1 novembre 2010

Les grands gestes la nuit - Thibault de Montaigu


"Les grands gestes la nuit" est le 3ème roman, publié le 25 août, de l'écrivain français Thibault de Montaigu, auteur des romans "Les anges brûlent" et "Un jeune homme triste".
Antoine Braque, magnat du secteur pharmaceutique, mène une existence paisible auprès de sa femme et de leurs deux enfants. Mais lorsqu'il rencontre Francine, sa vie bien rangée prend un tout autre tournant.
La jeune femme aime la vie facile, les voitures de sport, les plaisirs de la fête, le tout sans attaches. Antoine fera tout pour la garder auprès de lui, quitte à transformer son quotidien en une fête permanente dans laquelle Francine et lui se retrouvent et se perdent...

Difficile de ne pas penser à Françoise Sagan en découvrant ce roman. Si celle-ci n'a droit qu'à quelques mentions éclairs dans le récit, force est de constater que l'écrivaine se cache derrière chacune des lignes de ce roman.
A commencer par le titre, "Les grands gestes la nuit", emprunté à un poème de Paul Eluard comme ce fut le cas du premier ouvrage de la romancière "Bonjour Tristesse".
Francine/Françoise, les similitudes entre les deux femmes ne se limitent pas à une simple consonance entre prénoms.
Les plaisirs que revendiquent Francine font largement écho aux excès qui furent les thèmes chers à l'oeuvre de Sagan : luxe, drogue, alcool, bolides,... Pas de casinos mais une vie jouée à la roulette russe.
L'arrivée de Francine dans la vie d'Antoine sonne comme un détonateur : si elle se veut une jeune femme enjouée et insouciante, Antoine laisse entrevoir un côté sombre, alimenté par des angoisses existentielles associées à la peur de vieillir. Antoine lance un établissement à Saint-Tropez, l'Eden Plage, où défilent de nombreuses personnalités issues de la jet-set.
A deux, ils forment les deux faces d'une même pièce, un couple bancal uni par une puissante dépendance à l'héroïne. Mais si Francine tente de se sortir de cette spirale infernale, Antoine, enclin à l'autodestruction, s'obstine à toucher le fond.

" Ainsi furent ces années. Libres, tendres, effrontées. Pour beaucoup, l'Eden Plage fut un refuge, le seul endroit qui ne trahit pas une histoire, si ce n'est celle d'une jeunesse qui s'inventait. On en avait assez d'être des enfants; on aurait détesté devenir des adultes. Le présent nous suffisait. Demain? Cela semblait le bout du monde. Tout se valait et rien n'avait d'importance. On aurait pu vivre indéfiniment ainsi, dans cette insouciance assassine, dans le refus d'embrasser un destin quelconque. Mais le destin n'aime guère qu'on le fasse attendre." p.137

Durant ma lecture, je ne savais comment qualifier ce roman. Dans ma dédicace, l'auteur le définit comme "une fresque de la France des années 50-60". Sagan est citée à 3 reprises, comme ça l'air de rien, parmi d'autres personnalités telles que Brigitte Bardot, Bernard Frank, Eddie Barclay, Madame Claude, France Gall,...
Et pourtant, à l'exception de quelques éléments fictifs, toute la vie de Françoise Sagan se partage entre celles d'Antoine et de Francine : le passage d'un extrême à un autre, de l'euphorie à la mélancolie, l'entourage douteux et intéressé, la fête, l'addiction à l'héroïne.
J'ai été gênée par cette biographie déguisée formée par un mélange hybride entre fiction et réalité, comme un hommage à Sagan que l'auteur n'assumerait pas.

Un autre avis : Hérisson

MERCI aux éditions de m'avoir offert ce livre !

26 octobre 2010

Le confident - Hélène Grémillon


"Le confident" est le premier roman de la française Hélène Grémillon (grâce à la rubrique people de Keisha, nous savons qu'elle est la compagne du chanteur Julien Clerc ^^), paru le 9 septembre.
Paris, 1975. Camille Werner, une éditrice de 35 ans, vient de perdre sa mère, décédée dans un accident de voiture. Parmi les mots de condoléances figure la première lettre d'une série que Camille attendra avidement tous les mardis, même si elle n'a jamais entendu parler de Louis, le mystérieux expéditeur. Alors que la jeune femme pensait à une erreur de destinataire puis à un manuscrit habilement déguisé, elle découvrira que l'histoire qui lui est contée pourrait bien la concerner...

"Ce ne sont pas les autres qui nous infligent les pires déceptions, mais le choc entre la réalité et les emballements de notre imagination." p.33

Si vous ne l'avez pas encore lu, précipitez-vous dans la librairie la plus proche !
Si le récit débute par le portrait de Camille, c'est principalement dans les années 1938-1943, durant l'Occupation allemande que se déroule ce roman.
Camille va découvrir les témoignages à rebours de Louis, Annie et Madame M., des histoires de vie imbriquées les unes dans les autres et traversées par la culpabilité, le secret et la survie durant cette terrible guerre qui pousse les femmes à enfanter coûte que coûte, pour repeupler une nation décimée par les combats.

" Je manquais certes de qualités physiques pour procréer, pas pour autant d'instinct maternel. Les femmes devraient toujours être dépossédées des deux à la fois, cela éviterait bien des chagrins et des drames." p.229

" Elle est mystérieuse, la naissance, qui retire une femme à la société pendant quelque temps et qui, un jour, la lui rend, comme ça, brutalement.
Après des semaines d'hébétude et de béatitude, on entre de nouveau dans l'action et on redevient celle qu'on était avant, en plus concentrée, en plus dense, en pire, car désormais on ne se bat plus pour soi mais aussi pour son enfant.
Après ce coup de feu, la vie venait de reprendre ses droits sur l'ère protectrice de la maternité nouvelle." p.246

Alors qu'elle ( et a fortiori le lecteur) pense détenir le fin mot de l'histoire à l'issue d'une correspondance, Camille se voit bousculée dans ses certitudes par l'arrivée d'une nouvelle lettre puis d'un journal, de sorte que le suspense reste haletant jusque dans les dernières pages !

" L'amour est un principe mystérieux, le désamour plus encore, on arrive à savoir pourquoi on aime, jamais vraiment pourquoi on n'aime plus." p.41

J'ai beaucoup aimé le soin apporté par l'auteure dans la différenciation des intervenants, aussi bien dans la description fouillée de leur comportement à chacun que dans leur façon singulière de relater les événements. Chacun apporte un éclairage différent et pourtant complémentaire à l'histoire.
La machination au centre de ce récit est rondement bien amenée, sans pour autant que le lecteur ne se perde en cours de route.

" La manipulation psychologique est une arme comme une autre, ni plus ni moins faillible, la seule en tout cas qui permette le crime parfait. Tellement parfait, que même moi j'étais presque convaincue de ne pas être responsable de sa mort. Finalement, j'avais peut-être raison." p.279

Un premier roman très réussi, sans doute mon préféré de la rentrée littéraire ! Un vrai coup de coeur que je vous recommande les yeux fermés ! (mais les yeux ouverts, c'est quand même plus pratique pour lire...)

D'autres avis : Clara - La plume et la page - Sandrine - Stephie - Keisha - Hérisson - Gwenaëlle - Mango - L'Ogresse


Un grand MERCI à et aux éditions de m'avoir offert ce livre !


25 octobre 2010

Tsubame, Le poids des secrets (3) - Aki Shimazaki


Troisième volet de la pentalogie "Le poids des secrets" (pour rappel, les billets sur les deux premiers tomes ici et là), "Tsubame" (hirondelle en japonais) n'en est pas moins singulier.
Si les deux premiers tomes étaient consacrés à la jeunesse de Yukiko et Yukio à travers leurs points de vue respectifs, ce troisième opus revient quant à lui sur l'histoire de Mariko Takahashi à savoir la mère de Yukio.
Le tome 2 s'achevait sur l'interrogation de Yukio quant à l'identité de son père, une question qui semble se refiler dans la famille puisque c'est au tour de sa mère, Mariko, de se la poser à propos du sien.
Narratrice, Mariko raconte son enfance auprès de sa mère et de son oncle et le terrible tremblement de terre qui la sépara d'eux. Avant de disparaître, sa mère lui a remis son journal et lui a fait promettre de ne jamais révéler à quiconque ses véritables origines (coréennes) au risque de mettre sa vie en danger. Elevée par un prêtre surnommé "Tsubame" par les autres orphelins, la jeune fille a donc grandi et mené toute sa vie sous une identité japonaise.

"La ville n'est pas encore reconstruite. Les décombres de l'incendie subsistent. L'usine de médicaments et notre nagaya ont disparu. La vue de la ville a changé complètement. Ce qui n'a pas changé, c'est la colline. Je trouve la pierre sur laquelle j'étais assise. D'ici, je regardais avec ma mère le feu dans la ville. Près de nous, un garçon pleurait dans les bras d'une jeune femme.
Je n'aime pas me rappeler d'autres choses.
Je marche en cherchant des campanules. Il n'y en a plus. Je m'allonge sur l'herbe. Je ferme les yeux. Je reste ainsi longtemps et je m'assoupis." p.40

Scindé en deux parties à l'image du tome 2, ce tome 3 nous présente en premier lieu l'enfance de Mariko pour faire ensuite un bond 50 ans après le tremblement de terre, alors que Mariko est grand-mère.
Si les interrogations autour du père de Yukio trouvent ici réponses pour le lecteur, elles se déplacent à l'issue de ce tome 3 autour du père de Mariko.
Ce tome 3 fait ainsi le pont entre le tome 2 (histoire du fils de Mariko) et le tome 4 (histoire du père de Mariko, enfin je suppose). On y recroise les symboles des tomes 1 et 2 (tsubaki et hamaguri) et l'allusion aux wasurenagusa, fleurs préférées du père de Mariko, préfigure le symbole du tome 4.
La question de l'identité, des origines mais aussi de l'exil (symbolisé par l'hirondelle, tsubame) constitue la source du lourd secret tenu par Mariko et se trouve donc au centre de ce tome.

" Allongée sur l'herbe, je regarde le ciel. Un couple d'hirondelles passe au-dessous des nuages blancs.
Elles sont revenues de leur pays chaud. L'une suit l'autre à la même vitesse. Elles volent haut, ensuite très bas au ras du sol. Elles remontent et se perchent un moment sur le toit d'une maison.
Je me dis : "Si on pouvait renaître, j'aimerais renaître en oiseau". " p.49

Comme dans les tomes précédents, la nature, liée aux souvenirs de la narratrice, tient toujours une place prédominante dans le récit.
Chaque tome respecte pour ainsi dire le même schéma présentant un éclairage sur un narrateur unique possédant sa "madeleine de Proust" associée à un symbole évocateur et omniprésent ainsi qu'une allusion à celui qui apparaîtra dans le prochain.
C'est sans doute cette construction particulière plus que l'écriture (qui va toujours à l'essentiel, sans s'appesantir) qui contribue à vouloir faire progresser le lecteur dans ce récit nimbé de mystère.
Je continue donc ma route :)

"Tsubame" était une lecture commune avec Manu, Choco et Restling dont je file découvrir les billets !

D'autres avis : Leiloona - Stephie - Pimprenelle - Marie - Aifelle - Emilie - Clara - George.

24 octobre 2010

Fugue - Anne Delaflotte Mehdevi


Après "La relieuse du gué", "Fugue" est le second roman de la française Anne Delaflotte Mehdevi.
Suite à la fugue de sa fille Madeleine, retrouvée saine et sauve dans les bois, Clothilde a perdu la voix à la stupéfaction générale.
Entre les enfants à présent scolarisés et le mari pilote toujours absent, la jeune femme n'a plus personne dont s'occuper si ce n'est elle-même. Elle va devoir se composer un quotidien et se réapproprier une identité de femme. Le retour à sa passion première, la musique, pourrait l'aider dans cette voie. Elle consulte une phoniatre et entame des cours de chant lyrique.

" Ce qu'elle voulait c'était "faire" de la musique et comme l'amour, et comme l'écriture peut-être pour qui écrit, ce n'est pas quelque chose à propos de quoi on parle. On le fait justement parce que la parole ne suffit plus." p.291

Clothilde est une jeune femme bien entourée au quotidien. Mais dès le jour où elle se retrouve muette, son mari, sa meilleure amie et son père font preuve d'impatience et d'incompréhension.
Alors que Clothilde pourrait entamer un traitement qui la ferait parler à nouveau, elle préfère se concentrer sur la création du magasin de sa meilleure amie et sur ses cours de chant.
Une démarche fort mal reçue par un entourage qui s'éloigne d'elle et ne comprend pas qu'elle puisse chanter en maîtrisant sa voix alors qu'elle n'est plus en mesure de leur parler.
Mais Clothilde a-t-elle vraiment envie d'être soignée? De pouvoir parler à nouveau et de retourner à sa vie d'avant?

"Le temps était redevenu précieux et plus seulement parce que c'est lui qui mûrissait, devant les yeux de la mère, les traits de ses enfants au fil des jours. Il était redevenu une mesure pour lui-même. Clothilde ne le passait plus à attendre que ses enfants aient besoin d'elle ou l'interrompent. Il lui arrivait aussi souvent qu'avant de ne pas dormir à cause d'un souci, d'une peine de l'un ou de l'autre que "même elle" la mère ne pourrait pas soulager mais, lorsqu'elle était au chant, elle était libre, elle était ailleurs, partout, omnipotente. " p.237

Je crois que je serai la voix dissonante pour ce titre. J'ai trouvé l'histoire plutôt banale. Une mère qui découvre qu'elle a consacré les dix dernières années de sa vie aux autres, à son mari et à ses enfants, se découvre du temps pour elle et se demande quoi en faire.
Bon après elle perd la voix, d'accord. Pour quelle raison? C'est bien ce que je me demandais avant d'ouvrir ce livre et je pensais que l'auteure travaillerait là-dessus en axant son récit sur la psychologie de son personnage principal.
Nada. Au lieu de cela, j'ai eu droit à des cours de musique qui, je dois bien le dire, m'ont fait mourir d'ennui car ça n'est pas cela que j'attendais.
Les personnages secondaires m'ont paru "secondaires". Disons que je ne leur ai pas trouvé grand intérêt sinon de souligner à quel point leur intolérance exaspérante poussait Clothilde à persévérer dans sa voie (et non à retrouver la voix).
Et puis pourquoi donner une telle importance à ce chien? Beau. Oui c'est le nom du chien, qui appellerait encore son chien de la sorte? (et je sens qu'il y a un "Moi" qui va surgir en commentaires, ouch tant pis). J'ai bien compris que ce chien faisait le lien entre les différents membres de la famille mais il ne faut pas exagérer non plus, il ne s'agit pas ici des aventures de Lassie.
Nul doute que l'auteure sache parler de musique avec tendresse puisqu'à l'image de son héroïne, elle joue du piano et pratique le chant lyrique.
En revanche, pour ce qui est du reste, je n'ai absolument pas été séduite par cette histoire trop convenue ni par les personnages que j'ai trouvé bien ternes, voire même dérisoires.

D'autres avis : Clara - Sandrine - Saxaoul - Mirontaine - Marie L. - Alex - Emilie

Un grand MERCI à et aux éditions de m'avoir offert ce livre !


23 octobre 2010

Je veux l'homme parfait - Goupil&Douyé


"Je veux l'homme parfait" est une bd signée Goupil&Douyé et illustrée par Laetitia Aynié qui paraîtra en librairie dès le 27 octobre.
L'homme parfait. Une expression qui fait doucement rire les unes et fantasmer les autres.
Qui n'a pas un jour rêvé d'un homme constamment aux petits soins, habile de ses 10 doigts et qui n'hésite pas à mettre la main à la pâte et à passer l'aspirateur? (comment ça esclavagisme?)
Présenté sous la forme d'un guide pratique à l'usage des femmes, cet ouvrage est divisé en 3 chapitres.
Le premier dresse une sorte d'état des lieux en décryptant toute une série de comportements masculins qui exaspèrent généralement les femmes (ah les chaussettes qui traînent !).

Dans le second, il est question de dressage ou de comment arriver à ses fins pour formater l'homme selon le modèle souhaité (menaces, camouflage, tenue sexy,...).
Mais comme nous l'annonce la fin du chapitre 3 intitulée "Exercices pratiques", dans un couple il faut être deux à faire des concessions, chacun n'étant finalement que la version parfaite de lui-même.

"Je veux l'homme parfait" est donc une bd à prendre au second degré. Si les situations décrites se veulent légères et caricaturales, fidèles aux clichés généralement réservés aux deux sexes, elles sont traitées avec humour et accompagnées d'illustrations très "girly" qui plairont assurément aux fans de Pénélope Bagieu.

Et pour celles qui croient aux miracles, elles peuvent toujours attendre...


Un grand MERCI à Suzanne de et aux éditions de m'avoir offert ce livre !

Un autre avis : Lili Galipette

22 octobre 2010

L'étrange disparition d'Esme Lennox - Maggie O'Farrell


"L'étrange disparition d'Esme Lennox" est le 4ème roman de la romancière irlandaise Maggie O'Farrell, auteure de "Quand tu es parti", "La maîtresse de mon amant" et "La distance entre nous".
Iris Lockhart reçoit un appel lui annonçant qu'elle est la curatrice d'Euphemia Lennox, la soeur de sa grand-mère. Surprise, la jeune femme assure que sa grand-mère est fille unique.
Mais les preuves sont là et Iris est sommée de se rendre à Cauldstone, l'établissement psychiatrique où réside Euphemia depuis...60 ans.
Pour quel motif cette femme a-t-elle été enfermée durant si longtemps? Et pourquoi son existence a-t-elle été dissimulée?

Scotchante et révoltante. Ce sont les deux mots qui me viennent pour qualifier cette histoire aux multiples rebondissements.
L'histoire s'ouvre sur l'enfance d'Esme passée en Inde et sa relation avec les membres de sa famille. Si sa soeur aînée Kitty se comporte en jeune fille exemplaire, toujours encline à obéir au doigt et à l'oeil de la mère, Esme se montre plus revêche.
Souvent plongée dans ses pensées ou dans un livre, elle fait fi des convenances et ne souhaite guère se trouver un mari.
Son manque de docilité est perçu comme de la provocation par des parents et une soeur qui ne voient que le mariage pour l'éloigner de la maison afin qu'elle cesse d'entacher leur réputation.
Un tragique événement leur permettra de se débarrasser du vilain petit canard...

" Mais chaque fois que nous allions quelque part, une partie de tennis, un thé, un bal, elle faisait toujours quelque chose d'étrange, d'inattendu. Taper sur le piano, parler au chien pendant tout le temps, une fois, grimper à un arbre et rester là à regarder dans le vague et à tortiller ses cheveux rebelles.
Certaines personnes, j'en suis certaine, ont cessé de nous inviter à cause de son comportement. Et je dois dire que j'en ai été très affectée. Maman m'a donné raison.
Quand je pense que tu dois souffrir à cause d'elle, alors que tu te conduis de la manière la plus parfaite qui soit. Ce n'est pas juste." p.138

Le moins qu'on puisse dire c'est qu'Esme Lennox paiera cher son insolence, reniée et enfermée par les siens qui invoquent un départ chez un oncle et ne lui rendent aucune visite.
C'est Iris, la petite-fille de sa soeur qui ignorait son existence, qui mettra fin à ses 60 années de réclusion.
Tandis qu'Iris se débat avec sa vie personnelle et tente de comprendre les agissements de cette femme étrange, Esme est submergée par les douloureux souvenirs de jeunesse.

" Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent des identités, songe Esme : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre.
Nous venons au monde en tant qu'anagrammes de nos ancêtres." p.119

Même si un lien timide se tisse entre les deux femmes, Esme ne se confie pas à Iris, ce qui laisse penser que même libre, elle reste en quelque sorte prisonnière d'un passé dont elle n'est par ailleurs aucunement responsable.
Les pensées de l'une et de l'autre s'alternent pour tenir lieu de chapitres auxquels viennent se greffer les réminiscences de la soeur d'Esme, Kitty, atteinte de la maladie d'Alzheimer.
Le passage d'une intervenante à une autre m'a quelque peu déboussolée au début, d'autant que leurs propos sont souvent lapidaires et poussent à tourner les pages pour dénouer le mystère.
Je me suis finalement habituée à cette construction atypique et j'ai vraiment apprécié la pudeur de l'écriture pour raconter cette histoire si criante d'injustice.

"L'étrange disparition d'Esme Lennox" était une lecture commune avec Jules, Liliba et Restling dont je file découvrir les avis !

Une foule d'autres avis chez BOB !

16 octobre 2010

Vingt-Quatre Heures d'une femme sensible - Constance de Salm


Ouvrage épistolaire publié en 1824, "Vingt-Quatre Heures d'une femme sensible" est l'oeuvre de Constance de Salm, femme de lettres française particulièrement admirée pour sa beauté et fondatrice d'un salon littéraire fréquenté par Stendhal et Alexandre Dumas fils.
Il est ici question de la jalousie d'une femme laquelle, ayant aperçu son cher et tendre au bras d'une autre à l'opéra, attend impatiemment de ses nouvelles afin de pouvoir couper court à sa terrible attente.

Au fil de 46 lettres, la narratrice passe par tous les états possibles. A la vue de son bien aimé en compagnie d'une autre femme et parce que celui-ci ne lui a adressé qu'un salut furtif au terme de la soirée, son sang ne fait qu'un tour. Elle cesse de dormir et de s'alimenter. Elle en veut à cette mystérieuse Madame de B. de s'être fait remarquer. Elle essaie de se convaincre que son amant ne la trahira pas, lui fait porter ses lettres et apprend qu'il est parti avec Madame de B. durant la nuit sans laisser un mot.
Elle culpabilise, se demande ce qu'elle a bien pu faire de travers pour mériter qu'il l'abandonne ainsi alors qu'il ne lui a jamais adressé quelque reproche.
Que faire alors ? Se rendre chez lui pour découvrir le fin mot de l'histoire? Oui, non, oui.
Après avoir remué de fond en comble son cabinet, elle trouve enfin ce qu'elle était venue chercher. Mais cette découverte la calmera-t-elle pour autant?
Déni, adieux virant au tic de langage, supplication, renoncement, elle n'est pas encore au bout de ses peines...

Il est curieux de constater comme à partir d'un seul événement, l'ignorance doublée d'une imagination des plus fertiles peut donner lieu à toute une série de réactions extrêmes.
Même si la narratrice reconnaît volontiers que peu de choses suffisent à la rendre jalouse, elle n'arrive cependant pas à se raisonner pour pouvoir contrôler sa dépendance affective.
Exclusive, elle se laisse consumer par cette jalousie qui lui empoisonne l'existence.
Que son amant soit ou non à ses côtés, elle tremble à l'idée que 1000 choses puissent les séparer et le moins que l'on puisse dire, c'est que le dénouement de cette histoire lui donnera une bonne leçon.

Nul doute que Stefan Zweig se soit inspiré de ces lettres en écrivant "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme" voire même "Lettre d'une inconnue" mais il se dégage de l'écriture de Constance de Salm des accents tragiques totalement absents de l'oeuvre de Zweig.
Le monologue de cette femme jalouse laisse transparaître toutes les facettes de son obsession et ce dans toute sa démesure, un comportement qui se veut d'autant plus amplifié par le caractère très théâtral de ses interventions (raison pour laquelle certaines lectrices ont jugé ce portrait de femme trop artificiel).
Là où les personnages de Zweig semblent garder un certain orgueil, le personnage de Constance de Salm se montre incapable de conserver une forme de dignité. Certaines la plaindront, d'autres lui reprocheront son manque de self-control voire la trouveront vraiment trop sacrificielle et égocentrique.
J'ai ressenti un peu de tout ça durant ma lecture et je ne le regrette absolument pas.
Il faut dire que je me délecte toujours de cette prose élégante du 19ème :)

" Si je ne vous écrivais pas, que ferais-je de mon temps, de moi-même? L'amour tient tant de place dans la vie ! C'est quand il n'est plus là que l'on sent le poids de ces longues minutes qui doivent s'écouler sans lui ; c'est quand nous l'avons perdu que nous voyons qu'il était le motif de toutes nos actions, le charme de toutes nos pensées, le foyer de tous nos sentiments ; c'est alors seulement que nous comprenons bien ses véritables délices, et que, privés de la plus chère moitié de nous-mêmes, nous errons dans le vide de notre âme, et ne jetons plus autour de nous que des regards tristes et désenchantés.
Voilà ce que j'éprouve. Vous ne m'aimez plus, tout est changé pour moi ; je ne suis plus même ce que j'étais avant de vous connaître. Je n'ai plus cette force, ce courage qui me distinguait, disait-on, des autres femmes.
J'ai perdu jusqu'à ce noble orgueil qui tant de fois a fait bouillonner mon sang à la seule pensée d'un affront souvent imaginaire. Vous m'abandonnez, et je pleure ; vous m'outragez, et je veux mourir.
Déchue des grandeurs de l'amour, je suis aussi déchue de moi-même ; je rentre dans la route commune de la vie, je ne suis plus qu'une femme ordinaire." p.95

En lisant ces lettres, j'ai repensé à "L'Enfer", terrible film de Claude Chabrol avec Emmanuelle Béart et François Cluzet et qui s'achevait sur l'air de "Et si tu n'existais pas" de Joe Dassin.




D'autres avis : Keisha - Pascale - Stephie - Emmyne - Lili Galipette - Clarabel - Liliba