
"La Vie d'une autre" est le second roman de la française Frédérique Deghelt, publié en 2007.
Le récit s'ouvre sur le réveil de Marie qui, pensant avoir rencontré Pablo la veille, se rend compte qu'elle est en fait mariée avec lui depuis 12 ans et qu'ils ont 3 enfants...
Marie n'a en effet plus 25 ans mais 37. Que s'est-il passé durant ces douze années et pourquoi la jeune femme n'en a-t-elle gardé aucun souvenir?
"La Vie d'une autre" est un roman qui m'intéressait en raison de la quête identitaire que j'imaginais fatalement découler de l'amnésie de Marie.
Ce roman est l'histoire d'un huis clos mettant en présence une femme de 25 ans et son aînée de 12 ans. Marie va devoir enquêter sur son ancienne vie pour comprendre qui elle est, ou plutôt quel genre de femme elle est devenue.
" Je me sens larguée. J'ai vingt-cinq ans d'autrefois, et je n'ai même pas 37 ans d'aujourd'hui. L'impression est terrifiante; je ne suis ni jeune ni vieille, j'appartiens à un autre temps, celui du non-vécu..." p.170
"Je suis temporairement disparue. Le temps est devenu une surface plane où poser le présent. Point. Même mon passé plus lointain est dans le présent, puisqu'il est pour moi tout proche. " p.245
Autour d'elle gravitent un mari, des enfants, des amis tous plus attentionnés les uns que les autres. Tout indique que Marie semblait avoir une vie parfaite avant de se réveiller 12 ans plus tôt.
Et pourtant certaines ombres obscurcissent ce tableau idyllique. Vierge de tout souvenir, il est des regards et des silences que Marie ne s'explique pas.
Durant 10 semaines, Marie vivra la vie de cette autre femme. Sans failles, elle s'approprie son quotidien et découvre un mari, des enfants et, peu à peu, les raisons qui pourraient expliquer son amnésie.
Pour ce qui est des points négatifs, je dirais que certains questionnements et monologues intérieurs m'ont semblé un peu trop longs et j'ai même trouvé que certains passages faisaient stagner "l'intrigue" comme pour maintenir le lecteur dans cette attente du fin mot de l'histoire.
La mise en page fut également un handicap à la lecture selon moi. Tous ces dialogues entassés sans report à la ligne ont maintes fois failli semer la confusion entre le passé et le présent ainsi qu'entre les différents intervenants.
Peut-être y avait-il une raison particulière à ce choix mais je constate que cela m'a fatiguée durant ma lecture.
Concernant l'histoire à proprement parler, j'ai tout de même été interloquée par la fin un peu trop facile selon moi car jusqu'au bout, j'aurai eu l'impression que le personnage de Marie aura fait tout le chemin toute seule (d'où ce sentiment de huis-clos qui ne m'a pas quitté au fil des pages) en mâchant tout le travail à un mari passif et inconsistant qui finalement se contentera de rebondir sur ses enseignements à elle...
Il me semble tout de même qu'il faille être deux dans un couple pour que cela fonctionne.
Cela dit, je ne peux réellement reprocher à l'auteure ce dernier point car il s'agit avant tout d'une différence de vue avec son personnage comme cela m'arrive souvent dans mes lectures.
Du côté des points positifs, j'ai beaucoup aimé l'écriture lisse de l'auteure, cette façon de nous faire entrer simplement dans la vie intérieure et la solitude de Marie qui, bien que très entourée, ne parvient que très peu à se confier et ne bénéficie pas vraiment de l'aide de quelqu'un (même de son ami psy). Le cheminement décrit dans ce roman est avant tout intérieur et j'ai trouvé que tout cela était très bien rendu dans le récit (un peu trop même, d'où les quelques longueurs pointées ici et là).
J'ai également apprécié le rôle cathartique donné par l'auteure au théâtre et à l'écriture dans la progression de la compréhension de Marie ainsi que cet extrait en particulier :
" Ecrire est un risque d'être lue et donc découverte. Ecrire est une tentation de se relire et de se découvrir : toutes les mauvaises raisons sont au rendez-vous pour repousser l'instant du recul donné par le texte. Alors je garde, je brasse mes pensées, mes peines, mes doutes.
J'attends une impulsion assez forte pour déclencher l'écriture. " p.134
En faisant le point sur cette lecture, je me rends compte que mon avis est plutôt mitigé.
Néanmoins, si l'on fait abstraction de l'absence de marquage des dialogues dans le texte, j'avoue avoir été conquise par l'essentiel à savoir la plume de l'auteure.
" La grand-mère de Jade" est d'ailleurs prévue pour bientôt !
D'autres avis : Clara - Zarline - Manu - Abeille - Canel - Mango - Tiphanie - Celsmoon - Liliba
"La Vie d'une autre" était une lecture commune initialement prévue pour le 25/2 mais à laquelle, faute de temps, je n'ai pas pu participer. J'ai donc improvisé une séance de rattrapage avec Choco :)
Pour découvrir le premier chapitre du livre, cliquez ici
Un grand MERCI à Babelio et aux éditions
de m'avoir offert ce livre!








