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25 juillet 2014

Madame Butterfly - Benjamin Lacombe



Publié en novembre 2013, "Madame Butterfly" est l'avant-dernier album de l'illustrateur français Benjamin Lacombe dont le dernier album, "Léonard et Salaï" est sorti fin mars.

L'officier Benjamin Franklin Pinkerton et son second venus de Boston débarquent dans la baie de Nagasaki, non sans imaginer qu'ils y prendront tous deux une épouse japonaise pour la durée de leur séjour.
A la maison de thé du Jardin aux Fleurs, Pinkerton croise le regard de la belle Butterfly, une jeune geisha aussi fragile que les papillons bleus qui ornent son kimono.
Une fois le mariage consommé, Pinkerton, lassé de la soumission et des manières de la jeune femme retourne sur le continent, en lui promettant distraitement de revenir "au temps des roses, à la belle saison, quand le rouge-gorge fait son nid".
Mais les saisons s'écoulent, laissant Butterfly seule avec ses pensées et un petit être qui grandit en elle...




Comme vous le savez sans doute, "Madame Butterfly" puise sa source dans le célèbre opéra en trois actes de Puccini, mais également dans le roman "Madame Chrysanthème" de Pierre Loti.
Benjamin Lacombe ne prenait pas grand risque à s'inspirer d'une célèbre histoire tragique aimée de tous, laquelle s'inscrit parfaitement dans son univers torturé.


Ce que j'ai toujours aimé chez Lacombe, c'est ce contraste entre la tristesse des situations vécues par ses personnages et la flamboyance des couleurs utilisées. Un procédé qui selon moi élève ces destins malmenés au rang de légendes.
Néanmoins, non seulement je connaissais déjà l'histoire de Pinkerton et de Butterfly (et je l'aime d'ailleurs toujours autant), mais je n'ai pas réussi à apprécier la valeur ajoutée de cet album.
Impression de déjà vu. Trop de similitudes avec son album "Les Amants Papillons". Un zeste de dessins sépias façon "Contes macabres". Une histoire universelle donc sans prise de risques. Et l'impression que Lacombe ne s'est pas foulé :(
La seule originalité de cet album réside au verso des pages, dans cette fresque aux tons bleus qui se déploie sur près de 10 mètres de long.


Je conçois bien que chaque artiste possède sa patte et ses obsessions créatrices. Je n'attends pas que Benjamin Lacombe change du tout au tout mais qu'il sorte un peu de sa zone de confort pour me surprendre.
Est-ce le cas du premier tome de "Léonard et Salaï" ?





7 juillet 2014

Sweet Sixteen - Annelise Heurtier


Réédité depuis le 2 avril dernier, "Sweet Sixteen" est un roman de la française Annelise Heurtier, auteure jeunesse à qui l'on doit notamment les romans "Le carnet rouge" et "La fille aux cheveux d'encre".

En mai 1954 aux USA, l'arrêt Brown versus Board of Education autorise les Noirs à pouvoir accéder au même enseignement que les Blancs.
Autant dire que cette décision de la Cour Suprême ne fait pas l'unanimité, particulièrement dans les états sudistes au sein desquels les Noirs sont perçus comme une race inférieure vouée à la servitude.
En 1957, à quelques jours de la rentrée scolaire, le Lycée central de Little Rock en Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à 9 étudiants Noirs, lâchés en pâture au milieu de 2500 étudiants Blancs.

" Depuis le trottoir, les habitants du quartier regardaient passer la Pontiac des Costello, le visage grave. Les femmes tenaient leurs petits serrés contre leur jupe. Les hommes restaient sans bouger, les mains enfoncées au fond des poches. Une vraie caricature.
En apercevant des visages plus familiers, Molly tenta quelques saluts de la main, que personne ne lui retourna.
Pourquoi l'observait-on comme ça ? Tout le monde ne la voyait donc que comme une coupable, une folle dangereuse ? Personne dans cette ville n'avait envie de faire bouger les choses ?
Personne n'avait entendu parler du pasteur Martin Luther King ? " p.73


Nous découvrons en alternance les points de vue de Grace et de Molly, deux jeunes filles sur le point de fêter leurs "sweet sixteen" (nom de la fête donnée par les jeunes filles américaines à l'occasion de leurs 16 ans, signant ainsi le passage à l'âge adulte).
Grace est issue d'une famille blanche aisée. Son quotidien se résume à choisir sa tenue du jour et à tenter de séduire Sherwood, le frère de sa meilleure amie Brook.
La mère de Sherwood et de Brook se trouve à la tête d'une association de mères de famille farouchement opposées à ce que leurs enfants fréquentent les Noirs durant les cours (ou ailleurs).
Bien que Grace ne cautionne pas vraiment les actions lancées par ces femmes, elle se préoccupe avant tout de plaire à Sherwood.
Molly fait partie des 9 étudiants noirs admis à Little Rock. A l'annonce de la nouvelle, Noirs comme Blancs tentent de la dissuader d'entrer dans ce lycée. Les uns en la sermonnant sur les risques encourus non seulement pour elle-même mais aussi pour ses semblables, les autres en lui faisant clairement comprendre qu'elle est indésirable.
La jeune fille et ses 8 camarades devront s'y prendre à plusieurs reprises avant de pouvoir atteindre les portes de l'établissement, finalement escortés par l'armée du général Eisenhower...


L'histoire de ces 9 étudiants noirs scolarisés à Little Rock (tous les lycées américains comportent-ils le mot Rock ?) s'inspire malheureusement de faits réels. Ils n'y passeront qu'une année car bien que sur le déclin, l'Amérique ségrégationniste n'a pas encore dit son dernier mot.
Malgré son démantèlement officiel en 1944, le Ku Klux Klan trouve encore ses adeptes et assimile les progressistes/intégrationnistes aux Noirs.

L'auteure fait état d'un véritable acharnement et d'une violence qui va bien au-delà de l'intimidation et des mots.
J'ai été mortifiée par les réactions et la cruauté de ces lycéens Blancs qui se contentent de répéter ce qu'ils entendent de leurs parents (dans un autre genre, on leur interdisait d'écouter Elvis dont le déhanchement était jugé obscène. Autant dire qu'à cette époque-là Rihanna ou Miley auraient été lapidées avant leur premier twerk).
Mais plus encore par ces extrémistes et ces mères de famille hystériques prêtes à tout pour arriver à leurs fins alors même qu'elles qualifient les Noirs d'êtres dangereux et pulsionnels !

J'ai beaucoup aimé la personnalité de Molly qui, sans jouer les têtes brûlées, trouve le courage de retourner chaque jour au lycée malgré cette ambiance à la "Carrie".


Le personnage de Grace, présentée au départ comme la pétasse superficielle, n'est pas en reste non plus même si il m'a fallu plus de temps pour apprécier sa prise de conscience progressive.

J'ai trouvé ce climat de tension croissante très bien rendu. Et pour une fois, j'ai réellement pu apprécier un roman jeunesse sans avoir l'impression qu'il s'adressait à un lectorat plus jeune.
Plus qu'un simple roman, "Sweet Sixteen" offre une triste leçon d'histoire mais présentée comme une invitation à la tolérance et à la non-violence.
Un coup de coeur qui pourrait aussi être le vôtre !

" Peut-être que tout cela ne faisait que commencer.  Peut-être que le jour viendrait où les Noirs pourraient assister aux mêmes spectacles que les Blancs. Peut-être que les piscines leur seraient ouvertes toute la semaine, et pas seulement la veille du nettoyage. Qu'un chanteur noir aurait le droit de faire swinguer une femme blanche sans être boycotté. Qu'il serait permis de se marier en mélangeant les couleurs.
- Et peut-être même qu'un jour il y aura un président noir à la Maison Blanche ! s'enflamma-t-elle devant son miroir. " p.105 (les 9 étudiants de Little Rock furent invités par Obama le jour de son investiture :))

Je remercie les éditions Casterman de m'avoir offert ce roman.
 



12 mai 2014

La Belle et la Bête - Cécile Roumiguière et Aurélia Fronty



Paru le 18 octobre 2013, "La Belle et la Bête" est un album signé par Cécile Roumiguière, auteure jeunesse, et Aurélia Fronty, illustratrice jeunesse.

Après Madame de Beaumont, Jean Cocteau, Gabrielle de Villeneuve ou encore Disney, cet album au format à l'italienne revisite le célèbre conte, qui prend place à Venise.
Un marchand d'étoffes vit à la campagne avec ses 3 filles : alors que les deux aînées ne songent qu'à leur apparence et à leurs sorties, Belle, la cadette de nature modeste, passe son temps en compagnie des animaux.
Lorsque leur père perd sa marchandise et se retrouve ruiné, Belle est la seule à se porter volontaire pour aménager le jardin en potager et ainsi faire vivre la maisonnée.
Entretemps, le marchand apprend que ses tissus ont été retrouvés et part alors à Venise les récupérer. Contrairement à ses soeurs qui exigent monts et merveilles, Belle demande à son père de lui ramener une simple rose.
Arrivé à Venise, leur père constate que sa marchandise est abîmée donc invendable. Désespéré, il reprend sa route, s'égare dans la forêt puis trouve refuge dans une demeure effrayante.
Le lendemain, sur le chemin du retour, il cueille une rose pour Belle et fait la rencontre de la Bête...

Vous connaissez certainement la suite :)
Cette version de la Belle et la Bête, tout en étant une ré-écriture, reste fidèle dans l'essentiel à l'histoire originale. Chose que j'ai appréciée car, La Belle et la Bête étant mon conte Disney préféré, je n'avais pas spécialement envie de découvrir une histoire toute autre.
Un passage m'a quelque peu déconcertée : au cours d'un de leurs dîners, la Bête demande à la Belle de coucher avec lui. Elle refuse et il lui répond qu'il lui reposera la question tous les soirs.
Alors bon, je sais que coucher peut vouloir dire "partager la couche" sans pour autant inclure des relations sexuelles mais peut-être l'auteure aurait-elle pu remplacer ce terme par dormir (selon moi moins ambigu et plus approprié pour des enfants de 8 ans et plus) ?
Ce détail mis à part, j'ai adoré le personnage de la Belle et sa soif de connaissance !


Certes, la bibliothèque version Disney reste quand même plus impressionnante :)



Côté dessin, j'ai globalement aimé la proposition féérique d'Aurélia Fronty : ce choix de couleurs très vives, ces motifs végétaux et ces illustrations au trait naïf débordant (pas assez) du cadre.
J'ai juste moins accroché à cette représentation très kitsch de la Bête, qui prend les traits du lion de Venise, et offre un contraste visuel assez étrange par rapport aux autres illustrations.

Un bel objet livre (la couverture et la tranche bleue donnent l'impression d'avoir un tableau entre les mains) et une réécriture moderne qui rend un bel hommage au conte original.

La présentation de l'album 



MERCI à Babelio et aux éditions Belin de m'avoir envoyé cet album dans le cadre de l'opération Masse Critique jeunesse.




18 avril 2014

De Sacha à Macha - Rachel Hausfater et Yaël Hassan






"De Sacha à Macha" est un roman écrit par les françaises Rachel Hausfater et Yaël Hassan.
Publié pour la première fois en 2001, ce titre est à nouveau disponible en librairie depuis le 16 avril.

Sacha, collégien triste et refermé sur lui-même, adresse des emails au hasard à des inconnus jusqu'au jour où il obtient une réponse de Macha, une adolescente qui contrairement à lui se montre très bavarde.
Au fil de leurs échanges virtuels, de confidences en confidences, se tisse une amitié sincère qui pourrait bien changer la vie de Sacha...

Pourquoi lis-je encore des romans jeunesse alors que je n'accroche que rarement à leurs histoires ?
Parce que je suis parfois curieuse de découvrir ce qui se fait pour la jeunesse (mais pas au point de me lancer dans des sagas young adult).
Mais surtout parce que je ne résiste tout simplement pas au genre épistolaire, que ce soit sous la forme d'échanges de lettres ou d'emails.
Malheureusement - et c'est le cas pour 3/4 des romans jeunesse que je me hasarde encore à lire - deux choses m'ont dérangée dans ce roman, à commencer par le style des narrateurs.
Une fois n'est pas coutume, j'ai senti le langage adulte derrière certains de leurs propos. Quel adolescent utiliserait un mot comme "parcimonie" ou des expressions telles que "rester lettre morte" ou "du lard ou du cochon" ?
Peut-être répètent-ils des mots entendus chez leurs parents mais je reste tout de même dubitative...

La deuxième chose qui m'a gênée est un manque de naturel dès les premières pages. Alors que Sacha s'est contenté d'une phrase lapidaire lancée au petit bonheur la chance, Macha lui envoie une grosse tartine en retour.
Qui donc prendrait la peine de répondre à ce genre de sollicitation qui pourrait très bien être un simple spam ? Certes, Macha mentionne qu'elle ne surfe sur internet que lorsque son frère est absent ou veut bien lui prêter son ordinateur.
On peut donc imaginer que celle-ci, peu habituée à ce qui se passe sur le web, ne se soit pas posée de questions.
A moins que sa curiosité l'ait emportée sur son appréhension ? Bref.
Le deuxième élément que j'ai trouvé artificiel est la rapidité avec laquelle Macha découvre précisément la situation dont souffre Sacha. Sacré coup de poker tout de même...
Et une fois le secret mis à jour, elle ne le lâche plus d'une semelle sur le sujet quitte à lui donner des ordres (!)
On peut dire que Macha est bien tombée puisque Sacha a justement besoin d'être bousculé.
A force d'impertinence, elle réussira à faire débloquer une situation qui résulte d'un manque de communication.
C'est bien la seule chose que j'ai aimée dans ce roman, le sujet de fond abordé : la communication entre les êtres est essentielle et permet de résoudre bien des conflits.
Dommage aussi qu'on ne sache finalement rien de Macha : si la communication se veut à double sens, le problème de Sacha s'avère être au centre de leurs discussions.

Vous l'aurez compris, je n'ai pas franchement accroché à ce livre...
Ceci dit, sachant que ce roman en est à sa 3ème édition et qu'il semble remporter l'adhésion des lecteurs et de beaucoup d'enseignants (la présente édition comporte d'ailleurs un cahier pédagogique), mon avis est d'autant plus à prendre avec des pincettes.

Merci aux éditions Flammarion de m'avoir envoyé ce roman.

L'avis de George


16 avril 2014

L'Esprit du Temps, tomes 1 et 2 - Benjamin Lacombe

 

"L'Esprit du temps" est une série en deux tomes - publiés respectivement en 2003 et 2005 -, la première (et seule à ce jour si je ne me trompe pas) bande-dessinée réalisée par Benjamin Lacombe.

La veille de son mariage avec le prince Xao Ping - futur empereur de Chine - la jeune Setsuko tombe sous le coup d'une malédiction proférée par Daïo, un de ses prétendants éconduits.
Derrière Daïo se cachait en réalité Daïtoku, dieu de la Mort qui, pour forcer la jeune femme à l'aimer, fait d'elle un Esprit du Temps.
Enfermée dans le temple de Daïtoku, Setsuko ne peut en sortir qu'en prenant possession d'un corps humain ayant franchi la porte du temple. Elle ne dispose que peu de temps car si elle ne rentre pas avant l'arrivée de la Lune, le "corps emprunté" rejoindra le royaume des Morts...
Au bout de deux siècles, Setsuko entame sa première sortie et découvre un monde nouveau...

Lorsque j'ai appris par hasard l'existence de cette série, je ne me suis pas trop posée de questions (si ce n'est : pourquoi n'en avais-je jamais entendu parler jusqu'ici ?) et me suis empressée de la commander.
J'ai tout d'abord été très surprise par le dessin, sensiblement très différent du style que l'on connaît à Benjamin Lacombe.
Passé le premier choc visuel, je suis rentrée très facilement dans ce premier tome, qui nous présente Setsuko et ses proches avant d'aborder la malédiction qui pèse sur elle.
Même si l'on assiste à la première sortie de Setsuko en samouraï à l'issue de ce tome, il reste principalement une introduction qui jette les bases d'un univers qui sera développé dans le second tome.
Dans le second tome, on découvre Setsuko en jeune femme, vraisemblablement plus âgée (ce qui est plutôt bizarre pour un esprit non ?) qui attend son heure pour pouvoir repartir dans le temps.
Elle se retrouve propulsée plusieurs siècles plus tard dans le corps d'une Portugaise à l'heure où les Portugais, esclavagistes, sont perçus comme des démons par les Japonais.
On retrouvera également Setsuko à Nagasaki dans la peau d'un kamikaze à l'heure de la seconde guerre mondiale.

 



Et là, alors que le mot de l'auteur à la fin du tome 1 nous promettait également une réflexion sur le Japon actuel, voilà que l'histoire s'achève brutalement durant la seconde guerre mondiale.
Kezako de la suite ? Il n'y en a pas car le tome 3 n'a apparemment jamais vu le jour.
La série "L'Esprit du Temps" n'est d'ailleurs pas mentionnée sur le site officiel de Benjamin Lacombe, ce qui laisse croire à l'abandon définitif de la série. A moins que l'auteur, insatisfait, ait choisi de renier son oeuvre ?
Dommage car je n'ai pas non plus pu connaître le mot de la fin quant au moyen évoqué pour lever la malédiction de Setsuko.

 




"L'Esprit du Temps" s'imprègne à la fois d'un monde de légendes et d'histoires tragiques comme on peut en rencontrer dans la littérature japonaise, mais également de l'univers de Disney dont l'auteur se dit particulièrement fan depuis l'enfance.
Certains ont d'ailleurs rapproché cette série du dessin animé "Mulan". Un avis que je partage.
Bien que Benjamin Lacombe ait complètement changé de style visuel par la suite, on retrouve déjà dans cette série ce thème de la différence et du rapport à l'autre et son goût pour les destinées tragiques et les amours contrariées par la malédiction.
Comme une esquisse de son magnifique album "Les Amants Papillons".

Neuvième participation à la bd du mercredi chez Mango

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24 décembre 2013

Ondine - Benjamin Lacombe


Publié en 2012, "Ondine" est un conte d'origine germanique illustré par le français Benjamin Lacombe à qui l'on doit notamment "La mélodie des tuyaux", "L'Herbier des fées" , "Les Amants papillons" et tout récemment "Madame Butterfly".

Dans une chaumière située à la lisière de la Forêt Noire, la jeune Ondine mène une vie paisible auprès de ses parents adoptifs jusqu'à l'arrivée du chevalier Herr Hans de Ringstetten qui fait chavirer son coeur.
Tous deux se rapprochent l'un de l'autre mais avant qu'ils n'échangent leurs voeux, Ondine révèle à son fiancé sa véritable identité : génie des eaux, elle est "née sans conscience et sans remords" et seul l'amour d'un homme lui permet d'acquérir une âme humaine.
Ce que Hans ignore, c'est qu'une loi du peuple des ondins prévoit que si il se montre infidèle, il le paiera de sa vie...

L'histoire d'"Ondine" est bien plus complexe que le laisse paraître mon résumé mais je ne voudrais pas vous gâcher votre plaisir :)
Une histoire d'amour condamné à la fois merveilleuse et tragique comme on les aime, singulière même si on pense volontiers à Roméo et Juliette, à la Petite Sirène ou à la Belle et la Bête.
Benjamin Lacombe aime s'emparer d'histoires cruelles ponctuées d'instants joyeux et d'éléments fantastiques. Je dois dire que de toutes celles qu'il a choisi d'illustrer, celle-ci est de loin ma préférée pour ce qui est du texte.


Comme il l'avait indiqué sur son blog, son "Ondine" est librement inspirée du conte du même nom attribué à l'écrivain romantique allemand Friedrich de la Motte Fouqué. Malheureusement, aucune mention "librement inspiré/adapté de" ne figure dans l'album, ce qui donne du coup l'impression que l'histoire est entièrement de son cru. Je trouve que cela aurait quand même pu être indiqué par simple souci d'honnêteté intellectuelle...Cela avait d'ailleurs été fait pour "Blanche Neige".
Du reste, même si je préfère les personnages flamboyants des "Amants Papillons" ou de "La mélodie des tuyaux", les illustrations sont comme toujours magnifiques ! Avec des dominantes de bleu et de gris figurant l'ambiance aquatique du récit.















L'une d'entre elles m'a quand même fait tiquer...Alors qu'il est clairement question d'une relation d' amitié entre Ondine, Hans et Ursule qui vivent ensemble, Lacombe représente ces trois personnages nus et serrés l'un contre l'autre.


A moins d'avoir loupé un sous-entendu entre les lignes, je n'ai pas retrouvé d'allusion à la polygamie ou à un plan à 3 dans le texte :P Etant donné qu'il n'y a pas d'indication quant à l'âge minimum requis, je vous conseillerais quand même de feuilleter cet album avant de l'offrir à un enfant.


La mise en page est plutôt originale puisqu'elle arbore plusieurs jeux de calques qui renforcent la profondeur des images. Benjamin Lacombe avait déjà utilisé un procédé similaire dans "L'Herbier des fées", à la différence qu'il s'agissait de morceaux d'images qui superposés formaient une image plus détaillée alors qu'ici il joue plus sur la transparence.

Un album à (s')offrir ou à se faire offrir, d'autant que cette édition comprend un tirage d'art exclusif. Le mien en l'occurrence m'a été offert par Miss Choco - mon fournisseur officiel de Lacombe ^^ - que je remercie encore pour ce cadeau !

Je profite de ce billet pour vous souhaiter à tous et toutes un JOYEUX NOËL et un excellent réveillon :)

16 novembre 2013

Mon cher petit coeur - Agnès de Lestrade


En librairie depuis le 3 octobre dernier, "Mon cher petit coeur" est un album jeunesse écrit par Agnès Lestrade et illustré par Peggy Nille.

Née prématurément, Brune a toujours eu le coeur fragile. "Le grand docteur de l'hôpital blanc" lui annonce qu'elle va devoir subir une greffe.
Dans ce journal adressé à son "cher petit coeur", elle confie ses appréhensions vis-à-vis de ce nouveau coeur qu'elle va devoir apprivoiser. Battra-t-il pour Léopold, son amoureux ?

"Mon cher petit coeur,
Dans la vie, il y a des jours pâquerette et des jours hérisson. Aujourd'hui, c'est un jour hérisson, un jour qui pique qui gratte et qui coule sur les joues." p.7

Je ne lis que très rarement des albums jeunesse (principalement des Benjamin Lacombe en fait...) mais comme j'avais beaucoup aimé "La grande fabrique de mots" d'Agnès de Lestrade, j'ai eu envie de découvrir cet album-ci.
Triste à l'idée de se séparer de ce coeur hérité de ses parents, cette petite fille se pose des questions sur ce nouveau coeur dont elle sait qu'il lui viendra d'une personne décédée.

" Maman m'a expliqué qu'on allait me greffer un autre coeur. Un coeur plus fort. Le coeur de quelqu'un qui sera mort juste avant. Comment le coeur d'un mort peut-il être plus fort que toi qui es vivant ? " p.10 

"Mon cher petit coeur" est un récit tout doux qui mêle joliment poésie et sensibilité enfantine.
Destiné aux très jeunes lecteurs, il est aussi je pense un excellent support pour les parents qui veulent aborder ce sujet délicat qu'est le don d'organes ou toute autre opération.
Si j'ai été touchée par le texte, je n'ai pas vraiment été éblouie par les illustrations, pas franchement originales et qui pour moi n'ont rien apporté de plus au texte si ce n'est une contradiction (l'héroïne est décrite comme ayant les cheveux frisés. Heu...).

A lire plus qu'à voir donc :)

Je remercie Babelio de m'avoir envoyé cet album !



challenge album









14 novembre 2013

Histoires terribles - Edgar Allan Poe/Danielle Martinigol


En librairie depuis le 28 août dernier, "Histoires terribles" est une anthologie des oeuvres d'Edgar Allan Poe réalisée par l'écrivaine française Danielle Martinigol.

L'ouvrage est subdivisé en cinq parties, chacune consacrée aux influences qu'a pu exercer Poe sur les genres : policier (les enquêtes du détective Auguste Dupin), fantastique ("Metzengerstein", "Le chat noir", "William Wilson", "Le coeur révélateur", "Bérénice", "Ligeia", "Le corbeau", "La chute de la maison Usher"), SF ("Les aventures de Hans Pfaall"), satirique ("La semaine des trois dimanches", "Le mille et deuxième conte de Shéhérazade") et sur les récits d'aventures ("Les aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket" ayant influencé Jules Verne et Lovecraft).
Les différents extraits d'oeuvres sont ainsi classés selon un ordre thématique.

Grosse méprise au moment où j'ai accepté ce livre des éditions Flammarion puisque je n'avais tout simplement pas compris qu'il s'agissait d'une anthologie et non d'un recueil d'oeuvres intégrales d'Edgar Allan Poe.
Pour ma défense, sur la couverture il est indiqué "Textes présentés par Danielle Martinigol" et non "Extraits présentés par Danielle Martinigol".
Et à l'arrière "Dix-sept des plus grands textes d'Edgar Allan Poe nous entraînent au coeur des ombres".
Enfin bref, j'ai tourné la première page dudit ouvrage, ai commencé à lire et devant les extraits, spoilers et autres, je me suis dit qu'il valait sans doute mieux commencer par lire en entier les textes complets.
Ce qui explique mes récents billets sur "Le chat noir et autres nouvelles" et "Double assassinat dans la rue Morgue suivi de la Lettre volée".

Que dire de cet ouvrage ? Déjà je pense qu'il se destine vraiment aux enfants et que sa brièveté ne contentera sans doute pas un adulte.
L'auteure survole certains extraits significatifs d'oeuvres de Poe pour souligner quelques thèmes, constantes, apports de son oeuvre dans plusieurs genres.
Tout cela est vraiment loin d'être inintéressant mais les analyses sont quand même très succintes.
Une bonne introduction à l'oeuvre de Poe pour les jeunes lecteurs (mais je conseillerais quand même de lire une première fois les textes en question avant de se lancer dans cet ouvrage-ci).

Je remercie Brigitte et les éditions Flammarion de m'avoir envoyé ce livre.

challenge album



30 octobre 2013

Le chat noir et autres nouvelles - Edgar Allan Poe



"Le chat noir et autres nouvelles" rassemble 8 nouvelles écrites par l'écrivain américain Edgar Allan Poe.

"Le chat noir" ou la confession d'un homme dont la vie a basculé le jour où il a adopté Pluton.
Alors qu'il s'est établi dans un château décoré de nombreuses toiles, un homme croise "Le portrait ovale", un tableau qui recèle une terrible histoire...
En visite chez un ami ayant sombré dans la folie, un homme fera une étrange rencontre et assistera à "La chute de la maison Usher".
Fuyant un fléau qui sévit dans tout le pays, le prince Prospero se retire avec ses gens dans une abbaye fortifiée et y donne un grand bal. Un étrange convive y fait une troublante apparition, affublé du "Masque de la Mort Rouge".
Dans "Le coeur révélateur", un homme décide de supprimer un vieil homme dont l'oeil le terrorise. La police le soupçonnera-t-il ?
Les familles hongroises Metzengerstein et Berlifitzing se détestent depuis des siècles. La prophétie annonçant le triomphe de "Metzengerstein" n'arrange rien à l'affaire...
"Le puits et le pendule" : confession d'un condamné à mort rudement mis à l'épreuve...
En voyage dans le sud de la France, un homme est pris de l'envie subite de visiter un asile d'aliénés aux méthodes peu ordinaires. Il découvre ainsi "Le système du docteur Goudron et du professeur Plume".

" Il y avait des figures vraiment arabesques, absurdement équipées, incongrûment bâties; des fantaisies monstrueuses comme la folie; il y avait du beau, du licencieux, du bizarre en quantité, tant soit peu terrible, et du dégoûtant à foison.
Bref, c'était comme une multitude de rêves qui se pavanaient ça et là dans les sept salons.
Et ces rêves se contorsionnaient en tous sens, prenant la couleur des chambres; et l'on eût dit qu'ils exécutaient la musique avec leurs pieds, et que les airs étranges de l'orchestre étaient l'écho de leurs pas.
Et, de temps en temps, on entend sonner l'horloge d'ébène de la salle de velours. Et alors, pour un moment, tout s'arrête, tout se tait, excepté la voix de l'horloge. Les rêves sont glacés, paralysés dans leurs postures.
Mais les échos de la sonnerie s'évanouissent, - ils n'ont duré qu'un instant,- et à peine ont-ils fui, qu'une hilarité légère et mal contenue circule partout.
Et la musique s'enfle de nouveau, et les rêves revivent, et ils se tordent ça et là plus joyeusement que jamais, reflétant la couleur des fenêtres à travers lesquelles ruisselle le rayonnement des trépieds.
Mais, dans la chambre qui est là-bas tout à l'ouest, aucun masque n'ose maintenant s'aventurer; car la nuit avance, et une lumière plus rouge afflue à travers les carreaux couleur de sang et la noirceur des draperies funèbres est effrayante; et à l'étourdi qui met le pied sur le tapis funèbre l'horloge d'ébène envoie un carillon plus lourd, plus solennellement énergique que celui qui frappe les oreilles des masques tourbillonnant dans l'insouciance lointaine des autres salles." p.73
L'automne (et l'hiver aussi en fait) est une saison qui se prête fort bien à la (re)lecture de récits aux ambiances brumeuses et carrément flippantes.
C'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers ce recueil d' Edgar Allan Poe, considéré comme le précurseur du genre fantastique mais pas que (je vous en reparle dans mon prochain billet).
Les 8 nouvelles dont il est question ici présentent de nombreux thèmes communs : au-delà,  perversité, résurrection et apparitions surnaturelles, diabolisation de l'art et des animaux, enfermement volontaire ou non, matériel ou mental.
Les décors et les lieux choisis par Poe (cave, manoir, asile, prison, château isolé ou maison à l'abandon) et le parti de situer ses histoires principalement la nuit participent au caractère sombre de chacune.
Sans compter que l'auteur excelle dans l'art de ces menus détails qu'on n'oublie pas de sitôt...
La narration à la première personne sous forme de confession ou par un témoin saisi d'effroi implique d'autant plus le lecteur dans ces récits de l'étrange qui le laisseront un peu paranoïaque (dans mon cas du moins).
Un régal que ce recueil, contrairement à ses nouvelles policières que je n'ai pas trop appréciées et dont je vous parlerai dans mon prochain billet.

Notez que la collection Folio Junior destine ce recueil à un jeune public dès 11 ans. N'ayant pas d'enfants, je ne suis pas très bien placée pour déterminer des limites d'âge en matière de lecture.
Mais il me semble que 11 ans est un âge un peu jeune pour découvrir certaines de ces nouvelles.

http://www.milleetunefrasques.fr/challenge-classiques-la-page/



8 octobre 2013

Soldat Peaceful - Michael Morpurgo






Publié en Angleterre en 2003 et traduit en français l'année suivante, "Soldat Peaceful" est un roman jeunesse de l'écrivain britannique Michael Morpurgo, notamment auteur de "Cheval de guerre" (adapté par Spielberg en 2011), "Le Royaume de Kensuké" ou encore de "Monsieur Personne".

Comme le suggère la (jolie) couverture, "Soldat Peaceful" se présente sous la forme d'un journal tenu par le jeune Thomas - dit Tommo - Peaceful. Il y consigne ses dernières heures à la manière d'un compte à rebours, alternant présent et souvenirs d'enfance.
Après la mort de son père des suites d'un accident dont il fut témoin, Tommo a grandi auprès de sa mère, de sa tante (surnommée Grand-Mère Loup en raison de sa méchanceté) et de ses deux frères, Big Joe et Charlie.
Tommo et Charlie veillent l'un sur l'autre, protègent leur frère Big Joe né "différent" et partagent une profonde amitié pour Molly. Une jeunesse insouciante - même si pas dénuée de drames - à laquelle la première guerre mondiale mettra brutalement fin.
Tommo - pourtant trop jeune que pour s'enrôler - choisit d'accompagner Charlie au front...

Lorsque Ys a lancé son rendez-vous d'anniversaires d'auteurs, j'y ai vu l'occasion idéale pour sortir ce roman resté trop longtemps dans ma PAL.
Certes, je suis en retard puisque Michael Morpurgo a fêté ses 70 ans le 5 octobre dernier (après tout, c'est l'intention qui compte hein).
Comme déjà expliqué, je ressens toujours une certaine appréhension lorsque j'ouvre un roman estampillé jeunesse : peur d'une histoire trop gnangnan, de personnages manichéens, d'un style infantilisant qui me donne l'impression d'être plus bête que je ne le suis.
Rien de tout cela ici heureusement.
J'ai aimé la construction de ce roman qui met en balance les joies simples de l'enfance et la dureté de la guerre et qui recourt aux figures d'autorité (professeur, Colonel, tante, supérieur dans l'armée) pour encourager la solidarité. La chanson "Oranges et Citrons", véritable bande-son du livre, semble tisser un fil entre ces deux univers.
Ce roman défend de nobles valeurs : tolérance et respect de l'autre et de la différence, importance de la famille et de l'amitié, respect de la nature, réaction face à l'injustice.
"Soldat Peaceful" ne m'a pas éblouie par son style (il n'y a rien à faire, j'ai besoin d'un discours adulte à méditer) mais il m'a beaucoup plu par les messages et les belles émotions qu'il véhicule, sans en faire trop.
Et parce que lorsque l'on songe bien volontiers aux soldats morts sur le champ de bataille à cause d'un tir de baillonnette, d'un gaz mortel ou d'un éclat d'obus, il nous rappelle un aspect de la guerre qu'on aurait tendance à oublier.

Une belle lecture en somme !

D'autres avis : Ys - Theoma - Sandrine - Karine

Prochain rendez-vous anniversaire le 5 novembre avec Joyce Maynard (yes !)



10 juillet 2013

1001 activités autour du livre - Philippe Brasseur



Initialement publié en 2003, réédité en 2007 et à nouveau cette année, "1001 activités autour du livre" est un ouvrage réalisé par l'écrivain et illustrateur belge Philippe Brasseur.

L'an dernier, je vous avais parlé de "Je fabrique mes livres", un ouvrage destiné à initier les enfants à la confection de leurs propres livres. La démarche de "1001 activités autour du livre" est un peu différente puisqu'il est ici question d'envie et d'amour de la lecture.
Comment insuffler le goût de lire à de jeunes lecteurs entre 2 et 8 ans ?
On sait combien l'objet livre peut parfois sembler rigide, ennuyeux voire intimidant. Loin des manuels scolaires et autres traités d'éducation, Philippe Brasseur a pour ambition d'associer le livre à une source de plaisirs pour l'enfant.

De quelle façon ? En lui faisant découvrir que la lecture ne se limite pas à déchiffrer les phrases d'un texte. Le livre est ici envisagé comme un point de départ vers d'autres univers.
Quoi de mieux pour stimuler l'envie de lire que de commencer par créer une ambiance propice à l'évasion et à l'imaginaire ? Par exemple, en aménageant un espace dédié qui rendraient les livres plus attrayants et à portée de main.

Dans le second chapitre, l'auteur nous apprend comment instaurer un "rendez-vous lecture" avec l'enfant, comment trouver le "bon livre" (attention, ce sont des conseils, il n'y a pas de liste de titres), comment faire la lecture en groupe ou encore la façon dont le conteur peut jouer avec sa voix, son corps et l'espace pour susciter l'intérêt de son jeune public.

L'objet livre suffit à lui seul à inspirer de nombreuses activités créatives jouant avec les images comme avec les mots : bricolages, dessins, abécédaires, jeux de cartes, mots croisés,...
Il est également possible d'inventer de nouvelles histoires au départ de livres existants : en (ré)écrivant la fin, en inventant une nouvelle histoire à partir d'une ou plusieurs images, d'une couverture ou en revisitant un conte traditionnel.

Le dernier chapitre est consacré à la mise en scène d'un livre.Vous apprendrez ainsi à réaliser un kamishebaï (théâtre d'images japonais) et trouverez des idées pour réaliser des marionnettes, un ballet, un poème musical ou encore une pièce de théâtre.

En annexe, des liens internet utiles renvoyant vers des sites d'associations, de salons du livre, bibliothèques, revues spécialisées et centres de formation (attention ces liens sont limités à la France).
Une bibliographie renvoie à une sélection d'ouvrages dédiés à l'univers de la littérature jeunesse.
 
Ce que j'ai vraiment apprécié dans cet ouvrage, c'est que l'objet livre est ici sorti de son cadre scolaire, qu'il peut être rendu vivant, animé et abordé de nombreuses façons différentes.
Qu'il est source de créativité, d'évasion, d'inspiration.
Peu importe le livre puisque "1001 activités autour du livre" offre des suggestions, tout au plus quelques pistes, déclinables à tous types de support écrit.
Divisé en 9 chapitres, l'ouvrage se défend d'une mise en page colorée et très aérée ainsi que de sympathiques illustrations de l'auteur (qui ne sont pas sans rappeler les dessins de Quentin Blake, illustrateur des contes de Roald Dahl en édition Folio).



Un ouvrage harmonieux et rempli de bonnes idées, une mine d'or que je ne peux que conseiller à toute personne désireuse de partager le goût de la lecture avec un jeune enfant.

Merci à Brigitte et aux éditions  de m'avoir envoyé ce livre !



L'avis de George 

Plus d'infos sur http://activitesautourdulivre.blogspot.fr

30 mars 2013

Coup de gigot et autres histoires à faire peur - Roald Dahl


"Coup de gigot et autres histoires à faire peur" est composé de 4 nouvelles publiées entre 1954 et 1960 et rédigées par l'écrivain britannique Roald Dahl, notamment auteur de "Charlie et la chocolaterie", "Charlie et le grand ascenseur de verre", "Matilda" ou encore de "Sacrées Sorcières".
Ces 4 nouvelles se retrouvent également dans le recueil "Kiss Kiss".

Dans "Coup de gigot", Mary Maloney attend patiemment le retour de son époux à la maison. A son arrivée, elle lui prépare un verre de whisky comme à son habitude. Mais cette fois, son mari l'avale d'une traite, s'en sert immédiatement un second avant de lui annoncer qu'il la quitte.
Sous le choc, Mary lui assène un coup violent à l'aide du gigot d'agneau congelé qui devait servir au repas.
Reste à savoir maintenant comment se débarrasser de l'arme du crime...
"Tous les chemins mènent au ciel" et c'est le moins que l'on puisse dire...Mme Foster vit depuis des années avec la peur d'arriver en retard et de manquer son avion.
Lorsqu'elle décide de rendre visite à sa fille à Paris, son mari n'y met pas vraiment du sien pour respecter le timing. Contre toute attente, Mme Foster est bien décidée à ne pas louper son vol et plante son mari à la maison.
Le jeune Billy Weaver débarque à Bath par le train et se laisse tenter par une charmante pension proposant des chambres à prix modique. "La logeuse" se montre d'une extrême amabilité et lui annonce qu'ils sont les deux seuls occupants de la maisonnée.
Au moment de signer le livre d'or, le jeune homme y découvre deux autres noms qui lui semblent étrangement familiers...
C'est à une bien curieuse expérience que vont se livrer "William et Mary" ! A la mort de son mari, Mary hérite de tous ses biens ainsi que d'une longue lettre posthume.
William lui décrit sa rencontre avec le neurochirurgien John Landy et lui détaille sa curieuse proposition : maintenir le cerveau de l'homme en vie après sa mort...

Si Roald Dahl est surtout célèbre pour ses histoires pour enfants, il compte également dans sa bibliographie une série de nouvelles plus destinées aux adultes.
Si cet ouvrage-ci figure dans la collection Folio Junior, je vous conseillerais néanmoins de ne pas l'offrir à un enfant de moins de 12 ans.
Il est tout de même question-ci de revanche féminine et de meurtre ! J'ai beaucoup aimé l'humour noir de l'auteur et sa facilité à passer en quelques mots d'un cadre bon enfant à une ambiance macabre.
Les personnages principaux féminins présents dans chacune de ses nouvelles semblent tous si inoffensifs au départ. Mais dès l'instant où la contrariété cède la place à la soif de vengeance, le ton se fait plus sournois et un rictus ou un simple petit mouvement oculaire trahit rapidement la suite des événements.
Un très bon moment de lecture !



28 août 2012

Je fabrique des livres - N.Palmaerts et M.Paruit


En librairie dès le 5 septembre, "Je fabrique mes livres" est un album jeunesse signé par Nadine Palmaerts et l'illustratrice Marie Paruit.

Comme le laisse deviner le titre, "Je fabrique mes livres" propose aux enfants dès l'âge de 3 ans de confectionner leurs propres livres à l'aide d'un matériel simple mais surtout, et c'est bien ce qui a retenu mon attention dans cet ouvrage, grâce à leur imagination.
Attention tout de même à rester près de votre enfant lorsque celui-ci manipule des ciseaux ou une aiguille...
Après avoir découvert dans l'introduction les différentes parties composant un livre (page de garde, couverture, tranches,...) et son processus de fabrication, l'enfant peut rapidement reproduire ce qu'il a appris au travers d'exercices manuels (signalés par une petite main rouge).
Beaucoup d'idées sont proposées : le livre de ma semaine (qui se rapproche du journal intime ou cahier secret) qui permet de raconter les événements importants des 7 derniers jours; le livre d'une couleur, une façon ludique d'apprendre à l'enfant à fixer et distinguer les différentes teintes de l'arc-en-ciel; ou encore les livres "j'aime" et "collages à gogo" qui mélangent photos, dessins et découpages, une sorte d'initiation au scrapbooking que l'enfant peut très bien entreprendre à côté de ses parents pendant que ceux-ci remanient les photos des dernières vacances.
Le livre "Ce jour-là, à cet endroit" qui allie dessin et éléments puisés dans la nature m'a fait penser à une version remaniée du traditionnel herbier, plus originale puisque c'est bien l'enfant qui choisit ce qu'il veut y voir apparaître et comment il souhaite agencer ses trouvailles.


Plus on avance dans l'ouvrage, plus les livres proposés en appellent à plus de dextérité. Livre à histoires, pop-up, livre accordéon ou éventail, il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les âges !
Au delà des différents canevas proposés par une petite mascotte sympathique, aucun contenu n'est "imposé", l'enfant pouvant suivre les suggestions proposées ou se laisser aller à imaginer toutes sortes de livres au gré de ses envies et de sa créativité. La création de livres permet également de faire travailler la mémoire (grâce au "livre de ma semaine" par exemple) ou encore de créer des carnets à thèmes pour l'initier aux couleurs, aux animaux ou pourquoi pas à l'élaboration d'un arbre généalogique ludique ?


En attendant de pouvoir le tester sur un petit loup, je conserverai précieusement ce petit album coloré et malin pour le jour où j'aurai des enfants. Je suis certaine que j'y trouverai de bonnes idées à piocher !


MERCI aux éditions de m'avoir offert ce livre !



27 août 2012

Mon amie, Sophie Scholl - Paule du Bouchet


Publié en 2009, "Mon amie, Sophie Scholl" est un roman de l'écrivaine française Paule du Bouchet, également auteure du "Journal d'Adèle".

Durant quelques mois de l'année 1943, Elisa rédige un journal dans lequel elle évoque à rebours la montée en puissance du régime nazi, la disparition de son oncle et de son fiancé juif, l'engagement de son frère, de sa meilleure amie Sophie et de cette bande d'amis qui, ayant rejoint La Rose Blanche, distribuent des tracts attestant de leur opposition au pouvoir en place.
Le 18 février 1943, Sophie et son frère Hans sont arrêtés et interrogés par la Gestapo pour être finalement guillotinés quelques jours plus tard.

" C'est cela, la guerre. Nous disparaissons les uns pour les autres. Et c'est peut-être cela, vivre : faire des efforts de tous les instants pour ne pas disparaître. Se souvenir.
(...) La guerre, c'est aussi avoir conscience de certaines choses beaucoup trop jeune." p.36

Autour de la figure de Sophie Scholl, véritable héroïne de la résistance hitlérienne, l'auteure a imaginé le personnage d'Elisa, une jeune femme qui à l'inverse de Sophie et de leurs camarades de la Rose Blanche ne se sent pas l'âme d'une révolutionnaire, trop effrayée à l'idée de prendre des risques inconsidérés au nom de la liberté.
Toutes les nuits, alors qu'elle attend et s'inquiète pour ses amis partis distribuer des tracts au péril de leurs vies, elle retrace dans son journal la progression insidieuse d'Hitler, figure admirée puis redoutée lorsque surviennent les premières interdictions à l'égard des juifs, la synagogue incendiée, les vitrines brisées lors de la Nuit de Cristal, les arrestations massives, les déportations, la mystérieuse disparition de son oncle et le départ forcé de Leo, son premier amour.
Bien sûr, Elisa a bien conscience de ce qui se passe. Mais les choses s'arrêtent là, malgré la culpabilité éprouvée. Peu vaillante et défaitiste, elle fait partie de ces citoyens allemands qui, mus par un instinct de survie, ont préféré rester dans l'ombre, s'abstenant de se compromettre en adhérant ou en s'opposant au régime nazi.

Allez savoir pourquoi, alors qu'était rendu il y a quelques jours le jugement à l'égard de 3 membres des Pussy Riot, j'ai subitement voulu sortir ce roman de ma PAL...
Le point de vue envisagé par l'auteure par le biais du journal de sa narratrice est plutôt original tant il est rare me semble-t-il de donner la parole à cette partie de la population allemande qui en ayant pleine conscience de ce qui se jouait dans son pays, a choisi...de ne pas choisir.
Si Elisa ne participe pas activement aux actions menées par ses amis, il existe toutefois entre elle et eux une franche amitié, une solidarité de coeur qui tient une grande place tout au long du roman.
S'agissant des horreurs que l'on connaît, l'auteure a pris soin de ne pas trop rentrer les détails, privilégiant surtout l'esprit de camaraderie et la défense des idéaux anti-nazis au travers d'un récit fait de phrases courtes au vocabulaire relativement peu élaboré.
Un roman que je recommanderais donc plutôt aux jeunes lecteurs qu'aux adultes qui, habitués à bien pire sur le sujet, risqueraient comme moi de le trouver un peu trop édulcoré.

11 décembre 2011

L'oeil du témoin - Carole Martinez


Réédité cette année, "L'oeil du témoin" - déjà publié en 1998 sous le titre "Le cri du livre" - est un roman jeunesse de l'écrivaine française Carole Martinez, également auteure du roman "Le coeur cousu" et plus récemment de "Du domaine des murmures".

Privé de colonies de vacances avec ses camarades, Noé s'apprête à passer tout l'été enfermé dans sa chambre.
Alors qu'à travers son télescope, il suit des yeux le départ du car, son attention est détournée par l'apparition d'une belle jeune fille aux grands yeux bleu qu'il baptise instantanément Vague.
Leurs regards se croisent jusqu'au moment où Marguerite, la bibliothécaire du village, apparaît dans leur champ de vision.
Quel est cet homme qui la poursuit et pose ses mains autour de son cou jusqu'à l'étrangler ?
Alors que tout le village sonne l'alerte, les deux jeunes témoins décident de mener l'enquête...

Je lis peu de romans jeunesse car j'ai bien souvent l'impression de ne plus y trouver mon compte.
Or il s'est passé quelque chose de merveilleux avec ce livre puisqu'il n'a ni plus ni moins réussi à me faire retomber en enfance.
Je me suis rapidement attachée à ces deux héros adolescents avides de justice, matures et plein de jugeotte !
Mais ce n'est pas tout. Dans ce petit village de Rochesson dont la moyenne d'âge avoisine les 80 ans, on compte quelques fortes têtes parmi le troisième âge comme la grand-mère de Noé qui n'hésite pas à lui prêter main forte malgré le danger et en profite même pour militer et créer un "Cercle de la nouvelle jeunesse".
A travers ce roman, Carole Martinez réconcilie petits-enfants et grands-parents, gomme le fossé inter-générationnel pour nous rappeler que les jeunes sont capables d'entraide et que les vieilles personnes peuvent encore avoir de l'esprit et de l'humour à revendre.
Last but not least. Au coeur de cette enquête à l'ambiance "Club des 5", le livre et les auteurs classiques possèdent une place de choix en ce qu'ils participent à leur façon à la découverte du coupable.
Le style m'a semblé très juste. Qu'il s'agisse de décrire les émois adolescents ou d'évoquer le déroulement de l'enquête, l'écriture fluide sans pour autant être infantilisante m'a semblé adaptée au jeune public comme à l'adulte.
De quoi réconcilier certains adolescents avec la lecture ou, comme ce fut mon cas, ramener certains adultes quelques années en arrière :)

MERCI aux éditions Rageot et à Babelio de m'avoir offert ce livre dans le cadre de son opération Masse Critique jeunesse !

4 décembre 2011

L'Herbier des fées - Benjamin Lacombe et Sébastien Perez

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Le nouveau bijou de Benjamin Lacombe est sorti ! Je vous avais déjà parlé des albums "Les Amants Papillons" et "La mélodie des tuyaux" .
Lorsque j'ai reçu cet album hier soir pour mon anniversaire et que j'ai commencé à le feuilleter au restaurant, je me suis dit que je m'y plongerais dès le lendemain. Et nous y voilà :)

"Ceux qui rêvent de jour ont conscience de bien des choses qui échappent à ceux qui rêvent seulement de nuit."

C'est sur cette phrase tirée des "Histoires extraordinaires" d'Edgar Allan Poe - dont l'influence se ressent à travers tout le travail de l'illustrateur - que s'ouvre "L'Herbier des fées", magnifique album qui, dès les premières pages, plonge le lecteur au coeur d'un rêve éveillé.













Herboriste travaillant pour le compte du Cabinet des sciences occultes de Raspoutine, Aleksandr Bogdanovitch ambitionne de créer un élixir d'immortalité.
Il décide de se rendre dans la forêt de Brocéliande pour y développer ses recherches, notamment sur la grande gentiane, plante réputée pour redonner vigueur et jeunesse et la pilularia animans qui offre des propriétés thérapeutiques miraculeuses.
Au fil de ses recherches, le scientifique découvre que les plantes étudiées cachent en leur sein de petits êtres vertébrés qui présentent des caractéristiques communes aux êtres humains.
Se pourrait-il que les légendes soient vraies ? Que les fées existent bel et bien au-delà de notre imagination ?
Pris de fascination comme d'affection pour ces créatures extraordinaires qu'il s'est juré de protéger, Aleksander refuse désormais de rentrer chez lui malgré les instances de sa femme et entreprend de dissimuler au Tsar le fruit de ses découvertes.



Journal de bord d'Aleksander, "L'Herbier des fées" laisse entrevoir bon nombre de notes de terrain, de croquis, de correspondances échangées avec femme et confrère ainsi que des articles de presse attestant de l'étrange disparition du scientifique.
Une nouvelle fois, la magie a opéré ! J'ai été subjuguée par le grand soin apporté dans les illustrations (ah ces couleurs !) comme dans les descriptions précises qui les accompagnent.
J'ai aimé découvrir ce monde merveilleux à travers les représentations d'Aleksander dont l'oeil scientifique cède peu à peu la place à l'émerveillement d'un homme tout absorbé par un nouvel environnement devant lequel il s'incline.

" J'ai été touché par leur regard lorsque je les ai approchés. Aujourd'hui, mes mains tremblaient tant que j'ai lâché le tube. A l'instant même où il s'est brisé au sol, tous mes spécimens se sont volatilisés de façon incompréhensible, y compris celui épinglé.
Faut-il briser une chose pour apprendre ce qu'elle est ? Ai-je quitté les chemins de la raison ? "

Véritable ode à la nature, résultat d'une confondante symbiose entre règnes animal et végétal, "L'Herbier des fées" véhicule un noble message invitant tout un chacun à s'étonner sans cesse et à remettre en cause son savoir avec humilité, à préserver et à respecter son environnement comme tous les êtres qui l'habitent.

" La vie ici réserve des surprises d'une beauté indescriptible. N'en déplaise à mon ami l'agronome Ivan Vladimirovitch Mitchourine, qui prétend que nous ne pouvons attendre des bienfaits de la nature et que notre devoir est de les lui arracher.
Moi, je sais maintenant que toutes nos connaissances passées, présentes et à venir ne sont rien au regard de ce que nous ne saurons jamais."

A offrir (à soi-même pour commencer ^^) !

"L'Herbier des fées" est également disponible dans un alléchant format numérique interactif !



Plus d'infos sur le site dédié.