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25 juillet 2014

Madame Butterfly - Benjamin Lacombe



Publié en novembre 2013, "Madame Butterfly" est l'avant-dernier album de l'illustrateur français Benjamin Lacombe dont le dernier album, "Léonard et Salaï" est sorti fin mars.

L'officier Benjamin Franklin Pinkerton et son second venus de Boston débarquent dans la baie de Nagasaki, non sans imaginer qu'ils y prendront tous deux une épouse japonaise pour la durée de leur séjour.
A la maison de thé du Jardin aux Fleurs, Pinkerton croise le regard de la belle Butterfly, une jeune geisha aussi fragile que les papillons bleus qui ornent son kimono.
Une fois le mariage consommé, Pinkerton, lassé de la soumission et des manières de la jeune femme retourne sur le continent, en lui promettant distraitement de revenir "au temps des roses, à la belle saison, quand le rouge-gorge fait son nid".
Mais les saisons s'écoulent, laissant Butterfly seule avec ses pensées et un petit être qui grandit en elle...




Comme vous le savez sans doute, "Madame Butterfly" puise sa source dans le célèbre opéra en trois actes de Puccini, mais également dans le roman "Madame Chrysanthème" de Pierre Loti.
Benjamin Lacombe ne prenait pas grand risque à s'inspirer d'une célèbre histoire tragique aimée de tous, laquelle s'inscrit parfaitement dans son univers torturé.


Ce que j'ai toujours aimé chez Lacombe, c'est ce contraste entre la tristesse des situations vécues par ses personnages et la flamboyance des couleurs utilisées. Un procédé qui selon moi élève ces destins malmenés au rang de légendes.
Néanmoins, non seulement je connaissais déjà l'histoire de Pinkerton et de Butterfly (et je l'aime d'ailleurs toujours autant), mais je n'ai pas réussi à apprécier la valeur ajoutée de cet album.
Impression de déjà vu. Trop de similitudes avec son album "Les Amants Papillons". Un zeste de dessins sépias façon "Contes macabres". Une histoire universelle donc sans prise de risques. Et l'impression que Lacombe ne s'est pas foulé :(
La seule originalité de cet album réside au verso des pages, dans cette fresque aux tons bleus qui se déploie sur près de 10 mètres de long.


Je conçois bien que chaque artiste possède sa patte et ses obsessions créatrices. Je n'attends pas que Benjamin Lacombe change du tout au tout mais qu'il sorte un peu de sa zone de confort pour me surprendre.
Est-ce le cas du premier tome de "Léonard et Salaï" ?





3 mars 2014

Intermède - Owen Martell



En librairie depuis le mois d'août dernier, "Intermède" est un roman de l'écrivain gallois Owen Martell.

"Intermède" s'inspire d'une période sombre de la vie du jazzman américain Bill Evans, lorsqu'en 1961 son bassiste Scott LaFaro trouve la mort dans un accident de voiture.
Dévasté, le pianiste plonge dans un profond mutisme et est accueilli par son frère Harry et sa femme, puis par ses parents qui essaient de lui changer les idées.

Lorsque j'ai choisi ce titre dans la sélection proposée par Les Chroniques de la Rentrée Littéraire, je m'attendais à ce que le récit se concentre sur l'amitié qui unissait Bill Evans à Scott LaFaro et qu'il explique en somme en quoi la mort de ce dernier avait tellement affecté le pianiste.
Or, je n'ai rien appris sur cette relation. Je l'ai simplement devinée très forte, au vu de l'état dépressif de Bill.
Le décès de Scott LaFaro apparaît plutôt comme un point de départ visant à dresser le portrait d'un artiste au plus bas, humainement et musicalement parlant.
Divisé en 4 parties, il examine tour à tour les rapports de Bill avec son frère Harry, sa mère, son père et puis finalement avec lui-même.
Plusieurs points de vue pour une même partition.
Face au silence de Bill, chacun essaie de lui venir en aide, de remplir le vide à sa manière, l'occasion de revenir sur ces petits bouts d'enfance qui prédestinaient à la musique.
Mais le malaise est là et nul ne sait si Bill s'en relèvera. Il est comme un fantôme que ses proches désemparés tentent de ramener à la vie.


"Intermède" m'a fait l'effet d'un roman contemplatif que j'ai traîné durant des semaines (alors qu'il n'est vraiment pas long), tant son ambiance me pesait et pire, m'ennuyait.
Je regrette de n'avoir pu apprécier cette lecture alors que j'ai bien senti entre les lignes la tendresse particulière que voue l'auteur à son sujet.
Comme l'a dit un jour Miles Davis (avec lequel Bill Evans a d'ailleurs joué) : " La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence."
Je suis consciente que l'essentiel de ce roman réside dans les non-dits mais malheureusement, cela ne m'a pas suffi pour apprécier cette lecture.



Je remercie néanmoins Abeline et leshttp://chroniquesdelarentreelitteraire.com/ de m'avoir envoyé ce livre.


challenge album

10 octobre 2013

Au bal de la chance - Edith Piaf


En librairie depuis le 18 septembre, "Au bal de la chance" est une réédition réalisée à l'occasion des 50 ans de la mort d'Edith Piaf, ce 11 octobre.
Parue pour la première fois en 1958, l'édition s'est vue augmentée d'une préface signée par Jean Cocteau, d'une postface, de plusieurs témoignages de proches de la chanteuse, ainsi que de deux cd's contenant les enregistrements de ses chansons à l'Olympia entre 1955 et 1963.

Edith Piaf revient sur ses débuts, dans la rue, en 1935, avant que Louis Leplée, directeur du Gerny's, ne la remarque et l'engage dans son cabaret où elle devient alors "La môme Piaf".
En lisant "Au bal de la chance", on se rend compte à quel point la vie de Piaf fut marquée par une série de rencontres dont elle se souvient, non sans émotion.
Ainsi en va-t-il de Marguerite Monnot - meilleure amie et parolière -, Raymond Asso - qui lui offre "Mon légionnaire" et lui décroche son premier contrat de music-hall -, Michel Emer - auteur de "L'accordéonniste", Yves Montand - qu'elle contribuera à faire connaître -, Les Compagnons de la chanson - avec lesquels elle interprétera notamment "Les Trois Cloches"-, Marlene Dietrich - précieuse amie-, Jacques Pills - son premier mari-, Jean Cocteau - qui lui écrira la pièce "Le Bel Indifférent", mais aussi Charlie Chaplin, la princesse Elizabeth d'Angleterre, le général Eisenhower ou encore Sacha Guitry.
Elle retrace également sa conquête de l'Amérique ainsi que du public grec qui la surnommait "la chanteuse de poche".

C'est la deuxième fois que je lis un ouvrage consacré à Edith Piaf et la deuxième fois que je m'en mords les doigts.
"Mon amour bleu", qui exposait sa correspondance désespérée avec le cycliste Louis Gérardin, m'avait plutôt agacée et mise mal à l'aise de par son contenu "trop intime" et je m'étais jurée de ne plus rien lire d'aussi personnel la concernant.
"Au bal de la chance" n'évoque quasiment pas les hommes qui ont traversé sa vie (c'est à peine si Marcel Cerdan est cité), ce qui m'a franchement étonnée compte tenu de l'importance de l'amour dans la vie de Piaf mais aussi soulagée pour la raison évoquée plus haut.
Je préfère généralement les autobiographies aux biographies (bien souvent subjectives de par les interprétations de leur auteur). Lorsque j'ai eu vent de la réédition de "Au bal de la chance", j'ignorais alors qu'il s'agissait plutôt d'une compilation d'entretiens avec un journaliste, certes validée par Edith Piaf de son vivant mais pas écrite de sa main comme le laisse penser la narration à la première personne.
Première déception donc.
Ma deuxième déception est allée aux notes de bas de page et à la postface qui semblent prendre plaisir à reprendre "l'auteure" dans sa narration en relevant ses petits mensonges, incohérences et contradictions.
Rien de bien scandaleux mais pourtant de petites révélations qui ont suffi à entacher la sincérité que je prêtais par défaut à Edith Piaf. Comment dès lors dissocier le vrai des petits arrangements mis au service du mythe et corroborés par la principale intéressée ? Qu'apprendra-t-on dans 50 ans ? Que Piaf chantait en play-back ?!?
Ce qui m'a donc amenée à m'interroger quant au but de cet ouvrage censé lui rendre hommage à l'occasion de l'anniversaire des 50 ans de sa mort.
Curieux hommage tout de même...
En écoutant les deux magnifiques cd's présents dans cette édition (charme des grésillements, impression d'assister à un concert d'époque), je me suis dit qu'il valait mieux à l'avenir me contenter des airs de la chanteuse et laisser la vie de la femme de côté. 

Je remercie l'agence LP Conseils et les éditions de m'avoir envoyé ce livre.

challenge album


21 mai 2013

Nos vies désaccordées - Gaëlle Josse






Publié en 2012, "Nos vies désaccordées" est le second roman de l'écrivaine française Gaëlle Josse, également auteure des romans "Les heures silencieuses" (2011) et "Noces de neige" (2013).

François Vallier, célèbre pianiste, vivait une relation tumultueuse et passionnée avec Sophie qui lui pardonnait volontiers sa jalousie maladive.
Mais arrive au couple un drame tel que Sophie plonge dans la dépression. Désemparé, François décide pourtant de partir en tournée.
A son retour, Sophie a disparu sans laisser de traces.
Trois années s'écoulent et François, en couple avec une autre femme, enchaîne les concerts.
Mais un commentaire laissé par un admirateur sur son site web l'interpelle. L'internaute, infirmier dans une institution psychiatrique, prétend avoir découvert ses enregistrements de Schumann grâce à l'une de ses patientes qui les écoute en boucle toute la journée.
Cette femme, qui n'a plus prononcé un mot depuis son internement et passe son temps à peindre une toile en blanc puis en noir, serait-elle Sophie ?


" Aimer comme on écrit une icône. On l'écrit avec du temps, du temps infini, avec des couleurs comme du rouge, de l'orange, du brun, avec des traces d'or et infiniment d'amour.
On l'écrit pour se souvenir d'un amour plus fort que le poids des jours, plus fort que ces fragments de mosaïque que nous tentons de rassembler afin que nos vies rencontrent un jour leur visage.
Il s'y mêle toutes les larmes et le souvenir des musiques oubliées." p.90


C'est Marilyne qui, le mois dernier, m'avait donné envie de découvrir la plume de Gaëlle Josse. Lorsque j'ai eu vent de la parution en poche de ce titre-ci, je me suis dit que c'était là l'occasion de découvrir cette auteure tant plébiscitée sur la toile pour son premier roman "Les heures silencieuses".
Peut-être me suis-je un peu trop laissée contaminer par l'enthousiasme de Marilyne ? Toujours est-il que si j'ai apprécié l'écriture de ce roman, je n'ai malheureusement pas été bouleversée comme je m'y attendais.
Format trop court (120 pages) ? Histoire pas assez prenante ?

Je dirais que j'ai surtout été exaspérée par le personnage de François. Malgré quelques passages émouvants, ses remords ne m'ont pas convaincue.
Alors qu'il la savait fragile psychologiquement et que Sophie vivait une situation des plus traumatisantes (certes lui aussi mais disons que ce n'était pas tout à fait pareil et qu'il la gérait avec beaucoup plus de recul), il s'est conduit en lâche et est parti entretenir sa carrière.
Pourquoi ne l'a-t-il pas emmenée avec lui ?
Je n'ai pas eu l'impression qu'il ait remué ciel et terre pour la retrouver, d'autant qu'il ne perd pas vraiment de temps avant de se jeter sur la première belle plante qui passe.
Ensuite, 3 années passent et voilà qu'il re-débarque dans la vie de Sophie sur son beau cheval blanc.
Comme si ce n'était pas assez de l'abandonner, il fallait en plus lui imposer son retour !
Il se met en tête d'acheter une maison non loin de l'hôpital psychiatrique avec dans l'idée de mettre de côté sa carrière pour se consacrer à Sophie et revivre avec elle à sa sortie.
A en juger par la fin, c'est loin d'être du tout cuit, sauf que lui semble le penser.
Je l'ai détesté pour ça : pour sa possessivité et sa façon de décider pour deux (quand il part et quand il décide de rester).
Et quand je l'écoutais (oui j'ai vraiment eu l'impression d'entendre une confession à voix haute grâce à l'écriture lyrique de l'auteure) qualifier Sophie de "Mon allégresse", "Mon fleuve", "Ma Shéhérazade", je croyais plutôt entendre "Ma chose. Ma vie. Mon oeuvre".
A-t-il appris de ses erreurs au bout de ses trois années ? A-t-il vraiment changé ?
Ce qui est sûr, c'est que dès qu'il retrouve Sophie, sa compagne passe complètement à la trappe. C'est qu'en voyant tous ses appels restés sans réponse et ses caisses sur le palier, elle finira bien par comprendre...


" Il va falloir aménager cette baraque maintenant. Faire mes cartons chez Cristina, emballer mes tableaux et faire descendre le Steinway par la fenêtre.
Il y aura des cris et des larmes, je n'en suis pas très fier mais les choses vont ainsi.
Nous sommes tous pris dans nos parties d'échecs solitaires." p.121


Vous pensez bien qu'en lisant un tel passage, j'ai eu du mal à croire que François soit devenu un homme meilleur...
Je n'ai pas compris en quoi la mention de la tutelle du frère de Sophie apportait quelque chose à l'histoire.
J'ai souffert du manque d'informations concernant Sophie : quel est son passé ? pourquoi ne parle-t-elle plus ? pourquoi peint-elle une toile en blanc et puis en noir ?
Trop de silences dans ce petit roman qui se veut musical et trop peu de pages pour que je puisse m'en imprégner.

Ceci dit, comme j'ai été sensible à l'écriture de l'auteure, il n'est pas inconcevable que je la relise à nouveau. Avec plus d'intérêt, je l'espère.


D'autres avis : Clara - Theoma 

28 octobre 2012

Mon amour bleu - Edith Piaf


Publié en 2009 et disponible en poche depuis le 22 août, "Mon amour bleu" rassemble pas moins de 50 lettres et télégrammes rédigés par la chanteuse Edith Piaf à l'attention du champion cycliste Louis Gérardin, devenu son amant 2 ans après le décès de son grand amour Marcel Cerdan.
1951. Edith Piaf est au sommet de sa gloire et chante "Padam...Padam", "Plus bleu que tes yeux" ou encore "Jézebel".
Elle fait la rencontre de celui qu'elle nommera durant un an dans l'intimité "m'amour", "mon adoré", "ma gueule chérie" ou encore "mon maître adoré".
Les sobriquets ne manquent pas, tout comme les compliments qui pleuvent littéralement dans chacune de ses missives pour exprimer le respect, l'admiration aveugle, le dévouement absolu pour ce bellâtre aux yeux lagons mais surtout le désespoir d'une femme qui s'offre toute entière à cet homme marié qui ne semble pas décidé à quitter sa femme.

Cécile Guilbert, qui signe la préface du présent ouvrage, souligne avec raison les nombreuses similitudes unissant Louis Gérardin à Marcel Cerdan, également sportif de haut niveau, aimé des femmes et marié.
Aurait-elle fait un transfert (s'est demandée la psychologue de comptoir qui sommeille en moi) ?
Mais alors que Cerdan semblait prêt à donner une chance à leur amour (c'est d'ailleurs au cours du vol qui le ramenait définitivement à Piaf qu'il trouva la mort), "Toto" semble plus qu'indécis.
Si le recueil ne contient que les écrits de Piaf, on sent bien à travers l'obstination désespérée qui se dégage de ses lettres que la chanteuse ne sait plus comment convaincre son amant de la préférer à sa femme.
Et ce n'est pourtant pas faute d'essayer (euphémisme) !
Si le début donne l'impression qu'elle tend à prouver son amour à Louis, on comprend assez rapidement que c'est surtout elle-même qu'elle cherche à rassurer et, devant tant de harcèlement d'acharnement (plusieurs lettres par jour), qu'elle se sent constamment en danger et soucieuse de le perdre d'un jour à l'autre.
Chaque lettre sonne alors comme une supplication, un énième cri du coeur qui ne trouve guère d'écho puisqu'elle se plaint fréquemment que Louis ne lui écrit jamais.
Les mots sont forts pour s'adresser à celui qu'elle a mis sur un piedestal et pour lequel elle cherche à se corriger, s'en remettant à son seul jugement pour s'améliorer et ainsi mériter son amour.

" J'ignore ce qu'est le paradis mais pour moi, il ne peut y avoir de plus grand bonheur que celui d'être ta femme devant Dieu ! Donc mon grand ne fais rien pour le moment, cesse de te tourmenter, reste avec Bichette et je me contenterai de ce que tu voudras bien me donner ! N'ai-je pas déjà énormément en sachant que tu m'aimes, que tu ne veux pas me perdre, que tu es bien quand tu es avec moi ! Oh si, mon amour, j'ai déjà beaucoup en occupant une place dans ton coeur chéri, enferme-moi bien dedans, sois égoïste avec moi, c'est la seule façon pour moi d'être heureuse.
Sois très exigeant, les larmes que tu me fais verser, je t'en remercie, tout ce qui vient de toi est bien; je veux être entièrement sous ta domination, je t'en supplie mon adoré, sois affreusement égoïste avec moi." p.111
J'ai toujours imaginé en Piaf une indéfectible romantique, une amoureuse de l'Amour, capable de le réinventer sans cesse avec un autre, d'enchaîner les relations en reprenant toujours tout à zéro tout en paraissant sincèrement éprise à chaque fois.
Si elle n'écrivait pas ses chansons, elle les incarnait totalement sur scène et à en juger par ma lecture des coulisses de sa vie intime, je comprends mieux pourquoi.
Ai-je pour autant apprécié cette lecture ? Pas vraiment. J'ai découvert une femme exubérante, effrayante d'abnégation, exigeante, insatiable voire même carrément obsessionnelle, une femme qui m'a touchée dans ses intentions mais surtout beaucoup agacée (rien ne devrait être pathétique en amour mais j'avoue que ce mot-là m'a traversé l'esprit) par sa prose dégoulinante mais surtout TRES répétitive.
Rien ne permet de dire que cette relation ait été à sens unique mais on l'imagine toutefois bien lourde à porter pour Girardin, fatigué de ces chassés croisés amoureux, coincé entre la pression mise par Piaf et la jalousie de sa femme, lâche au point d'attendre que cette maîtresse qui se consume d'amour pour lui s'éteigne d'elle-même, lui évitant ainsi de devoir choisir.

" Tu as toujours tout fait pour me perdre et tu continues" p.117

Et c'est effectivement ce qui finira par se passer lorsque deux mois après sa dernière déclaration, Piaf lui écrira pour lui annoncer son mariage avec Jacques Pills : " c'est qu'à force de vivre près de quelqu'un qui est tendre, gentil et plein d'attentions on se laisse prendre".
Et parce que l'Amour était son moteur, il y en eut d'autres, Davis, Moustaki et son dernier mari, Théo Sarapo avec lequel elle interpréta sur scène "A quoi ça sert l'amour ?" qui résume parfaitement sa conception de l'amour et son chemin de vie.



Il est parfois des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir. Si j'admire toujours autant l'artiste, je me serais bien passée de ce portrait de femme...


4 août 2010

Haute fidélité - Nick Hornby


"Haute fidélité" est le second roman, publié en 1995, de l'écrivain britannique Nick Hornby, également auteur de titres tels que "Slam" ou "About a boy" et plus récemment de "Juliet, naked" dont j'avais parlé ici.
Propriétaire d'un magasin de disques situé dans le nord de Londres, Rob passe le plus clair de ton temps entouré de ses amis Barry et Dick, deux geeks passionnés de musique qui se plaisent à snober les gens qui ne partagent pas leurs goûts et à établir des classements de toutes sortes : les 5 meilleures faces A, les 5 meilleurs morceaux pour un enterrement, les 5 meilleures chansons pour faire l'amour,...
Rob vit avec Laura mais leur couple bat de l'aile et Laura finit par le quitter pour emménager chez leur ancien voisin.
Rob décide alors de faire le point sur ses premières amours et ruptures et dresse le top 5 des femmes qui lui ont fait le plus de mal.
Bien décidé à comprendre le fondement de cette tyrannie de répétitions amoureuses, Rob entreprend de revoir chacune de ses ex.
Vers quel genre de révélation ce plongeon dans le passé le mènera-t-il ?

Je l'avais déjà signalé dans mon billet consacré à "Juliet, naked", Nick Hornby parvient à nous plonger au coeur de son sujet dès les premières lignes.
Nous découvrons ainsi sous la forme d'une liste les portraits des 5 femmes ayant le plus marqué le coeur de Rob. D'Alison, sa copine de bac à sable, à Sarah la femme Kleenex, en passant par la sulfureuse Charlie, chacune d'entre elles a laissé son empreinte et donné à Rob une raison de verser dans l'amertume.

" On dirait que toutes mes histoires d'amour sont une version bâclée de la première." p.13

Et bien sûr il y a aussi Laura que Rob tente de reconquérir... à sa manière. Si il apparaît au départ tel un mal-aimé, un malchanceux sur lequel on s'apitoie volontiers, force est de constater au fur et à mesure qu'il est en grande partie responsable du tournant qu'a pris sa vie et qu'il n'a pas volé ce qui lui arrive.
Tout en s'interrogeant sur son rapport aux femmes et à la musique (deux sujets bien souvent mis en parallèle), Rob préfère toutefois contourner le fond du problème et éviter l'introspection en se persuadant que ce sont les autres qui lui ont causé du tort et que lui de son côté, bénéficie toujours de circonstances atténuantes, selon une logique qui n'appartient qu'à lui (ainsi qu'à d'autres specimens de la gente masculine mais je vous laisse avec vos souvenirs émus en la matière :)).

Ainsi lorsque Laura évoque son nouvel amant, la seule chose qui intéresse Rob est de savoir si le sexe est meilleur avec l'autre qu'avec lui. Quand Laura lui répond qu'ils n'en sont pas encore là, Rob est rassuré et s'empresse d'aller coucher avec une autre femme...
Certes, il a quelques principes, mais ils ont presque toujours pour but de servir son intérêt avant tout. Si il se rend à l'enterrement du père de Laura, ça n'est pas pour lui témoigner son soutien mais uniquement pour tenter de la récupérer.

" On dirait que les gens jouent tous des seconds rôles dans le film de ta vie." p.186

Mais il y a quelque chose de touchant chez Rob qui fait qu'on lui pardonne son égocentrisme puéril.
Peut-être parce qu'on sent bien que dans le fond, il n'est pas un homme foncièrement mauvais, plutôt un mec paumé qui n'a pas trouvé de réel but dans l'existence ni toujours su prendre les bonnes décisions, notamment en ce qui concernait les femmes. Peu sûr de lui, il s'est entiché de femmes qui ne lui correspondaient pas et a préféré laisser passer les autres ou tout gâcher, incapable de s'engager dans une vraie relation lorsqu'elle était à sa portée.
A trop fantasmer la réalité, il se retrouve au pied du mur, arrivé à un âge où il faut cesser de jouer les enfants et faire des choix.

" Peut-être que nous vivons tous de façon trop aïgue, nous qui absorbons des choses affectives tous les jours, et qu'en conséquence nous ne pouvons jamais nous sentir simplement satisfaits : il nous faut être soit malheureux, soit violemment, extatiquement heureux, et de tels états sont difficiles à obtenir au sein d'une relation stable, solide." p.136

"
Pas étonnant qu'on soit tous à côté de nos pompes. On est comme Tom Hanks dans Big. Des petits garçons et des petites filles coincés dans des corps d'adultes et obligés de se débrouiller. Et c'est bien pire en vrai, parce qu'il n'y a pas que les flirts et les lits superposés." p.197

Tout comme c'était le cas dans "Juliet, naked", nous retrouvons ici des héros faisant figure de grands gamins, autocentrés mais pas mauvais bougres, pour qui la musique représente davantage qu'un simple hobby, c'est une vraie façon de vivre (le roman est d'ailleurs parsemé de références musicales, principalement soul et pop rock).
Clowns tristes ou farceurs, tantôt attachants tantôt agaçants, rêveurs ou désabusés.
Sans fausse note et au détour d'un irrésistible mélange de réalisme et d'humour, Nick Hornby s'attache à mettre en musique la difficulté à trouver sa place dans l'existence.
Comme me le disait une amie il y a de cela quelques jours, être libre, ce n'est pas tant se garder toutes les options ouvertes que de pouvoir poser des choix et les assumer.
Je crois que c'est en quelque sorte la morale de ce roman...

Dans mon top 2 des livres lus de Nick Hornby, " Haute fidélité" figure de loin à la première place !

Le film

Je n'allais donc pas m'arrêter en si bon chemin !
Sorti en 2000 et réalisé par Stephen Frears, réalisateur des "Arnaqueurs" et des "Liaisons dangereuses" (avec John Malkovich, Glenn Close, Uma Thurman, Michelle Pfeiffer et Keanu Reeves ^^) pour ne citer qu'eux, le film offre une adaptation réussie du livre.

N'étant pas une fan inconditionnelle de John Cusack et encore moins de Jack Black (qui me fait penser à une caricature bouffie de Jim Carrey, c'est tout dire...), j'ai néanmoins trouvé que tous deux campaient fort bien leurs personnages respectifs (personnages qui les ont d'ailleurs bien (pour)suivi dans la suite de leur carrière il me semble).
Les autres personnages (on notera la présence de Catherine Zeta Jones incarnant l'insupportable Charlie et de Tim Robbins, l'amant de Laura, travesti en une version New-age de Steven Seagal) ne sont pas en reste mais j'ai vraiment trouvé que c'était les deux précités qui portaient le film.
Je me souviendrai encore longtemps de l'étonnante prestation de Jack Black sur "Let's get it on" de Marvin Gaye ("Let's love suga!") comme de la scène hilarante où l'amant de Laura se rend dans le magasin de Rob pour le provoquer, ce qui amène Rob à examiner les différentes possibilités qui s'offrent à lui (cette scène était un peu moins drôle dans le livre vu qu'elle se passait au téléphone).




Hormis un détail géographique (l'action se situe ici aux USA et non plus en Angleterre), quelques subtilités capillaires (c'est vrai que Catherine Zeta Jones en blonde, ça ne l'aurait pas fait...) et affectives (le personnage de Marie laSalle avec qui couche Rob est beaucoup plus approfondi dans le livre) et la suppression de quelques scènes notamment l'anniversaire de Rob, le film a su préserver l'essentiel du roman, son dynamisme, son humour et bien entendu sa musique !


Bref, lisez le livre, voyez le film ou mieux encore, faites les deux !

D'autres avis : Mango - Miss Orchidée - Saxaoul - Ys

"Haute fidélité" était une lecture choisie dans le cadre d'un hommage à Nick Hornby, proposé par Pickwick (et pour lequel j'ai 3 jours de retard, oups) et ma 4ème participation au challenge lancé par Fashion.

24 juillet 2010

Tag musical aléatoire - Feel no pain

Me voici ENCORE désignée par Choco (bon ça suffit hein, j'ai atteint mon quota pour l'année^^) pour répondre à ce tag qui consiste à faire défiler sa playlist musicale en lecture aléatoire et en faisant apparaître les titres sélectionnés en regard des questions suivantes.
Dans mon cas, ça donne :

Si quelqu'un vous dit "est-ce que c'est bien?", vous dîtes :

- Les Elles, Miss Alzheimer

Comme Choco, je n'ai pas vraiment compris la question mais ce premier résultat m'a toutefois fait rire sachant que les premières paroles de la chanson sont : " Miss Alzheimer mange de la cervelle, des idées s'envolent de l'assiette, tout ça est très joli, mais y a monsieur son mari, qui court après les pédales, c'est pas de tout repos" ^^

Comment vous décririez-vous?

- Des'ree, Kissing you

Ah ben mince, je suis incorrigible et grillée de surcroît...Oui j'ai bien du voir "Roméo et Juliette" une vingtaine de fois (au bas mot...) et oui je rêve d'un aquarium double-face en grande partie à cause de ce film ^^

Qu'est-ce que vous aimez chez un garçon?

- Dionysos, Cunnilingus mon amour

Je vous jure que je ne l'ai pas fait exprès !!! Mais là franchement je me suis roulée parterre en découvrant le résultat (et après je m'étonne de voir des mots-clés bizarres dans mon Gogol Analytics)

Comment vous sentez-vous maintenant?

- Anouk, I spy

Ah ben oui forcément, un peu comme tout le monde, je suis sur Facebook après tout ;)

Quel est votre but dans la vie?

- Cake, Short skirt long jacket

" I want a girl with a mind like a diamond
I want a girl who knows what's best
I want a girl with shoes that cut
And eyes that burn like cigarettes "

Avec un homme de préférence, merci.

Que pensent vos amis de vous?

- Rickie Lee Jones, We belong together

Merci Itunes, je n'aurais pas mieux dit !

Que pensent vos parents de vous?

- Howard Shore, The Treason of Isengard (BO du Seigneur des anneaux)

Vu ma petite taille, je suis un peu le Frodon de la famille (sans les pieds velus, j'insiste) et même si ça a parfois été la guerre entre nous, ils n'ont jamais envoyé les Cavaliers noirs à mes trousses, lucky me.

A quoi pensez-vous souvent?

- Lenny Kravitz, Can't get you off my mind

Je pense souvent à ce que je n'arrive pas à sortir de mes pensées, ça tombe sous le sens, non?

Qu'est-ce que 1+1?

- The Chemical Brothers, Galvanize

1+1+1+1+1+1+1+1+1+1, plus on est de fous, plus on rit ! Allez tout le monde en piste !

Que pensez-vous de votre meilleur(e) ami(e)?

- Alain Souchon, Allo maman bobo

"Je suis mal en campagne, mal en ville, peut-être un petit peu trop fragile, Allo Maman bobo"

Alors là bingo...Au moindre souci, je sais que je peux l'appeler et débarquer chez elle (ce qui tombe plutôt bien vu qu'elle habite à 100m).

Quelle est l'histoire de votre vie?

- Barry White, Can't get enough of your love Babe

C'est une conspiration ou quoi?!?

Que pensez-vous lorsque vous voyez la personne que vous aimez?

- Sade, Mermaid (musique sans paroles)

Effectivement, elle préfère généralement prendre le large sans dire un mot (c'est sans doute la réponse la plus pathétique de ce questionnaire, mes excuses ^^)

Que jouera-t-on à vos funérailles?

- Jean-Jacques Goldman, La vie par procuration

" Des crèmes et des bains
Qui font la peau douce
Mais ça fait bien loin
Que personne ne la touche
Des mois, des années
Sans personne à aimer
Et jour après jour
L'oubli de l'amour
Ses rêves et désirs
Si sages et possibles
Sans cri, sans délire
Sans inadmissible
Sur dix ou vingt pages
De photos banales
Bilan sans mystère
D'années sans lumière "

Ah non je rectifie, c'est celle-ci qui est de loin la plus pathétique ^^Quand je pense que je craignais de tomber sur "Looser" ou "Stupid girl"...

Quel est votre hobby?

- Seal, Killer

Héhé, quoi je ne vous l'avais pas dit?

Quelle est votre plus grande peur?

- Danny Elfman, Beetlejuice theme

Je prie tous les soirs pour que le "Jamais deux sans trois" ne s'applique pas à lui car je ne voudrais certainement pas de lui chez moi !

Quel est votre plus grand secret?

- Aretha Franklin, I will survive

Non non, je vous assure, je ne regarde pas le foot en cachette (beurk) !

Que pensez-vous de vos amis?

- Lettre à l'alcool, Serge Reggiani

Mouarf !!! On est belges ou on ne l'est pas ^^

Quelle est la chanson de votre vie?

- Stereophonics, Dakota

Bon sang, je vois que mon répertoire regorge de titres tous plus réjouissants les uns que les autres...^^

Qu'est-ce qui vous décrit?

- Sheryl Crow, If it makes you happy

" If it makes you happy
It can't be that bad
If it makes you happy
Then why the hell are you so sad?"

Je suis une femme paradoxale et je ne pense pas être la seule :)

Quel titre allez-vous donner à ce billet?

- Sade, Feel no pain

Etant donné que je suis une fan du groupe, je ne fus pas plus surprise que cela de le voir apparaître une seconde fois, même en lecture aléatoire.
Terminer ce questionnaire par une chanson tristement belle mais porteuse d'un certain espoir, ma foi j'en dis que ça aurait pu être pire :)

Merci Choco pour ce tag qui m'a donné à plusieurs reprises l'envie de me pendre (ah non pas possible, on me signale en coulisse que les pigeons ont besoin de moi^^).

A qui le tour pour voir sa vie défiler en chanson? Liliba? Canel? Géraldine?

Juliet, naked - Nick Hornby


"Juliet, naked" est le 7ème roman de l'écrivain britannique Nick Hornby, paru en 2009.
Prenant place dans une station balnéaire située au nord de l'Angleterre, ce récit nous conte les déboires d'un couple, Duncan - prof d'anglais - et Annie - employée dans un musée -, dont le quotidien tourne exclusivement depuis 15 ans autour de la passion de Duncan pour l'ancienne star du rock Tucker Crowe.
Duncan a tout du vrai groupie. Modérateur d'un forum dédié à la star, il entend décrypter la moindre parole de chanson et consacre chacun de ses voyages à cet homme dont il ne cesse de louer, non sans une certaine mauvaise foi, les talents artistiques.
Tandis qu'Annie se lasse de prendre sur elle en supportant le comportement immature de Duncan, elle se retrouve en contact avec l'idole de son compagnon qui traverse lui aussi une mauvaise passe sentimentale...

" Ils étaient venus d'Angleterre jusqu'à Minneapolis pour visiter des toilettes."

Hornby donne le ton dès la première ligne. Depuis 15 ans, Annie supporte sans broncher la fascination puérile de son compagnon Duncan, 15 années de trop qui l'ont vue renoncer à son projet d'enfant.
Et voilà que suite à un nième désaccord concernant "Juliet, naked", le dernier album de Tucker Crowe qu'Annie estime bâclé en regard du reste de sa discographie, Duncan, qui ne l'entend pas de cette oreille, prend la mouche et entame une aventure avec une collègue de travail.
L'infidélité de son compagnon agira tel un détonateur, faisant prendre conscience à Annie de toute la vacuité de sa vie auprès de cet homme incapable de se remettre en question.
Dès le début, on se demande bien ce qu'Annie a pu trouver à cet adolescent attardé dont le seul sujet de conversation tourne autour d'une ancienne star des années 80 restée dans l'ombre depuis 20 ans.

" - J'ai l'impression...Arrête-moi si tu trouves cette analogie inappropriée ou...ou...à côté de la plaque. Mais j'ai vraiment l'impression que Tucker est notre enfant, quelque part, peut-être plus le mien que le tien...Peut-être, je ne sais pas, qu'il est mon fils, mais que comme il était très jeune quand nous nous sommes rencontrés, tu l'as adopté. Et si mon fils, ton beau-fils, avait fait un truc remarquable, j'aurais envie de le partager avec toi même si...
Annie lui raccrocha au nez." p.145

Aussi, quand Annie entame une correspondance virtuelle avec l'idole de son ex-compagnon puis l'héberge chez elle, on ne peut que trop bien imaginer la jubilation que celle-ci doit éprouver à pouvoir enfin détromper Duncan quant à la véritable identité de Tucker Crowe.
Car derrière le mythe se cache un sexagénaire à la santé précaire et en proie à de nombreux doutes sur lui-même et sa carrière.
" Tucker aimait penser qu'il était raisonnablement honnête avec lui-même; il mentait uniquement aux autres." p.250

"
Je ne pense pas que les gens qui ont du talent lui accordent forcément de la valeur, parce que ça leur vient facilement, et qu'on n'accorde jamais de valeur à ce qui nous vient facilement." p.280

Jouant à cache-cache avec ses responsabilités, il dissimule sa culpabilité derrière la pensée que ses 5 enfants ont pu trouver leur bonheur malgré lui et que cette absence de père leur a certainement mieux réussi que s'il avait assumé son rôle.

" - Qu'est-ce que tu vas faire? demanda Jerry.

- Je suis pas sûr de pouvoir faire grand chose, tu crois pas? La plupart des Etats interdisent l'avortement après la naissance de l'enfant.

- Sympa, dit Jerry. Et classe. Tu vas aller la voir?

- C'était cool de te croiser, Jerry." p.207

J'ai beaucoup aimé l'humour et la justesse des traits d'esprit qui accompagnent les répliques d'Annie et de Tucker, deux personnages qui subissent le contrecoup de décisions (ou plutôt de l'absence de décisions) prises par le passé et ne semblent pas avoir beaucoup plus de prise sur leur présent.
Voilà un récit qui se fait la musique de vies désenchantées et présente une vision peu flatteuse des hommes (des anti-héros à la fois faibles et étonnamment attachants) tant la lâcheté ambiante fait l'effet d'un lancinant refrain. En ce sens et comme le dit l'éditeur, "Nick Hornby signe la bande originale de notre époque".

Je suis impatiente de recroiser cette plume à l'occasion de la lecture commune organisée par Pickwick qui, je l'espère, verra fleurir de nombreux billets le 1er août !

Pour découvrir le premier chapitre, c'est par ici

Plusieurs autres avis chez BOB !



Un grand MERCI aux éditions de m'avoir offert ce livre !

24 avril 2010

Tous les matins du monde - Pascal Quignard


"Tous les matins du monde" est un roman de l'écrivain français Pascal Quignard, publié en 1991.
Nous sommes au 17ème siècle. Monsieur de Sainte Colombe ne se remet pas de la mort de son épouse qui l'a laissé seul avec leurs deux filles. L'homme passe ses journées dans sa cabane et y joue de la viole des heures durant, refusant à maintes reprises de se rendre à la cour pour y divertir le roi.
Un jour, un jeune homme du nom de Marin Marais vient à frapper à sa porte et l'enjoint d'accepter de le prendre comme élève. Or les deux hommes nourrissent des conceptions bien différentes de ce que doit être la musique.

Voici un court roman qui traite avant de tout de la musique et de l'importance qu'elle revête pour les différents personnages. Monsieur de Sainte Colombe lui a dédié sa vie. C'est un homme taciturne entièrement tourné vers son art et pour le moins asocial. Nostalgique d'un passé qui n'est plus, il passe des journées entières à jouer de la viole ou à parler au fantôme de sa femme dont la mort l'a laissé inconsolable.

" Voilà la cabane où je parle !
Il s'était mis de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque.
Il se redressa. Il tenait les paupières baissées. Il ne vit pas que la barque avait disparu. Il reprit au bout d'un certain temps, les larmes glissant sur ses joues :
"Je ne sais comment dire, Madame. Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids." p.79
Marin Marais cherche dans la musique la fortune et la gloire à la cour de Versailles. Rapidement éconduit par l'homme qu'il aurait tant souhaité avoir pour maître, il trouve refuge dans les bras de sa fille, Madeleine de Sainte Colombe, qui semble détecter en lui un talent qu'elle est prête à révéler à l'aide des enseignements dispensés par son père. Madeleine et Marin passeront des heures à guetter le maître dans sa cabane, à l'affût de sonorités que Marin reproduira par la suite en son nom. Mais le jeune homme se lasse rapidement de Madeleine qui ne souffrira jamais son départ.
Il ne souhaite qu'une seule chose : les partitions du génial Sainte Colombe. Malheureusement pour lui, le vieux musicien ne conserve aucune trace de son art. Il ne restera plus à Marais que ses oreilles pour pleurer (oui oui c'est possible!)

" Tous les matins du monde sont sans retour. Les années étaient passées, Monsieur de Sainte Colombe, à son lever, caressait de la main la toile de Monsieur Baugin et passait sa chemise.
Il allait épousseter sa cabane. C'était un vieil homme. Il entretenait aussi des fleurs et des arbustes qu'avait plantés sa fille aînée, avant qu'elle se pendit. " p.107

N'ayant à mon compte aucune sensibilité musicale particulière, je pensais néanmoins pouvoir distinguer dans l'agencement des mots une quelconque mélodie... J'y ai vu des notes ça oui mais aucun enchaînement, aucune musicalité. Des phrases hâchées. Une histoire précipitée par plusieurs sauts chronologiques. Même pas le temps de tendre l'oreille que j'avais déjà tourné la dernière page, incapable de dégager une seule émotion de cette lecture. Sans compter que les personnages, tous en souffrance, m'ont davantage invitée à broyer du noir qu'à m'épancher sur leur sort.
Je me suis donc jetée sur le film, curieuse de savoir si il parviendrait à me rendre l'ouïe.

Le film

"Toute note doit finir en mourant." C'est sur cette réplique, prononcée par un Gérard Depardieu tout en costume d'époque et perruque à grappes, que s'ouvre le film. La vie de Marin Marais touche à sa fin et c'est au cours d'une leçon de musique qu'il enseigne à ses élèves qu'elle fut sa vie dans l'ombre de Monsieur de Sainte Colombe.
C'est sous les traits du fils Depardieu que nous retrouvons Marin bien des années plus tôt, alors qu'il manifestait à Sainte Colombe son désir de devenir un grand violiste.
Comment exprimer mes premières impressions sur ce film? Je ne sais pas si l'on peut imputer la remarque qui suit au fait que je sois directement passée du livre à son adaptation mais j'ai ressenti d'emblée l'impression que les acteurs se contentaient de réciter leur texte à défaut de l'interpréter. J'en ai même ri, c'est tout dire...





Les rares dialogues présents dans le livre ont pour ainsi dire été reproduits à la virgule près. Mis à part la performance de Gérard Depardieu qui campe décidément très bien les personnages en costume, je n'ai guère été sensible au jeu des acteurs.
En revanche, j'ai cette fois entendu de la musique ! Une musique mélancolique, à l'image d'un dernier chant de cygne, qui a réussi à donner un sens nouveau aux nombreux silences communs à tous les personnages.
Musique que je guettais avec l'espoir de sortir de la torpeur...et de la déprime mêlée à l'ennui mais qui n'a pas suffi à elle seule à renverser la vapeur.
"Tous les matins du monde" est d'après moi un film qui s'écoute plus qu'il ne se regarde.
Inutile toutefois de préciser que je suis loin d'avoir été conquise par l'histoire...





D'autres avis : Lili Galipette - Karine:) - Lilly - Emilie - Abeille et d'autres encore chez Bob !

11 janvier 2010

Swing mineur - José-Louis Bocquet


"Swing mineur" est le 14 ème roman du français José-Louis Bocquet, écrivain et scénariste de bandes-dessinées, notamment connu pour ses bd's "Kiki de Montparnasse" ou encore "Les aventures d'Hergé".
"Swing mineur" est l'histoire de K., le dernier producteur musical indépendant, vue par 3 hommes qui l'ont connu à différents moments de sa vie, tantôt au sommet de la gloire, tantôt au bord du dépôt de bilan.
Le premier "témoin" est un apprenti journaliste qui tente de faire connaître un rappeur de banlieue prénommé Rachid (ou plutôt Ra-Sheed).
Le succès sera au rendez-vous pour K. comme pour les deux jeunes hommes mais les choses dérapent...
1er mouvement.
K. prend sous son aile un jeune qui a arrêté ses études après le bac. Il lui apprend le métier sur le tas et ensemble ils prennent le risque de signer "Les Chapeaux Ronds", un groupe breton qui fait de la chanson populaire.
Malheureusement, l'affaire tourne mal.
2ème mouvement.
Le fils de K. lui demande son aide, son père accepte de l'héberger à condition qu'il travaille à ses côtés.
Le label de K. tourne mal, il faut trouver une solution rapidement. Un groupe de rock les sauvera de la faillite mais certaines affaires du passé ressurgissent...
3ème mouvement.

Ce roman dresse donc le portrait de Mr K., un homme sans diplômes ayant réussi à partir de rien, un malin qui semble bien connaître son métier mais souffre en même temps de revers de médaille, dans ce monde particulier qu'est le show-business.
Les trois versions données par les différents témoins décrivent une sorte d'irréductible gaulois, capable de dénicher des talents totalement insoupçonnés, souvent peu aimable et difficile à suivre mais qui reste celui qui, en devenant leur mentor, leur a donné une chance que les autres leur auraient refusée.
Tous les 3 connaîtront tour à tour avec K. la gloire et les affres de l'industrie musicale, un monde où il faut pouvoir parier gros et juste, tout en risquant de perdre sa mise. Une vraie roulette russe.
La première partie nous plonge dans le monde du rap et de son vocabulaire des cités.
Bien que je n'ai pas du tout accroché à cette partie en raison des multiples " boules", "zyva", "skeuds", "niker le système" et j'en passe (ça me fait penser que j'ai encore "Kiffe kiffe demain" dans ma PAL...), je dois bien reconnaître qu'elle est criante de réalisme ( c'est mon heure quotidienne passée dans le métro qui me l'a dit).
La narration se fait plus fluide dans les deux autres parties et le personnage de K. y est plus développé.
Ce qui m'a le plus frappée dans ce roman c'est la fadeur des 3 personnages secondaires, tous plus paumés les uns que les autres, agissant selon le bon vouloir de Mr K. et complètement incapables de prendre une décision voire de donner un sens à leur vie.

" Dans les quartiers, autour de moi, tout le monde rappait, scratchait, breakait, graffait. Je vivais dans un monde d'artistes. Mais l'art, c'est comme le foot, ils sont plus nombreux dans les tribunes que sur le terrain. Une minorité exécute les rêves d'une majorité, c'est une question d'équilibre, de yin, de yang et de balance commerciale. Ne survivent que les meilleurs.
C'est pour ça, moi, je n'ai jamais pratiqué la compétition.
Ou alors tout seul, dans ma propre catégorie. Le lancer de cacahuètes. Soixante-quatre cacahuètes de suite, sans en faire tomber une parterre. Direct dans la bouche." p.19

Mr K. est bel et bien la vraie star de ce roman. Même au pied du mur, alors que tout semble fini pour lui, il parvient toujours, tel un sauveur, à sortir une dernière carte de sa manche et à entraîner les autres avec lui.
Toute l'ambiance du roman baigne ainsi dans les retournements de situation, les coups de la dernière chance, les dettes et les règlements de compte façon Scarface.

" "Le show-biz est une valse à trois temps. On lèche, on lâche, on lynche." disait K.
Je l'écoutais, il parlait d'expérience, j'étais un novice. Il m'appelait "l'innocent", je rigolais.
"T'as raison, rigole bien, mais fais attention, parce que toi aussi un jour tu auras les mains couvertes de sang."
Parfois, il parlait aussi comme un vieux con. " p.77

Bien que j'ai aimé la structure de ce récit en ce qu'il nous présente un portrait vu sous différents angles ainsi que la description faite de ce milieu pourri que semble être l'industrie musicale, je n'ai pas vraiment réussi à rentrer dans cette histoire et suis restée complètement hermétique vis-à vis de ces personnages secondaires complètement mous.

Un roman que je n'irais pas jusqu'à déconseiller mais qui pour moi fut une lecture divertissante plutôt qu'absolument nécessaire.


D'autres avis : Diane - Aily - Thalia - Fée Bourbonnaise


Un grand MERCI à et aux Editions de m'avoir offert ce livre!

20 décembre 2009

En passant...

Une chanson que j'aime beaucoup! Vu son titre et sa mélodie, je me suis toujours demandée pourquoi elle ne figurait pas dans la bande-son d'un James Bond...

15 décembre 2009

La mélodie des tuyaux - Benjamin Lacombe


"La mélodie des tuyaux" est le dernier album illustré de Benjamin Lacombe, paru cette année aux éditions Seuil Jeunesse.
L'histoire nous plonge dans l'univers du cirque que découvre Alexandre, un jeune garçon de 13 ans, épris de la belle Elena.
Alors que les gitans enseignent la guitare à Alexandre, ses parents refusent que leur fils continue à fréquenter des romanichels. Il ira travailler à l'usine, un point c'est tout.
Mais le jeune homme a fait une promesse à Elena : lui écrire une chanson qu'il présentera lors de la dernière représentation du cirque.

Après "Les Amants Papillons", voici que je sors à nouveau émerveillée d'un album de Benjamin Lacombe! Quel talent!
Un album magnifique, tout en contrastes, les couleurs témoignant de l'arrivée des gitans au milieu de cette ville tristement grise (le rouge étant la couleur dominante, j'étais aux anges!)

" Alexandre se cacha derrière une butte. Médusé, ébahi, il observait la troupe. Un homme si fort et si grand qu'il devait bien faire deux ou trois mètres, avec des bras plus gros que le garçon, soulevait d'énormes poutres, armoires et tonneaux comme des sacs de plumes.
Des femmes accrochées l'une à l'autre se déplaçaient en même temps dans une seule grande robe noire et rouge. Plus loin, des hommes de petite taille faisaient des acrobaties.
Alexandre n'en croyait pas ses yeux." p.13

Un conte joliment écrit mais aussi musical puisque le texte est accompagné d'un cd permettant de se laisser conter l'histoire par Olivia Ruiz.
Tiens, ça ne vous rappelle pas quelque chose par hasard?


Comme ma sélection pour le jury QD9 ^^

La chanteuse a un joli brin de voix, pimenté de ce petit accent du sud qui donne encore plus de charme au récit. Je n'aurais pas été contre une ou deux chansonnettes d'Olivia même si je dois dire que la voix du petit garçon est adorable!
Après une journée de travail et un retour dans le froid, on se réchauffe rapidement à l'écoute de cette jolie histoire ponctuée par les rythmes gitans.
J'ai laissé le cd tourner toute la soirée et j'ai enchaîné avec les Gipsy Kings!
Une impression de vacances durant une heure! Un fabuleux conte musical et pourquoi pas un joli cadeau de Noël?






















La bande annonce :




D'autres avis : Lily et ses livres - Clarabel - Theoma - Esmeraldae

30 août 2009

Melanie Safka - Look what they've done to my song



Parce qu'il y a des chansons, des voix comme ça qui...

11 août 2009

" Tu es n°1 au hit-parade de mon coeur "

Non je ne compte pas m'étendre sur le succès éclair de Marc Aryan...
Juste évoquer un petit test sympathique trouvé via Facebook : Qui était n°1 au hit-parade le jour de votre naissance?

Mon résultat :

Au hit-parade, c'est "Don't Go" interprété par YAZOO qui est numéro 1 en France.

En Angleterre, "I Don't Wanna Dance" chanté par Eddy Grant est classé meilleure vente de singles.

Et vous?

12 juillet 2009

A découvrir


Deux albums : "Les souris" et "La tortue". Des accents tantôt électro tantôt jazz, une voix pas exceptionnelle mais des textes justes et comico-émouvants.
Un petit coup de coeur pour "NAOIQ" ( même si le balancement de tête de la chanteuse dans le clip m'a bien fait rire^^) mais chaque texte a son charme particulier.
Première partie d'un concert de Zazie, pas étonnant que j'apprécie :) Merci J-Y pour la découverte :)

Pour découvrir Etyl : http://www.myspace.com/etylfr