3 mars 2010

La Vie d'une autre - Frédérique Deghelt


"La Vie d'une autre" est le second roman de la française Frédérique Deghelt, publié en 2007.
Le récit s'ouvre sur le réveil de Marie qui, pensant avoir rencontré Pablo la veille, se rend compte qu'elle est en fait mariée avec lui depuis 12 ans et qu'ils ont 3 enfants...
Marie n'a en effet plus 25 ans mais 37. Que s'est-il passé durant ces douze années et pourquoi la jeune femme n'en a-t-elle gardé aucun souvenir?

"La Vie d'une autre" est un roman qui m'intéressait en raison de la quête identitaire que j'imaginais fatalement découler de l'amnésie de Marie.
Ce roman est l'histoire d'un huis clos mettant en présence une femme de 25 ans et son aînée de 12 ans. Marie va devoir enquêter sur son ancienne vie pour comprendre qui elle est, ou plutôt quel genre de femme elle est devenue.

" Je me sens larguée. J'ai vingt-cinq ans d'autrefois, et je n'ai même pas 37 ans d'aujourd'hui. L'impression est terrifiante; je ne suis ni jeune ni vieille, j'appartiens à un autre temps, celui du non-vécu..." p.170

"
Je suis temporairement disparue. Le temps est devenu une surface plane où poser le présent. Point. Même mon passé plus lointain est dans le présent, puisqu'il est pour moi tout proche. " p.245

Autour d'elle gravitent un mari, des enfants, des amis tous plus attentionnés les uns que les autres. Tout indique que Marie semblait avoir une vie parfaite avant de se réveiller 12 ans plus tôt.
Et pourtant certaines ombres obscurcissent ce tableau idyllique. Vierge de tout souvenir, il est des regards et des silences que Marie ne s'explique pas.
Durant 10 semaines, Marie vivra la vie de cette autre femme. Sans failles, elle s'approprie son quotidien et découvre un mari, des enfants et, peu à peu, les raisons qui pourraient expliquer son amnésie.

Pour ce qui est des points négatifs, je dirais que certains questionnements et monologues intérieurs m'ont semblé un peu trop longs et j'ai même trouvé que certains passages faisaient stagner "l'intrigue" comme pour maintenir le lecteur dans cette attente du fin mot de l'histoire.
La mise en page fut également un handicap à la lecture selon moi. Tous ces dialogues entassés sans report à la ligne ont maintes fois failli semer la confusion entre le passé et le présent ainsi qu'entre les différents intervenants.
Peut-être y avait-il une raison particulière à ce choix mais je constate que cela m'a fatiguée durant ma lecture.
Concernant l'histoire à proprement parler, j'ai tout de même été interloquée par la fin un peu trop facile selon moi car jusqu'au bout, j'aurai eu l'impression que le personnage de Marie aura fait tout le chemin toute seule (d'où ce sentiment de huis-clos qui ne m'a pas quitté au fil des pages) en mâchant tout le travail à un mari passif et inconsistant qui finalement se contentera de rebondir sur ses enseignements à elle...
Il me semble tout de même qu'il faille être deux dans un couple pour que cela fonctionne.
Cela dit, je ne peux réellement reprocher à l'auteure ce dernier point car il s'agit avant tout d'une différence de vue avec son personnage comme cela m'arrive souvent dans mes lectures.

Du côté des points positifs, j'ai beaucoup aimé l'écriture lisse de l'auteure, cette façon de nous faire entrer simplement dans la vie intérieure et la solitude de Marie qui, bien que très entourée, ne parvient que très peu à se confier et ne bénéficie pas vraiment de l'aide de quelqu'un (même de son ami psy). Le cheminement décrit dans ce roman est avant tout intérieur et j'ai trouvé que tout cela était très bien rendu dans le récit (un peu trop même, d'où les quelques longueurs pointées ici et là).
J'ai également apprécié le rôle cathartique donné par l'auteure au théâtre et à l'écriture dans la progression de la compréhension de Marie ainsi que cet extrait en particulier :

" Ecrire est un risque d'être lue et donc découverte. Ecrire est une tentation de se relire et de se découvrir : toutes les mauvaises raisons sont au rendez-vous pour repousser l'instant du recul donné par le texte. Alors je garde, je brasse mes pensées, mes peines, mes doutes.
J'attends une impulsion assez forte pour déclencher l'écriture. " p.134

En faisant le point sur cette lecture, je me rends compte que mon avis est plutôt mitigé.
Néanmoins, si l'on fait abstraction de l'absence de marquage des dialogues dans le texte, j'avoue avoir été conquise par l'essentiel à savoir la plume de l'auteure.
" La grand-mère de Jade" est d'ailleurs prévue pour bientôt !

D'autres avis : Clara - Zarline - Manu - Abeille - Canel - Mango - Tiphanie - Celsmoon - Liliba

"La Vie d'une autre" était une lecture commune initialement prévue pour le 25/2 mais à laquelle, faute de temps, je n'ai pas pu participer. J'ai donc improvisé une séance de rattrapage avec Choco :)

Pour découvrir le premier chapitre du livre, cliquez ici

Un grand MERCI à Babelio et aux éditions de m'avoir offert ce livre!

1 mars 2010

Les nourritures terrestres - André Gide


"Les nourritures terrestres" est un texte publié en 1897 et signé André Gide, auteur français célèbre pour "La porte étroite", "Les faux-monnayeurs" ou encore "L'immoraliste".
Il ne s'agit pas d'un roman, plutôt d'un bréviaire de vie composé de plusieurs livres, eux-mêmes constitués de poésies, de fragments de journal intime, de récits de voyages et de notes destinées à nous faire partager le rapport de l'auteur à la nature, à nous faire contempler chaque petite chose du quotidien, à nous faire apprécier la vie tout simplement.

Quand Tiphanie m'a proposée cette lecture commune, je n'ai pas hésité une seconde. Gide est un auteur qui m'avait éblouie il y a 10 ans avec "La porte étroite" et je brûlais d'envie de savoir ce qui se cachait derrière ses "Nourritures terrestres" dont j'avais si souvent entendu parler et dont certains extraits sont si connus ("Familles je vous hais! foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur" p.69).
Ce n'est qu'en sortant mon exemplaire de ma bibliothèque qu'une hésitation m'est venue. Il faut dire que le livre a sacrément jauni avec le temps et que les pages commencent à se détacher.
Une édition de 1981, du temps où les prénoms des auteurs n'étaient pas encore mentionnés sur les couvertures. J'avais oublié que j'avais trouvé ma relique chez un bouquiniste il y a quelques temps déjà et qu'un mot noté sur la première page m'avait fait sourire.
" Agir avec ses faiblesses? Hésiter avec ses vertus? Ménalque nous apprend à agir avec vertu. J'aimerais tellement qu'il te convainque! 21-8-82. Ludovic."
Apparemment, la personne à laquelle se destinait le livre n'a pas apprécié ou n'a du moins pas jugé nécessaire de le garder comme ce fut aussi le cas pour un titre de Beigbeder également acheté d'occasion et dans lequel j'avais trouvé en guise de marque-page une photo représentant deux jeunes femmes en bikini (choix qui, compte tenu de l'intérêt prononcé porté par l'auteur aux femmes, m'avait bien fait rire).
A moins que cet homme ou cette femme n'ait simplement suivi les conseils de l'auteur?

" Jette mon livre; dis-toi bien que ce n'est là qu'une des mille postures possibles en face de la vie. Cherche la tienne. Ce qu'un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu'un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas, _ aussi bien écrit que toi, ne l'écris pas. Ne t'attache en toi qu'à ce que tu sens qui n'est nulle part ailleurs qu'en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah! le plus irremplaçable des êtres." p.163
J'avais à peine commencé ma lecture que déjà je me demandais dans quoi je m'embarquais exactement tant la première impression qui m'anima fut celle d'un texte décousu, voire d'une oeuvre fourre-tout.
D'un texte je passais à une poésie puis à une succession de récits de voyage, tantôt datés tantôt pas, pour en revenir à des notes plus intimes ponctuées de phrases qui font mouche.
Le fil conducteur ne se trouvait ni dans la structure ni dans l'enchaînement des idées mais plutôt dans l'illustration du principe dont Gide se fait l'ardent défenseur, l'expérimentation.
A la manière d'un vieux sage, l'auteur nous dispense ses vérités mais se garde bien de les qualifier d'universelles. Au contraire, il encourage chacun de nous à trouver sa vérité, à profiter de ce que la vie a à lui offrir, à maintenir sa pensée toujours en mouvement.
"Les nourritures terrestres" est un texte que je n'ai pas trouvé des plus accessibles (généralement quand je dis ça, ça se traduit par "je ne suis pas certaine d'avoir tout compris"...) mais dont j'ai apprécié les passages plus philosophiques que poétiques qui sont autant de citations à picorer, à méditer et à relire !

" Il y a d'étranges possibilités dans chaque homme. Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n'y projetait déjà une histoire. Mais, hélas! un unique passé propose un unique avenir - le projette devant nous, comme un point infini sur l'espace. " p. 24

" Regarde le soir comme si le jour y devait mourir; et le matin comme si toute chose y naissait. Que ta vision soit à chaque instant nouvelle. Le sage est celui qui s'étonne de tout. " p.30

" Le rêve de demain est une joie, mais la joie de demain en est une autre, et rien heureusement ne ressemble au rêve qu'on s'en était fait, car c'est différemment que vaut chaque chose." p.39

" Ah! jeunesse _ l'homme ne la possède qu'un temps et le reste du temps la rappelle." p.153

" Du jour où je parvins à me persuader que je n'avais pas besoin d'être heureux, commença d'habiter en moi le bonheur; oui, du jour où je me persuadai que je n'avais besoin de rien pour être heureux. Il semblait, après avoir donné le coup de pioche à l'égoïsme, que j'avais fait jaillir aussitôt de mon coeur une telle abondance de joie que j'en pusse abreuver tous les autres.
Je compris que le meilleur enseignement est d'exemple. J'assumai mon bonheur comme une vocation." p.176

Un autre avis : Calepin

" Les nourritures terrestres " était une lecture commune avec Tiphanie dont j'ai hâte de connaître les impressions de lecture !

Swapocontes

Il était (une fois comme on dit chez nous) une petite blogueuse qui n'avait ja-ja-jamais participé à un swap. Ce n'était pourtant pas les propositions qui manquaient sur la blogosphère mais la miss avait toujours peur d'être déçue ou de décevoir et craignait, la Poste étant ce qu'elle est, que l'un ou l'autre colis se perde en chemin ou ne parvienne dans un état de décomposition avancée.
C'est alors que la fée Emmyne, d'un coup de billet magique et de Swapocontes, lui fit renoncer à toutes ses appréhensions et que la binômette Manu et son fabuleux colis lui firent dire que ce swap ne serait assurément pas le dernier mais, au contraire, le premier d'une (longue) série ^^

Le temps de remplir les questionnaires et de se mettre en quête des livres, sucreries et autres objets composant le swap et hop samedi dernier, voilà que j'allais chercher mon colis à la Poste.Voici comment se déroula l'ouverture.


Premier fou-rire. Heureusement que je savais que je devais recevoir un colis et que j'en connaissais le thème parce que sinon, je trouve que le premier aperçu à chaud est assez glauque ^^


Le moins que je puisse dire est que j'ai été sacrément gâtée ! Même le papier cadeau était superbe !


Second fou-rire. Manu et moi avons été bien inspirées puisque, sans nous être nullement concertées à l'avance, nous nous sommes envoyées le même carnet Benjamin Lacombe et les mêmes Petit Prince de Lu ^^
Du côté de ce qui fait grossir la PAL, j'ai reçu "Un conte peut en cacher un autre" de Roald Dahl, un livre d'un auteur que j'affectionne beaucoup et qui se trouve être l'un des seuls que je n'avais pas encore dans ma bibliothèque (bien vu Miss ;)).
Dans la boîte se cachaient également un magnifique album des contes de Perrault, illustré, entre autres, par Rebecca Dautremer, une illustratrice découverte il y a peu et que j'aime de plus en plus, ainsi que l'album "Les histoires du Petit Chaperon rouge racontées dans le monde", l'un de mes contes préférés que je vais pouvoir découvrir à travers différentes plumes !

Du côté de ce qui fait grossir les fesses, ce sont donc des Petit Prince de Lu qui m'attendaient sagement, du pain d'épices ainsi que des cookies MacNicols Toffee & Pecan made in Scotland ! Tout a bien entendu déjà été englouti...
Le carnet Lacombe est allé rejoindre son frère jumeau qui est ravi, de même que la carte postale signée Amandine Piu qui avait déjà son double sur mon frigo ^^Les stickers princesse attendent encore l'occasion d'être utilisés, en revanche le masque de Blanche-Neige va s'avérer d'une utilité primordiale !
Comme vous le savez, les contes se terminent généralement bien. "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" on la connaît celle-là.
Or, le présent blog s'intitule "Contes défaits". Aussi ne serez-vous pas étonnés par ce qui va suivre.
Attendu que les seuls princes charmants que j'ai pu croiser se trouvaient enfermés dans des boîtes de biscuits (en cela je remercie encore Manu pour son attaque des clones ^^) et que les blogueuses néo-mamans, j'ai nommé Jules et Leiloona, ont réveillé la future maman gaga qui sommeille en moi depuis longtemps (ce dont profite largement le chat en attendant), j'ai décidé de ne pas attendre la grossesse nerveuse et d'agir au rythme de la chanson de Goldman...
Je vais donc, à l'aide du masque reçu par Manu, braquer une banque de sperme et faire ma p'tite affaire toute seule comme une grande, na!
Bon je plaisante bien sûr (quoique...)! Je cherchais simplement un prétexte à vous montrer cette vidéo trouvée chez Cécile il y a un mois ici et qui m'avait bien fait rire !





Bref, on me signale en régie que je me serais apparemment écartée du sujet principal...
Un grand MERCI à toi Manu pour ce magnifique colis !!! Je serais ravie de me retrouver à nouveau en binôme avec toi car tu as vraiment respecté mes réponses à la lettre et choisi avec goût des livres et des sucreries que je me serais achetée moi-même ! Ce colis ne pouvait pas mieux tomber et a su me redonner le sourire, je t'en suis vraiment reconnaissante ;)

Et comment terminer ce billet sans remercier et féliciter Emmyne pour l'organisation de ce swap ! Merci madame la fée ;)
Bon ben c'est pas tout ça mais j'ai à faire...


27 février 2010

L'étrange histoire de Benjamin Button suivie d'Un diamant gros comme le Ritz - Francis Scott Fitzgerald


"L'étrange histoire de Benjamin Button" et "Un diamant gros comme le Ritz" sont deux nouvelles signées Francis Scott Fitzgerald, romancier américain auteur du célèbre "Gatsby le Magnifique".

"L'étrange histoire de Benjamin Button" raconte comment un homme traversa le temps dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Né à 70 ans, Benjamin Button grandit et rajeunit au fil des ans. Alors que ses proches vieillissent, Benjamin acquiert sans cesse plus de vigueur et se met en tête d'entrer à l'armée, de faire des études, de rattraper ses jeunes années où il était un vieillard.

Il y a un peu plus d'un an, le cinéma me faisait découvrir "L'étrange histoire de Benjamin Button". Le film se présentait comme l'adaptation d'une nouvelle de Fitzgerald, récit que j'imaginais assez abondant étant donné la longueur du film (2h46...).
Quelle ne fut pas ma déception en découvrant l'oeuvre source. Non seulement la nouvelle ne dépasse pas les 40 pages mais en plus, l'histoire est quand même sacrément différente.
Dans la version de Fitzgerald, pas de maman adoptive noire mais des parents bien présents et peu affectueux avec leur fils dont ils passent le temps à "déguiser" l'âge. Les 10 premières pages ne se consacrent d'ailleurs qu'au qu'en dira-t-on.
Si Benjamin tombe également amoureux, son histoire avec sa femme sera tout de même beaucoup moins tendre dans le livre que dans le film où l'on ressentait vraiment toute l'intensité et la douleur de cet amour vécu à contretemps.
Contrairement au film, la nouvelle nous montre une épouse et un entourage que la différence rend cruels et éloigne. D'ailleurs, si Benjamin rajeunit, c'est de sa faute, il n'avait qu'à pas naître ainsi...

" - Tu te souviens, fit-il un jour à Roscoe, que je t'ai déjà dit plusieurs fois que je voulais m'inscrire en terminale.
- Hé bien vas-y, répliqua sèchement Roscoe.
C'était un sujet qui le fâchait, et il souhaitait éviter de l'aborder.
- Je ne peux pas y aller tout seul, dit Benjamin, désarmé. Il faut que ce soit toi qui m'y emmènes et m'y inscrives.
- Je n'ai pas le temps, déclara Roscoe d'un ton cassant.
Il plissa les yeux et, mal à l'aise, regarda son père. Il ajouta :
- En fait, tu ferais mieux de ne plus penser à ça. Tu ferais bien d'arrêter. Tu f'rais bien - tu f'rais bien...
Il s'arrêta et son visage s'empourpra tandis qu'il cherchait ses mots :
- Tu f'rais bien de virer de bord et de te remettre sur le droit chemin. Cette plaisanterie est allée beaucoup trop loin. Elle ne fait plus rire personne. Ca suffit - tiens-toi tranquille !
Benjamin le regarda, au bord des larmes. " p.49

Bref, à l'origine il y avait une nouvelle à l'allure de conte fantastique et développant un concept original dont s'est inspiré un réalisateur. A partir de là, il a fallu tout inventer ou presque.
Je suis contente d'avoir lu l'oeuvre de départ mais pour une fois, j'ai préféré le film au livre, enfin pour autant qu'il soit possible de comparer les deux car pour qui visionne le film avant d'avoir lu le livre, cette nouvelle semblera bien pauvre.



"Un diamant gros comme le Ritz" raconte les vacances d'été de John Unger, un jeune homme de bonne famille, et les événements découlant de sa rencontre avec Percy Washington, héritier d'une famille richissime possédant un diamant aussi gros que le Ritz et préservé des curieux depuis des générations.
John Unger réalisera ce qu'implique la connaissance d'un tel secret...

Mouais...Tout cela ressemble assez à une histoire de blonds...John Unger est invité par son ami Percy Washington à passer les vacances d'été dans le palace familial.

" Il sentit qu'un côté du lit se soulevait lentement et commença à glisser, non sans crainte, en direction du mur, mais quand il toucha celui-ci, les tentures qui le recouvraient s'entrouvrirent et il descendit de deux mètres sur un plan incliné soyeux, avant de s'enfoncer doucement dans une eau à la température de son corps. Il regarda autour de lui.
L'espèce de passerelle ou de toboggan par lequel il était arrivé s'était replié délicatement. Il avait été propulsé dans une autre chambre et était assis dans une baignoire au ras du sol, n'ayant que la tête qui dépassait. Les murs de la pièce, comme les côtés et le fond de la baignoire elle-même, étaient les parois d'un immense aquarium bleu et, en regardant à travers la surface vitrée sur laquelle il était assis, il voyait des poissons nager parmi des lumières orangées et se glisser avec indifférence sous ses pieds dont ils n'étaient séparés que par l'épaisseur du cristal. " p.73

A plusieurs reprises, il a l'occasion d'apprendre que personne, à part les membres de la famille, ne quitte le domaine vivant. Et pas une fois il ne se demande ce qu'il en sera pour lui. Je l'ai trouvé agaçant à mesure que j'avançais dans ma lecture et j'avais constamment envie de le secouer en lui disant "mais tu ne comprends donc pas ce qui se passe?!?"
Kissmine (oui, hum...), la fille des Washington dont s'est amouraché John, n'est pas mal non plus dans son rôle de mini-bourgeoise écervelée. Au moment où les deux tourtereaux tentent de s'enfuir et alors que John lui avait demandé d'emmener avec elle des diamants en prévision de leur future vie commune, l'idiote se rend compte qu'elle s'est trompée de tiroir dans sa boite à bijoux et a emmené des pierres fantaisie à la place des diamants...Et en plus ça la fait rire...
Je l'aurais tuée!

Deux nouvelles cumulant des éléments invraisemblables mais vraisemblablement trop courtes à mon goût :/
Heureusement que la plume de Fitzgerald se laisse lire. Je compte bien découvrir "Gatsby le magnifique" malgré tout!

D'autres avis : Bouh - Jess - Soukee - Emilie - Karine:) - Lael - Pimprenelle - Praline - Stephie


25 février 2010

Fume et tue - Antoine Laurain


"Fume et tue" est le second roman de l'écrivain français Antoine Laurain, paru en 2008.
Fabrice Valantine a 50 ans. Il est marié à Sidonie, à son boulot mais surtout à la cigarette dont il consomme allègrement 2 paquets par jour.
Pour faire plaisir (ou faire taire c'est selon) à sa femme, il accepte de se rendre chez un hypnotiseur qui le fera renoncer à la cigarette. Et ça marche, enfin...le plaisir de fumer disparaît mais reste néanmoins l'envie... Perturbé par ce "changement de vie", Fabrice se demande comment retrouver ce plaisir qui lui manque tant.
Une nuit, dans le métro, un homme tente de s'en prendre à lui. Fabrice se défend et envoie l'agresseur sous les rails du métro. Pris de panique, il court jusque chez lui et allume une cigarette. Le plaisir de fumer lui revient instantanément mais disparaît à nouveau peu de temps après.
Lui faudra-t-il dès lors éliminer systématiquement une vie pour prendre plaisir à s'en griller une?

Bon sang, je tuerais pour une cigarette! Non pas moi (enfin si parfois, pfiou c'est compliqué...), Fabrice Valantine.
Voilà un homme que l'on sait, dès l'ouverture de ce roman, condamné à la prison.
" Si je devais me pencher sur ma vie, au risque d'en éprouver un certain vertige, je dirais qu'avant les événements qui la bouleversèrent j'étais un homme sans histoires, presque banal.
J'avais une femme, une fille, un métier dans lequel j'étais connu et reconnu et un casier judiciaire aussi vierge qu'une feuille de Canson achetée chez un marchand de couleur. Quelque temps plus tard, on tenta de m'évincer de mon poste, ma femme me quitta, et j'avais quatre meurtres à mon actif. Ce parcours atypique, s'il me fallait le résumer en une formule accessible au plus grand nombre, je dirais que tout cela est "une histoire de cigarettes." p.11

Le décor est planté et passé ces premières phrases (extrait que j'aurais d'ailleurs bien imaginé en quatrième de couverture), corrigez-moi si je me trompe, on a forcément envie d'en savoir plus !
Le récit narré à la première personne nous emmène dans le passé de Fabrice Valantine. Un passé rempli de souvenirs tabagiques au point que l'on ne peut s'empêcher de se dire que toute la vie de cet homme tourne autour de la cancerette.
Elément systématiquement associé à des rencontres agréables et des moments clés de la vie de Fabrice Valantine (rencontre avec sa femme et son patron, découverte du sexe, souvenir du père,...), la cigarette est la vraie vedette de ce roman.
La nicotine est présente à chaque ligne. Elle se devine dans les moindres mots et même dans le nom de famille du personnage. Ses effets sont développés, poétisés, encensés. Ses détracteurs et leurs prêchis-prêchas sont rabroués. Ah ils ne comprennent donc rien !

" Cette idée de ne plus jamais refumer de ma vie m'attristait, je dois en convenir, et c'est empli d'une douce nostalgie que je répondis :

- J'ai tout de même l'impression d'avoir perdu une partie de moi-même.

- La plus dangereuse, Fabrice, me répliqua ma femme avec gravité.
Pouvait-elle comprendre que mes paquets m'avaient accompagné toute ma vie, que mes cigarettes étaient mes amies fidèles, toujours à portée de main quand j'avais besoin d'un réconfort. Je venais de divorcer de cette compagne, sans accord mutuel. J'aurais souhaité une sorte de compassion, une minute de silence." p.104
Je me suis tellement retrouvée dans ce passage comme dans tout le roman d'ailleurs. Dans cet adieu nécessaire qui n'est jamais assez long. Dans ce changement de vie radical. Devoir casser les habitudes, rompre les associations, compenser sans y arriver, combler l'absence. Lutter contre ces petites cellules de mon cerveau qui me disaient "au secouuuuuuurs, donne nous à manger !"
Me réveiller toutes les nuits. Chercher quelque chose sans savoir quoi. Pleurer et pester tant tout cela me paraissait ridicule. Et puis cette impression que la vie manquait subitement de saveur alors même que mes papilles retrouvaient le vrai goût des choses. Le goût amer qui avait disparu et qui pourtant subsistait sous une autre forme.
Renoncer à la cigarette équivaut à lutter contre soi-même. C'est très dur et je suis d'autant plus contente d'y être arrivée et de pouvoir répondre à qui me demande une cigarette : "non désolée, j'ai arrêté" :)

Enfin bref. Revenons-en au roman. Et les meurtres dans tout ça? Je dirais qu'ils ont résonné en moi tels des exemples de la mauvaise foi du personnage. Des prétextes au maintien de sa dépendance façon " Vous voyez ce que ça donne quand j'essaie d'arrêter de fumer? Je pète un sérieux câble et je tue des gens. En fait, je n'aurais jamais du essayer d'arrêter. Maintenant c'est pire."
Oui, malgré les meurtres, on rit. On rit parce que le lien de causalité entre cigarette et meurtre est présenté de façon assez cocasse et apparaît comme une dérive des plus extrêmes mais aussi parce que l'air de rien on s'attache à ce personnage intelligent, drôle et cynique à qui l'on souhaite de retrouver la paix intérieure.

Les fumeurs (et de manière plus générale, "les accros", que ce soit de chocolat, de café, de vin, de coca, de rognures d'ongles et j'en passe) rient parce qu'ils se retrouvent dans les réflexions de Fabrice Valantine sur la dépendance.
Les anciens fumeurs dont je fais partie (et qui ne deviendront jamais des non-fumeurs tant, apparemment, l'envie de fumer reste toute la vie :/) se souviendront avec nostalgie de leur ancienne compagne disparue, regretteront parfois (oui enfin sans doute pas les files chez le libraire ou les sprints nocturnes pour trouver un night-shop encore ouvert) mais ne replongeront pas pour autant (yes we can!)
Quant à ceux qui ne sont accros à rien (ça existe?), passez votre chemin et vous irez au ciel bande de...je plaisante hein!

Une douce drogue qui a su me rendre accro durant quelques heures. Un précis d'humour noir qui a su me faire rire. Un nième aurevoir qui me laissera un souvenir ému.
Une vraie pépite en somme et qui mérite les avis dithyrambiques dont elle a fait l'objet !

D'autres avis aussi enthousiastes chez BOB !


Merci à Cécile de l'avoir conseillé et de m'avoir prêté son exemplaire ! Vous pouvez lire son interview de l'auteur ici

Last but (certainement pas) not least, "Fume et tue" faisait partie de la sélection officielle du prix 2009 QD9 mis en place par Cécile et dont le jury était composé de 9 brillantes personnalités (dont moi-même ^^).
Après des semaines d'intense réflexion et de lectures (parfois...comme pour les grands prix quoi...), nous avons mis en place une sélection francophone et une sélection étrangère, le best du best de nos lectures de 2008 que vous pouvez consulter ici
Hé bien il se trouve que justement, "Fume et tue" se trouve être le grand gagnant francophone du prix QD9 !!! Bravo à Antoine Laurain pour ce succès mérité et remporté haut la main !

Bon, l'heure est maintenant venue de dévoiler le gros scoop de la soirée ! Antoine Laurain ainsi que son éditeur seront tous deux présents à la remise des prix concoctée par Cécile.
L'occasion de rencontrer l'auteur, de lui poser toutes vos questions, de faire dédicacer votre/vos livre(s) ou paquet(s) de clopes mais aussi de rencontrer les sympathiques membres du jury (soupirs, je ne pourrai être présente :/) et d'échanger avec eux autour des livres et d'un bon repas !
Pour les détails de cette fabuleuse soirée prévue à Paris le 19 mars, cliquez là

En tout cas, ce qui est certain c'est que je rempile pour l'année prochaine et que je tuerai quelqu'un si il le faut pour assister à la prochaine remise des prix !

23 février 2010

Les lettres - Edith Wharton


"Les lettres" est une nouvelle de la romancière américaine Edith Wharton, première femme à avoir reçu le Pulitzer pour son roman " Le temps de l'innocence ".
A Paris, Lizzie West donne des cours à domicile à la jeune Juliette, fille de Vincent Deering, un peintre américain dont elle finit par s'éprendre.
Des sentiments réciproques lient Juliette et Vincent mais il est marié. Tous deux se voient dès lors en cachette jusqu'à ce que l'épouse de Vincent décède précipitamment.
Le peintre veuf doit alors se rendre aux Etats-Unis afin de régler les affaires de sa défunte épouse mais promet d'écrire à Juliette tout le temps qu'il sera parti.
Au début, les échanges entre les tourtereaux se veulent des plus romantiques mais un jour, Vincent ne donne plus signe de vie.
Prise de panique, Juliette continue à lui écrire quelques temps jusqu'à se faire une raison : il ne lui répondra pas.
3 ans plus tard, alors que Juliette a hérité d'une coquette somme d'argent et semble prête à se marier, Vincent revient dans sa vie.
Juliette se montre inflexible, prétendant qu'elle a tourné la page. Or, le coeur a ses raisons que la raison n'a pas...

Pour moi qui suis si fervente du genre, quelle ne fut pas ma déception en apprenant que cette nouvelle n'était pas, comme le titre me l'avait fait croire, épistolaire.
Ca m'apprendra à m'emballer sans feuilleter le livre, chose que je fais souvent mais pas encore systématiquement.
Je me suis assez vite dit durant ma lecture que "Les lettres" de Wharton était une nouvelle semblable à la "Lady Susan" de Jane Austen, non parce qu'il s'agit également d'une oeuvre de jeunesse (ce n'est pas le cas) mais bien parce que cette nouvelle semble également donner le ton et préfigurer les grandes oeuvres qui firent la renommée de l'auteure.
Et comment ne pas penser à "Jane Eyre" (sorti 60 ans plus tôt) de Charlotte Brontë en découvrant une trame pour ainsi dire identique. Une femme de modeste condition donne des cours à domicile à une jeune fille pas très douée et tombe amoureuse du père. Mais l'homme est marié. Pas pour longtemps car son épouse décède. S'en suit une période de chagrin et d'errance avant que l'homme ne revienne la bouche en coeur.
Au-delà de cette large similitude, j'ai trouvé que "Les lettres" bénéficiait d'une tournure beaucoup moins romanesque que "Jane Eyre". Je ne spoilerai pas la fin mais bon pour moi le sens du sacrifice a ses limites hein Lizzie!
Quant au style, il manquait selon moi d'élégance en regard de la prose anglaise.
Cela dit, je me rends compte que le court format de cette nouvelle ne doit pas être tout à fait étranger à mon jugement. Comme c'est le cas dans bon nombre de nouvelles, les événements s'enchaînent très vite et la psychologie des personnages y est peu développée. Même constat pour ce qui est de la critique sociale présente en filigrane, tout ça était un peu trop rapidos pour moi...
Dans ce cas-ci, le lecteur "zappe"de l'histoire d'amour au départ puis à l'absence et au retour de Vincent Deering. Ces transitions sont un peu frustrantes, surtout lorsqu'on a lu le foisonnant "Jane Eyre" et qu'on ne peut s'empêcher d'envisager la comparaison.

Malgré ce qui a été dit plus haut, j'ai tout de même aimé cette nouvelle que je considère comme un préambule au reste de l'oeuvre de Wharton, oeuvre que j'ai toujours autant envie de découvrir !

Extraits :

" Ces lettres lui procurèrent, en tout cas, durant les semaines où elle les porta sur son coeur, des sensations plus subtiles et plus complexes que la présence même de Deering.
Etre en sa présence, c'était à chaque fois comme affronter une mer tumultueuse qui la soulevait en l'aveuglant ; mais ses lettres composaient un lac tranquille où plonger son regard, se mirer, capter le reflet du ciel et le fourmillement de la vie qui frémissaient et scintillaient sous la surface de ses eaux." p.35

"
Le vide même de ses jours lui inspira le désir de les gorger de sensations éphémères : on eût dit qu'elle était devenue la propriétaire d'une maison à décorer, devant qui défileraient sans relâche un mobilier hétéroclite et tout un bric-à-brac " en quête d'approbation". " p.50

Un autre avis : Pimpi


20 février 2010

Le syndicat des pauvres types - Eric Faye


" Le syndicat des pauvres types" est un roman de l'écrivain français Eric Faye, sorti en 2006.
Le roman s'ouvre sur l'enterrement d'Antoine Blin, 44 ans, ancien employé de nuit d'un centre de tri postal devenu "Monsieur Tout le Monde", nouvelle star de la télé-réalité.
Le narrateur nous conte les deux dernières années de la vie d'Antoine. Tous deux n'étaient pas amis mais le narrateur connaissait bien Antoine pour avoir passé tout ce temps à l'observer après l'avoir fait entrer dans le syndicat des pauvres types...

Voici un roman dont le titre, la couverture et le résumé avaient su piquer ma curiosité.
J'ai progressivement fait connaissance avec Antoine qui m'a vite semblé d'un ennui mortel. Ca tombait bien qu'il passe pour un pauvre type car c'était le but de l'auteur...Et au moins, je peux dire que le rendu est fidèle à l'histoire...
L'ambiance est d'autant plus lourde et propice à l'ennui que le roman se déroule en été, en période de canicule. Antoine apparaît comme obsédé par son odeur corporelle mais personne ne semble remarquer quoique ce soit. Quelle est l'explication à cette fameuse odeur au bout du compte? Ah ben aucune idée...
Antoine aime Blandine, une femme rencontrée via les petites annonces avec laquelle il a correspondu durant plusieurs semaines avant de réaliser qu'elle s'était jouée de lui en lui extorquant de l'argent pour pouvoir soit-disant le rejoindre.
Malgré la découverte du pot aux roses, Antoine a laissé sa photo sur la cheminée et continue d'espérer...
Antoine se fait approcher par une société secrète/secte appelée le syndicat des pauvres types.

" Vous êtes la clé de tout, jour après jour, il faudra en prendre conscience. Si vous acceptez de vous regarder sous un certain jour, vous découvrirez votre puissance. Tenez, j'ai rempli votre formulaire. Comme je vous le disais, vous n'avez plus qu'à signer après la mention Je reconnais être un pauvre type, en bas, à droite.
Oui, il est capital que vous le reconnaissiez, il faut le mettre noir sur blanc.
Arrêter les comptes à, combien disiez-vous, quarante-quatre ans, si vous vouliez que nous fassions quelque chose pour vous. A vous de jouer, maintenant." p.74

A ce moment-là, je me suis dit que le roman allait décoller. Hé bien non loupé...Les réunions du syndicat sont sans cesse reportées et le lecteur n'apprend rien de plus sur son fonctionnement si ce n'est que celui-ci prévoit une grève généralisée des pauvres types aux 4 coins du globe et espère ainsi attirer l'attention sur sa cause.
Entretemps, Antoine se laisse entraîner dans le milieu de la télé-réalité où il est devenu "quelqu'un". Le narrateur, membre du syndicat, s'inquiète de le voir prendre un mauvais chemin et continue de l'observer de loin. Cet aspect de l'histoire m'a vraiment fait penser au "Truman show" dans le sens où la vie d'un homme des plus ordinaires est le centre d'attention d'un public sans cesse plus voyeur. Des inconnus prétendent lui vouloir du bien mais n'agissent jamais.

Eric Faye a su créer une ambiance pesante à l'image du quotidien de son personnage. Malheureusement, cette même ambiance, loin de susciter l'impatience, a provoqué mon ennui.
J'ai bien saisi que l'auteur avait choisi pour registre l'absurde. Cette odeur inexplicable, ce syndicat fantoche, cet amour impossible avec une femme escroc, cette improbable (quoique...) émission de télé-réalité.
Je pensais que tous ces éléments concourraient à me faire réfléchir et/ou rire mais ce fut loin d'être le cas.
Une déception donc.


"Le syndicat des pauvres types" était une lecture commune avec Sarawasti et Géraldine dont je file en hâte découvrir les avis !