lui prépare un verre de whisky comme à son habitude. Mais cette fois, son mari l'avale d'une traite, s'en sert immédiatement un second avant de lui annoncer qu'il la quitte.
Sous le choc, Mary lui assène un coup violent à l'aide du gigot d'agneau congelé qui devait servir au repas.
Reste à savoir maintenant comment se débarrasser de l'arme du crime...
"Tous les chemins mènent au ciel" et c'est le moins que l'on puisse dire...Mme Foster vit depuis des années avec la peur d'arriver en retard et de manquer son avion.
Lorsqu'elle décide de rendre visite à sa fille à Paris, son mari n'y met pas vraiment du sien pour respecter le timing. Contre toute attente, Mme Foster est bien décidée à ne pas louper son vol et plante son mari à la maison.
Le jeune Billy Weaver débarque à Bath par le train et se laisse tenter par une charmante pension proposant des chambres à prix modique. "La logeuse" se montre d'une extrême amabilité et lui annonce qu'ils sont les deux seuls occupants de la maisonnée.
Au moment de signer le livre d'or, le jeune homme y découvre deux autres noms qui lui semblent étrangement familiers...
C'est à une bien curieuse expérience que vont se livrer "William et Mary" ! A la mort de son mari, Mary hérite de tous ses biens ainsi que d'une longue lettre posthume.
William lui décrit sa rencontre avec le neurochirurgien John Landy et lui détaille sa curieuse proposition : maintenir le cerveau de l'homme en vie après sa mort...

Si Roald Dahl est surtout célèbre pour ses histoires pour enfants, il compte également dans sa bibliographie une série de nouvelles plus destinées aux adultes.
Si cet ouvrage-ci figure dans la collection Folio Junior, je vous conseillerais néanmoins de ne pas l'offrir à un enfant de moins de 12 ans.
Il est tout de même question-ci de revanche féminine et de meurtre ! J'ai beaucoup aimé l'humour noir de l'auteur et sa facilité à passer en quelques mots d'un cadre bon enfant à une ambiance macabre.
Les personnages principaux féminins présents dans chacune de ses nouvelles semblent tous si inoffensifs au départ. Mais dès l'instant où la contrariété cède la place à la soif de vengeance, le ton se fait plus sournois et un rictus ou un simple petit mouvement oculaire trahit rapidement la suite des événements.
Un très bon moment de lecture !



16 mars 2013

Meurtres au manoir - Willa Marsh














Publié en Angleterre en 1999 et traduit en français l'année dernière, "Meurtres au manoir" est le 3ème roman, après "Meurtres entre soeurs" et "Le journal secret d'Amy Wingate", de l'écrivaine britannique Willa Marsh.

Suite à sa rencontre avec Thomas, riche veuf vivant dans un manoir Tudor avec sa fille et ses 2 vieilles tantes, Clarissa accepte sa demande en mariage et quitte Londres pour s'installer avec lui au Pays de Galles.
Tante Gwyneth et Tante Olwen, bien que sujettes à d'étranges superstitions, se montrent tellement gentilles avec Clarissa que celle-ci en oublie momentanément l'isolement dans lequel la plonge sa nouvelle situation.
Mais au bout de quelques mois, Clarissa commence à se languir de ses amies et désespère de pouvoir tomber enceinte d'un mari devenu rapidement ennuyeux.
C'est alors que Georgy, sa "meilleure meilleure" amie, décide de lui rendre visite au manoir...

Un nouveau roman de Willa Marsh, ce sont des personnages amoraux et la promesse d'une histoire à l'humour grinçant avec à la clé de nombreux rebondissements.
Au départ, j'ai été exaspérée par le comportement intéressé de Clarissa, qui semble bien plus amoureuse du manoir et ce qu'il représente que de son mari.
Mais très vite, le vent tourne et l'on s'aperçoit que les deux vieilles tantes d'apparence inoffensive, s'avèrent bien plus rusées au jeu de la manipulation et ce, dans un but bien précis.
Complètement instrumentalisée par celles-là mêmes qu'elle considère comme des confidentes et des alliées, Clarissa, décidément peu finaude d'un bout à l'autre du roman, ne se rend compte de rien, trop aveuglée par son égocentrisme et son goût pour l'oisiveté.
Et alors que l'on pensait avoir tout vu, voilà que la meilleure amie débarque avec la ferme intention d'évincer Clarissa, au grand dam des deux tantes qui voient en celle-ci une redoutable adversaire.
Sans le savoir, Clarissa se retrouve entourée de vautours gravitant autour d'elle en attendant leur heure de gloire.
Si elle n'était pas aussi gourde et incapable de réfléchir par elle-même, on en viendrait presque à avoir pitié d'elle...

Autant dire que les complots et les retournages de vestes en fonction des intérêts de chacun vont bon train dans cette histoire (pire que dans 3 épisodes des "Feux de l'amour" c'est vous dire ^^), d'autant que l'arrivée impromptue d'Evan, cousin éloigné de la famille, corse encore un peu plus l'intrigue...
Jusqu'au bout je me suis demandée qui serait le plus fin limier et sur quoi déboucherait toute cette machination et, bien que j'avais imaginé une fin fort différente, je dois dire que j'ai finalement apprécié que l'auteure laisse planer quelque doute sur certains aspects flous de l'histoire.
Car en marge de cette ambiance propice à la suspicion se dégage aussi une atmosphère étrangement gothique, teintée de magie, de fantômes et de vieilles croyances reléguées par les tantes.
De quoi conserver une touche de mystère, même à la fin :)

Je crois qu'à la lecture de ce billet, vous aurez compris que j'ai à nouveau été conquise par la vivacité et l'humour noir de Willa Marsh !
Bonne nouvelle, "Meurtres au manoir" est disponible en poche depuis le mois de janvier !

Il n'est pas sûr que je réussisse à attendre sagement la sortie poche de son dernier roman "Le prix de l'innocence" ^^


24 février 2013

La mort s'invite à Pemberley - P.D James (livre audio)


Publié en anglais en 2011 et traduit en français l'an passé, "La mort s'invite à Pemberley" est la suite criminelle, imaginée par la romancière anglaise P.D James, au célèbre classique "Orgueil et préjugés" de Jane Austen.

Bien des années après que Lydia Bennett se soit enfuie avec George Wickham et que Jane et Lizzie aient trouvé en Bingley et Darcy deux maris aimants, voilà que, la veille du bal d'automne de Lady Anne, un terrible accident vient troubler le calme de Pemberley.
Durant le dîner réunissant les Darcy, les Bingley, Giorgiana Darcy, le colonel Fitzwilliam et le jeune avocat Henry Alveston, l'attention des convives se porte tout à coup sur la route du bois qu'emprunte un cabriolet malmené par la tempête faisant rage.
Du véhicule émerge une Lydia plus hystérique que jamais, clamant haut et fort qu'à la suite d'une série de coups de feu, Wickham est mort de la main de son ami le capitaine Denny.
Wickham est-il vraiment mort ? Pemberley et ses habitants se relèveront-ils de l'enquête et du procès à venir ?

Lorsque j'ai eu vent de la sortie de ce roman en mars dernier, j'ai beaucoup hésité à me le procurer, craignant surtout que P.D James (que je ne connaissais pas alors) dénature l'univers austenien au profit d'une enquête policière tirée par les cheveux.
Je remercie Audiolib de m'avoir donné l'occasion de constater que j'avais doublement tort, tout d'abord parce que P.D James a vraiment su selon moi se réapproprier la langue et l'esprit de Jane Austen, mais également en raison de l'aspect policier du roman qui s'est avéré beaucoup moins complexe que prévu.

Le roman s'ouvre sur un rappel des faits et des personnages d'Orgueil et Préjugés à qui P.D James offre une "seconde vie" en imaginant ce que chacun est advenu. Ces supposés chemins de vie prêtent parfois à sourire mais concordent toutefois avec les traits de caractère de chaque protagoniste.
En Jane résident encore la même douceur et la même bienveillance qu'autrefois. Bingley se distingue toujours par sa jovialité. Si Darcy se montre moins secret qu'auparavant, il n'en reste pas moins cet homme taciturne soucieux de préserver sa famille.
Bien que mariée, Lydia n'a toutefois rien gagné en sagesse ni en retenue. De même, Lady Catherine est restée fidèle à elle-même.

" Je n'ai jamais approuvé les agonies qui n'en finissent pas. Dans l'aristocratie, c'est de l'affectation. Dans les classes inférieures, ce n'est que prétexte pour se dérober au travail (...) Les gens devraient prendre la décision de vivre ou de mourir et faire l'un ou l'autre avec le moins de désagrément possible pour autrui."

Le seul personnage qui semble avoir changé est Lizzie, toujours curieuse, intègre et perspicace mais très embourgeoisée (le couple ne voit les enfants que lors des visites à la nursery), constamment exténuée et effacée tout au long d'une histoire qui semble avant tout une affaire d'hommes !
J'ajouterais que le couple qu'elle forme avec Darcy m'a déçue dans le sens où je me disais qu'une fois le mariage consommé, ils se tutoieraient et adopteraient un comportement moins guindé. Or il n'en est rien ici.
La première partie est donc principalement consacrée aux personnages et aux retentissements que provoque l'accident en chacun d'eux. Emergent de douloureux souvenirs et de vieilles rancunes que même le bonheur conjugal n'a pas réussi à effacer.
Comment Darcy aurait-il pu oublier la trahison de Wickham qui fut autrefois un frère pour lui ? Il découvre qu'il ne suffit pas d'éloigner un homme pour le rayer de son existence. Ainsi, certaines responsabilités se rappellent-elles à lui.

A l'accident succède une enquête judiciaire malheureusement bâclée faute de preuves ou d'indices probants. Seuls quelques témoignages éclairent quelque peu les circonstances de l'accident mais sans pour autant en faire toute la lumière.
Le lecteur assiste rapidement au procès lors duquel, à part une audition inattendue, les témoignages sonnent comme de faibles redites.
Beaucoup d'espace est consacré aux rumeurs de la foule avant que n'arrive un premier coup de théâtre.
Trop d'éléments sont restés inexpliqués et ce n'est que dans les dernières pages du roman que les langues se délient, donnant lieu à une série de révélations coup sur coup expliquant le rôle de chacun dans l'affaire.

Voici une lecture qui avait très bien commencé mais qui malheureusement s'est avérée décevante pour moi à partir de l'ouverture de l'enquête. Une enquête qui n'a cessé de piétiner jusqu'à un dénouement crédible mais décidément trop maladroitement précipité.
J'ai regretté ce manque de possibilité laissé au lecteur de pouvoir deviner la suite de l'histoire.
Comme je l'ai dit plus haut, P.D James maîtrise selon moi les différentes composantes de l'univers austenien. Stylistiquement ce roman est irréprochable et l'on peut d'ailleurs compter sur la voix de Guila Clara Kessous (plus d'une vingtaine de personnages à elle seule, il fallait le faire !) pour reléguer cette espièglerie d'entre les lignes et favoriser une écoute très agréable.
Mais là où le bât blesse, c'est lorsque l'auteure glisse de cet univers vers son univers propre qui est celui des romans policiers.
Une transition malheureusement bancale, comme si "la reine du crime" s'était tellement laissée posséder par l'univers d'Austen qu'elle en avait tout simplement oublié son intrigue.
Je ne saurais dire si les amateurs d'Austen y trouveront leur compte. En revanche, je pense que les lecteurs du genre policier risquent de sortir déçus de cette lecture.


MERCI à de m'avoir envoyé ce livre audio !


30 novembre 2012

Une Place à Prendre - J.K Rowling


En librairie depuis le 28 septembre dernier, "Une Place à Prendre" est le premier roman pour adultes de la romancière britannique J.K Rowling, célèbre dans le monde entier pour sa saga Harry Potter.

A Pagford, petit village du sud-ouest anglais niché entre 3 collines et surmonté d'une ancienne abbaye, le jour de son anniversaire de mariage, Barry Fairbrother succombe à une rupture d'anévrisme.
La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et tous les habitants éprouvent un sentiment mêlé d'horreur et d'excitation à l'idée que la place de Barry au conseil paroissial demeure à présent vacante.
Les candidats ne manquent pas. Le défunt était un homme charitable mais si certains entendent poursuivre l'oeuvre de Barry, d'autres au contraire fondent l'espoir de pouvoir enfin fermer la clinique de désintoxication Bellchapel qui nuit tant à l'image du village.
A l'approche de l'élection, tous les coups sont permis pour s'attirer la faveur de la majorité...

J.K Rowling se savait attendue au tournant et c'est au bout de 5 années de silence littéraire qu'elle nous revient avec un roman bien différent de la série Harry Potter.
Certes Pagford, à l'image de Poudlard, apparaît comme une communauté repliée sur elle-même et abritant son lot de secrets et de convoitises. Plus de Moldus ni de sang-mêlés ici, mais des classes sociales divisées dont les plus favorisées ne se cachent pas d'un certain élitisme voire même de racisme.
Si l'auteure a indubitablement changé de registre et de palette, passant d'un univers imaginaire créé de toutes pièces à un réalisme brut, on la retrouve tout de même dans cette écriture dense et cette minutie apportée dans la psychologie de ses personnages.
Le récit commence en force puisqu'une dizaine de personnages sont déjà esquissés dans les 50 premières pages. Comme d'autres lecteurs avant moi, je me suis sentie flouée par cette présentation vertigineuse.
Mais heureusement, chacun des personnages se voit ensuite creusé au fil des chapitres et j'ai ainsi fini par trouver mes marques.
Le poste libéré par la mort de Barry se retrouve au centre des préoccupations de chaque famille, alimentant les conflits et révélant toute l'hypocrisie, intime et sociale, dont est capable chacun (l'auteur use d'ailleurs avec humour de l'italique pour trahir le double discours).
Toute cette tension ambiante finit par se répercuter d'une façon ou d'une autre sur les conjoints et des adolescents déjà mal dans leur peau, encaissant la violence psychologique et physique (mon dieu comme j'ai détesté Simon Price !!!).
Entre les pauvres, présentés comme rustres et vulgaires, et les classes supérieures qui ne sont guère mieux loties, j'ai achevé ma lecture avec l'impression que tout le monde était logé à la même enseigne.
La moralité ne connaît pas les classes et ce n'est qu'après avoir perdu chacun un peu de leur honneur et de leurs acquits, après avoir pris part à une tragédie, que quelques consciences s'éveilleront peut-être.
Loin de nous offrir le charmant portrait d'une petite communauté soudée, J.K Rowling nous dépeint la mentalité de village au plus mauvais sens du terme, avec ses ragots, ses bassesses et ses chacun pour soi.
Bien que l'auteure ait pris soin d'égayer un peu ce sombre tableau par des touches d'humour ici et là (ah le cercueil en osier, la chanson de Rihanna et les répliques de la gentille garce Samantha Mollisson !), le roman m'a quand même laissé un sacré goût amer...

Alors oui j'ai aimé une "Place à Prendre" malgré un début laborieux et ce contexte pesant qui a souvent contribué à freiner ma lecture. Un 16/20 pour J.K Rowling qui mérite bien sa place dans la littérature pour adultes !

MERCI à Oliver et à Price Minister de m'avoir offert ce roman à l'occasion des Matchs de la Rentrée littéraire !


D'autres avis : Soukee - Argali - Manu - Stephie - Mango - Sandrine - Noukette


3 novembre 2012

La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi - Rachel Joyce


Publié aux USA en 2012 et disponible en français depuis le 13 septembre dernier "La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi" est le premier roman de l'écrivaine anglaise Rachel Joyce.

Par une paisible matinée d'avril, Harold Fry, retraité depuis 6 mois, reçoit un courrier de Queenie Hennessy, une ancienne collègue qu'il n'a plus revu depuis 20 ans et qui lui annonce qu'elle souffre d'un cancer en phase terminale.
Bouleversé par la nouvelle, Harold décide de répondre à sa lettre. Mais comment trouver les mots justes pour remercier cette femme qui lui a sauvé la mise il y a bien longtemps avant de disparaître ?
Sur un coup de tête, Harold entreprend de parcourir plus de 800 km à pieds pour rejoindre Queenie à qui il a fait promettre de rester en vie jusqu'à son arrivée.
Parviendra-t-il à gagner ce pari un peu fou avec lui-même ? Arrivera-t-il à temps pour revoir Queenie ?

Harold menait jusque là une vie bien rangée et retirée des autres, dans une maison aux rideaux toujours tirés auprès de sa femme Maureen avec laquelle il ne partage plus grand chose et qui lui préfère les conversations téléphoniques avec leur fils.
C'est sans doute la première fois de sa vie qu'Harold, d'ordinaire taciturne et dépourvu de la moindre assurance, laisse tout en plan et improvise un voyage de cette envergure.
L'entreprise est d'autant plus folle qu'Harold n'est plus de première jeunesse et qu'il ne possède pas le moindre équipement pourtant nécessaire à son expédition.
Avec pour seul bagage un lourd sentiment de culpabilité et des mannes entières de souvenirs, parfois heureux mais souvent amers, il traverse les villes à son rythme et multiplie les rencontres jusqu'à attirer l'attention d'un journaliste qui lui consacre la Une.
D'autres pélerins, admiratifs de sa noble cause, se joignent alors à lui (j'ai pensé à Forrest Gump !) mais Harold est déterminé à achever seul ce qu'il a commencé, d'autant que Queenie n'est peut-être pas le seul prétexte à cette longue marche de 87 jours...

Harold est un personnage assurément attachant autant par sa fragilité et son manque de confiance en lui que par la solide détermination qui l'anime et concourt à faire de lui un homme nouveau.
Alors qu'il avait jusque là l'impression d'être passé à côté de sa vie, de son couple et de son fils, il va s'épanouir, revisiter le passé et son trop plein de non-dits mais surtout se faire face et se pardonner.
Bien que ne faisant pas partie du voyage, sa femme Maureen évolue également à mesure que l'absence de son mari se fait plus longue, au point d'envisager leur couple sous un nouvel angle.

Bien sûr, on se demande tout du long pourquoi Harold tient tant à revoir Queenie et quelle est la nature de ce précieux service qu'elle lui a rendu avant de s'en aller pour ne jamais revenir.
Pourquoi Harold et sa femme ne parviennent-ils plus à se parler ? Cette révélation-là tarde à venir et tombe finalement comme un cheveu dans la soupe...
Si Rachel Joyce dissèque avec finesse et réalisme les aspérités d'un couple au seuil de la rupture, elle dresse un portrait très propret et assurément flatteur de l'Angleterre et de ses habitants toujours prêts à rendre service à Harold.
Comme d'autres avant moi, j'ai eu du mal à croire à tant de bonté humaine (pas une racaille à 1000km à la ronde !) et si j'ai tenu bon jusqu'à la fin de cette lecture, ce fut surtout grâce à la touchante obstination d'Harold.


D'autres avis : Lili Galipette - Liliba - Noukette - Mango - Keisha - Alex - Kathel - Jules

Merci à Babelio de m'avoir envoyé ce roman !





5 octobre 2012

La Mise à nu des époux Ransome - Alan Bennett



Paru en Angleterre en 1998 et traduit en français l'année suivante, "La Mise à nu des époux Ransome" est le premier roman de l'écrivain et scénariste anglais Alan Bennett, notamment auteur de "La Reine des lectrices", "Soins intensifs" ou plus récemment de "So shocking".

De retour d'une soirée à l'opéra, Mr et Mrs Ransome constatent avec effroi que des cambrioleurs ont profité de leur absence pour emporter tout le contenu de leur maison.
Livrés à eux-mêmes et privés de leur confort, ils peinent à encaisser le choc.
Tandis que Mr Ransome continue de se rendre au boulot et compte bien faire jouer la prime d'assurance (voire même en gonfler un peu le montant), Mrs Ransome prend conscience des nouvelles perspectives qui s'offrent à elle...
Mais alors que le couple commence à réinventer le quotidien, un mystérieux pli contenant une facture laisse croire que leurs affaires n'ont peut-être pas disparu...

Voici le portrait d'un vieux couple typiquement british tel qu'on se les représente souvent : tiré à 4 épingles, rassuré par la routine sécurisante et a contrario effrayé par tout changement et plus largement par le monde extérieur et ses habitants (encore plus si ils sont "exotiques").
Alors forcément, quand il leur arrive quelque chose hors du commun à ces deux-là et que le vernis s'écaille, la mise en situation ne peut être que cocasse !
Au contraire de son mari étriqué qui prend un malin plaisir à reprendre chacune de ses phrases, Mrs Ransome semble plus curieuse de nature et encline à tirer parti de sa nouvelle situation pour rebondir et envisager la vie sans tout le confort dont ils disposaient et qui en un sens contribuait à maintenir le couple dans une bulle.
Aussi, après un brin d'hésitation, se décide-t-elle à entrer dans un établissement pour y prendre son petit-déjeuner (une grande première pour elle) et succomber à la tentation de la presse people, à se rendre chez Marks & Spencer sans liste ou encore à passer la porte du petit épicier de quartier pas anglais jusque là snobé pour lui acheter des patates douces et autres mets dont il ne vaut mieux pas divulguer la provenance à son mari.
Oui, Mrs Ransome prend goût au changement et à la fantaisie. Aussi, lorsqu'elle apprend que ses affaires lui seront sans doute rendues, elle n'accueille pas forcément la nouvelle avec autant d'enthousiasme qu'escompté.

Sans être hilarant mais qui prête pourtant à sourire, l'humour est présent tout au long de ce récit qui frôle souvent l'absurde, particulièrement dans les dialogues (de sourds) avec Martin ou encore avec la psychologue envoyée par la police suite au cambriolage.
Bien sûr, au delà de la farce émerge une vision douce et amère du couple avec sa routine, ses non dits, ses fausses apparences, ses doubles discours et ses petits mensonges du quotidien.
Vu le ton général du roman, je ne m'attendais pas du tout à être émue dans les toutes dernières pages par le personnage de Mrs Ransome, beaucoup moins superficielle qu'elle n'y paraît.

Une lecture savoureuse qui me donne envie de découvrir "So Shocking". 



D'autres avis : Liliba - Mango - Sandrine - Voyelle et Consonne

14 août 2012

Meurtres entre soeurs - Willa Marsh


Publié en 1996 et traduit en français en 2009, "Meurtres entre soeurs" est un roman de l'écrivaine britannique Willa Marsh, également auteure des romans "Le journal secret d'Amy Wingate" et de "Meurtres au manoir".

Devenues soeurs par alliance, le père de l'une ayant épousé la mère de l'autre, Liv et Em ne se cachent pas de leur rivalité et mènent la vie dure à leurs parents. Adeptes du chantage affectif, elles fraternisent volontiers lorsqu'il s'agit de se faire gâter en l'échange d'une complicité familiale feinte. Mais la naissance impromptue de leur petite soeur Rosy chamboule entièrement leurs existences d'enfants roi.
La "petite princesse" parvient si bien à monopoliser l'attention de ses parents que les deux fillettes voient leurs privilèges disparaître et se sentent complètement écartées.
Unies par leur haine viscérale pour cet ennemi commun, elles comptent bien ne pas se laisser éclipser par la nouvelle venue.
Mais Rosy est-elle si innocente qu'elle le paraît ?

On éprouve au départ de la sollicitude pour Rosy, cette petite fille dont la seule naissance équivaut à un crime pour ses deux pestes de demi-soeurs, égoïstes, capricieuses et sournoises en dépit de leur jeune âge, lesquelles donneraient cher pour la voir disparaître.
Mais c'est sans compter sur le virage à 360 degrés que prend le récit dès lors que l'on découvre que la petite dernière surpasse largement ses aînées en matière de manipulation et de cruauté.
Si ses deux soeurs ont souhaité à une époque la voir morte, Rosy s'obstine quant à elle à leur pourrir la vie un maximum sans en éprouver le moindre scrupule.

Adieu les petites filles modèles. L'innocence et la gentillesse généralement associées à l'enfance sont ici complètement occultées au profit d'une méchanceté qui fait d'autant plus froid dans le dos qu'on ne s'y attend pas de la part de fillettes. Chaque enfant présent dans ce roman se révèle mauvais à court ou long terme au point de laisser croire à une défaillance génétique...
Liv et Em, de même que leurs parents, sont loin de soupçonner que Rosy, appuyée par son abruti de mari, tire les ficelles de leurs vies à tous et s'emploie à "diviser pour mieux régner".
Comme d'autres avant moi, j'ai d'ailleurs trouvé les deux soeurs plutôt longues à la détente pour ce qui est de déjouer les plans machiavéliques de Rosy.
Heureusement, Liv et Em se rapprochent sensiblement au fil du roman. Leur relation, en réaction à leurs malheurs respectifs et à la nécessité de prendre en charge leur mère, évolue positivement pour devenir solidaire, fraternelle, plus profonde qu'une simple complicité dans le crime.
Ainsi, malgré l'implacable gravité qui règne tout au long du roman, je me suis surprise à encourager leur vengeance et bien que j'espérais vraiment un volte-face final entre ces 3 soeurs, j'ai néanmoins apprécié l'humour caustique distillé par l'auteure jusque dans les dernières lignes.


D'autres avis : Aifelle - Alex - Brize - Choco - Clara - Kathel - Canel - Keisha - Mango - Manu - Theoma

24 juillet 2012

L'île des oubliés - Victoria Hislop


Disponible en librairie depuis le 10 mai, "L'île des oubliés" est le premier roman de l'écrivaine britannique Victoria Hislop.

A son arrivée à Plaka, Alexis rencontre Fotini, une vieille amie de sa mère Sophia qui lui raconte leur enfance et l'histoire de sa famille étroitement liée à Spinalonga.
Située au large de la côte nord de la Crète, la presqu'île fit office de léproserie (colonie de lépreux) entre 1903 et 1957.
Eleni, arrière grand-mère d'Alexis, dut rejoindre "le village des morts-vivants" alors que ses filles Anna et Maria étaient à peine âgées de 12 et 10 ans, les laissant seules avec leur père Giorgis, pêcheur et passeur chargé d'acheminer régulièrement de nouveaux malades à Spinalonga.
Le départ de sa femme fut un déchirement pour ce brave homme loin de soupçonner que d'autres malheurs arriveraient par la suite...

Je me méfie toujours des lectures estampillées "estivales" au ton généralement (trop)léger. Pourquoi en cette saison de l'année voudrait-on absolument se faire griller les neurones au soleil ?
Bref je ne m'attarderai pas sur ce point, d'autant plus que "L'île des oubliés" s'est avéré être davantage qu'un roman transat.
J'ignore ce qu'il en est pour vous mais pour ma part, je lis toujours un roman avec plus d'intérêt lorsque je sais qu'il prend place dans un contexte historique avéré.
Bien que le contenu de cette saga familiale soit purement fictionnel, la presqu'île de Spinalonga a quant à elle bel et bien existé de la façon dont il en est question dans le roman.
D'abord présentée comme un mouroir replié sur lui-même où les lépreux vivaient dans des conditions inhumaines, celle-ci évolua au fil des ans de par les efforts et les aménagements fournis par chacun de ses habitants.
Durant la seconde guerre mondiale, celle-ci fut largement épargnée par les Allemands qui craignaient trop que la lèpre ne contamine le continent.
Avant d'être désertée en 1957 à la suite de la découverte d'un traitement contre la maladie, elle était devenue une cité autonome, développant sa propre économie. Un village où il faisait même bon vivre et qui m'a en quelque sorte rappelé l'île de Guernesey et ses éplucheurs de patates.
J'ignore si la vision de l'auteure au sujet de cette île ne pêche pas un peu trop par excès d'angélisme mais je sais que, comme on s'abandonne à un conte, j'ai aimé croire à cette solidarité entre tous et à cette faculté d'aller de l'avant même dans l'adversité.
Mais ceci ne vaut que pour Spinalonga car sur le continent règne une ambiance propice à la peur et à la suspicion. N'importe qui présentant les symptômes de la lèpre passe instantanément du statut de personnage respectable à celui de pestiféré, forcé de rejoindre la presqu'île au plus vite.

Divisé en 4 parties, le roman se déroule entre Plaka et Spinalonga et est principalement centré autour des figures d'Eleni et de son mari Giorgis ainsi que de leurs deux filles, Anna et Maria, dont le lecteur suivra les destins sur plusieurs années.
Suite au départ de leur mère pour Spinalonga, Maria, sage et droite comme ses parents, se dévoue corps et âme pour se rendre utile auprès de son père là où Anna refuse catégoriquement de mettre la main à la pâte et se répand en plaintes à longueur de temps.
Deux personnalités contraires qui ne font que s'accentuer au fil du temps et contribuent à renforcer l'allure de conte de ce roman. Les personnages, bien croqués, restent fidèles à leur nature quoiqu'il arrive, peu importe ce que le "fatum" a décidé pour eux.
Contrairement à Anna qui n'aura pas volé ce qui lui arrive, j'ai ressenti une profonde tendresse pour Maria et son père et jusqu'au bout, j'ai espéré que la vie leur offre enfin un peu de répit.

"L'île des oubliés" dresse le portrait sur 3 générations d'une famille sans cesse exposée au drame, à l'opprobre et au secret et, en marge, celui d'une époque peu ouverte à la tolérance.
Seul point négatif : dans la mesure où Fotini raconte à Alexis l'histoire de ses ancêtres, je m'attendais à des interactions entre elles durant tout le récit. Or, à partir de leur rencontre, c'est comme si un narrateur extérieur prenait le relais jusqu'à ce que l'on retrouve ensuite les deux femmes dans les dernières pages.
Qu'à cela ne tienne, j'ai tout de même passé un agréable moment de lecture, ponctué par la prose pas exceptionnelle mais toujours juste de Victoria Hislop dont je suivrai les prochaines parutions.


MERCI aux éditions et à l'agence LP Conseils de m'avoir offert ce livre !

29 mai 2012

Les Imperfectionnistes - Tom Rachman


Publié aux USA en 2010 et traduit en français l'année dernière, "Les Imperfectionnistes" est le premier roman de l'écrivain anglo-canadien Tom Rachman.

"Les Imperfectionnistes" n'est pas moins le récit de l'évolution, étalée sur 50 ans, d'un quotidien international basé à Rome que celui de 11 protagonistes qui assisteront, voire même participeront, à son déclin.
Grattes-papier, correcteur, pigiste, secrétaire de rédaction, directrice des ressources humaines, forment une équipe chapeautée d'une main de fer par une impitoyable rédactrice en chef et son adjoint et dirigée par un directeur de publication complètement incompétent.

Nous faisons ainsi connaissance avec Lloyd, un journaliste fauché et en fin de carrière qui cherche désespérément à se remettre en selle pendant que sa femme fricote en toute liberté avec leur voisin.
Arthur Gopal, assigné à la rubrique nécrologique, fait en sorte d'en faire le moins possible jusqu'à ce qu'un événement tragique déclenche en lui un regain d'ambition.
Journaliste économique, Hardy Benjamin ne compte pourtant pas ses sous lorsqu'il s'agit d'entretenir le nouvel homme de sa vie.
Correcteur infaillible, il s'est donné la crédibilité pour maître-mot et pourtant Herman Cohen s'est laissé aller à une erreur de jugement.
Kathleen Solson a beau ne rien laisser passer chez ses employés, à la maison, elle fait plutôt profil bas, tout comme son adjoint Craig Menzies.
Briguant un poste de pigiste au Caire, Winston Cheung fera les frais de sa naïveté et de son manque d'expérience dans le milieu.
Persuadée qu'une remarque acerbe lui fera prendre la porte le lendemain, Ruby Zaga, secrétaire de rédaction célibataire, se réfugie dans la solitude d'une chambre d'hôtel en attendant son heure.
Pendant ce temps, une fidèle lectrice découvre l'actualité avec plusieurs années de retard tandis que l'héritier du groupe Ott, abandonne momentanément son chien et ses Agatha Christie pour annoncer à tout ce petit monde que le journal vit ses dernières heures.

Les personnages autour duquel s'articule le récit sont tout sauf heureux. Occupant pour la plupart des postes à responsabilité, ils jouent les grandes gueules, pestent sans arrêt sur leurs collègues et n'aspirent qu'à quitter au plus vite l'enfer de la salle de rédaction.
Les masques tombent lorsque le lecteur les retrouve en conjoints, pères de famille, éternels célibataires, autant de rôles dans lesquels ils se révèlent être de piètres acteurs (de vraies loques en fait), coupables de petites lâchetés qui laissent entrevoir leur faiblesse.
A croire que trop absorbés par leur travail, ils n'ont plus d'énergie à consacrer à leur vie privée, à ses relations dysfonctionnelles auxquelles ils se raccrochent vaille que vaille par peur de la solitude.

" Nous sommes cernés de monde au moment de naître et cernés de monde au moment de mourir. C'est entre les deux que nous sommes seuls." p.64

Ce qui pourrait faire penser à un recueil de nouvelles s'avère être un roman polyphonique, récit d'existences solitaires et de relations superficielles entre collègues, mais lequel semble toutefois dénoncer d'une même voix l'incompétence et le manque d'ambition d'une équipe dont on se demande comment elle arrive à faire tourner un journal durant aussi longtemps.
Adieu le journalisme d'investigation. Ici on traîne des pieds lorsqu'il faut se déplacer pour une interview, on utilise des mots qu'on ne comprend pas, on multiplie les bourdes façon "Sadisme Hussein", on reporte ses erreurs sur les autres, on cherche le scoop et pour le reste, on se contente des dépêches.
Aucune ambition, aucune décision, aucune prise de risque. Tous semblent avoir perdu le feu sacré qui, comme nous le rappellent les chapitres intermédiaires, animait autrefois Cyrus Ott, fondateur du journal.

S'agissant des coulisses de la presse écrite, je m'attendais à ce que ce roman aborde davantage les aspects de chacun des métiers évoqués. En ce sens, j'ai donc tout d'abord été déconcertée par ce choix de l'auteur de privilégier la vie privée de ses personnages.
Mais il faut bien admettre que les aspects professionnel et personnel sont ici fortement liés - l'un rejaillissant forcément sur l'autre - et permettent de cerner au mieux les personnalités de chacun, au gré de l'écriture tonique de cet ancien journaliste qui connaît fort bien son sujet.
Des portraits férocement cyniques de personnages en phase descendante, si pitoyables qu'ils en deviennent attachants, annonciateurs de la fin d'une glorieuse époque.
Le milieu de la presse n'en ressort pas grandi, c'est le moins qu'on puisse dire.
Un roman désespérant de vérités.

"- Ah ! le bon vieux temps, soupire-t-elle.
- Qu'est-ce qu'il avait de bon ?
- Il avait de bon qu'on pouvait sortir un quotidien à peu près acceptable avec à peu près cinq pour cent des ressources dont j'ai besoin aujourd'hui." p.126

D'autres avis : Amanda Meyre - Sandrine - Keisha - Emmyne

2 mai 2012

L'arbre de l'oubli - Alexandra Fuller


En librairie depuis le 2 avril, "L'arbre de l'oubli" est un roman de la britannique Alexandra Fuller, également auteure des romans "Larmes de pierre" et "Une vie de cow-boy".

Alexandra Fuller rend ici hommage à sa mère, "Nicola Fuller d'Afrique Centrale", une femme qui revendique avec force ses racines britanniques mais dont le coeur appartient au Kenya où elle passa la majeure partie de sa vie.
Si le début de ce roman m'a laissé croire à une discussion entre une mère et sa fille, je me suis rapidement rendue compte qu'il s'agissait surtout du monologue d'une intarissable collectionneuse d'anecdotes, particulièrement celles qui tournent autour de sa personne et lui permettent ainsi de monopoliser l'attention autour d'elle.
Je n'ai pas ressenti de véritable échange et encore moins un lien maternel entre ces deux femmes. Il règne entre elles une absence d'intimité partagée remplacée par des vannes au goût amer dissimulant à peine les reproches.
L'auteure évoque ainsi une soirée costumée à l'occasion de laquelle sa mère s'était plue à la ridiculiser aux yeux de tous en la déguisant à l'aide d'un baril percé de 2 trous qui l'empêchait de respirer et de marcher. Faute de place, la petite fille avait été placée à l'arrière de la voiture, seul endroit qui ne protège pas contre les mines.

" - Alors si on était passées sur une mine, tu aurais été saine et sauve, ainsi que maman, Olivia et les chiens. Mais moi, j'aurais sauté. N'est-ce pas maman ?
Vanessa éclata de rire. "C'est hilarant, dit-elle.
- Maman, si tu avais roulé sur une mine, j'aurais sauté, non ? "insistai-je.
Elle laissa retomber ses bras sur ses flancs.
"Je suppose que oui", répondit-elle.
Elle s'interrompit, puis poursuivit : "Mais si j'avais su alors que tu allais grandir et écrire cet Horrible Livre, j'aurais peut-être foncé sur une mine.
- Maman ? "
Elle soupira.
" Tu sais, tu es comme ce salopard de Christopher Robin. Ce maudit gamin qui, une fois adulte, a écrit un Horrible Livre après que son père a composé pour lui tous ces jolis poèmes et ces histoires.
Il a expliqué en long et en large que A.A Milne avait été un mauvais papa et qu'il ne l'avait pas assez serré dans ses bras."
Maman, fervente admiratrice de tous les produits Winnie L'Ourson, frémit d'indignation.
"Heureusement, poursuivit-elle, je ne crois pas qu'il ait eu beaucoup de lecteurs et je suis sûre que presque personne ne l'a pris très au sérieux." p.52

Sa mère lui reproche d'avoir renié ses origines pour s'installer aux USA et surtout, d'avoir parlé de leur famille dans son "Horrible livre".
Alexandra Fuller lui cherche tant bien que mal des circonstances atténuantes en revenant sur la rude époque où sa mère encaissait les coups de la nounou et des soeurs chargées de son enseignement.
A défaut de confronter cette femme à son manque de tendresse maternelle, on sent qu'elle tente de compenser ses défauts en privilégiant le portrait d'une femme forte que rien ni personne ne semble atteindre.
Et ce faisant, l'auteur ne fait que souligner davantage le manque d'intimité qui les unit. J'ai ainsi eu l'impression de lire une interview menée par une journaliste.

Ce récit m'a paru d'autant plus factuel et dénué de naturel qu'il est entrecoupé de passages historiques censés éclairer le propos mais qui au contraire l'alourdissent davantage.
Beaucoup de détails laissés en vrac, des portraits de personnages de moindre importance ont contribué à ce sentiment de ne pas retenir grand chose au fil de ma lecture.
Lassée de chercher une raison d'être à tout ceci, agacée par un manque de fluidité et surtout par l'égocentrisme de Nicola Fuller et ses idées arrêtées sur tout, particulièrement sur la suprématie britannique, j'ai jeté l'éponge à la page 174.


D'autres avis : Keisha - Daniel Fattore - Manu - Mango - Cathulu

Je remercie néanmoins les de m'avoir offert ce livre.

15 mars 2012

Désaccords imparfaits - Jonathan Coe


En librairie depuis le 8 mars, "Désaccords imparfaits" est un recueil de 4 textes rédigés entre 1995 et 2005 et signés du romancier britannique Jonathan Coe, notamment auteur de "La pluie, avant qu'elle tombe", "Testament à l'anglaise" ou plus récemment de "La vie très privée de Mr Sim".

Dans l'introduction, Jonathan Coe affirme sa préférence pour le roman, la nouvelle ne représentant pour lui qu'une étape transitoire généralement vouée à cheminer vers un texte plus dense.
Les 4 textes présentés ici font donc figure d'exception.
Dans "Ivy et ses bêtises", un homme replonge dans ses souvenirs après s'être recueilli avec sa soeur sur la tombe de leurs grands-parents.
Sa mémoire le ramène à l'époque où sa grand-mère avait été désignée juré dans une affaire d'homicide conjugal. Il se rappelle encore trait pour trait le visage de cet homme assassiné dont il craignait la vengeance.
"9e et 13e" évoque la suite imaginaire d'une rencontre entre une femme et un pianiste jouant sans cesse les mêmes accords.
Dans "Version originale", un compositeur de musiques de film fait partie du jury du 14ème Festival du film d'horreur et de fantasy.
Alors qu'il examine le programme du lendemain, un nom se détache de la liste, Gertrud Keller, scénariste et maîtresse éconduite.
En découvrant le film, il comprend qu'il assiste là à une projection de sa propre vie.
Hommage à Billy Wilder et à son film "La vie privée de Sherlock Holmes", "Journal d'une obsession" retrace étape après étape la recherche artistique de toute une vie.

"Désaccords imparfaits" sonne comme autant de variations sur ces moments phares, ces rencontres réelles ou imaginaires, ces occasions manquées, ces obsessions qui façonnent l'existence et la poursuivent sans fin.
Coe examine ses personnages, y compris lui-même, à travers le prisme de leurs souvenirs. Un seul d'entre eux suffit à les définir tout entier, à les révéler à eux-mêmes, non sans une certaine amertume.
Des textes sensibles et intimes lus sans déplaisir mais sans plus d'enthousiasme. J'ai l'impression que ceux-ci se destinent davantage aux lecteurs initiés.
Je compte néanmoins poursuivre ma découverte de Jonathan Coe.

L'avis de Cathulu

24 janvier 2012

Sur la plage de Chesil - Ian McEwan


Publié en 2007 et traduit en français en 2008, "Sur la plage de Chesil" est un roman de l'écrivain anglais Ian McEwan, notamment auteur des romans "Expiation", "L'enfant volé", "Délire d'amour" ou encore du recueil "Psychopolis et autres nouvelles".

Angleterre, 1962. A 22 ans, Edward et Florence s'apprêtent tous deux à perdre leur virginité au cours de leur nuit de noces.
Mais à l'issue du repas, alors que le jeune marié trépigne d'impatience à l'idée de consommer son mariage, Florence, elle, commence à réaliser tout ce qu'implique un engagement "corps et âme"...

" C'était encore l'époque - elle se terminerait vers la fin de cette illustre décennie - où le fait d'être jeune représentait un handicap social, une preuve d'insignifiance, une maladie vaguement honteuse dont le mariage était le premier remède.
Presque inconnus l'un de l'autre, ils atteignaient, étrangement réunis, un des sommets de leur existence, ravis que leur nouveau statut promette de les hisser hors de leur interminable jeunesse - Edward et Florence, enfin libres !
Un de leurs sujets de conversation favoris était leur enfance, moins ses plaisirs que le brouillard de préjugés comiques dont ils émergeaient, ou que les diverses erreurs de leurs parents et leurs pratiques d'un autre âge, qu'ils trouvaient désormais pardonnables." p.14

Au commencement de ce roman, je me suis demandée si cette union ne flairait pas simplement le mariage arrangé.
Or il apparaît que ces deux jeunes gens tiennent l'un à l'autre, malgré un manque évident d'intérêts communs.
Tandis qu'Edward fréquente assidûment les pubs et la bibliothèque du British Museum, toujours fourré dans ses livres d'histoire, Florence ne jure que par les réunions entre copines mais surtout par la musique et les concerts donnés au Wigmore Hall, nourrissant l'ambition tenace d'apparaître un jour sur cette scène en tant que première violoncelliste.
Ce qui réunit ces deux jeunes mariés réside sans doute plus dans cette vision idyllique de l'amour comme dans cette même envie de quitter le monde de l'enfance pour rentrer de plein pied dans cette promesse de liberté que représente pour eux la vie adulte.
Malheureusement, leur manque de communication et leur naïveté maladroite vont quelque peu entraver leur vision du bonheur conjugal.
Le silence pèse dans cette chambre d'hôtel, véritable carcan à l'image d'une société conventionnelle qui emprisonne la jeunesse plus qu'elle ne contribue à son épanouissement. Bientôt la tension et la frustration augmentent chez l'un comme chez l'autre.
Si elle aime sincèrement Edward, Florence n'ose pas lui faire part de sa répulsion physique vis-à-vis de tout ce qui touche à la sexualité.

" Coucher avec Edward ne pouvait en aucun cas représenter le comble du bonheur, c'était le prix à payer pour mériter ce bonheur." p.16

Par peur de le décevoir et de ne pas répondre au devoir conjugal, elle essaie de sauver les apparences comme elle peut jusqu'à ce qu'arrive l'inévitable accident qui les conduira tous deux sur la plage de Chésil, où pour la première fois ils se parleront à coeur ouvert.

" Il avait beau aimer Florence, il aurait voulu la secouer pour la réveiller, la gifler pour la libérer de cette raideur de violoncelliste devant son pupitre, de ces convenances qui prévalaient dans les quartiers du nord d'Oxford, et lui montrer combien c'était simple : une sensualité et une liberté sans limites étaient là, à leur portée, avec la bénédiction du pasteur, en prime - "Je t'appartiendrai corps et âme" -, une liberté coquine de membres dénudés, qui se dressait dans son imaginaire telle une vaste cathédrale aérienne, peut-être en ruine, sans toit, aux voûtes à ciel ouvert, où ils s'élèveraient en apesanteur étroitement enlacés, jouiraient l'un de l'autre et se noieraient, haletants, dans les vagues d'une extase insouciante.
Oui, c'était tellement simple ! Pourquoi n'étaient-ils pas là-haut à cet instant précis, au lieu de rester assis sur ce lit à refouler toutes ces choses dont ils ne savaient comment parler ou qu'ils n'osaient pas faire ?
Qu'est-ce qui les arrêtait donc ? Leur personnalité et leur passé, leur ignorance et leur peur, leur timidité, leur pruderie, leur manque d'aisance, d'expérience ou de naturel, vestige des interdits religieux, leur anglicité, leur classe sociale, et même le poids de l'Histoire. Trois fois rien." p.90

Véritable huis-clos prenant place dans une Angleterre encore rigide et vierge de toute révolution sexuelle, "Sur la plage de Chesil" est un roman prenant de par la tension palpable qui y règne d'un bout à l'autre.
Ian McEwan parvient admirablement bien à se glisser tour à tour dans la peau de ses personnages qui de nos jours feraient davantage penser à des adolescents qu'à des adultes éclairés.
Abordant de front les sujets de l'intimité impossible, de la désillusion, de la culpabilité, de la pression et du manque de liberté exercés par une époque où l'on se marie sans vraiment se connaître, où le sexe demeure tabou et envisageable qu'à l'issue d'un bon mariage, il signe ici un roman psychologique amer, désespéré, et par ailleurs fort réussi.

Une lecture qui m'a réconciliée avec l'auteur !

D'autres avis : Chaplum - Clara - Amanda Meyre - Canel - Keisha - Jules - Kathel

17 janvier 2012

La troisième Miss Symons - Flora M. Mayor


Publié en 1913 et traduit en français en 2009, "La troisième Miss Symons" est un roman de l'écrivaine britannique Flora M.Mayor.

Cinquième enfant d'une famille nombreuse, Henrietta Symons ne peut compter sur l'attention de ses parents comme de ses frères et soeurs.
Sans cesse mise à l'écart, elle tente malgré tout de se faire aimer, sans succès. La constante indifférence dont elle fait l'objet ne fait qu'exacerber son tempérament irascible et la jeune fille devenue femme traverse les années à tâtons, multipliant les voyages à l'étranger, les collections en tous genres, les occupations pour autant que son investissement soit minime.
Tout est bon pourvu qu'elle parvienne à combler ce vide affectif qui la poursuit depuis l'enfance.

C'est grâce à Manu que j'ai pu découvrir ce court roman victorien qui brosse le portrait d'une mal-aimée qui, il faut bien le dire, n'a pas grand chose pour elle si ce n'est un sens aigu de l'organisation et le caractère autoritaire qui l'accompagne.
Pas vraiment belle ni intelligente, elle se trouve en plus affublée d'un caractère difficile qui a tôt fait d'éloigner toutes les personnes croisées sur son passage.
L'auteure donne le ton dès les premières lignes et si Henrietta suscite la sympathie de prime abord, elle inspire au mieux de la pitié, au pire de l'antipathie dans les dernières.
Si ses caprices et ses accès de colère lui sont volontiers pardonnés durant sa jeunesse alors qu'elle essuie plusieurs déceptions amicales et sentimentales, on s'attend néanmoins à ce que la maturité lui offre une chance d'adoucir son caractère.
Financièrement à l'abri grâce à la fortune familiale, sans réelle pression pour se faire passer la bague au doigt, elle a la possibilité d'aller où elle veut pour faire ce que bon lui semble.
Or, malgré les conseils de tout un chacun, elle n'en fait qu'à sa guise et ses choix ne lui sont dictés que par cette tendance compulsive à remplir le vide de sa vie par des activités qu'elle juge elle-même sans intérêt.
Et quand elle n'est pas en voyage à critiquer tous les hôtels où elle descend, elle passe sa frustration sur les domestiques de la maison familiale.

Roman bourgeois, "La troisième Miss Symons" dresse un regard particulièrement cruel sur ces femmes laissées de côté par une société qui condamne sévèrement le célibat avec le sous-entendu que ce dernier soit directement lié à un manque de débrouillardise voire un refus de se plier aux exigences nécessaires pour se faire une place dans le monde.
Dans le cas d'Henrietta, sujette aux moqueries de la part de ses proches, c'est son caractère marginal et peu aimable qui est ici pointé du doigt pour justifier sa condition de vieille fille.

" Elle était plus irritable et tatillonne que jamais, toujours prête à livrer bataille, flairant l'entourloupe, persuadée qu'on cherchait à profiter d'elle.
Vivre seule ne lui convenait pas et, sous des dehors dominateurs, elle était faible, indécise et timide. Coupée de toute obligation, de toute responsabilité, de tout lien naturel, elle n'avait rien pour épancher sa bienveillance et sa sympathie.
Qu'elle ait pu mener pareille vie de son plein gré paraît inconcevable.
Cependant, elle était beaucoup plus satisfaite d'elle-même, et de la vie en général, qu'elle ne l'avait jamais été. Elle n'avait plus ces crises de repentir ni ces accès de rébellion contre son sort; elle ne désirait plus ce qui était inaccessible.
Si elle n'était pas très exigeante vis-à-vis de son bonheur ou d'elle-même, le reste du monde non plus, estimait-elle.
Non qu'elle songeât beaucoup à ces choses-là. Trop de ruminations et de désirs l'avaient rendue malheureuse autrefois, et elle répugnait à rouvrir toutes ses blessures.
Elle affrontait les faits aussi peu que possible. Elle vivait au jour le jour, et ce qu'elle était véritablement n'était pas franchement différent de ce qu'elle semblait être, absorbée dans le minuscule tourbillon des événements qui la concernaient.
Les jours, les mois, les années passaient. Elle les voyait partir sans regrets, n'en conservant aucun souvenir. Rien n'était arrivé, de bon ou de mauvais, pour laisser une trace." p.91

Si j'ai lu ce roman sans déplaisir, je trouve toutefois excessif le qualificatif d'"enfant littéraire de Jane Austen" apposé à l'auteure dans la quatrième de couverture.
Là où Jane Austen se laisse porter par son affection pour ses personnages et sa plume généreuse en ce qu'elle s'attarde à la description de leurs émois et du milieu dans lequel ceux-ci évoluent, Flora M.Mayor dépasse difficilement le stade purement descriptif.
Aussi, malgré un style élégant et une histoire sombre qui tient ses promesses d'un bout à l'autre, j'ai déploré cette économie de mots et ce manque de relief qui m'ont donné l'impression de lire en accéléré une Austen fatiguée.

J'espère que Manu me pardonnera mon manque d'enthousiasme sachant que je ne me suis pas ennuyée pour autant.

D'autres avis : Manu - Keisha - Cathulu - Amanda Meyre - Aifelle