Affichage des articles dont le libellé est Challenge 1% littéraire 2013. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Challenge 1% littéraire 2013. Afficher tous les articles

3 mars 2014

Intermède - Owen Martell



En librairie depuis le mois d'août dernier, "Intermède" est un roman de l'écrivain gallois Owen Martell.

"Intermède" s'inspire d'une période sombre de la vie du jazzman américain Bill Evans, lorsqu'en 1961 son bassiste Scott LaFaro trouve la mort dans un accident de voiture.
Dévasté, le pianiste plonge dans un profond mutisme et est accueilli par son frère Harry et sa femme, puis par ses parents qui essaient de lui changer les idées.

Lorsque j'ai choisi ce titre dans la sélection proposée par Les Chroniques de la Rentrée Littéraire, je m'attendais à ce que le récit se concentre sur l'amitié qui unissait Bill Evans à Scott LaFaro et qu'il explique en somme en quoi la mort de ce dernier avait tellement affecté le pianiste.
Or, je n'ai rien appris sur cette relation. Je l'ai simplement devinée très forte, au vu de l'état dépressif de Bill.
Le décès de Scott LaFaro apparaît plutôt comme un point de départ visant à dresser le portrait d'un artiste au plus bas, humainement et musicalement parlant.
Divisé en 4 parties, il examine tour à tour les rapports de Bill avec son frère Harry, sa mère, son père et puis finalement avec lui-même.
Plusieurs points de vue pour une même partition.
Face au silence de Bill, chacun essaie de lui venir en aide, de remplir le vide à sa manière, l'occasion de revenir sur ces petits bouts d'enfance qui prédestinaient à la musique.
Mais le malaise est là et nul ne sait si Bill s'en relèvera. Il est comme un fantôme que ses proches désemparés tentent de ramener à la vie.


"Intermède" m'a fait l'effet d'un roman contemplatif que j'ai traîné durant des semaines (alors qu'il n'est vraiment pas long), tant son ambiance me pesait et pire, m'ennuyait.
Je regrette de n'avoir pu apprécier cette lecture alors que j'ai bien senti entre les lignes la tendresse particulière que voue l'auteur à son sujet.
Comme l'a dit un jour Miles Davis (avec lequel Bill Evans a d'ailleurs joué) : " La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence."
Je suis consciente que l'essentiel de ce roman réside dans les non-dits mais malheureusement, cela ne m'a pas suffi pour apprécier cette lecture.



Je remercie néanmoins Abeline et leshttp://chroniquesdelarentreelitteraire.com/ de m'avoir envoyé ce livre.


challenge album

26 décembre 2013

Corps volé - Cécile Zec


En librairie depuis le mois de septembre, "Corps volé" est un témoignage de la française Cécile Zec.

Il y a dix ans, Cécile Zec recevait un coup de téléphone de la police nationale lui demandant si elle connaissait un masseur plébiscité par les célébrités.
A partir de ce moment-là, la jeune actrice réalise qu'il se pourrait qu'elle ait été violée par cet homme sept mois plus tôt.
Ses souvenirs sont flous : une douche, l'absorption d'un médicament censé la détendre et d'une tisane au goût étrange, l'évanouissement, l'hypothermie et l'engourdissement plusieurs heures durant.
Elle porte plainte contre celui qu'elle continue d'appeler "l'Autre", sans se douter que son cauchemar ne fait que commencer.
Insomnies, perte d'appétit, angoisses. Un procès sans cesse repoussé car le nombre de victimes déclarées augmente de jour en jour.

Peut-être avez-vous entendu parler de l'affaire Thierry Chichportich, surnommé "le masseur des stars" ? Ce violeur en série avait été condamné une première fois en 2006 à 18 ans puis en 2009 à 12 ans de réclusion pour les viols d'une quinzaine de femmes.
Une affaire qui n'est pas sans rappeler la plus récente affaire Pierre Pallardy, "l'ostéopathe des stars" également condamné pour attouchements et viols sur près de 20 patientes.
Deux affaires qui font froid dans le dos (mon dieu je viens de me rendre compte du jeu de mot pourri).

"Lors du procès, je vais vivre le traumatisme de mon viol autant de fois qu'il y a de victimes.
C'est le paradoxe dans lequel je tombe dès ce premier jour : je suis prise entre le besoin d'être reconnue victime, et le dégoût d'en être une." p.175

"Corps volé" semble se découper en deux parties : l'avant et l'après.
Cécile Zec a tout plaqué pour réaliser son rêve de devenir actrice. Arrivée à Paris, la jeune québecoise trime tous les soirs comme serveuse afin de financer ses cours de théâtre.
Débrouillarde, elle travaille énormément et bénéficie d'une bonne étoile.
Elle rencontre des gens influents, enchaîne les castings et décroche des rôles de plus en plus importants.
Tout se goupille parfaitement. Une période de vive exaltation jusqu'au moment où tout bascule.
C'est la coupure nette. La jeune femme énergique, toujours positive et enjouée, sombre dans la dépression. Désormais incapable de retenir un texte et d'entrer dans ce jeu de séduction nécessaire aux acteurs, elle se replie sur elle-même et abandonne les planches.
Sa mémoire ne revient pas, l'interroge sans cesse et l'attente du procès semble interminable.
Sous le choc et en colère, Cécile Zec ne survit que pour voir son violeur enfin condamné et peut-être obtenir certaines réponses aux questions qui la taraudent. En attendant le long processus de reconstruction.


Deux choses m'ont dérangée dans la première partie du récit. A commencer par la vision très lisse et gentillette du monde du showbiz, pourtant habituellement présenté comme un milieu de requins où tout le monde se tire dans les pattes et au sujet duquel on entend souvent qu'une femme doit coucher pour réussir.
Rien de tout cela ici. Tout le monde est prêt à lui tendre la main, toujours pile au bon moment. Soit Cécile Zec a volontairement embelli cette période de sa vie pour souligner le contraste avec ce que fut sa vie après, soit elle a vraiment eu beaucoup de bol à l'époque...
Même impression à la toute fin du livre lorsqu'elle croise le même homme que celui aperçu dans ses rêves...
J'ai également été ennuyée par certains aspects anecdotiques/pipole comme le récit de sa rencontre avec Matt Damon ou son rendez-vous manqué avec Robert Hossein. Je n'ai pas vraiment compris ce que ça ajoutait au récit, si ce n'est comme dit plus haut, pour montrer à quel point sa vie était parfaite avant.

La seconde partie retrace l'attente du procès, la déposition et la confrontation imprévue avec son violeur, les séances chez le psy et les premières étapes de la reconstruction.
Deux choses terribles m'ont frappée dans ce récit. Le procès sans cesse repoussé car l'enquête n'est pas bouclée tant que de nouvelles victimes voient le jour (et elles furent nombreuses!). Cécile Zec a ainsi du attendre 3 ans (!) avant que son violeur ne soit reconnu coupable.
Et au bout du compte, elle a du accepter de vivre avec ses questions demeurées sans réponse à l'issue du procès. Je n'ose même pas imaginer comment il est possible de vivre avec ça, ou plutôt de l'outrepasser. Et en même temps, je me demande si connaître certains détails, avoir des images de son corps malmené à son insu, auraient forcément aidé. Parfois, ne vaut-il pas mieux ne pas savoir ?
Impossible de se prononcer mais dans les deux cas, la douleur doit être terrible.

Au delà de l'évidente gravité des faits, je n'ai pas été bouleversée par cette lecture comme j'aurais dû l'être en regard du sujet.
Je me rends compte que "Viol, une histoire d'amour" - qui est pourtant une fiction - m'a davantage remuée que ce témoignage, peut-être à cause du poids des mots utilisés par Joyce Carol Oates, sa faculté à immerger son lecteur dans une histoire ou parce qu'elle envisage le viol sous plusieurs points de vue différents là où "Corps volé" s'affiche clairement comme un témoignage de victime.

Je remercie néanmoins l'agence LP Conseils et  les éditions l'Archipel de m'avoir envoyé ce livre.

challenge album



17 novembre 2013

La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson






Paru en Islande en 2010 et traduit en français cette année, "La lettre à Helga" est un roman épistolaire de l'écrivain islandais Bergsveinn Birgisson.

A la mort de sa femme Unnur, le vieux Bjarni décide de prendre la plume pour écrire à Helga, la femme qu'il aimait autrefois et n'a jamais cessé d'aimer bien qu'il ait fait le choix de ne pas vivre leur histoire.
Unis par ce même sentiment de solitude dans leurs mariages respectifs - elle, du fait d'un mari toujours absent, lui d'une épouse qui devenue stérile ne lui témoigne plus aucune tendresse - tous deux entameront une brève liaison qui prendra fin lorsque Bjarni refusera de tout quitter pour partir s'installer en ville avec Helga.
Bjarni détaille à Helga ses longues années de solitude, passées à contempler de loin une vie qu'il aurait pu mener et à laquelle il a renoncé pour conserver ses terres et sa passion des bêtes.


" Je te le dis du fond du coeur, ma Belle, je ne suis plus qu'une vieille bûche vermoulue et pourrie gisant sur le rivage du temps, d'où le ressac m'emportera bientôt. Et nul ne pleurera ma disparition.
C'est bien vrai ce que disaient les anciens : on devient lâche en vieillissant." p.111


Autant dire que ce n'était pas tant par amour pour sa femme (dont il fait assez peu de cas finalement) que pour son métier que Bjarni a fait le choix de renoncer à Helga.
Un choix qu'il ne regrette pas mais dont il a beaucoup souffert toute sa vie.
Peut-on parler d'une histoire d'amour manquée ? Je ne suis pas de cet avis car à part jouer à saute-moutons dans une grange, qu'ont-ils partagé si ce n'est un désir qu'on pourrait qualifier de bestial ?
Durant 130 pages, la nostalgie de Bjarni ne se décline qu'en une série de souvenirs et de fantasmes liés aux courbes d'Helga vis-à-vis desquelles il a nourri une véritable obsession (souvent assez schato d'ailleurs, ah la scène de la golden shower page 37...).

" Mais moi, je dépendais de toi. Je l'ai compris, là, à te voir dressée dans la lumière de la lucarne, blanche comme la femelle du saumon tout juste arrivée sur les hauts-fonds, embaumant l'urine et les feuilles de tabac." p.42

Dans un premier temps, j'ai beaucoup ri des propos crus de Bjarni compensés par une certaine poésie. "Expert palpeur" chargé d'évaluer la santé des brebis en vue de la reproduction, Bjarni dresse de nombreux parallèles entre son métier et ses galipettes avec Helga.
Ce qui donne lieu à des descriptions assez cocasses même si parfois répétitives.


" Quand nous avons fait l'amour, tes seins ballottaient contre le râtelier. Comme des cygnes sur la vague." p.66



"Je me suis engouffré dans la bergerie pour m'effondrer sur une botte de foin, à l'endroit où nous avions joui l'un de l'autre si peu de temps auparavant, à ce qu'il me semblait, là même où j'avais
regardé tes seins onduler contre la mangeoire comme des cygnes sur la vague." p.77


J'étais donc tour à tour amusée et un peu blasée jusqu'au moment d'arriver à une scène qui laisse transparaître toute la "contre-nature" de cet homme.
Un homme qui à partir de là ne m'apparaissait plus comme un être à la lubricité bon enfant mais comme un cinglé...
Une scène qui pour moi a complètement remis en cause toute la crédibilité des valeurs qu'il défendait et continue de défendre après coup (!) Je ne suis pas une petite nature mais tout de même, certains mots et images peuvent me donner la nausée et ce fut le cas ici.
En ouvrant "La lettre à Helga", je pensais découvrir une lettre d'amour - certes un peu crue - et non la confession d'un pervers égoïste en fin de vie.
Certains trouveront peut-être que j'exagère et que Bjarni ne saurait être résumé à cela mais que voulez-vous, certaines choses me dérangent parfois tellement que j'en oublie tout le reste...

D'autres avis : Leiloona - Stephie - Marilyne

challenge album


16 novembre 2013

Mon cher petit coeur - Agnès de Lestrade


En librairie depuis le 3 octobre dernier, "Mon cher petit coeur" est un album jeunesse écrit par Agnès Lestrade et illustré par Peggy Nille.

Née prématurément, Brune a toujours eu le coeur fragile. "Le grand docteur de l'hôpital blanc" lui annonce qu'elle va devoir subir une greffe.
Dans ce journal adressé à son "cher petit coeur", elle confie ses appréhensions vis-à-vis de ce nouveau coeur qu'elle va devoir apprivoiser. Battra-t-il pour Léopold, son amoureux ?

"Mon cher petit coeur,
Dans la vie, il y a des jours pâquerette et des jours hérisson. Aujourd'hui, c'est un jour hérisson, un jour qui pique qui gratte et qui coule sur les joues." p.7

Je ne lis que très rarement des albums jeunesse (principalement des Benjamin Lacombe en fait...) mais comme j'avais beaucoup aimé "La grande fabrique de mots" d'Agnès de Lestrade, j'ai eu envie de découvrir cet album-ci.
Triste à l'idée de se séparer de ce coeur hérité de ses parents, cette petite fille se pose des questions sur ce nouveau coeur dont elle sait qu'il lui viendra d'une personne décédée.

" Maman m'a expliqué qu'on allait me greffer un autre coeur. Un coeur plus fort. Le coeur de quelqu'un qui sera mort juste avant. Comment le coeur d'un mort peut-il être plus fort que toi qui es vivant ? " p.10 

"Mon cher petit coeur" est un récit tout doux qui mêle joliment poésie et sensibilité enfantine.
Destiné aux très jeunes lecteurs, il est aussi je pense un excellent support pour les parents qui veulent aborder ce sujet délicat qu'est le don d'organes ou toute autre opération.
Si j'ai été touchée par le texte, je n'ai pas vraiment été éblouie par les illustrations, pas franchement originales et qui pour moi n'ont rien apporté de plus au texte si ce n'est une contradiction (l'héroïne est décrite comme ayant les cheveux frisés. Heu...).

A lire plus qu'à voir donc :)

Je remercie Babelio de m'avoir envoyé cet album !



challenge album









12 novembre 2013

Esprit d'hiver - Laura Kasischke


En librairie depuis le 22 août dernier, "Esprit d'hiver" est un roman de l'écrivaine américaine Laura Kasischke, notamment auteure de "Les Revenants", "Un oiseau blanc dans le blizzard" ou encore de "En un monde parfait".

Le matin de Noël, Holly se réveille avec cet étrange pressentiment : "Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux".
13 ans plus tôt, son mari Eric et elle étaient partis en Sibérie et y avaient adopté leur fille Tatiana.
Alors qu'une violente tempête de neige bloque les accès routiers, les invités du dîner de Noël annulent les uns après les autres et Holly se retrouve face à face avec sa fille au comportement inhabituel...

J'avais vraiment beaucoup aimé "Les Revenants" découvert l'an passé, aussi avais-je hâte de découvrir ce roman-ci. J'ai malheureusement vite changé d'avis.
Dès les premières pages, j'ai non seulement été agacée par le contexte facile dans lequel prend place ce récit (il neige très fort, les gens sont bloqués chez eux, les lignes téléphoniques sont mauvaises - mon dieu, on dirait un mauvais film d'horreur) mais surtout par cette phrase incantatoire "Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux" qui intrigue au début puis finit par énerver au bout de 15 fois.
" Poussière, épuisement, c'était dans l'air : 
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.
Répète cette phrase, pensa Holly. C'est un refrain. Comme dans un poème. Ecris-la. Ecris de quelle manière un visage fantôme a finalement pointé son nez en ce matin de Noël (ils avaient dormi si tard) et s'est dévoilé.
Quelque chose qui avait été là depuis le début. A l'intérieur de la maison. A l'intérieur d'eux-mêmes. Cette chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux." p.17

Holly se retrouve donc en tête à tête avec sa fille dont elle ne cesse d'admirer les grands yeux et les cheveux noirs de jais (parfumés au shampooing L'Occitane Verveine, ça aussi à force on a compris hein Laura) à longueur de pages.
Une fille superbe mais qui a aussi le don d'agacer Holly au plus haut point, surtout en cette journée de Noël où Tatiana a décidé de ne pas en toucher une.
Donc si je devais résumer 200 pages sur les 275 pages de ce roman, ça donnerait ceci : Relation d'amour-haine entre une mère et sa fille adolescente. Engueulade. La fille retourne dans sa chambre. Sa mère l'appelle. La fille a changé de fringues. Engueulade. la fille retourne dans sa chambre, change de fringues, redescend, etc etc.
Holly est du genre langue de vipère qui critique tout le monde, souffre d'un grooooos problème de déni (à commencer par la météo : le blizzard dites-vous ?) pas très crédible, se plaint de ne pas avoir une minute pour écrire mais psychote pendant deux heures devant son rôti.
En tant que mère, elle se la joue très permissive tout en se montrant en même temps très horripilante. Face aux humeurs de son ado, au lieu de la laisser tranquille, elle passe son temps à l'appeler dans sa chambre pour un oui ou pour un non (Raipooooooonce si tu m'entends !)
Tatiana ne fait rien pour arrondir les angles mais semble au contraire chercher à alimenter une relation malsaine avec sa mère. Un peu borderline ces deux-là en fait.

Au bout de 100 pages, on a déjà compris de quoi il en retourne sauf qu'un dénouement surprenant donne un sens nouveau à l'histoire dans les dernières pages.
J'ai apprécié la pirouette finale mais mais mais...des tas de choses demeurent inexpliquées : tous les phénomènes étranges mentionnés au début (enfin PRESQUE tous parce que bon Laura, du papier peint dans une salle de bains (quelle idée !), c'est normal qu'il finisse par se décoller hein), les appels inconnus sur l'Iphone, la brûlure, la bosse sur la main. Ou bien c'est moi qui ai loupé un truc ?

Pour l'aspect thriller : néant (la seule fois où j'ai frissonné c'est quand je me suis levée pour aller ouvrir la fenêtre). Des personnages à achever à coups de pelle. Des échanges aussi plats que les talons de mes Converse. Beaucoup de répétitions. Une fin pas mal mais qui pour moi n'explique pas tout.
Autant dire que j'avais hâte que ça se termine.


"Esprit d'hiver" était une lecture commune avec Géraldine, Tiphanie et Hélène dont je file lire les billets.
D'autres avis : Canel - Clara - Cunéipage

Je remercie PriceMinister-Rakuten de m'avoir envoyé ce roman dans le cadre de ses matchs de la rentrée littéraire.

challenge album


8 novembre 2013

Instinct primaire - Pia Petersen


En librairie depuis le 3 octobre dernier, "Instinct primaire" est une lettre rédigée par l'écrivaine danoise d'expression francophone Pia Petersen, notamment auteure de "Un écrivain, un vrai" ou "Une livre de chair".

" Je leur dis que non, je n'allais pas le regretter puisque j'avais suivi mes exigences et que le paquet enfant/mari ne figurait pas en haut sur ma liste, toujours pas.
Si elles voulaient me voir en tant que mégère manquant d'amour parce que je n'avais pas eu d'enfant alors elles devraient attendre puisque je ne manquais de rien et je leur dis que j'étais une femme, soit, mais que je me définissais en tant qu'être humain et non pas en femme/reproductrice et qu'il était grand temps que la femme arrive au stade l'être humain, au lieu d'être toujours coincée dans ses instincts primaires." p.58

Dans cette lettre adressée à l'homme dont elle fut la maîtresse (et qu'elle aime encore), une femme (que l'on suppose être l'auteure elle-même) entreprend de lui expliquer son choix de lui avoir fait faux bond devant l'autel un an plus tôt.
Tous deux entretenaient une relation clandestine, choisie, libre de toute contrainte, et qui lui convenait en tant que telle puisqu'elle lui permettait d'exister en parallèle en tant que femme et écrivain.
Malheureusement, il semblerait que tous deux se soient mal compris. Malgré qu'elle lui ait explicitement indiqué ses réticences par rapport au mariage et à la maternité, il divorce de sa femme, la demande en mariage et voit en elle la future mère de leurs enfants. Prise de panique face à une situation inconciliable, elle s'enfuit.

Difficile de prendre parti dans cette histoire (ce n'est d'ailleurs pas le but), d'autant que le lecteur n'en connaîtra qu'un seul son de cloche.
Sans m'être jamais trouvée dans ce genre de situation, je me permets tout de même d'émettre une opinion quant à la question de l'adultère, à mon avis "mieux vécu" par quelqu'un qui n'est pas engagé de son côté que par celui/celle forcé(e) de mentir, d'affronter le regard de son conjoint et sa propre culpabilité jour après jour.
De ce point de vue, on peut comprendre que le bonhomme ait eu envie de couper court aux faux-semblants de son mariage, mettant ainsi fin à sa culpabilité (et qui sait peut-être aussi par égard pour sa femme).
Mais comme l'auteure le souligne elle-même, cela ne regardait que lui et sa femme. Elle n'a jamais rien exigé, non par résignation, mais parce qu'elle chérissait leurs précieux moments volés.
Nul besoin d'officialiser leur amour ou de le partager avec un enfant, elle espérait qu'ils pourraient se suffire l'un à l'autre.
Lui pensait sans doute qu'au fond d'elle-même, elle aspirait à devenir épouse et mère.
N'est-ce pas le rêve de toutes les femmes après tout ? Ne peuvent-elles s'épanouir pleinement qu'au travers d'un homme, d'un enfant plutôt que de chercher d'abord en elles-mêmes ?

En marge des propos destinés à cet homme qu'elle continue d'aimer, l'auteure s'adresse également à toutes ces femmes ayant émis des critiques par rapport à ses choix de vie, la reléguant à une espèce de monstre égoïste, sans coeur, voué à la solitude et presque indigne d'être femme.
"Instinct primaire" est donc aussi un sacré pied de nez à cette congrégation d'utérus sur pattes qui prétendent détenir la vérité universelle en leur sein (je sais, elle était facile celle-là).
Fustigeant l'hypocrisie et les contradictions du féminisme d'aujourd'hui, elle revendique son droit d'exister, non en fonction de l'homme, pas comme un simple appareil reproducteur mais en tant qu'être humain à part entière.
Quitte à passer pour une marginale, elle assume absolument ses choix et évoque un métier d'écrivain qui la comble pleinement.
Un livre court mais dense, qui sonne comme un appel à la liberté ! Cette lecture m'a fait beaucoup de bien dans la mesure où je me pose de plus en plus de questions à moi-même par rapport à la maternité.
Un sujet qui pour moi devrait toujours sonner comme un vrai choix individuel plutôt que comme une évidence commune.



"Instinct primaire" était une lecture commune avec Leiloona, Noukette et George dont je suis très curieuse de lire les avis !
D'autres avis : Stephie - In Cold Blog

MERCI à Babelio de m'avoir envoyé ce livre !

tous les livres sur Babelio.com


challenge album



15 octobre 2013

36 heures de la vie d'une femme - Agnès Bihl


En librairie dès le 17 octobre prochain, "36 heures de la vie d'une femme" est le premier recueil de nouvelles de l'auteur interprète française Agnès Bihl.

"36 heures de la vie d'une femme" qui a donné son titre au recueil aborde la difficulté d'être une femme plurielle à notre époque et de pouvoir mener de front tous les rôles que lui impose la société (ou qu'elle s'impose à elle-même ?).
"Pleure pas, Casanova" ou l'étrange attirance des femmes envers les bad boys.
Difficile pour un couple de trouver du temps à soi, surtout avec une ado à la maison. Les moments pour "La sieste crapuleuse" sont plutôt rares.
"Bon dieu, mon vieux" ou le lynchage d'un vieil homme à son propre enterrement.
"Les imbéciles", discussion hautement alcoolisée de deux hommes au sujet de leurs épouses.
Un psychanalyste dévoile une méthode radicale et infaillible pour soulager ses patients dans "Toubib or not toubib".
"Le baiser de la concierge" ou l'histoire vraie de 3 enfants enfermés durant plusieurs mois pendant la seconde guerre mondiale.
Dur de faire face à "La déprime". Une jeune femme se confie à un psy. A moins que...?
Et si les nouveaux nés pouvaient parler, que diraient-ils ? Peut-être "La plus belle, c'est ma mère".
Une membre des bénévoles du Bienheureux Calvaire des Foetus Anonymes écrit à Jésus pour lui parler de "La manif" qui se prépare.
"Gueule de bois 2 : le retour" : tout est dans le titre ou presque...
Blandine est infidèle, ragoteuse, égocentrique, menteuse, langue de vipère, vénale. Bref elle a décidément "Tout pour plaire".
"Ciné-club" et les rêves de gloire d'une figurante de pub.
Victimes d'"Insomnie", une mère veille son enfant, un homme lève la main sur sa femme, une adolescente songe au suicide. Ca ira mieux demain (ou pas).
Dans "Faites l'amour, pas la vaisselle", une femme annonce à ses enfants qu'elle est amoureuse et qu'elle quitte leur père pour commencer enfin sa vie de femme.

"36 heures de la vie d'une femme" signe pour moi une double rencontre avec Agnès Bihl puisque la lecture de ce recueil m'aura non seulement permis de la découvrir en tant qu'auteure mais aussi en tant que chanteuse.




Une artiste que je placerais dans le même registre que Juliette, Anaïs ou Rose, des chanteuses dont j'apprécie généralement les textes.
S'agissant de ce recueil, autant le dire tout de suite, ce fut globalement un coup de coeur !
Par globalement, j'entends que si tous les textes m'ont plu, certains se sont davantage détachés du lot comme "Bon dieu, mon vieux", "Insomnie", "Tout pour plaire" et "Faites l'amour, pas la vaisselle".
Le moins qu'on puisse dire est qu'Agnès Bihl n'a pas la plume dans sa poche, s'amusant avec les mots (chaque texte commence d'ailleurs par la définition d'un mot en rapport avec la suite) et rehaussant des scènes de la vie quotidienne (pour la plupart) d'un humour très second (voire troisième) degré.

"Je, soussignée Vénus Dersch, saine de corps et d'esprit, déclare vouloir mettre un terme à mes jours dès cette nuit.
Cher papa, chère maman, surtout ne culpabilisez pas de m'avoir enfoncée toujours plus profondément dans l'angoisse et la dépression, ce n'est pas votre faute.
Il ne faut pas pleurer, je meurs en bonne santé et je suis à présent en paix avec le monde.
Je ne vous dis pas adieu, je vous dis au revoir car vous n'êtes plus tout jeunes et plutôt gros fumeurs,
Votre fille qui vous aime plus que sa propre vie." p.111

Ma nouvelle préférée fut sans conteste "Bon dieu, mon vieux", un petit bijou d'humour noir.

" Ma femme...enfin, ce qu'il en reste. Avec ses colliers de mentons qu'elle porte autour du cou, son regard en trou de pine et ses bajoues bouffies, c'est vrai qu'elle a morflé. Dire qu'elle aime la nature...elle n'est pas rancunière. Moi si. Quand je pense aux années qu'on a perdues ensemble, oh mon amour, allez ! Laisse-moi te regarder. On s'amuse comme on peut.
Ton charme est faisandé depuis pas mal de temps mais c'est vrai qu'à vingt ans, ton rire était une vague, une cascade, un torrent...et moi comme un grand con, je me noyais dedans.
C'est drôle. Maintenant, ta bouche en cul-de-poule n'est plus qu'une flaque d'eau tiède. Ton rouhe à lèvres est rose comme du papier cul, c'est moche mais ça te va bien.
Dire qu'on tue les baleines pour maquiller des thons.
J'aime assez l'ironie, décidément la veuve est l'avenir de l'homme." p.39

A travers ces nouvelles (rédigées au départ des chansons que l'auteure avait écrites pour le cd du même nom), Agnès Bihl aborde de nombreux thématiques actuelles comme la peur de l'engagement, l'homosexualité, la maternité, la solitude, le Mouvement Pro Vie, la violence, l'adolescence, le syndrôme de la "super woman", souvent sous la forme d'un monologue, confession ou cri du coeur.

Un recueil à découvrir de toute urgence !

Merci à l'agence LP Conseils et aux éditions Don Quichotte de m'avoir envoyé ce recueil !


challenge album


10 octobre 2013

Au bal de la chance - Edith Piaf


En librairie depuis le 18 septembre, "Au bal de la chance" est une réédition réalisée à l'occasion des 50 ans de la mort d'Edith Piaf, ce 11 octobre.
Parue pour la première fois en 1958, l'édition s'est vue augmentée d'une préface signée par Jean Cocteau, d'une postface, de plusieurs témoignages de proches de la chanteuse, ainsi que de deux cd's contenant les enregistrements de ses chansons à l'Olympia entre 1955 et 1963.

Edith Piaf revient sur ses débuts, dans la rue, en 1935, avant que Louis Leplée, directeur du Gerny's, ne la remarque et l'engage dans son cabaret où elle devient alors "La môme Piaf".
En lisant "Au bal de la chance", on se rend compte à quel point la vie de Piaf fut marquée par une série de rencontres dont elle se souvient, non sans émotion.
Ainsi en va-t-il de Marguerite Monnot - meilleure amie et parolière -, Raymond Asso - qui lui offre "Mon légionnaire" et lui décroche son premier contrat de music-hall -, Michel Emer - auteur de "L'accordéonniste", Yves Montand - qu'elle contribuera à faire connaître -, Les Compagnons de la chanson - avec lesquels elle interprétera notamment "Les Trois Cloches"-, Marlene Dietrich - précieuse amie-, Jacques Pills - son premier mari-, Jean Cocteau - qui lui écrira la pièce "Le Bel Indifférent", mais aussi Charlie Chaplin, la princesse Elizabeth d'Angleterre, le général Eisenhower ou encore Sacha Guitry.
Elle retrace également sa conquête de l'Amérique ainsi que du public grec qui la surnommait "la chanteuse de poche".

C'est la deuxième fois que je lis un ouvrage consacré à Edith Piaf et la deuxième fois que je m'en mords les doigts.
"Mon amour bleu", qui exposait sa correspondance désespérée avec le cycliste Louis Gérardin, m'avait plutôt agacée et mise mal à l'aise de par son contenu "trop intime" et je m'étais jurée de ne plus rien lire d'aussi personnel la concernant.
"Au bal de la chance" n'évoque quasiment pas les hommes qui ont traversé sa vie (c'est à peine si Marcel Cerdan est cité), ce qui m'a franchement étonnée compte tenu de l'importance de l'amour dans la vie de Piaf mais aussi soulagée pour la raison évoquée plus haut.
Je préfère généralement les autobiographies aux biographies (bien souvent subjectives de par les interprétations de leur auteur). Lorsque j'ai eu vent de la réédition de "Au bal de la chance", j'ignorais alors qu'il s'agissait plutôt d'une compilation d'entretiens avec un journaliste, certes validée par Edith Piaf de son vivant mais pas écrite de sa main comme le laisse penser la narration à la première personne.
Première déception donc.
Ma deuxième déception est allée aux notes de bas de page et à la postface qui semblent prendre plaisir à reprendre "l'auteure" dans sa narration en relevant ses petits mensonges, incohérences et contradictions.
Rien de bien scandaleux mais pourtant de petites révélations qui ont suffi à entacher la sincérité que je prêtais par défaut à Edith Piaf. Comment dès lors dissocier le vrai des petits arrangements mis au service du mythe et corroborés par la principale intéressée ? Qu'apprendra-t-on dans 50 ans ? Que Piaf chantait en play-back ?!?
Ce qui m'a donc amenée à m'interroger quant au but de cet ouvrage censé lui rendre hommage à l'occasion de l'anniversaire des 50 ans de sa mort.
Curieux hommage tout de même...
En écoutant les deux magnifiques cd's présents dans cette édition (charme des grésillements, impression d'assister à un concert d'époque), je me suis dit qu'il valait mieux à l'avenir me contenter des airs de la chanteuse et laisser la vie de la femme de côté. 

Je remercie l'agence LP Conseils et les éditions de m'avoir envoyé ce livre.

challenge album


6 octobre 2013

Manuel de survie à l'usage des incapables - Thomas Gunzig


En librairie depuis le 22 août, "Manuel de survie à l'usage des incapables" est un roman de l'écrivain belge Thomas Gunzig, notamment auteur de "Mort d'un parfait bilingue", "De la terrible et magnifique histoire des créatures les plus moches de l'univers" ou encore du recueil de nouvelles "Assortiment pour une vie meilleure".

Jean-Jean, agent de sécurité dans un supermarché, installe des caméras de surveillance pour tenter de surprendre la liaison entre la caissière Martine Laverdure et Jacques Chirac Oussomo, responsable du rayon primeurs.
Lorsque la DRH leur annonce leur intention de les licencier pour faute grave, un incident ôte la vie à Martine.
Pendant ce temps, une bande de 4 frères loups (Blanc, Noir, Gris et Brun) issue d'une cité braque un supermarché.
A l'annonce de la mort de leur mère, la meute décide de se venger et se lance à la poursuite de Jean-Jean, se heurtant au passage à Marianne, la femme de celui-ci, dotée de gênes de mamba vert...

" On avait beau tourner la chose dans tous les sens, la seule réponse possible à l'existence de l'homme sur terre, c'est qu'il est là pour contrôler le système, c'est ce qu'il fait de mieux, c'est son plus grand talent.
Et le contrôle du vivant n'a été qu'une étape dans un processus beaucoup plus large, un processus qui plonge ses racines dans cette longue évolution qui dure depuis la domestication du feu, la maîtrise de l'agriculture, l'économie de marché, la copyright de la recette des nuggets par Ray Croc, la privatisation de l'eau potable par Nestlé, la privatisation de l'eau de mer par Apple, la privatisation de la reproduction humaine et l'immense marché qu'elle a ouvert à tous les grands groupes industriels...
Le vivant n'est qu'une étape et d'autres choses se passent à très très haut niveau ! " p.364
Tout comme dans "Mort d'un parfait bilingue", Thomas Gunzig nous dévoile à nouveau une vision désabusée du monde, qui s'incarne cette fois dans un supermarché corrompu par les lois du capitalisme.
Pourquoi s'emmerder à licencier une caissière au motif qu'elle scanne un peu trop lentement alors qu'on peut lui coller une liaison sur le dos et la virer pour faute grave sans indemnités ?
Quant à Jacques Chirac Oussomo, peu importe ses années d'ancienneté, c'est malheureusement "un dommage collatéral"...
Après tout, c'est chacun pour soi. Le rendement passe avant l'humain, interchangeable et relayé à un simple maillon de la grande chaîne de distribution.
Symbole par excellence de ce monde sans scrupules, Marianne se révèle prête à tout pour servir au mieux ses intérêts.
En marge de cet univers implacable, une meute de 4 loups qui n'obéissent qu'à la féroce loi de la jungle sèmeront un bordel tout sauf joyeux dans cette organisation bien rôdée.
La police ? Nul besoin d'intervenir, les assurances rembourseront...
Cible au centre de cette chasse à l'homme, Jean-Jean compte sur l'aide de Blanche de Castille, agent au service Sécurité et Protection qui, contrairement à sa femme ne possède pas des gênes de mamba vert mais de loutre...
Certains humains (mais pas tous, pourquoi ?) ont ainsi fait l'objet de croisements génétiques avec des animaux mais je n'ai pas compris en quoi le recours aux gênes de loup constituait un délit par rapport à d'autres animaux, comme je n'ai pas saisi cette histoire d'upgrade HP (si quelqu'un peut éclairer ma lanterne à ce sujet ?)...
Tout est ainsi placé sous copyright, y compris la vie après la mort (rachetée par Ikea...).

Si l'on s'en tient strictement à son histoire, "Manuel de survie à l'usage des incapables" n'offre rien de bien particulier : récit d'une chasse à l'homme pimenté d'une dose de romance et de science-fiction.
Non ce qui m'a surtout intéressé dans ce roman, c'est précisément son emballage, la façon dont l'auteur inscrit son histoire dans un contexte économique et social aussi glaçant que réaliste sur bien des points, dressant ainsi la chronique d'un monde sans pitié.
Au lecteur d'en tirer les conclusions qui s'imposent, l'auteure ne se pose ici pas en juge.
Sujet sombre voire carrément noir auquel viennent pourtant brillamment se greffer l'humour de l'auteur et cette écriture visuelle qui me parle toujours.


Un roman qui vaut le détour !

MERCI à Babelio de m'avoir envoyé ce roman !





challenge album


24 septembre 2013

Fiançailles - Chloé Hooper




En librairie depuis le 12 septembre, "Fiançailles" est un roman de l'écrivaine australienne Chloé Hooper, également auteure de "Grand homme" et "Un vrai crime pour livre d'enfant".

Autrefois architecte à Londres où elle a accumulé un certain nombre de dettes, Liese Campbell vit à présent à Melbourne, travaillant pour son oncle agent immobilier.
Elle fait la rencontre d'Alexander Colquhoun, riche propriétaire terrien qui cherche un appartement.
Au fil de leurs rendez-vous, Liese et Alexander entament une liaison...rémunérée, l'occasion idéale pour Liese de rembourser ses dettes et quitter l'Australie.
Juste avant son départ, Alexander lui propose une coquette somme d'argent en échange d'un weekend passé avec lui dans sa ferme du bush.
Autant dire que Liese est loin de soupçonner ce qui l'attend...

" Un froid glacial m'envahit. Je l'avais invité dans ma pièce la plus intime. Une fois dedans, il s'était emparé de mon fantasme et l'avait complètement désarticulé.
Jusqu'à ce que, par le plus grand, le plus improbable des hasards, je comprenne que je m'étais échouée dans un endroit froid, humide, inconnu.
J'étais dans la pièce qui se trouvait à l'intérieur de sa tête à lui et il avait fermé la porte à clé." p.149


Durant quatre mois, Liese et Alexander ont prétexté une recherche d'appartement pour se voir régulièrement et assouvir leurs fantasmes dans des appartements de location.
Et pour pimenter encore plus les choses, tous deux s'adonnent à un jeu de rôles façon "Pretty Woman", elle s'improvisant prostituée issue des bas fonds et lui, riche chevalier l'arrachant à une vie de misère.
A ce jeu-là, ils se révèlent plutôt mauvais acteurs. Liese n'ayant jamais versé dans la prostitution avant lui et Alexander affichant une curiosité timide, comme si il n'assumait pas vraiment leur relation.
La situation prend rapidement une autre tournure lorsque Liese le rejoint dans sa ferme.
Non seulement le décor se veut des plus austères et des plus glauques mais en plus, contrairement à Liese qui s'évertue à conserver son rôle, Alexander commence à se détacher du sien.
Il semblerait que, loin de la considérer comme une vulgaire prostituée, Alexander se soit réellement entiché d'elle et ait envie de la connaître. Au point de se montrer très intrusif et beaucoup plus sûr de lui, ce qui n'est pas vraiment du goût de Liese.

Et là on s'imagine déjà tomber dans un de ces thrillers au scénario vu et revu. Un huis-clos oppressant mettant en scène Liese séquestrée dans une ferme sinistre au milieu de nulle part par un psychopathe qui va lui en faire baver.
Il faut dire que tout vise à encourager le lecteur dans cette voie : l'ambiance malsaine dont est imprégné tout le roman, le comportement de plus en plus bizarre d'Alexander et une série de détails troublants qui s'accumulent.
Et pourtant...les choses ne vont pas se dérouler comme prévu. L'auteure affectionne vraisemblablement les twists et autres procédés censés embrouiller le lecteur.
Arrivée à la dernière page, je ne savais pas trop quoi penser et j'ai même relu les pages de fin pour m'assurer que je n'avais pas loupé quelques détails en passant.
Au final, les personnalités des deux héros demeurent insaisissables et je me demande encore où se trouvait la limite entre jeu et réalité, à supposer qu'il y en ait une...
De la façon dont je l'ai compris, tout ça m'a semblé trop tiré par les cheveux mais comme vous le voyez, je reste perplexe. Je ne me verrais donc pas vous recommander ou vous déconseiller ce roman.
Si un lecteur passe par ici, je serais curieuse de connaître sa version de l'histoire :)


Je remercie la librairie Dialogues de m'avoir envoyé ce livre.


2 septembre 2013

La nostalgie heureuse - Amélie Nothomb (livre audio)


En librairie depuis le 21 août, "La nostalgie heureuse" est un texte autobiographique de la romancière belge Amélie Nothomb, notamment auteure de "Stupeur et tremblements", "Le Voyage d'hiver" ou plus récemment de "Barbe bleue".

"La nostalgie heureuse" est le sentiment qu'éprouve Amélie Nothomb à l'issue de son retour au Japon en avril 2012, un pays dont elle fut arrachée à l'âge de 5 ans, qu'elle retrouve brièvement une fois  diplômée (son expérience fut racontée dans "Stupeur et tremblements") et où elle n'avait plus mis les pieds depuis 16 ans.
Sollicitée pour un reportage, l'auteure revisite les lieux de son enfance en compagnie d'une équipe de télévision. Ce reportage - "Amélie Nothomb, Une vie entre deux eaux" - a d'ailleurs été diffusé sur France 5 l'an dernier.
A la joie des retrouvailles se mêle l'appréhension de confronter ses souvenirs à la réalité d'un pays malmené par le séisme de 2011 et de renouer avec Nishiosan - plus qu'une nounou, une mère de coeur - et Rinri, le fiancé autrefois éconduit et évoqué dans "Ni d'Eve ni d'Adam".

" Les retrouvailles sont des phénomènes si complexes qu'on ne devrait les effectuer qu'après un long apprentissage ou bien tout simplement les interdire."

Je me souviens encore très bien du reportage de France 5. De ce fait, je ne comprends pas trop l'appellation de "roman" utilisée pour qualifier "La nostalgie heureuse" car pour moi, il s'agit plutôt d'une incursion dans les coulisses de l'émission, voire d'un arrêt sur images commenté et augmenté de scènes coupées au montage.
Amélie Nothomb se livre ici sans filets et sans passer par le truchement d'un personnage.
L'enjeu de ce voyage était double. Non seulement elle allait revoir le Japon avec lequel elle vécut "une idylle parfaite", Nishiosan dont elle n'avait plus de nouvelles depuis le tremblement de terre de Kobe, et Rinri dont elle craint la réaction.
Mais elle espère également que ce retour aux sources lui fournira des preuves de son existence, de ce passé nippon tellement embelli par ses souvenirs d'enfant.
Arrivée sur les lieux, le choc est de taille. Le pays a visiblement perdu de sa superbe lors du séisme, et le quartier modeste de son enfance est devenu une banlieue chic.

" Je suis trop occupée à contenir mon coeur brisé. Plus un chagrin est banal, plus il est sérieux. Tout le monde connaît cette expérience cruelle. Découvrir que les lieux secrets de la haute enfance ont été profanés, qu'ils n'ont pas été jugés dignes d'être préservés et que c'est normal, voilà."

Les nouvelles images se heurtent aux souvenirs. La douleur liée au déracinement refait surface mais les repères d'autrefois semblent avoir disparu.
Heureusement, Nishiosan et Riri n'ont pas changé, ils ont simplement vieilli.
Les retrouvailles avec sa nounou sont déchirantes (elles m'avaient décoché une larme lors du reportage et ce fut pire cette fois-ci) et trop brèves, comme un ultime adieu. Avec Rinri, la romancière retrouve la complicité mais aussi "la gêne" éprouvée autrefois.
Il y aura d'autres visites : Kyoto "la plus belle ville du monde" aux dires de l'auteure, Tokyo et ses "cols blancs", Fukushima et sa centrale nucléaire fantôme.
Mais aussi un rendez-vous houleux avec son éditeur japonais.
J'ai d'ailleurs appris que suite à la parution de sa nouvelle "Les Myrtilles" dont les bénéfices furent reversés aux sinistrés du séisme 2011, le Japon - qui boudait ses livres depuis la parution de "Stupeur et tremblements" - avait recommencé à la traduire depuis...
Par contre, pas question de reparler de "Stupeur et tremblements".

J'ai beaucoup aimé ce petit voyage au pays du Soleil Levant, raconté avec beaucoup d'émotion, de modestie (elle évoque souvent son "japonais de cuisine") et de dérision (l'anecdote sur le bonsaî ressuscité par Martin Scorcese est des plus savoureuses, de même que sa réflexion au sujet des noms farfelus donnés à ses personnages).
Amélie Nothomb fait ici montre d'une capacité d'émerveillement et d'une sagesse contagieuses.
Si elle confesse être une nostalgique dans l'âme, elle nous invite néanmoins à prendre le passé pour ce qu'il est.

S'agissant du livre audio en lui-même, j'ai trouvé l'écoute fort agréable. Le texte, régulièrement entrecoupé de mélodies nipponnes, est mis en paroles par Cathy Min Jung, une lectrice d'origine asiatique.
Un choix judicieux sachant que de nombreux mots japonais parsèment le récit.

"La nostalgie heureuse" ravira certainement les fans. En revanche, je me demande si cette intimité partagée avec l'auteure intéressera les autres. Pour ma part, j'avoue avoir été conquise et j'ai ressenti moi aussi cette nostalgie heureuse de mon adolescence, largement bercée par les romans d'Amélie Nothomb et que je ne retrouvais pas dans ses précédents romans.

Si vous avez l'occasion de regarder le reportage avant, c'est encore mieux !

D'autres avis : Argali - Hérisson - Mango - Géraldine

Cliquez ici pour en découvrir un extrait audio

Je remercie les éditions Audiolib de m'avoir envoyé ce livre !

challenge album


29 août 2013

Le don du passeur - Belinda Cannone


En librairie depuis le 21 août, "Le don du passeur" est un récit biographique écrit par la romancière et essayiste française Belinda Cannone, notamment auteure des romans "L'Adieu à Stefan Zweig","Entre les bruits" ou encore de l'essai "Petit éloge du désir" qui paraîtra le 12 septembre prochain.

" Mais il était ainsi bâti que pour lui tout était grave : ce que je nomme sa passion.
Car, si elle m'irritait alors, aujourd'hui je la vois comme un de ses legs : tout était important, parce que tout était précieux, vivre était cet engagement de tous les instants dans le solide comme dans l'écume de l'existence - une palpitation, un battement, un éclat." p.77

"Le don du passeur" évoque Joseph Cannone, cet homme "à contre-courant" qui fut le père de l'auteure.
Un "drôle de bonhomme" doté d'une "disposition continue" à l'intelligence de coeur, qui passait parfois pour un fou tant sa générosité, son respect et son souci des gens, des choses, de la nature, son humilité, son émotivité et sa compassion pouvaient se manifester à l'excès, provoquant souvent l'incompréhension ou l'agacement.
Et pourtant c'est ce même homme, présent en filigrane dans chaque texte de l'auteure, qui en véritable "passeur", a transmis à sa fille le don de pouvoir s'émerveiller devant les plus petites choses et communiqué, malgré lui, un système de valeurs et une certaine façon d'être au monde, toujours empreinte de cette modestie naïve qui le caractérisait. 
Pédagogue dans l'âme, toujours prescripteur de conseils pour aider autrui, il n'en a pas moins laissé sa fille libre de penser par elle-même, lui donnant des outils plutôt que de chercher à la diriger dans ses choix. Nul doute que celui-ci, par son amour de la langue et de la littérature, lui ait ouvert la voie vers sa vocation d'écrivain.
Mais, si l'homme pouvait se montrer joyeux, il se révélait aussi mélancolique et jamais apaisé, capable d'une totale abnégation jusqu'à l'auto-flagellation.
Qualités, défauts, les deux notions ne cessent ici de se confondre.

 
"Je croyais que j'allais souvent pleurer. Mais non. Le travail tient l'émotion en respect. Plutôt : pour parvenir à exprimer ce qu'il y a d'émouvant dans ce personnage, je dois fournir un travail qui crée en moi une distance d'avec l'émotion primitive. Que ressentira le lecteur ?" p.45

Puisque l'auteure pose ouvertement la question à son lecteur, je me permets de formuler une réponse.
Loin de moi l'idée de mettre en doute l'amour de Belinda Cannone pour son père (de quel droit me le permettrais-je ?) mais si j'ai bien ressenti une tendresse certaine dans le choix des anecdotes évoquées, il m'a vraiment manqué une chaleur, une vibration dans l'écriture telle que, à sujet plus ou moins équivalent, je l'avais ressentie durant ma lecture de "Le livre de ma mère" d'Albert Cohen.
"Le don du passeur" m'a en quelque sorte fait penser à une coupe de cheveux "effet saut du lit".
Hum...je m'explique. Vous voyez ces ptits djeuns qui arborent une coupe de cheveux d'apparence négligée alors qu'en fait ils ont passé plus d'une heure dans la salle de bains ?
"Le don du passeur" donne par sa construction une impression un peu chaotique, comme si il avait été écrit au fil des idées et des souvenirs de l'auteure.  Ainsi le portrait de son père se dessine-t-il progressivement devant elle (et devant le lecteur).
Pour paraphraser Beigbeder, Belinda Cannone écrit pour savoir ce qu'elle pense de son père, recourant à l'écriture pour remplir le vide et composer, immortaliser le portrait formé par les souvenirs liés à lui.
Malheureusement, sans se révéler artificiel pour autant, ce récit m'a semblé trop en retenue, trop travaillé.
Evoquer son propre père relève de l'intime mais dans le cas présent, j'ai trop souvent eu l'impression de lire un essai sur un personnage (l'auteure dresse beaucoup de parallèles avec "L'Idiot" de Dostoievsky, que je n'ai pas lu, ça n'aide pas).
Au final, j'ai regretté que l'auteure verse trop dans l'analyse au détriment de l'affect.
J'espère être davantage conquise par "L'Adieu à Stefan Zweig" qui m'attend dans ma bibliothèque depuis un bon moment.

Je remercie la librairie Dialogues de m'avoir envoyé ce livre.

challenge album
 

2 août 2013

Avec les hommes - Mikaël Hirsch





 En librairie dès le 22 août prochain, "Avec les hommes" est le quatrième roman de l'écrivain français Mikaël Hirsch, également auteur de "Le Réprouvé", "Les Successions" et "OMICRoN".

A Brest, un écrivain recroise Paul Rubinstein, un ancien camarade de classe perdu de vue 20 ans plus tôt et lequel a visiblement très envie de lui tenir la jambe en s'épanchant sur sa vie.
Paul lui raconte sa désillusion amoureuse avec une femme qui le quitta en raison de son faible statut social, sa fuite dans un kibboutz israélien où il travaillera dans une usine de détergents avant de rentrer en France et d'entamer une vie d'errance jusqu'à sa rencontre avec Valérie.
Une confession comme l'écrivain en entend souvent mais qui pourrait bien sonner comme un écho imprévu à sa propre vie.

Paul Rubinstein apparaît d'emblée comme un personnage romantique dont on ne sait si il faut s'en attendrir ou s'en agacer. Pas vraiment beau et dénué de charisme, peu sociable, il est surtout un homme très fleur bleue dont la grande naïveté tend au masochisme.


" Il peuplait ainsi l'absence de chimères, d'excuses infinies et variables, car l'être aimé, paré de toutes qualités inhumaines, se voit toujours légitimé dans ses choix.
Ses excès sont sources de tempérance, sa bassesse, une assomption. La saloperie devient alors une forme de grâce et l'indifférence une marque d'attachement." p.28


Quoiqu'il fasse, il finit toujours par être exclus à un moment donné au point qu'on songe à une certaine fatalité.
En cynique "éboueur des vies médiocres", l'écrivain écoute d'une oreille amusée le récit de cette vie sans relief, se rassure et se félicite d'avoir mieux réussi. Mieux vaut être à ma place qu'à la sienne se dit-il sans doute.
Sauf que cette confession l'amène progressivement à s'interroger sur sa propre vie, entièrement consacrée à la littérature. Dans le fond, à part se nourrir de la vie des autres, peut-il se targuer d'avoir mené une existence propre ? Est-il plus heureux que Paul ?


" Les amis, les femmes, les parents, finissent toujours en victimes expiatoires de mes romans. Mes quelques admirateurs ne soupçonnent nullement la quantité de gens qui cherchent, en réalité, à me casser la gueule.
Pourtant j'ai si bien brouillé les pistes qu'en vieillissant, je tends de plus en plus vers l'indéfinition.
La vie d'artiste, comme on dit, c'est renoncer à presque tout ce qui fait l'humain, pour rendre compte de ce qu'est l'humanité.
J'en viens même parfois à souhaiter m'enfermer dans un caisson d'isolation sensorielle, avec une perfusion de glucose et Jean-Michel Jarre à fond." p.31


Après avoir beaucoup aimé "Le Réprouvé" et "Les Successions", j'étais curieuse de découvrir le nouveau roman de Mikaël Hirsch que celui-ci a gentiment proposé de m'envoyer.
Tout comme l'écrivain, au départ je me suis dit "Quel boulet ce Paul ! A assommer cet écrivain qui n'a rien demandé avec sa vie qui n'intéresse personne".
Mais tout comme le narrateur qui y voit une distraction pour passer le temps, je me suis surprise à tendre l'oreille, prenant d'abord Paul en pitié pour ensuite m'agacer de ce qu'il ne fasse rien pour arranger les choses.
Il est vrai que certaines personnes n'ont pas de bol dans la vie mais certaines ont vraiment l'art de s'enfoncer et de reproduire les mêmes situations, sans se donner les moyens de faire changer les choses.
Paul est vraiment un personnage à la dérive, sans ego, incapable de se réconcilier avec lui-même autrement qu'à travers le regard de quelqu'un d'autre.
On se rend compte à la fin du livre à quel point il misait sur sa rencontre avec l'écrivain pour "lui donner vie" et à quel point l'écrivain a sous-estimé toute la responsabilité dont il se voyait investi à son insu.
J'avais d'abord eu le réflexe de trouver la fin un peu trop facile (on prend souvent conscience de certaines choses quand il est trop tard) mais elle m'est finalement apparue comme une suite logique dans le cheminement du narrateur.

Les deux personnages semblent complètement opposés au départ (l'un trop humble, l'autre trop arrogant) et pourtant l'auteur nous montre au fil du récit qu'ils sont finalement tous deux aussi paumés l'un que l'autre.
Comme dans ses deux précédents romans, Mikaël Hirsch reprend cette thématique de la quête identitaire qui pousse des personnages mal dans leur peau à partir dans d'autres pays pour trouver un sens à leur vie ou à se réfugier dans d'autres existences comme c'est le cas ici de l'écrivain.
A nouveau, je me suis délectée de l'écriture de l'auteur, toujours aussi précise, juste et drôle quand il le faut et à l'origine de réflexions qui font forcément mouche dans l'esprit du lecteur et l'invitent au questionnement intérieur. Et rien que pour ça, j'ai envie de vous recommander ce roman.
Mais pour ma part, il m'a manqué ce petit quelque chose qui fait d'un roman un coup de coeur, une de ces lectures marquantes qu'on n'oubliera jamais.
Me voilà bien embêtée car je n'arrive pas à mettre le doigt sur cette chose qui m'a manquée dans ma lecture. J'ai fini ce roman avec l'impression d'un goût de trop peu. Ca doit tenir à l'histoire car je n'ai strictement rien à reprocher au style de l'auteur.
Je n'ai pas envie de conclure ce billet par un "bien mais sans plus" car je sais que pour ma part, c'est le genre de réflexion qui me pousse à passer mon chemin. Mais je ne pouvais pas non plus ne pas évoquer ma réserve.
Du coup, je suis très curieuse de découvrir d'autres avis sur ce roman et vous encourage de toute façon à découvrir l'écriture de cet auteur !

Merci à Mikaël Hirsch de m'avoir envoyé son roman.

challenge album